De la décadence. Des utopies. Des réalités. Le cinéma de Xavier Giannoli tourne autour de quelques thèmes. Qu’est ce que c’est passionnant !
Pourtant le nouveau film de Xavier Giannoli a tout du truc boursouflé, l’envie de trop d’un réalisateur français qui sait se promener dans la culture française. Car il a ses obsessions. Précieuses et universelles. Dans tous les genres, il marque son empreinte. Pas toujours avec classe mais avec un vrai savoir-faire. On est toujours entre la démonstration et la passion.
Les rayons et les ombres est la suite logique des Illusions Perdues. C’est un calque, à l’époque sombre de la collaboration. Mais c’est toujours la même intrigue : un individu, présomptueux, qui se perd dans la réalité d’un monde qui le dépasse. C’était le sujet de tous les autres films de Giannoli. Ici, il s’agit de Jean Luchaire, journaliste qui rêve d’une paix avec l’Allemagne.
On a le droit d’apprécier davantage un film comme A l’Origine, car il exprime le réel et l’époque. Néanmoins Les Rayons et les ombres est une œuvre habile qui se veut le reflet de notre époque. On a beau être en 1940, les situations ont de lourdes similitudes avec aujourd’hui.
Il y est question de maladie infectieuse envahissante, d’extrême droite qui progresse, d’intellectuels corrompus et de guerres idiotes. Ça ne vous rappelle rien? Giannoli prend plus de trois heures pour vous faire entendre les répétitions éternelles d’une Histoire qui en devient pathétique.
En même temps, il rend ce temps foisonnant. Comme tous ses autres films, il en fait une fresque qui frétille autour de la morale et de l’éthique. Il y a les références mais, surtout, il y a chez ce type là une gourmandise de cinéma populaire.
Là encore, il y a quelques intellectuels qui vont s’étouffer avec ce long film historique, en pleurant le manque d’énergie contemporaine. Il y a dans toute cette démarche, une envie de cinéma. Les images sont belles. Les personnages sont simplement atroces et pathétiques. Mais la reconstitution est impressionnante.
Il y a de l’emphase dans la description du petit monde parisien et de l’ampleur dans les caractérisations des personnages. Jean Dujardin est évidemment très bon car c’est un expressionniste : le visage tendu et l’émotion dans tout son corps. Oui, il est excellent quand il doit être un père attentif et un collabo fatigué dans la même scène. Il passe d’un progressiste à une ordure en quelques scènes mais on devine l’humain constamment. Troublant.
Donc gênant dans une époque où il faut que tout soit clean et propre. Dans les années 40, nous sommes effectivement dans les zones grises de l’humanité et de la bienpensance. On déteste ce que l’on voit mais le film s’obstine à nous renvoyer à nous-mêmes et ce qui nous entoure.
C’était déjà le but du très réussi Les Illusions Perdues. Le style est élégant mais ce qui est montré est monstrueux. Giannoli aime nous mettre mal à l’aise mais avec le respect des conventions et un certain bon goût cinématographique.
Ça ne peut pas plaire à tout le monde mais bon, une œuvre fleuve qui nous montre comment un idéaliste admirable peut devenir le pire des enfoirés ne peut pas être un film de trois heures confortable et divertissant. Effectivement, les vertus de ce film sont rares : la démonstration et la passion. C’est du cinéma effectivement populaire. Abordable. Miroir d’aujourd’hui. Un vrai plaisir d’être enfermé longtemps dans une salle obscure.
Au cinéma le 18 mars 2026
avec Jean Dujardin, August Diel, Nastya Goloubeva et Philippe Torreton
Gaumont | 3h15

