Le rêve américain, Anthony Marciano, Gaumont

"Faut toujours poursuivre ses rêves" ou "rêvons plus haut"... le film d' Anthony Marciano a tout pour tomber dans la mièvrerie facile avec un message entendu 1000 fois. De temps en temps, c’est le cas mais au final, Le rêve américain de deux pieds nickelés enthousiastes se révèle très réjouissant.

On peut le dire: un feel good movie par les temps qui courent, c’est presque d’utilité publique. Le cinéma aime les bons sentiments et les histoires qui finissent bien. Le film raconte une histoire vraie. Les vrais protagonistes sont les producteurs du film. Il y a donc sûrement beaucoup de moments romancés. Le film attendrit à coup sûr certaines vérités.

On s’en fiche: on veut bien y croire. Deux passionnés de basket aimeraient tout faire pour approcher la NBA. Ils rêvent d’être agents de joueurs. Mais les deux zozos sont bien naïfs. Ils n’ont pas un sou en poche. Personne ne les attend.

Jérémy et Bouna veulent y croire pourtant. Ils s’accrochent à leur rêve de gosse. Ça leur fait oublier leur vie médiocre. A force de conviction, le duo découvre un beau jour, une petite pépite à Tourcoing.

Ce sera le début d’une aventure longue et très onéreuse. Anthony Marciano a la bonne idée de filmer cela à hauteur d’hommes. Jean-Pascal Zadi et Raphael Quenard sont les versions françaises de Wesley Snipes et Woody Harrelson, dans Les Blancs ne savent pas Sauter, film référence sur le basket et son incroyable fascination.

Les deux comédiens sont touchants et le duo fonctionne comme dans un buddy movie à l’ancienne. Très différents et complémentaires en même temps. Les marches de la gloire sont dures à grimper mais les deux compères vont se soutenir pour réaliser leur rêve.

En face d’eux, il y la description froide du capitalisme sportif avec de l’hypocrisie, de la malhonnêteté et des millions de dollars. Le film fait alors l’éloge de l’amitié et de la détermination. Une fois encore, le réalisateur évite les écueils de la bienveillance et du manichéisme. Les clichés sont présents mais c’est fait avec beaucoup de cœur et de conviction. Ça se sent à l’écran. C’est un film sur l’espoir. A chaque scène, on devine l’horrible pathos qui aurait pu tout gâcher.

Le long métrage joue avec les stéréotypes et s’en sort pas mal. La caméra s’attarde souvent sur les visages des héros. Leurs sourires sont parfois forcés mais la connivence est réelle. On ne repart pas de la salle avec un contrat avec la draft américaine mais avec un sourire chaleureux et assez spontané. Une heureuse surprise.

Au cinéma le 18 février 2026
avec Jean Pascal Zadi, Raphael Quenard, Djibi Diakhaté et Olga Mouak
Gaumont | 2h03

Alter ego, Nicolas & Bruno, Tandem

C’est vrai que l’on voit Laurent Lafitte un peu partout depuis quelques mois. Il ne faut pas être allergique au comédien pour voir Alter Ego, une comédie française qui a le bon goût de nous faire rire deux fois plus que d’habitude.

Nicolas et Bruno, inventeurs du mythique Message à Caractère Informatif, ont visiblement une petite obsession sur le thème de la dualité et du double. C’était déjà évident dans le cultissime La Personne aux deux Personnes. Une fois de plus, c’est un effet miroir qui va provoquer à nouveau tout un récit absurde et drôlatique.

Alex travaille à la Cogip et semble se satisfaire d’une morne existence. Il a une vie sans histoire. Une femme. Un enfant. Un collègue. Et une maison mitoyenne. De l’autre côté de sa demeure, vient s’installer Axel.

Le type est sportif, séduisant et marrant. Il a une femme splendide. Et ressemble à Alex. Avec des cheveux ! Mais personne ne semble remarquer ce détail. La femme d’Alex lui trouve même des airs de Julien Courbet. Mais le petit jeu des comparaisons devient insupportable pour l’employé de la Cogip.

C’est d’abord de la jalousie, puis de la rancœur et enfin cela tourne à l’obsession. L’emprise paranoïaque se met doucement en place. Le sens du détail fait la différence (et on ne parle pas que du postiche velu de Zabou Breitman). Les deux auteurs s’amusent une fois encore à dépeindre l’absurdité contemporaine et un monde du travail qui frise la folie.

