L’odyssée, Christopher Nolan, Universal

On le sait, les Américains raffolent des histoires de punition et de vengeance sanglantes. (Peut-être faut-il y voir là une peur diffuse d’être un jour châtiés pour l’ensemble de leur œuvre ?!) Il n’est donc pas étonnant que le cinéma américain s’attèle à la légende d’Ulysse, qui est une histoire pour enfants à peu près aussi stupide que violente. Ce qui me surprend le plus, c’est que l’Odyssée n’ait pas été récupérée avant par Hollywood.
D’ordinaire j’aime assez les films de Christopher Nolan (Batman, Dunkerque, Inception, et surtout Tenet…) mais là, je trouve que la mayonnaise ne prend pas.
Il parait que le réalisateur privilégie les prises de vue en décor réel ; c'est bizarre parce que les scènes de tempêtes maritimes fleurent bon le studio. Pareil pour l’éclairage, on sent que Nolan aimerait bien faire du clair-obscur mais - que voulez-vous - n’est pas Stanley Kubrick qui veut.
Pour faire d’époque, Christopher Nolan utilise des effets spéciaux vieux de 2.000 ans. Autant je n’aime pas le recours abusif aux effets numériques, autant là, on se croirait dans Jason et les argonautes ! Mention spéciale pour le Cyclope vous rappellera les jeux de zombies des 90’s !
Le grand Matt Damon s’en sort plutôt bien même s’il ne livre que le service minimum. Il faut dire que la comparaison avec les seconds rôles est flatteuse. Les mecs sont tous en mode Bonhomme, sauf Tom Holland qui est en mode Flanby. (Si ça ne tenait qu’à moi, je lui décernerais bien un Gérard du prix d’interprétation !) Quant au jeu des actrices, il ne vaut pas grand-chose non plus, malheureusement.
En définitive, ce film est ennuyeux (surtout la scène de massacre final, aussi pénible que la tuerie de Kill Bill) et n’est même pas intéressant visuellement. Ça ne vaut pas mieux que le Gladiator de Ridley Scott.
Vous pouvez aisément passer votre chemin, sauf si vous êtes amateur.ice de nanard boosté à la testostérone !
AAu cinéma le 15 juillet 2026
avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway et John Leguizamo
Universal – 15 juillet 2026 – 2h53u cinéma le 15 juillet 2026
Spider-Man Brand new day, Destin Daniel Cretton, Marvel


Désormais chez Marvel, à défaut de faire de bons films, on organise des séances de psychologie. Et il faut l’avouer : ça fonctionne.
Le dernier relativement bon spectacle offert par Marvel, ce fut les Thunderbolts et ses héros qui devaient assumer le statut de seconds couteaux. Une idée marrante doublée d’un méchant schizophrène, presque attachant.
Le quatrième film sur Spider Man est sur le même ton. Le poids des émotions contenues, l’évitement, l’oubli de soi… Nous ne sommes plus au temps du lycée et des amourettes naissantes. Non, Peter Parker est bien atteint. Une policière lui fait constamment le reproche de ne pas se reposer. Et l’épuisement guette le héros. Tout comme la dépression.
Cet état somatique est le sujet du nouveau film Marvel. Tout va tourner autour de cela : les effets que cela provoque sur ce super héros qui se limite à sauver New York. Pour rappel : dans l’épisode précédent, Peter Parker a fait perdre la mémoire à la Terre entière, y compris sa petite amie et son meilleur pote.
Depuis, il se consacre à son rôle de justicier solitaire. Et ça lui pèse ! Son seul pote, c’est le psychopathe Punisher qui règle tous les problèmes à coups de fusils et de bourre pifs. Rien ne va pour notre homme araignée qui finit par s’emmêler dans sa propre toile.
D’autant qu’une nouvelle menace s’abat sur la ville. Malgré tous ses doutes, notre héros va mener l’enquête. Et c’est d’ailleurs ce qui est vraiment amusant de cet épisode. On retrouve plusieurs caractéristiques de la bande dessinée.
Spidey se balade de site en site pour trouver des indices. Il aide la police. Il se veut vertueux et au service de la population. Il a clairement New York dans le sang. C’est ce qu’a compris le réalisateur Destin Daniel Cretton qui réussit à faire… du cinéma.
Il n’a pas la science de Sam Raimi, auteur de la première trilogie mais enfin, on a des sensations de cinéma : des vertiges singuliers, des angles étonnants, des cadres emballants et une photographie qui nous absorbe dans la ville, reflet du personnage central.
D’ailleurs on apprécie que la combinaison de Spider Man ne soit plus la machine à gadgets des derniers épisodes. Ici, le justicier ne peut que compter sur sa dextérité et sa vélocité. Et c’est tant mieux. On est au plus près du personnage. Il redevient ce héros presque ordinaire en rouge et bleu.
Cela permet un jeu nuancé de la part de Tom Holland, vraiment investi dans cette crise identitaire de Spider Man. Même la musique se fait plus apaisée et trouve, elle aussi, encore des subtilités dans les thèmes mélodiques. Brand New Day serait donc une bonne surprise ?
Evidemment ! Mais cela reste un blockbuster Marvel. Donc il y a encore de nombreux défauts comme cette sensation désagréable de regarder une longue publicité pour l’univers Marvel, le célèbre MCU. Les producteurs font un film sur un personnage mais ne peuvent pas s’empêcher de penser aux autres franchises, passées ou à venir.
Et au milieu de tout cela, il faut un scénario pour faire rentrer tout ce petit monde. Ce qui est impossible car les enjeux logiquement s’éparpillent. Donc si le traitement des protagonistes est rassurant et habile, le scénario se noie un peu dans des sous intrigues déjà diluées.
Mais il est vrai qu'avec toutes les bouzasses intergalactiques que Marvel a essayé de nous vendre ces dernières années, ce nouveau Spider Man donnerait le sentiment d'une bonne thérapie qui soigne les bobos des cinéphiles. Vraiment !
Au cinéma le 2 juillet 2026
avec Tom Holland, Zendaya, Sadie Sinks et Marisa Tomei - Sony Marvel - 2h25
Stone alone : Monkey Grip de Bill Wyman, Main Offender de Keith Richards, Charlie Watts & Danish Radio Big Band

