Splendeurs et misères. Images de la prostitution de 1850 à 1910 », musée d’Orsay
Oct16

Splendeurs et misères. Images de la prostitution de 1850 à 1910 », musée d’Orsay

  « Splendeurs et misères » : le titre est tiré du roman de Balzac Splendeurs et misères des courtisanes, publié entre 1838 et 1847, soit juste avant la période traitée dans l’exposition du musée d’Orsay. La prostitution est un sujet forcément racoleur mais il est ici bien argumenté. En effet, la prostitution a été, particulièrement à Paris, un fait social de premier plan pendant le Second Empire (1852-1870) et la fin du XIXe siècle, objet de débats passionnés entre « abolitionnistes » et « règlementaristes », et un thème de prédilection pour les peintres. Concourant à la propagation de la syphilis qui faisait des ravages, il s’agissait aussi d’un problème très sérieux de santé publique, qui nourrit un imaginaire macabre chez certains artistes (comme Félicien Rops). Comme le montrent bien les premières sections de l’exposition, le statut des prostituées était alors ambigu car la prostitution était présente dans toutes les classes sociales, des « pierreuses » misérables en passant par les petites employées et vendeuses accordant leurs faveurs pour compléter leur maigre salaire, jusqu’aux courtisanes de haut vol adulées et prêtes à toutes les excentricités, les « grandes horizontales ». Il était dès lors difficile de les distinguer des « honnêtes femmes » et l’ambiguïté persiste dans la peinture. Replacés dans leur contexte social, des portraits de femmes, des scènes de rue, de cafés ou d’opéra s’éclairent d’un sens nouveau. A travers ce phénomène largement répandu à cette époque, c’est le regard des hommes sur les femmes qui est en jeu et, partant, la condition même des femmes. L’exposition présente un grand nombre d’œuvres, essentiellement des peintures à l’huile dont la plupart, hormis dans les dernières sections qui évoquent la « modernité », datent des années 1870-1880. Toulouse-Lautrec, connu pour sa tendresse envers les prostituées, est l’un des principaux peintres représentés, avec plusieurs huiles et pastels sur cartons en provenance d’Albi ou des États-Unis. Sont aussi convoqués, entre autres, les peintres Jean Béraud, Edgar Degas, Edouard Manet, Gustave Courbet, Emile Bernard, Vincent Van Gogh, Henri Gervex, plus tard Félicien Rops et Edvard Munch et, à la fin (dans les sections concernant la « modernité ), Kies Van Dongen et Pablo Picasso. Un effort particulier a été porté sur la mise en scène, confiée au scénographe Robert Carsen. Ce dernier explique (dans la vidéo de présentation, sur le site d’Orsay) comment il a reproduit sur les murs des nuances de rouge du XIXe siècle jusqu’à un rouge plus « moderne ». Un couloir tapissé de photos agrandies de rues de Paris où se trouvaient des maisons closes marque une transition entre les sections concernant l’espace public et celles traitant des maisons closes. C’est l’occasion d’entrer dans l’intimité de ces maisons, avec une pièce aménagée comme un salon d’accueil, puis...

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Elisabeth Louise Vigée Le Brun, Grand Palais
Oct12

