César 2020 : Quand les César perdent le nord !


L’artiste César doit se retourner dans sa tombe. La statuette de l’artiste poétique et provocateur a dû encaisser les chocs d’une soirée mémorable par la division et la fragilité d’un monde du cinéma qui oublie son septième art. Le bronze poli de la statuette s’est progressivement changé en plomb.
On nous l’annonçait dans les médias depuis quelques temps, l’Académie des César, le monde du Cinéma est divisé. Non pas autour d’une question artistique de haute volée, non pas pour savoir si les Modernes s’opposent aux Anciens, non pas pour savoir quel courant artistique doit être primé, quelle actrice ou acteur magnifique devrait être récompensé. Non. Depuis quelques temps, les médias ont décidé de voler aux artistes leur soirée en faisant croire à tous que la Vox Populi, l’Académie, devait se prononcer sur la condamnation ou non d’un de ses artistes les plus renommés. L’Académie un tribunal ? Par quel raccourci honteux en est-on arrivé là ?
Florence Foresti, humoriste, a magnifiquement joué les
équilibristes en début de soirée en compagnie d’un Benjamin Lavernhe et d’un Alban
Ivanov, parodiquement drôle, comme ils savent l’être (Le sens de la Fête), de
la dynamique et culottée Laura Felpin déguisée en coach. La soirée aurait pu
être franchement drôle –intervention remarquable d’Emmanuelle Devos - et
permettre aux téléspectateurs de passer une belle soirée en faveur des films
qui les ont fait rêver.
Mais non, les multiples plaisanteries en filigrane de Foresti torpillent régulièrement en sous-marin l’artiste qu’il faudrait amener sur l’échafaud. En mêlant l’ironie à l’humour à répétition, elle tisse d’elle-même l’impossible en cas de victoire de l’accusé, elle entretient la division, gommant malgré elle toute rêverie possible et toute sortie honorable en cas de récompense.
Les malaises sont réguliers. Le sommet est atteint quand Aïssa Maïga se met à compter les noirs dans la salle pour livrer un plaidoyer sur le manque de diversité, quand ceux-ci, filmés et pris en otage dans la salle, semblent gênés : l’avaient-ils élus porte-parole ? Ceux-là même qui seront en partis primés à plusieurs reprises plus ou moins directement (Les Misérables).
Au-delà du droit à l’expression, on en vient à s’interroger sur l’utilité et le bien-fondé de cette intervention lors d’une cérémonie qui se veut une fête autour d’une famille d’artistes et non une famille de noirs, de blancs, de bleus ou de rouges, d’hommes, de femmes, sexuellement harcelés ou non, homosexuels ou non, chauves ou pas, petits ou grands, jeunes ou vieux, vivants ou morts, tous reconnus comme étant des artistes de films français. Le spectre séparatiste plane dans la salle... A partir de quel nombre est-on dans la diversité ? L'absurdité n'a pas de limites.
Foresti indique avec humour qu’elle a eu des difficultés à trouver des acteurs pour donner les récompenses. Honte. Si l’information est juste, faut-il avoir de l’orgueil ou de la lâcheté pour refuser un acte de récompense, de peur de voir son image bankable ternie par une soirée à haut risque ?
La soirée avance et se perd progressivement dans les divisions au détriment des récompensés qui peinent paradoxalement à faire valoir leurs émotions et à exister alors que cette soirée est faite pour eux. Des violons sont diffusés pour indiquer à tous qu’ils doivent se taire et conclure plus rapidement.
Faut-il avoir perdu le nord pour laisser de la place à ce qui ne doit pas en avoir et tuer dans l’œuf ce qui devrait être : l’émotion, la joie, le bonheur, les remerciements. Varda doit pleurer de là où elle est.
Clou du spectacle ! Enfin ! On l’attendait tous ! Pour Twitter ! Pour les tabloïds ! Pour un nouveau tour de piste médiatique. Pour de la chique et du mollard ! Et plus pour une cause légitime inaudible dans ce cadre. Haenel, de robe vêtue, magnifique dans le film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu, s’enflamme, attisée par les piques d’humour d’une Foresti complice toute la soirée sur le sort à réserver à l’accusé malgré ce qu’elle annonçait au début. La réalisation de Polanski est récompensée. Haenel s’en va. Haenel crie. Elle répond à la rue et aux pancartes dans la rue : "Adèle déploie nos ELLES". L’Académie des Césars a jugé qu’il s’agissait d’une très belle réalisation, confirmé par plus d’1 millions 400 000 entrées, malgré la cabale médiatique lancée peu de temps avant la sortie du film. Ne pouvait-il pas réaliser un film exécrable sur J’accuse, demander de mal jouer à un Jean Dujardin, victime collatérale absente de la salle comme s’il avait attrapé une maladie honteuse. Il n’aurait pas dû être nominé ma petite dame. Trop tard. L’excellence de l’artiste a joué un mauvais tour.
Foresti twitte quelque temps après un ECOEUREE et ne conclut
pas la soirée. Le piège de l’humour décalé s’est refermé sur elle à cause d’un
jugement –même humoristique- précoce qui
n’avait pas sa place dans cette soirée, ni dans un état de droit. Le combat
féministe, juste en droit, peut réclamer justice, manifester, accuser mais n’a
pas compétence pour juger et formuler une peine avant la Justice elle-même. Les
dérapages contrôlés de l’humour auront malheureusement amené leur conductrice
dans le décor, dans un mélange de rôle qui ne pouvait mener qu’à l’impasse.
On se félicite pour tous les primés, pour Les Misérables, Parasite, Papicha, La Belle époque, La Nuit des sacs plastiques, les autres films et leurs artistes. Tous. Dans leur diversité, avec leur propre histoire. Tous. L'Académie a tenu bon. Heureusement. La justice fera le reste.
César du meilleur film : Les Misérables de Ladj
Ly.
César de la meilleure réalisation : J’accuse de
Roman Polanski.
César de la meilleure actrice : Anaïs Demoustier pour son
rôle dans Alice et le Maire.
César du meilleur acteur : Roschdy Zem pour son rôle
dans Roubaix, une lumière.
César du meilleur acteur dans un second rôle : Swann Arlaud
pour son rôle dans Grâce à Dieu.
César de la meilleure actrice dans un second rôle : Fanny
Ardant pour le rôle de Marianne dans La Belle Epoque.
César du meilleur film étranger : Parasite du
Sud-coréen Bong Joon-ho.
César du meilleur premier film : Papicha de Mounia Meddour.
César du meilleur scénario original : Nicolas Bedos pour La Belle Epoque.
César des meilleurs décors : Stéphane Rozenbaum
pour La Belle Epoque.
César des meilleurs costumes : Pascaline Chavanne
pour J’accuse.
César du meilleur espoir féminin : Lyna Khoudri pour
son rôle dans Papicha.
César du meilleur espoir masculin : Alexis Manenti
pour Les Misérables
César du meilleur court-métrage d’animation : La
Nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel.
César du meilleur long-métrage d’animation : J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin.
César du meilleur documentaire : M de Yolande
Zauberman.
César du meilleur film de court-métrage Pile Poil de
Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller.
César du public : Les Misérables de Ladj Ly.
César du meilleur son : Nicolas Cantin, Thomas
Desjonquères, Raphaëll Mouterde, Olivier Goinard et Randy Thom pour Le
Chant du loup.
César de la meilleure adaptation : Roman Polanski
et Robert Harris pour J’accuse, d’après le roman D. de Robert
Harris.
César du meilleur montage : Flora Volpelière pour Les
Misérables.
César de la meilleure photographie : Claire Mathon
pour Portrait de la jeune fille en feu.
César de la meilleure musique originale : Dan Levy
pour J’ai perdu mon corps.
Les Misérables