Dans la torpeur de l’été, les sorties se font rares et, franchement, le disque des Stones fait son job avec de jolies ritournelles (si on excepte leur reprise fade de Amy Winehouse) et un savoir-faire retrouvé.
Une fois que cela est dit, il est quand même bon de rappeler que les Stones sont bons quand ils sont ensemble. Les envies de carrière solo ne sont pas empreintes de réussites majeures. Là, il faut l’avouer: les Beatles ont fait largement la différence. Des albums solo de ces derniers sont restés dans la légende du rock. Ce n’est pas le cas des Stones.
L’actualité étant au ralenti, nous avons tenté de trouver trois bons disques des Stones en solo. Et ce n’était pas évident. Les stars des stades deviennent souvent de gros pantouflards dès qu’ils veulent tirer la couverture vers eux. Mick Jagger s’est pris les pieds dans la mode. Ron Wood décortique sagement le blues sans éclat. Les discographies sont bien tristounettes. Mais on a trouvé tout de même trois pépites qui valent le coup d'œil ou d’oreille !

Et nous commenceront par le très discret Bill Wyman, bassiste au regard triste, qui fut le premier à réaliser un album solo. En 1974, il tente l’aventure avec l'album Monkey Grip. Et qu’est ce que l’on entend ? Un type qui ne chante pas très bien et qui en plus essaie de faire comme Mick Jagger. Heureusement le bassiste est un excellent musicien et il maîtrise un rock’n’roll totalement jubilatoire.
Il est arrangeur et producteur de l’album ; on croise des vieux sorciers du blues comme Dr John ou Leon Russell. Le disque est très bien fait. On y devine une envie de s’imposer, avec style. Si ça pêche sur la voix, cela compense sur tout le reste. Produit en Californie, la musicalité du disque est assez forte avec une production dense et passionnante au fil des écoutes.
Le Droopy de la basse semble bel et bien se faire plaisir et répare toutes ses petites frustrations avec un blues rock effectivement assez ensoleillé. Il se met au milieu de la formule stonienne mais la nourrit avec toutes ses petites nuances rien qu’à lui. C’est beaucoup moins sombre que les compositions des Glimmer Twins. Monkey Grip n’est pas un chef d'œuvre mais c’est le California dream d’un type un peu trop discret dans la grande histoire des Rolling Stones.

Si le titre du meilleur album solo doit être remis à quelqu’un, c’est bien entendu ce pirate de Keith Richards qui obtiendrait un trophée. Avec sa personnalité et son absence de compromis, le guitariste réalise en 1992, son second effort, Main Offender, un disque qui lui ressemble : blues détraqué et rock sans aucune mesure.
Les Stones sont revenus les rois du Monde avec la sortie de Steel Wheels et sa tournée. Keith Richards redevient alors ce guitariste roublard et ce chanteur mal luné. La pochette de l’album capte son regard de faucon. Il est toujours ce type qui se passionne pour le blues, délavé, jamais repassé.
Il mélange tout cela avec du funk et du reggae mais son disque possède un dépouillement qui révèle le musicien, habitué aux scandales et aux humeurs changeantes. Ici, il fait glisser ces fameux riffs sur des morceaux qui semblent spontanés. Richards a besoin de sortir de son confort et cela s’entend sur cet album délicieusement décalé, souriant mais grinçant. Une petite pépite de décadence musicale, tout en contrôle.

Et pour terminer, on trouvera une autre pièce rare et ravissante : on la doit au très sage Charlie Watts, batteur calme et mesuré du groupe. Avec sa tête de mohican et son style carré, il semble être la pierre sur laquelle s’est bâtie le royaume des Stones.
On sait aussi la passion du batteur pour le jazz. Une fois le succès dans la poche, il s’est toujours acoquiné avec des musiciens et fréquentait les meilleurs clubs de la planète. Ce live avec le Danish Radio Big Band montre l’élégance du monsieur.
Il se fond dans la formation et offre des reprises bien évidemment des Stones mais aussi des efforts musicaux fascinants. On baigne dans un jazz stylisé où la virtuosité vous met la tête à l’envers. Watts n’a jamais voulu attirer la lumière mais ici il nous fait découvrir une formation spectaculaire et enthousiaste.
Héros discret de l’histoire du rock, Charlie Watts et tous ses petits camarades ont prouvé que l’union faisait la force.
Main Offender
meets the Danish Radio Big Band
l’Odyssée, Christopher Nolan, Universal