Elisabeth Louise Vigée Le Brun, Grand Palais

Élisabeth Louise Vigée le Brun (1755-1842) a été le peintre officiel de Marie-Antoinette à partir de 1778 et a portraituré, au pastel ou à l’huile, toute la bonne société européenne lors de son exil jusqu’en Russie de 1789 à 1801. Tous les collégiens connaissent son portrait de Marie-Antoinette entourée de ses enfants, reproduit dans les livres d’histoire. Exceptionnellement douée, on compare son art à celui d’un Jean-Baptiste Greuze, son ami, ou d’un Maurice Quentin de la Tour. Elle a excellé particulièrement dans le portrait si légèrement idéalisé qu’il en paraît réaliste, ce qui plaisait beaucoup à ses contemporains. Sa très longue et prolifique carrière, à mi-chemin entre le XVIIIe et le XIXe siècle, lui a donné l’occasion de connaître aussi bien les fastes de l’Ancien Régime que les bouleversements de la Révolution française, l’Empire et la Restauration. Elle a été ainsi un témoin privilégié de l’histoire de France, de l’art de vivre des classes aisées, de l’évolution de la mode, et a croisé nombre de célébrités de l’époque telles que Hubert Robert ou la comtesse de Ségur. Pourtant, elle n’avait fait l’objet d’aucune rétrospective d’envergure avant celle du Grand Palais ; seuls les États-Unis, dont proviennent beaucoup des tableaux exposés, lui avaient consacré une exposition monographique en 1982. L’exposition du Grand Palais suit, en quinze sections, la chronologie de sa vie depuis les années de formation jusqu’à son retour à Paris après l’exil, et s’arrête sur quelques points d’intérêt : ses nombreux autoportraits, la portraitiste de la cour, la peinture de l’enfance et de l’amour maternel, la pratique du pastel et de la peinture à l’huile, notamment. Cette segmentation permet de scander une présentation très complète, sur deux étages, qui pourrait sinon être fastidieuse. Parmi les sections les plus intéressantes figurent celle consacrée à ses rivales en peinture, notamment Adélaïde Labille-Guiard, totalement oubliée aujourd’hui, et aux cours qu’elle a donné à d’autres femmes peintres, ou celle consacrée à ses portraits d’enfants, notamment de son frère Étienne (au début de l’exposition), de sa fille Julie, et de délicats portraits de bébés. Les commissaires de l’exposition ont réussi à réunir plusieurs œuvres issues de collections particulières, comme un charmant portrait de Julie Le Brun se regardant dans un miroir. La scénographie, sobre, met en valeur les œuvres en jouant uniquement sur les couleurs des murs – des tons pastels très doux (mauve, gris, vert, terre de Sienne… à l’exception d’un rouge vif dans les deux dernières salles) tirés des fonds très souvent unis des portraits – et un habile encadrement, au rez-de-chaussée, du magistral portrait de la reine avec ses enfants. Une grande carte de l’Europe présentant le parcours de l’artiste lors de ses...

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Youth
Sep19

Youth

En observateur perspicace et en réalisateur virtuose, Paolo Sorrentino fait de son film un florilège de scènes et de répliques mythiques : Miss Univers – « Dieu » – dans la piscine, le vieux couple guindé épié dans la forêt par les deux amis, un Maradona obèse retrouvant miraculeusement sa souplesse pour jongler avec une balle de tennis… Et une scène extraordinaire : le vieux chef d’orchestre heureux comme un enfant, dirigeant un improbable concert de clarines carillonnant au cou de vaches laitières !

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Contes Italiens
Juin23

Contes Italiens

Commence alors un voyage dans la Toscane ensoleillée, de Pistoia à Montepulciano, dont les palais révèlent parfois furtivement de somptueuses tapisseries et des peintures murales rappelant l’art de Giotto. De nombreuses images évoquent en outre des peintures célèbres, par exemple la belle amante nue de dos prenant la pose de la Vénus au miroir de Velazquez.

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Ex Machina
Juin15

Ex Machina

Le jeu des acteurs est impeccable : Oscar Isaac est méconnaissable en ermite inquiétant à la longue barbe noire et Alicia Vikander fait un androïde très convaincant, à la démarche gracieuse et au regard troublant de sphinx. Subtilement, les regards et les non-dits installent un climat de manipulation psychologique plus complexe qu’il n’y paraît.

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La Tête Haute
Mai28

La Tête Haute

Contrairement à Polisse, qui mêlait les histoires personnelles des policiers à leur vie professionnelle, La Tête haute se concentre sur l’adolescent, dont le visage et les mains, nerveux, sont filmés de très près, et son parcours – pas d’incursion dans la vie privée de sa juge et de son éducateur.

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Phoenix
Fév10

Phoenix

La principale qualité du film tient à l’interprétation ultrasensible de Nina Hoss, qui incarne à la fois le traumatisme des camps de concentration et une lutte intérieure entre amour, espoir et dégoût pour l’homme qui la torture. Elle ressemble à un petit oiseau malade, recroquevillé sur lui-même, voûté, les yeux immenses cernés par ses ecchymoses, et dans son regard intense se lisent à la fois son espoir fou, ses doutes, sa souffrance contenue, son extrême fragilité comme son étonnante force morale de survivante.

