Une jolie guitare sèche. Des notes nuancées. Une simplicité que l’on entend plus. Puis une voix. féminine. Courte mais aventureuse. Les phrases sont espiègles. Le ton est léger. Des cordes viennent se coller à la jovialité de la chanson. Comment allez vous aujourd’hui ? Très bien quand quelqu’un vous prend par la main (ou plutôt les oreilles) et vous demande de vous détendre et de voir les choses autrement.
Wendy Eisenberg fait très bien cela avec une économie de moyens. Elle nous charme avec sa première chanson puis la seconde est tout légèrement un peu plus agressive. Il faut dire que la jeune femme en a gros sur le cœur. Elle partage. Il y a beaucoup de nostalgie dans sa voix et sa guitare se veut l’expression du temps qui passe, des vies qui doivent s’improviser et des amours toujours volatiles et douloureux.
C’est une écriture assez romanesque qu’elle nous propose. Les instruments sont utilisés avec une subtilité qui ressemble à une véritable mise en scène. Il y a vraiment quelque chose de théâtral dans cet album à l’humilité très appréciable, comme une confession d’ami de longue date.
On trouve aussi un lien très fort lorsque l’on écoute le dernier album de Shabaka. Ce monsieur joue du saxo et le son nous traverse dès les premières notes de Of the Earth. Le saxo sera notre guide dans une œuvre de jazz, très libre sans être difficile d’accès.
C’est ce que l’on peut reprocher au jazz : être élitiste. Ici, ça sort comme si cela venait de la rue ou de la campagne. Les instruments à vent nous poussent vers la liberté. De ton ! Les compositions sont contemporaines, se diluent dans les genres.
Pourtant dans l’agitation, se devine une invitation à la méditation. La radicalité peut se faire encore une fois dans les nuances. Les flûtes et le saxo sont des compagnons bienveillants qui effectivement nous proposent d’observer les choses sur Terre ou en l’air de façon différente.
Autre instrument à nous transcender: l’accordéon. On l’entend dans le premier titre de l’album Nothing’s about to happen to Me de la chanteuse Mitski. Elle nous chante l’Amérique mais à sa manière. Assez baroque. Totalement surprenant. L’accordéon fait entrer ses amis pour un petit concerto qui va devenir la porte d’entrée sur un album farfelu et terriblement humain.
Voilà une artiste qui ne veut pas se laisser aller à la facilité. On pense même à la Aimee Mann lorsqu’elle faisait des musiques pour les films de Paul Thomas Anderson. C’est un style americana fait de briques et de (b)rock !
L’artiste n’a pas peur de se triturer l’âme, le corps et l’esprit pour sortir des couplets qui ne ressemblent jamais au suivant. C’est un disque polymorphe qui ne veut pas s’arrêter à un standard et surtout dépeint la personnalité de la chanteuse. C’est plus complexe qu’il n’y paraît. Le disque s’échappe. Nous prend par la main. Les œuvres nous surprennent. De la nuance, bordel, de la nuance.
Ça nous fait tellement de bien !