Le temps qui passe, le héros malmené par le destin, la violence comme malédiction, Christopher Nolan réussit à se glisser dans la mythologie la plus classique. Son nouvel effort est une fois de plus total… mais inégal.
Car l’écriture de Nolan ne fait pas dans la nuance. Il rappelle le Oliver Stone des années 90 qui réalisait des films sincères mais boursouflés à l’extrême. Trop long. Trop sérieux. Trop dense. Toujours passionnant. Les deux hommes sont fascinés par l’héroïsme et Nolan continue de filmer les ambiguïtés d’un héros. Ici, Ulysse : archétype dont découlent tous les stéréotypes.
Il est flamboyant mais Nolan montre ce qui va le forger réellement : la guerre sans fin, la mer dangereuse, les dieux capricieux et les combats absurdes. Nolan s’attaque à un mythe avec son savoir-faire qui impressionne.
Pas de fond vert ici, les décors sont naturels et magnifiquement transcendés par l’image. Pas trop d'effets numériques. Nolan essaie quelque chose de plus organique dans sa mise en scène. Le sommet du film est la rencontre avec Circé, moment à part dans l’épopée. Moment quasi horrifique et étonnant, où seule la mise en scène nous donne le frisson. Les intentions de Nolan sont toujours aussi pleines d’envies.
La photographie fait plaisir aux rétines. Dommage que la musique ne suive pas. Les qualités du film nous sautent aux yeux. Difficile de dénigrer la production soignée. Les 2h50 de métrage donnent l’impression d’un blockbuster qui ne se laisse jamais aller à la facilité. On ne va pas s'en plaindre.
Pourtant les défauts sont aussi à la hauteur des énormes qualités. Si on apprécie la forme architecturale du récit qui manipule plusieurs temporalités (l’obsession ultime du cinéaste), on peut se plaindre de personnages féminins aussi nombreux que peu convaincants.
Le casting est impressionnant mais nous éloigne de l’intensité de l'aventure. Matt Damon trouve peut être son plus grand rôle mais le reste du casting est étrangement effacé. De plus, le point faible du cinéaste est ici évident.
Le réalisateur du Prestige sait construire des rubik’s cube cinématographiques mais il est peu inspiré dans les scènes d’action. Les moments de bravoure sont nombreux, mais ça devient une vraie faiblesse : ces scènes sont presque banales. Si la guerre de Troie trouve une illustration originale, le reste répond à un cahier des charges assez fades.
Ce qui donne un résultat inégal. Il est passionnant parce Nolan aime son sujet et l’embrasse une fois de plus avec gourmandise et intelligence. Mais on oscille constamment en joie et agacement. Le film est grand et beau. Il ne peut pas échapper au côté sentencieux de son réalisateur, toujours à la recherche du film parfait… Son odyssée personnelle et frustrante. Pour lui comme pour nous.
Au cinéma le 15 juillet 2026
avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway et John Leguizamo
Universal - 15 juillet 2026 - 2h53
Evil Dead Burn, Sébastien Vaniček, New line cinema


14 Juillet oblige : soyons fiers de la présence d’un réalisateur français derrière la caméra du nouveau Evil Dead. Le Français a toujours de l’imagination pour imaginer le pire et Ce Evil Dead Burn nous brûle les rétines de violence !
Et on se souvient avec émotion de cette période bénie où les auteurs français prenaient des acteurs et les découpaient façon puzzle dans des fictions plus ou moins convaincantes. Martyrs, Haute tension, A l’intérieur ou Ils ne décevaient pas en matière d’hémoglobine et d’autres trucs gluants qui sortaient de petits corps meurtris. Le cinéma d’horreur s’était mis en mode CAP boucherie !
Cela a visiblement marqué le jeune Sébastien Vanicek. Auteur d’un premier film prometteur, Vermines, avec de méchantes araignées et une mise en scène efficace, il réussit donc à intéresser les Américains. Ils lui confient alors la mise en chantier du nouveau Evil Dead.
Depuis le premier film, la franchise a beaucoup changé. L’humour burlesque s’est effacé au profit d’histoires bien gore avec des héros qui passent de très mauvais moments, entourés de démons bien énervés.
Ça ne rigole plus mais la franchise a gagné en intensité. La violence y devient un enjeu graphique étonnant. Le réalisateur français a donc le droit d’écrire et de réaliser un pur moment d’horreur avec des os brisés, des crânes éclatés, des objets du quotidien qui traversent les chairs et même un chien zombifié ! Aidé par son complice, Florent Bernard, Sébastien Vaniček va respecter cette vieille tradition d’un cinéma bien craspec qui refuse l’hypocrisie.
Cette fois-ci la victime choisie par les monstres du Livre des morts est une jeune veuve. Son mari violent vient de mourir mais sa famille est tout aussi intraitable. Le père passe son temps à jouer avec son couteau, la mère refuse de voir la réalité, le frangin est lâche et la grand-mère sucre les fraises. Seule une belle sœur semble être un vrai soutien. La jeune femme doit donc passer quelques jours dans la maison familiale où se trouve un objet caché qui ferait peur aux démons du Nécronomicon. Ils veulent à tout prix mettre la main dessus et multiplient les possessions de plus en plus effrayantes.
Et au fil des minutes, nos pauvres protagonistes finiront en saucisse fumante ou tout simplement en bouillie rougeâtre ! Il faut avoir le cœur accroché. Mais comme le récent Obsession, le film se la joue #metoo. La masculinité toxique devient une sorte de malédiction dans cet Evil Dead. Une astuce plaisante qui permet de justifier des scènes d’horreur incroyables.
Le cinéaste a de la suite dans les idées et sa mise en scène est d’une virtuosité incroyable pour nous montrer l’impensable. On est loin de l’ambiance drolatique de L’armée des Morts de Sam Raimi, producteur de ce nouvel épisode. C’est un huis clos étouffant et grandiloquent. Vanicek semble plutôt bien s’adapter au système hollywoodien et le film profite pleinement de son énergie. On en prend plein la gueule. Et vous savez quoi ? A la fin on en redemanderait presque !
Avec Souheila Yacoub, Luciane Buchanan, Tandi Wright et Errol Shand
Metropolitan filmexport – 1h45
Pierres qui roulent encore et encore