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Snow Therapy
Fév08

Snow Therapy

Justement présenté dans la section « Un certain regard » au Festival de Cannes 2014, ce drame de saison original et magistralement filmé s’interroge sur les réactions instinctives face au danger et présente une analyse psychologique très fine de la perception de l’autre dans le couple. Snow Therapy nous propose une curieuse expérience de psychologie sociale : soit un couple de Suédois et ses deux enfants venus se réunir en famille dans une station de ski des Alpes françaises ; alors qu’ils sont attablés dans un restaurant d’altitude, une avalanche se dirige vers eux ; le père de famille, pris de panique, s’enfuit en abandonnant femme et enfants, puis revient comme si de rien n’était, une fois l’avalanche maîtrisée. Comment sa femme va-t-elle réagir ? Comment la famille va-t-elle surmonter cette épreuve ? On pourrait s’attendre, d’après la bande-annonce, à une comédie nordique à l’humour glacial. Or il s’agit plutôt d’un drame en cinq actes pour cinq jours de ski, au rythme lent, qui pose des questions sérieuses et met plus mal à l’aise qu’il ne fait rire, ou alors nerveusement. Les questions qu’il soulève sont universelles (d’ailleurs, l’anecdote dont le réalisateur s’est inspiré était différente du prétexte qu’il a finalement imaginé – il s’agissait d’une fusillade en Amérique latine) : comment réagit-on face à un danger vital ? Est-ce l’instinct de survie individuelle qui prime ou bien l’instinct de protection de ses proches ? Qui peut réagir en héros et faut-il se sentir coupable si l’on n’en est pas un ? L’épouse suédoise, très choquée, s’efforce sincèrement de comprendre ce qui s’est passé et de sauver son couple. D’où de nombreuses discussions avec son mari ou avec des tiers pour tenter d’analyser la situation – une thérapie par la parole – et peu de scènes d’hystérie comme une véritable comédie aurait pu en montrer. La neige qui a fait émerger les problèmes d’un couple dont les liens s’étaient relâchés est aussi l’instrument apaisant de leur thérapie. Comme la station de ski et, plus largement, tout le massif montagneux et ses inquiétants canons à neige, théâtre du drame filmé en plan large, accompagné des vibrants violons de L’Eté de Vivaldi (mouvement du « presto » de L’Eté, dans Les Quatre Saisons), en introduction à chaque nouvelle journée, c’est un personnage à part entière. Immaculée, enveloppante, elle efface les aspérités et offre le silence feutré de ses grands espaces aux cris de désespoir des hommes. En plus de poser de manière pertinente des questions fondamentales, Snow Therapy présente plusieurs séquences filmées de manière très originale, qui cassent le rythme – que certains trouveront trop lent – et suscitent un regain d’intérêt ou bien ouvrent une porte sur l’irrationnel : caméra au poing, par exemple, pour une scène de ski dans le brouillard, caméra fixée sur un drone ludique qui percute l’un des convives d’un dîner, ou...

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Wild
Jan26

Wild

Nous sentons aussi d’emblée que ce périple sera bénéfique pour Cheryl et riche en enseignements à travers le contact – ou l’affrontement – avec la nature, et de belles rencontres humaines. Et cela fait du bien de voir une personne meurtrie se reconstruire tout doucement, de croire en une possible rédemption après un traumatisme.

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Les Nouveaux Sauvages – 2e avis
Jan20

Les Nouveaux Sauvages – 2e avis

Ecœurement devant cette sauvagerie qui devient parfois sanguinaire : âmes sensibles, s’abstenir… Il faut être réceptif à l’humour noir et au second degré, également suggéré par une musique décalée, plutôt euphorisante, pour apprécier la violence de ces petites comédies.

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A Most Violent Year
Jan12

A Most Violent Year

Dans ce film, pas de véritable méchant ou de parrain à affronter, pas de meurtre ou de bagarre spectaculaire, mais une violence urbaine banale dont les auteurs ne sont pas vraiment identifiés. Le réalisateur semble s’amuser à déjouer nos attentes après nous avoir menés sur des pistes qui semblaient connues.

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