Spectaculaire plongée dans la banlieue désespérée et désespérante. Et on a même droit à un très chouette thriller. Le César du meilleur film de l'année est mérité.
Les flics harcèlent les jeunes. Les religieux cachent des idées plus sombres. Les dealers sont toujours aussi violents. La banlieue. Son quotidien. Ce sinistre constat dans une France championne du Monde!
On pourrait avoir droit à tous les clichés sur cette réalité qui explose de temps en temps à la figure de la société et des médias. Ladj Ly est un réalisateur plus malin que les autres. Il fait d'abord un film de cinéma.
Il fabrique un véritable polar qui pourrait ressembler aussi à un western tellement il y a de nombreux hors la loi dans ce film cinglant et direct. Pour nous plonger dans cet enfer urbain, le réalisateur installe un nouveau policier dans la bac de Montfermeil, dans le 93. Il découvre les méthodes douteuses de ses collègues et surtout la haute toxicité des cités, où des gamins sont livrés à eux mêmes.
Avec un simple drone, un petit garcon va mettre le feu aux poudres. Mais nous ne sommes pas dans le pur manichéisme avec des flics véreux et des innocents qui rêvent d'une potentielle révolte.
Le film multiplie les personnages pour offrir une extraordinaire complexité à une étrange course poursuite qui ressemblerait aux meilleures heures de John Carpenter par exemple. Comme ce cinéaste, Ladj Ly extrapole à peine pour nous faire rentrer dans un récit haletant. Carpenter a toujours été un violent commentateur de la société à travers ses séries B. Ly est un peu pareil. Le film est divertissant mais ne cache pas sa hargne et sa colère.
La détermination des comédiens est immense. Les dialogues sont effectivement des duels au soleil. Les plans en hauteur de la cité est une respiration. La fin est surprenante et lourde sens. Polar social, c'est le film francais que l'on attendait!
Avec Damien Bonnard, Alexi Manenti, Djebril Didier Zonga et Issa Perica - Le Pacte - 20 novembre 2019 - 1h42
Le traître