Après Paul McCartney, Madonna et Deep Purple au mois de juin, voici le dernier opus des Rolling Stones. Le groupe existe depuis 1962 ! Et vous savez quoi? Il est franchement pas mal ce disque des papys du rock.
C'est peut être la guerre, la chaleur, ou d'autres angoisses existentielles qui nous obligent à s'attacher à des vieilleries. Il peut s'y cacher une certaine consolation ou un souvenir de moment d'existence où tout semble plus serein.
Le nouveau disque des Rolling Stones fait un peu cet effet. On s'y sent tout de suite bien. Faut éviter la pochette hideuse (un peu moins pire que la précédente) Les guitares de Ron Wood et Keith Richards sont toujours aussi complices. Steve Jordan remplace parfaitement Charlie Watts. Darryl Jones confirme à chaque album qu'il est impeccable. Jagger, lui, fait du Jagger.
Il minaude et sa voix est protéiforme. A 82 ans, il a l'air en forme et les chansons montrent toute l'étendue de son talent. Une sorte de best of de Jagger, de la version fumeuse des années 70 à la voix rauque et sensible des années 90 et 2000. Ce disque est beaucoup moins anodin que les derniers efforts du groupe.
Il semble dire des choses sur quelques messieurs trop tranquilles. Jagger et Richards accordent leur son et profitent d'un producteur astucieux, Andrew Watt, qui les enferme un mois dans un studio avec des conditions de live. Peu de filtres donc, mais pas mal d'inspiration. Ils reçoivent aussi la visite de quelques amis comme Robert Smith et Chad Smith. Ça stimule. On est en tout cas loin de l'ambiance d'un ehpad !
C'est rugueux, futé et ils ont quelque chose de rassurant sur ce Foreign Tongues. Par les choix de style (c'est vrai que Jealous Lover est une cure de jouvence), les papys montrent une vitalité qui fait plaisir à entendre. On est à mille lieux des chefs d’œuvre blues du groupe mais il y a des mélodies et de l'émotion dans ce disque inattendu finalement. Ils font ce que l'on attend d'eux mais le plaisir semble presque revenu.
Octogénaires, les Rolling Stones ont quand même donné quelques purges où l'on sent qu'il n'y a plus de plaisir, d'envie ou de joie. Pour compléter cet article, voici donc les mauvais albums des Stones.

Impossible alors de ne pas parler de Dirty Work, le bien nommé. Ce fut la plus grosse crise des Stones. Après ce disque, les Glimmer Twins se sont séparés. Richards ne supportait pas l'idée que Jagger se lance dans une carrière solo. L'enregistrement se fait dans la douleur et tout le monde soupçonne le chanteur de se garder les bonnes chansons pour lui. En tout cas, il livre ici les pires avec son vieil ami.
De plus, la section rythmique est à la ramasse. Bill Wyman s'entiche d'une jolie jeune fille de 14 ans et Charlie Watts est dans le dur au niveau des addictions (on découvre pour la première fois Steve Jordan pour le suppléer). Comme d'habitude, Ronnie Wood garde son calme légendaire. Les Stones sont totalement à la dérive.
Encore aujourd'hui, le disque est dur à suivre. Le son est trop eighties. La pochette tout en fluo montre à quel point les Stones sont loin de leur base initiale. Richards s'offre un reggae paresseux (too rude) et on entend des synthés qui enterrent définitivement l'affaire. Les deux têtes pensantes vont bouder un sacré bout de temps avant de se retrouver...
Mais Dirty Work est une vraie rupture. La créativité des Stones à ce moment là ne sera plus la même. Ils avaient l'art de se confondre avec les modes et les époques. Désormais les Stones devaient assumer leur statut de groupe longue durée donc catalogué. Et stéréotypé.