Nominé comme meilleur film étranger aux César 2020, retour sur une chronique publiée à sa sortie : " Allez c'est le moment de Noel, on écoute des chants de Noel et de vieilles chansons rétro. On est nostalgique d'une époque où les voyous étaient classes et avaient de l'honneur. C'est ce que semble regretter le prestigieux Marco Bellochio!"
On a du mal à croire qu'il s'agit du même type qui avait fait vibrer la croisette avec un Diable au Corps ridicule. Désormais il est un cinéaste majeur, au langage cinématographique complexe et à la liberté de ton assez impressionnante.
Mais peut être va t il un peu trop loin avec ce très long métrage sur la mafia de Palerme. Tommaso Buscetto. Voilà la biographie que veut nous conter le cinéaste italien. L'homme qui a parlé au juge Falcone. L'homme qui a cru que la Cosa Nostra avait de l'honneur. L'homme qui a fui la Sicile et qui pourtant reviendra tout le temps en Italie, pour dénoncer les tristes desseins de l'organisation.
Sur ce personnage ambigu, Bellochio organise un immense réquisitoire sur cette Italie un peu trop silencieuse, qui s'arrange avec des personnage pas très respectables.
Aidé par un Pierfrancesco Favino, massif et inquiet, le réalisateur fabrique un anti héros incroyable qui fascine. Car ce type porte sur lui tout le poids de la fin des valeurs.
Il ne montre rien mais tout en suggestion, le réalisateur le coince dans des retranchements moraux qui interrogent aussi le spectateur. Passionnant. Hélas, la mise en scène souvent fluide s'attarde un peu trop sur les détails.
Les procès poussent à la folie. Bellochio est plus ou moins un moraliste. Il a bien observé la société dans laquelle il vit. Il dénonce mais il prend bien son temps pour théâtraliser cette mafia affolée par l'argent et la drogue.
On tient bien à notre personnage central mais trop souvent, le temps est long. Il y a de belles idées mais Bellochio appuie trop longtemps là ou ca fait mal. C'est dommage car le film a des qualités énormes. Il s'agit de cinéma. Mais le cinéma c'est aussi l'art de l'elipse!
Avec PierFrancesco Pavino, Maria Fernanda Fervino, Fabrizio Ferracane et Luigi Lo Cascio - 30 octobre 2019 - ad vitam - 2h30
The detection club