Avec l'album suivant, Steel Wheels puis l'excellent Voodoo Lounge, le groupe va donc s'asseoir sur son trône fait de blues et de riffs pour ne plus en bouger. Les rois fainéants ! Ce que va confirmer A Bigger Bang en 2005.
La machine à cash est enclenchée et les Stones font semblant de créer. Foreign Tongues a quelque chose de virevoltant, qui aurait même de l'intérêt sur scène. Rien ne sort de A Bigger Band. Tout sonne plat. L'ennui endort toutes les mélodies.
Les Stones ne font ça que pour justifier une tournée onéreuse. Enregistré au Château de Fourche, le disque n'a aucun appétit. C'est un appel d'offres. Les Glimmer Twins sont en pilotage automatique et la seule chose positive de tout cela, c'est le tournage du documentaire de Martin Scorsese, Shine a light, qui parvient à retrouver un peu de la grandeur stonienne. Autrement : rien de chez rien !
Mais ne boudons pas notre plaisir: Foreign Tongues est un bon album des Rolling Stones. La pop et le blues se complètent parfaitement. La surprise est bien là. On s'étonne de cette cure de jouvence. Reste à savoir si ça sera le dernier ! Ça aussi c'est une question qui devient éternelle
Les voix australes : Tropical fuck storm, Folk Bitch trio, Now would be a Good Time, Courtney Barnett

Bon depuis plusieurs jours nous vivons dans des conditions extrêmes. Koh Lanta à côté, c’est un bac à sable. La France brûle et nous, nous sommes de la cire au soleil. On n’a rien à envier à des pays habitués à des trucs chelous, des vies dangereuses ou des environnements néfastes.
La Bourgogne est devenue la Tasmanie. Mettez un kangourou dans votre jardin et hop vous verrez : vous vivez dans les mêmes conditions qu’en Australie, le pays où tous les animaux veulent vous tuer, y compris la mignonne grenouille verte à large bouche.
Voilà à l’occasion de jeter une oreille sur la production musicale locale. Il n’y a pas que AC/DC, INXS et Midnight Oil. Les artistes survivent dans des contrées dangereuses, sous un cagnard infernal, et certains y trouvent une inspiration sympathique, elle aussi décalée et atypique.

On sera donc sensible à un groupe australien venu de Melbourne : Tropical fuck storm. Un nom qui résume bien notre situation dans notre hexagone si poli et gentil. Eux, ce n’est pas le cas. Ils ont dans leur musique, une sauvagerie plaisante à l’oreille.
Comme un crocodile affamé, le groupe désarticule un blues spontané ou un rock qui ne renierait pas l’ami Tom Waits. C’est une musique de fin de soirée, lorsque les rêves et les cauchemars se donnent rendez vous.
C’est une vraie petite enquête que mène le groupe dans ce quatrième album nommé Fairyland Codex. Les musiciens se promènent dans des contrées mystérieuses et reviennent avec des sons assez arty mais qui fascinent. A l’image de leur jolie pochette.
Le disque est un piège car on y revient pour y trouver des indices. On ne sait pas si c’est du lard ou du cochon. Sont-ils prétentieux. Ou simplement des descendants de Zappa ? On ne sait pas trop mais le soleil leur a vraiment tapé sur la tête !
Venu de Melbourne, le groupe a un fameux concurrent en ville avec un trio au nom tout aussi agréable : Folk Bitch trio. Elle ne cherche pas un duel avec Tropical Fuck Storm mais ce groupe féminin a de sacrés armes pour réaliser de belles ritournelles qui pourraient scotcher une audience plus large que l’Australie.
Nous ne sommes plus dans le brillant foutraque mais dans la douce harmonie et une folk réinventée. Les trois musiciennes se connaissent depuis le lycée et c'est bien ce que l’on entend dans leur premier effort: de la connivence et de l’amitié. Now would be a Good Time est un album qui vous promène dans de belles mélodies, des voix incroyables et vous ferait croire que la vie est bien douce.
Heureusement les demoiselles ne manquent pas d’ironie. Leurs arrangements sont vintage mais leur art conserve quelque chose de très contemporain. Elles n’ont donc pas peur de se placer derrière les Crosby Stills Nash & Young et vénérer Brian Wilson ou Joni Mitchell. Dans un pays où la nature est prête à vous dévorer, où les origines sont pénitentiaires pour la plupart des habitants, où les tempêtes et les chaleurs sont dévastatrices, où tous les sports se basent sur les techniques du bourre pif, on tombe sur un objet fait uniquement de nuances et de grâce. Une élégante contradiction qui fait aussi le charme de ce pays plus que mélomane.
D’ailleurs une autre artiste australienne avait montré la voie: la sauvage Courtney Barnett. Le succès lui est tombé dessus et ça lui a coupé un peu la parole. Cela faisait cinq ans qu’elle n’avait rien écrit. C’est justement son écriture spontanée et sa musicalité directe qui nous touchent. Ce quatrième album continue de montrer une artiste qui n’aime pas les artifices et travaille un style dépouillé mais organique.
Impossible de résister à sa voix prudente et enthousiaste et son jeu de guitare simple mais enjoué. Elle crame désormais sous un soleil californien mais il lui donne autant de vitamines qu’à ses débuts du côté de Melbourne (décidément).
Ses chansons sont de petites bénédictions hédonistes: cette façon d’éviter la sophistication ressemble à un pied de nez au quotidien. On devine la plénitude qu’elle trouve dans ses accords et ses refrains. Elle parvient à nous partager cette joie mesurée.
Alors la conclusion sera des plus faciles. Je commence à transpirer à grosses gouttes et je m’en vais prendre une septième douche: ces trois œuvres sont de vraies bouffées de fraîcheur.

On sera donc sensible à un groupe australien venu de Melbourne : Tropical fuck storm. Un nom qui résume bien notre situation dans notre hexagone si poli et gentil. Eux, ce n’est pas le cas. Ils ont dans leur musique, une sauvagerie plaisante à l’oreille.
Comme un crocodile affamé, le groupe désarticule un blues spontané ou un rock qui ne renierait pas l’ami Tom Waits. C’est une musique de fin de soirée, lorsque les rêves et les cauchemars se donnent rendez vous.
C’est une vraie petite enquête que mène le groupe dans ce quatrième album nommé Fairyland Codex. Les musiciens se promènent dans des contrées mystérieuses et reviennent avec des sons assez arty mais qui fascinent. A l’image de leur jolie pochette.
Le disque est un piège car on y revient pour y trouver des indices. On ne sait pas si c’est du lard ou du cochon. Sont-ils prétentieux. Ou simplement des descendants de Zappa ? On ne sait pas trop mais le soleil leur a vraiment tapé sur la tête !
Venu de Melbourne, le groupe a un fameux concurrent en ville avec un trio au nom tout aussi agréable : Folk Bitch trio. Elle ne cherche pas un duel avec Tropical Fuck Storm mais ce groupe féminin a de sacrés armes pour réaliser de belles ritournelles qui pourraient scotcher une audience plus large que l’Australie.
Nous ne sommes plus dans le brillant foutraque mais dans la douce harmonie et une folk réinventée. Les trois musiciennes se connaissent depuis le lycée et c'est bien ce que l’on entend dans leur premier effort : de la connivence et de l’amitié. Now would be a Good Time est un album qui vous promène dans de belles mélodies, des voix incroyables et vous ferait croire que la vie est bien douce.
Heureusement les demoiselles ne manquent pas d’ironie. Leurs arrangements sont vintage mais leur art conserve quelque chose de très contemporain. Elles n’ont donc pas peur de se placer derrière les Crosby Stills Nash & Young et vénérer Brian Wilson ou Joni Mitchell. Dans un pays où la nature est prête à vous dévorer, où les origines sont pénitentiaires pour la plupart des habitants, où les tempêtes et les chaleurs sont dévastatrices, où tous les sports se basent sur les techniques du bourre pif, on tombe sur un objet fait uniquement de nuances et de grâce. Une élégante contradiction qui fait aussi le charme de ce pays plus que mélomane.

D’ailleurs, une autre artiste australienne avait montré la voie : la sauvage Courtney Barnett. Le succès lui est tombé dessus et ça lui a coupé un peu la parole. Cela faisait cinq ans qu’elle n’avait rien écrit. C’est justement son écriture spontanée et sa musicalité directe qui nous touchent. Ce quatrième album continue de montrer une artiste qui n’aime pas les artifices et travaille un style dépouillé mais organique.
Impossible de résister à sa voix prudente et enthousiaste et son jeu de guitare simple mais enjoué. Elle crame désormais sous un soleil californien mais il lui donne autant de vitamines qu’à ses débuts du côté de Melbourne (décidément).
Ses chansons sont de petites bénédictions hédonistes : cette façon d’éviter la sophistication ressemble à un pied de nez au quotidien. On devine la plénitude qu’elle trouve dans ses accords et ses refrains. Elle parvient à nous partager cette joie mesurée.
Alors la conclusion sera des plus faciles. Je commence à transpirer à grosses gouttes et je m’en vais prendre une septième douche : ces trois œuvres sont de vraies bouffées de fraîcheur.
Tropical fuck storm | Fairyland Codex
Folk Bitch trio | Now would be a Good Time
Courtney Barnett | Creature of habit
Disclosure day, Steven Spielberg, Universal