Association d'auteurs anglais de romans policiers, le Detection Club mène l'enquête et nous rappelle les vertus jouissives du genre.
Les dix regles d'or du roman policier:
1/ le criminel doit être quelqu'un mentionné plus tôt dans l'histoire.
2/ le détective ne doit pas utiliser de techniques surnaturelles
3/ L'usage de plus d'un passage secret ne saurait être toléré
4/ Des poisons inconnnus ne peuvent être utilisés
5/ Aucun Chinois ne doit figurer dans l'histoire
6/ Aucun accident ne doit aider le détective
7/ Le détective ne doit pas commettre lui même le crime
8/ Le détective ne doit pas utiliser les indices qui n'ont pas été présentés au lecteur pour résoudre l'affaire
9/ Les observateurs ont le droit de tirer de présenter leurs propres conclusions
10/ Il ne doit pas être fait usage de jumeaux.
Voilà les valeurs défendues par le Detection Club, qui réunit depuis les années 30, des romanciers passionnés par l'investigation. On y trouve Agatha Christie, GK Chesterton ou encore l'Américain John Dickson Carr. Ce sont des sommités dans leur domaine.
Ils aiment se retrouver pour disserter sur leur art. Mais un mystérieux milliardaire invite les auteurs sur son île perdue dans les Cornouailles. Roderick Ghill ne croit qu'aux mathématiques. Il a inventé un robot. Il pense que l'algorythme gouvernera le Monde. Il agace ses hôtes avec ses rêves fous. Pendant la nuit, le nabab disparait!
Jean Harambat met en place alors une délicieuse enquête à l'ancienne avec des enquêteurs bavards et rigolards, des suspects nombreux et une police qui se résout à être spectatrice.

Avec ses études de philosophie, le dessinateur a une fois de plus toutes les armes pour nous offrir un super divertissement où les réflexions ne sont pas anodines. Les régles sont faites pour être transgressées.
Comme un bon polar, la bédé est un reflet déformé de nos inquiétudes et nos faiblesses. Tout ca se fait dans un raffinement certain. Harambat croque le passé pour mieux dépeindre notre présent.
Mais avant tout, Le Detection Club est un bédé enlevé, intelligente à l'intrigue digne d'un roman des années 40 ou 50. On s'amuse beaucoup. On est heureux de redécouvrir ces écrivains décalés et brillants. So british!
Dargaud - 130 pages
Tailleur pour dames, Georges Feydeau, Amélie Dhée, Comédie St Michel

Feydeau est indémodable. Le roi du quiproquo est en effet toujours joué avec un réel succès. Il faut dire que, de « L’hôtel du libre—échange » à « On purge bébé » en passant par « Feue la mère de madame », on est assurés de vivre un bon moment.

« Tailleur pour dames » ne déroge pas à la règle. Et le théâtre de la Comédie Saint—Michel l’a bien compris, qui remet au goût du jour — de façon réaliste — cette hilarante histoire de femmes, de maris, d’amants et de maîtresses, rouage comique essentiel dans l’œuvre de Feydeau.
Prenez
un médecin couturier malgré lui (mention spéciale à Anthony Gavard), une
belle—mère hystérique, un domestique un peu trop familier, ajoutez une femme
trompée, une autre hésitante et une demi—mondaine : tout est en place. Les
situations cocasses et les malentendus en cascade s’enchaînent, interprétés par
des comédiens talentueux et qui semblent ravis de jouer leurs personnages.
Ainsi, Dominique Fouilland (Saint—Aubin) révèle un vrai sens du comique
dans ce rôle de personnage ridicule et imbu de lui—même.
Le rythme est soutenu et, chose agréable, « Tailleur pour dames » est joué en costumes. Bien loin des reprises contemporaines exaltées et parfois ratées, ici le public est conquis. Avec raison.
Jusqu'en juillet 2020
Vendredi Samedi 19h30
Comédie St Michel
Tarifs : CAT1: TN:32€ /TR:26€ / - de 15 ans:22€ - CAT2: TN:26€/ TR:20€/ - de 15 ans:16€
Dracula