On le dit tout de suite : Steven Spielberg ne signe pas son chef d’œuvre. Il réalise néanmoins le meilleur épisode de la série X Files.
Parce que oui, il est revenu à l’une de ses passions premières : les petits hommes verts. Le début du film s’ouvre sur un match de catch. Une façon pour Spielberg de dégager directement la vulgarité de l’entertainment yankee et de passer à autre chose.
En quelques scènes, nous rentrons dans une ambiance sombre, faite de faux semblants et de mystères opaques. On retrouve le rythme de Tintin qui a tellement marqué l’auteur d’ET. Sauf que le héros ici est un type auquel on s’attache automatiquement. Un héros spielberguien : un homme ordinaire en face d’une situation extraordinaire.
Le réalisateur double la mise avec une présentatrice de météo qui se met à parler d’autres langues dont une venue de l’espace. Une fois encore, c’est une femme qui va se faire entrainer dans un complot implacable qui la dépasse.
Et tout le film est lui aussi un faux semblant : ce n’est pas un film de science-fiction mais plutôt un thriller avec un début mystérieux et une fin qui a la tête dans les étoiles. Entre temps, on plonge dans une paranoïa orwellienne et un pessimisme apparent qui rappelle Minority Report ou La Guerre des Mondes.
Sauf que Spielberg prend le parti de défendre l’émerveillement. Comme toujours, il faut voir comment il souligne les regards de tous les personnages, y compris le méchant, machiavélique à souhait et joué avec intelligence par un Colin Firth très appliqué.
Il doit défendre un scénario pas si convaincant. Le film est une démonstration de mise en scène qui dépasse les faiblesses d’une histoire signée par David Koepp, complice du réalisateur depuis Jurassic Park. Après réflexion, le film serait une faible série B s’il n’y avait pas la présence virtuose du cinéaste et de son vieux complice de toujours, John Williams.
Steven Spielberg avait ces derniers temps une tendance à rendre hommage au classicisme qui l’avait fait rêver quand il était jeune. Il se sert de ce scénario un peu placide pour enchaîner des scènes prenantes et qui refuse d’être anodine. Même une discussion banale dans une voiture semble avoir été pensée pour donner le tournis et introduire le moment suivant qui fera monter un peu plus d’intensité. Disclosure Day est un film virevoltant.
On excuse donc quelques facilités de production parce que l’auteur de Rencontres du 3e type est en pleine confiance. Il câline les acteurs, propose des hommages à Hitchcock qu’on n’imagine plus en 2026 et crache avec une rare politesse sur le règne de Donald Trump.
Son film ose ainsi la sensibilité et la douceur. Il permet d’apprécier les symphonies mélancoliques de John Williams. Il soulève une question de spiritualité.
Effectivement, comme dans la série X Files, il apparaît une description étrange de l’humanité, presque baroque, dans une œuvre au sujet spectaculaire qui aurait dû se suffire à lui-même. Disclosure Day ne ressemble à aucun autre blockbuster actuel. Il en devient de temps à autre déconcertant. Mais il fait appel à notre intelligence et nos vertus naturelles. Hors de toute mode, le film est un ovni !
Au cinéma le 10 juin 2026
avec Josh O'Connor, Emily Blunt, Colin Firth et Eve Hewson
Universal - 2h20
Splendeurs du baroque, Peintures de la Hispanic society of America, Musée Jacquemard-André,


Né trente ans après Nelly Jacquemard, Archer M. Huntington (1870-1955) a, comme elle, patiemment constitué une riche collection d’œuvres d’art. Si Nelly et son mari Édouard André aimaient particulièrement l’art de la Renaissance italienne, Huntington s’est, dès sa jeunesse, passionné pour l’art hispanique.
Héritier de l’immense fortune de son père, un magnat des chemins de fer, il a consacré sa vie à acquérir à New York, Paris et Londres, notamment, des peintures, sculptures, objets d’art, estampes et photographies, rassemblés en 1904 dans un musée espagnol, au nord de Manhattan : la Hispanic Society of America.
Le musée Jacquemard-André présente une sélection d’œuvres issues de cette immense collection, des peintures emblématiques du Siècle d’or espagnol – période de rayonnement culturel de la monarchie catholique espagnole qui s’étend en réalité sur deux siècles, de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, à la mort du dernier Habsbourg d’Espagne en 1700.
On peut regretter que l’exposition ne donne des précisions sur cette période – ainsi que sur la Hispanic Society of America – que dans la 6e salle du parcours. La configuration de l’espace de déambulation, par ailleurs exigu, explique sans doute ce choix.
Une brève généalogie des Habsbourg d’Espagne aurait aussi pu être utile pour mieux situer les différents monarques les uns par rapport aux autres. L’ancêtre de cette dynastie est Philippe Ier de Habsbourg, qui épousa la fille des rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon ; lui succédèrent Charles Quint, puis Philippe II, Philippe III et Philippe IV dit « le Grand », dont le seul fils survivant, Charles II, dit « l’Ensorcelé » en raison de ses tares, mourut sans descendance.

La première salle présente de très beaux portraits du roi Philippe IV, par Juan Carreño de Miranda (1614-1685) et de son épouse Isabelle de Bourbon, fille d’Henri IV, par Diego Velázquez (1599-1660), ainsi que de dignitaires à la cour d’Espagne, notamment celui d’un sémillant officier par le Néerlandais Anthonis Mor / Antonio Moro (1519-1575).
On peut y voir aussi une extraordinaire peinture d’apparat funèbre, sorte de monumentale Vanité : Marie-Louise d’Orléans, reine d’Espagne, en chapelle ardente, par Sébastián Muñoz (1654-1690). Marie-Louise, morte à vingt-six ans seulement, était la fille aînée de Philippe d’Orléans (le frère de Louis XIV), épouse malheureuse de Charles II auquel elle n’avait pas pu donner d’héritier.
Au-dessus du catafalque, des angelots éplorés tiennent des phylactères dont les inscriptions latines signifient : « Les lys ne fleurissent pas éternellement » et « La force et la dignité sont ses vêtements et elle rit de l’avenir ». Par cette mise en scène grandiose du deuil royal, cette œuvre proclame l’immortalité de la Couronne et de l’Église.

La salle suivante évoque le statut de la peinture religieuse au temps de la Contre-Réforme catholique (des années 1540 aux années 1640), entre mysticisme et humanisme – des concepts complexes.
Elle confronte deux artistes à la conception spirituelle et au style très différents : Luis de Morales (1510-1586), d’une part, maître de la peinture de dévotion privée et tenant d’une mystique populaire ; Domínikos Theotokópoulos, dit El Greco (1541-1614), d’autre part, maître de la peinture de cabinet érudite et tenant d’une mystique néoplatonicienne. Parmi ses portraits de saints, un profil de saint François d’Assise en extase, brossé avec une touche vibrante sur un fond noir, est particulièrement expressif.