Fete des morts. C'est bien l'occasion de fêter le plus célèbre des morts vivants!
Revoilà donc une énième fois, le retour de Vlad Tepes, plus connu sous le nom du comte Dracula. Une fois de plus, il taquine les bourgeois anglais et se transforme en créatures avides de sang.
Une fois de plus, l'adaptation part du roman gothique de Bram Stocker. Mais pour une fois, on plonge dans la folie meurtrière grâce à une idée simple du dessinateur Georges Bess.
Le noir et blanc. Aussitot cela donne un style vintage à l'ensemble. Cela convoque la très longue histoire de Dracula et ses adaptations. Cela amène aussi une filiation un peu moins évidente avec les comics horrifiques américains des années 50.

Mais en plus, Georges Bess est un contemporain de Moebius et un vieux complice de Jodorowsky. Donc ne comptez pas sur lui pour se laisser aller à une sage illustration dans des cases. Les fantasmes et les cauchemars explosent littéralement
Le dessinateur réussit à transformer l'expérience de l'adaptation. On connait l'histoire par coeur mais on tremble de nouveau devant cette légende décidement increvable.
Glénat - 200 pages
Au lac des bois

Un candidat malheureux en politique et pas plus en amour. Voilà l'étrange portrait de John Wade, anti héros perdu dans la nature!
John Wade aurait pu être président. Il devait gagner les élections sénatoriales. Sa femme était là pour le soutenir. Discrète et forte, elle faisait le job.
Puis un beau matin, après une amère défaite, Kathy disparait. Totalement. Elle était parti se promener dans la belle campagne. Ils possédaient une jolie maison isolée.
Envolée. L'enquête démarre et la police s'interroge sur ce politicien déchu, grand passionné des tours de magie. Cela commence donc comme un polar. Tout tourne autour de la personnalité ambigue de John Wade.
L'auteur Tim O Brien veut nous piéger grace au passé et au présent de Wade. On sent la toile se tisser. On devine les éléments douteux de la vie privée. On comprend le scandale qui a couté une élection.
Puis la dernière partie déroute. C'est inventif mais on s'éloigne terriblement du thriller. Au point d'être déconcerté et on ne sera pas trop quoi penser à la dernière ligne. C'est une sorte de balade sauvage dans un esprit dérangé, obsédé par le mensonge et la nature... Bizarre vous avez dit bizarre!
Gallmeister - 310 pages
Tout le monde ne peut pas être orphelin, les Chiens de Navarre, MC93

Dans « Tout le monde ne peut
pas être orphelin », les Chiens de Navarre réservent un chien
de leur chienne à la Famille ! Pudibonds et âmes sensibles
s'abstenir.
Si vous aussi,
vous avez une famille (« Tout le monde ne peut pas être
orphelin » !), allez voir ce spectacle qui vous concerne
intimement. Car, qui peut dire que ses parents, sa fratrie, son
conjoint ou ses enfants ne sont pas parfois un boulet que l'on
traîne, ou au mieux un caillou dans sa chaussure ?
Plutôt que de dépenser votre dernier argent liquide chez le psy, courez-donc voir ce spectacle construit comme un immense psychodrame*, mais en plus drôle.
Placés au milieu des spectateurs qui
sont disposés de chaque côté de la scène (dispositif
« bi-frontal »), les acteurs se foutent à poil devant
nous, au sens (pas toujours propre) comme au figuré.
A travers plusieurs saynètes, les
Chiens de Navarre incarnent des familles qui déjantent, qui
dérapent, qui délirent lors d'événements familiaux dont Noël
représente l'acmé. Dans ce spectacle basé en partie sur de
l'improvisation, on va de surprise en surprise (même le décor s'en
mêle).
Bien que totalement foutraque, la
performance des Chiens de Navarre ne se limite pas à l'humour
pipi-caca, Si le spectacle est hilarant, il est surtout intense et
par moment émouvant, ce qui fait de « Tout le monde ne peut
pas être orphelin » un petit bijou qui reste agréablement en
tête.
Car si le spectacle part dans tous les
sens, c'est pour mieux balayer un large spectre de sujets liés à la
famille (boomers vs génération
Y, violence des rapports filiaux, règlements de compte pendant les
réunions de famille...). La violence se fait jour là où
nous voudrions de l'affection. A la fille qui dit à ses parents
« J'ai l'impression que, quoi que je dise, quoi que je
fasse, vous n'êtes jamais fiers de moi », sa mère répond
« Alors là, tu me déçois ! ».
Il y a forcément un moment où l'on se reconnaît, que ce soit en tant que parent ou comme enfant. Et putain, ça fait du bien de ne pas se sentir seul !

* le psychodrame est une forme de thérapie utilisant la théâtralisation dramatique au moyen de scénarios improvisés
Jusqu'au 18 janvier 2020
MC93, Bobigny
Durée estimée 1h30 – Salle Oleg Efremov
Tout le monde ne peut pas être orphelin – Les Chiens de Navarre – teaser from charleshéloïse on Vimeo.
La Princesse de Clèves

Sage mais intense adaptation du célèbre livre. C'est la rentrée!!
Bien entendu, il y a le livre de Mme de La Fayette mais bon on a aussi le droit de s'amuser un peu. La bande dessinée lorgne de plus en plus sur la littérature et n'a plus peur de se mesurer aux monuments!
Ici, il faut le talent de deux femmes pour dépoussiérer le destin tragique de Mlle de Chartres qui fait l'erreur d'épouser un homme bon mais qu'elle n'aimera jamais.
Cate Muller et Claire Bouilhac décryptent avec un style moderne les moeurs et les conventions du XVIe Siècle, à la cour du roi. Le trait est simple mais permet de montrer l'essentiel: le souci des apparences, la rigueur morale et l'effacement des sentiments.
Il y a beaucoup d'élégance dans le style des dessinatrices qui nous permettent de voyager dans le temps et de redécouvrir un classique avec un regard nouveau.
C'est finalement une lecture assez vivante. Ce qui n'est plus trop le cas du livre, classique qu'on ne peut plus remettre en questions. Pourtant c'est bien ce qu'ont fait les deux femmes. Elle profite de 216 pages pour rendre un personnage plus complexe que la solide intrigue amoureuse qui restera à la postérité. On est touchés par les hommes qui tombent amoureux de cette femme magnifique.
Remis au gout du jour, la bande dessinée nous rendrait la vie (scolaire) plus facile...
Dargaud - 216 pages
Rachael & Vilray

Faut se remettre des festivités. Le disque de la belle Rachael et son guitariste Vilray seront un puissant médicament contre tous les excès.
Vous avez la gueule de bois? Vous avez dansé jusqu'au bout de la nuit? Vous être trop vieux pour ces conneries? Le blues du lendemain de fête vous guette?
Plongez vos oreilles dans le premier album de Rachael & Vilray, duo qui joue du jazz joyeux et soyeux! Elle a déjà l'habitude de faire du jazz, un moment plus heureux et jubilatoire avec son groupe Lake Street Dive. Lui est un compositeur à l'ancienne.
C'est à dire qu'il aime les arrangements simples et les orchestrations boisées. On remonte le temps avec ces deux là. Elle, définitivement, prouve qu'elle est un secret trop discret de la musique américaine. Sa voix est toujours aussi envoutante.
Le duo propose donc une sorte de jazz, qui pourrait avoir sa place dans la bande son d'un Woody Allen. On imagine tout le bien qu'aurait pensé le très regretté Leon Redbone, disparu il y a peu.
On n'est pas dans la nouveauté mais dans l'enthousiasme évident. Ce n'est pas sophistiqué mais c'est d'une élégance rare. Dans des habits vieillots, le duo réinvente le vintage et la candeur que l'on aime tant dans la musique de nos (grands) papas! Parfait pour se refaire une santé!
WEA - 2019