Dans les trois salles suivantes, les œuvres religieuses d’artistes originaires d’Amérique ou venus d’Espagne en Amérique racontent l’invention d’une peinture baroque latino-américaine à la suite de la colonisation par la monarchie espagnole de vastes territoires depuis le sud des États-Unis actuels jusqu'aux confins de l'Amérique du Sud .
Une carte de cet empire espagnol avec les vice-royautés de Nouvelle-Espagne (capitale : Mexico) et du Pérou (capitale : Lima), aurait été la bienvenue à cette étape du parcours. Elle aurait aussi permis d’y situer ces nombreux artistes peu connus.
Les œuvres présentées dans la salle 3, exécutées entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècle en Amérique du Sud par des autochtones, sont très originales. Elles témoignent d’un métissage entre les cultures espagnole et américaine.
Le panneau Les Noces de Cana (1696), dû au Mexicain Nicolás de Correa, est un somptueux exemple d’enconchado : un genre pictural né au Mexique au XVIIe siècle, inspiré de la technique des laques japonaises, consistant à « incruster de nacre » certaines parties d’un tableau (ou d’un paravent) peint à l’huile sur bois. À la préciosité des éclats de nacre s’ajoute celle des brocarts dorés appliqués sur le panneau, la complexité du décor et la finesse des visages peints.

Dans les salles 4 et 5, les autres peintures produites en Amérique, de techniques plus classiques (des huiles sur toile, mais aussi une très grande huile sur cuivre), se distinguent de leurs contemporaines espagnoles par une esthétique plus exubérante et décorative.
Elles s’avèrent cependant d’une qualité inégale quant aux proportions des corps, à la finesse des visages et aux accords chromatiques, les artistes n’ayant pas bénéficié de formations académiques et pratiquant la copie d’après des gravures d’œuvres européennes (espagnoles, italiennes et flamandes, notamment).
Certaines paraissent un peu naïves et maladroites au regard des portraits de Velázquez présentés salle 7 – plusieurs copies d’après le maître, un Portrait de paysan par Jusepe de Ribera (1591-1662), et une œuvre originale, le fameux Portrait de jeune fille au modelé très doux, rare portrait d’enfant et joyau de la Hispanic Society of America.
Le propos de la dernière salle, qui conclut sur un apogée du baroque à Séville et Madrid, à la fin du Siècle d’or, n’est pas très clair : il revient sur Carreño de Miranda, l’auteur du portrait de Philippe IV visible en salle 1, et évoque Francisco de Zurbaran (1598-1664), qui n’appartient pas à la nouvelle génération d’artistes ayant "adopté un style plus théâtral" après la mort de Velázquez (en 1660).
Si le Napolitain Luca Giordano (1634-1705), invité à la cour de Charles II, adopte en effet un style flamboyant, son prédécesseur, Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), offre un contrepoint à cette esthétique avec une Vierge à l’Enfant (autre perle de la collection) dont la grâce et la sensibilité annoncent le siècle des Lumières.

jusqu’au 2 août 2026
Musée Jacquemart André, Paris XIX
TP 19€
Des Minions et des monstres, Pierre Coffin, Illumination, Universal Pictures


Des minions, des monstres, et pas de scénario. (Si j'étais aussi paresseux que les scénaristes du dernier opus en date de nos personnages jaunes préférés, j'arrêterais là ma chronique...)
Mais je vais vous en dire un tout petit peu plus. Pas trop non plus, parce que le film ne mérite pas qu'on fasse des efforts pour lui.
Un jour de canicule, me voici donc au cinéma avec ma fille de 7 ans pour voir Des minions et des monstres. Une fois n'est pas coutume, la salle est comble en ce mercredi après-midi, et c'est toujours joyeux de voir tout plein d'enfants heureux et enthousiastes.
Le film commence très bien : il retrace la grande Histoire des Minions qui parcourent le monde à la recherche du grand vilain digne de devenir leur Big boss. Mais c'est sans compter sur James, un Minion pas comme les autres qui ruinent tous les projets de ses congénères. James y perdra un chef et l'estime des siens, mais y gagnera un ami pour la vie en la personne d'Henri, son plus grand fan. Car James est un entertainer dans l'âme, c'est un Minion qui rêve d'inventer des histoires pour divertir les autres.
Toute cette première partie sur l'errance des Minions et la rencontre du duo James-Henri est vraiment drôle, et je n'avais jamais aussi bien compris la langue des Minions !
La seconde partie, quand ils arrivent à Hollywood, est elle-aussi assez réussie. Elle est le prétexte à des nombreux clins d'yeux aux parents cinéphiles qui accompagnent leur progéniture. Car les Minions se tapent l'incruste dans tous les chefs-d’œuvre des débuts du cinéma : ils apparaissent dans les films des frères Lumières, ce Chaplin ou de Méliès, notamment.
On rigole bien... jusqu'à ce que les scénaristes trouvent le moyen de nous mener à la scène vue et revue où un monstre gigantesque et très méchant détruit la moitié de la ville avant d'être stoppé. C'était tellement ennuyeux que je suis parvenu à m'endormir malgré le bruit assourdissant des explosions. J'ai été réveillé par ma fille qui était mal à l'aise face à ce déchainement de violence gratuite.
Son verdict à la sortie : c'était nul.
Au cinéma le 24 juin 2026
1h 29min |