On peut voir dans ce film, une plaisante allégorie de nos réseaux sociaux qui nous rendent fous et nous font croire à un monde meilleur ailleurs. L'image d'abord. Oui, il y a de ça dans Alter Ego. Mais cela ne s’arrête pas là. Alter Ego est tout d’abord une excellente comédie.

Simple dans sa réalisation, le film développe des personnages burlesques avec un sens du dialogue incroyable. Spectaculaire est bien entendu la performance de Laurent Lafitte. Il se régale en jouant deux types que tout oppose. Il est presque inquiétant dans chacun des rôles tellement il arrive à faire ressortir les défauts et les lâchetés cachés de chacun. Avec juste un sourire ou un regard.

Mais les deux réalisateurs offrent aussi un joli rôle à Blanche Gardin, parfaite en épouse attentive. Olga Kurylenko semble heureuse de s’échapper des figures hollywoodiennes. Marc Fraize a tout pour être le meilleur second rôle de l’année !

C’est cette petite troupe qui fait fonctionner le film de manière aussi réjouissante. Le fond du film n’est pas loin de la dépression mais la joyeuseté provient de cette entente impressionnante entre les comédiens.

La star est certes omniprésente mais soucieuse des autres. C’est un petit théâtre à l’intérieur et à l’extérieur de l’intrigue. Tout le monde semble beaucoup s’amuser : les situations sont délicieusement grinçantes et le plaisir est palpable à l’écran. Il faut toujours se méfier des apparences: une ambiguïté qui régale les acteurs !

On compare le minimalisme du film à celui de Quentin Dupieux mais les réalisateurs, eux, semblent savoir où ils vont. On ne va pas révéler la fin du film mais on apprécie la cohérence de tout le récit. 
La petite comédie sociale et critique glisse vers une contrée plus cinéphile tout en conservant son rythme soutenu de gags potaches et d’idées folles. C’est un film qui peut se découvrir avec plusieurs niveaux de lecture mais Alter Ego n’oublie jamais d'être une bonne comédie. Sa rigueur, son humilité et ses comédiens la rendent précieuse et d’un raffinement assez rare dans notre production franchouillarde.

Au cinéma le 4 mars 2026
avec Laurent Lafitte, Laurent Lafitte, Blanche Gardin et Marc Fraize
Tandem | 1h39

Diana Lixemberg, American Images, MEP-Paris

Un après-midi libre devant moi, l'envie d'aller voir une exposition tranquille, loin de la foule. Exit, donc, l'exposition Martin Parr au Jeu de Paume qui affiche complet. Pourquoi pas aller à la MEP, charmant lieu d'exposition du quartier St Paul, en plein cœur historique de Paris ? Bonne pioche car l'exposition Diana Lixemberg est remarquable !

Je n'avais jamais entendu parler de cette photographe sexagénaire d'origine batave installée depuis plus de quarante ans aux USA et me réjouis d'avoir découvert son travail.

L'exposition mêle des portraits de célébrités (Iggy Pop, Whitney Houston, Prince, Biggie, Tupac etc.) et de parfait·es inconnu·es, qui tous sont aussi beaux, aussi sensibles, aussi respectueux du modèle les uns que les autres. La photographe cherche manifestement à valoriser une personne, qu'elle soit connue ou pas n'y change rien. Et, surtout, elle parvient à saisir une profondeur chez ses modèles, à en dresser un portrait qui dépasse les apparences. D'ailleurs, Diana Lixemberg travaille à la chambre photographique 4×5 pouces, sur trépied, ce qui requiert patience et coopération du modèle et accroit la précision des photographies. Et elle sait se faire apprécier car elle ne triche pas.

A côté des portraits décalés de célébrités, Diana Lixemberg donne à voir la face cachée de l'Amérique entre bordels et quartiers défavorisés. Mais ce n'est jamais glauque ni misérabiliste. Diana Lixemberg n'exploite pas la misère, elle rend hommage à des individus qui n'ont pas forcément gagné à la loterie de la vie. Lorsqu'elle se rend dans un centre d'accueil pour sans-abris, elle prend en photo les résidents en extérieur, elle les sort de leur condition.

Ce que j'ai trouvé très beau, c'est la façon dont Diana Lixemberg tombe amoureuse de ses modèles, au point de transformer ce qui devait n'être au départ qu'une commande temporaire en un travail au long cours, en un grand projet documentaire et social.

Ainsi, son reportage photographique sur un quartier de Los Angeles après les émeutes de 1992 se transforme en une série documentaire de plus de trente ans (“Imperial Courts") ! On y voit un quartier défavorisé et la force de ses habitants qui reconnaissent la bienveillance de la photographe qu'ils finissent par surnommer The Lady picture.

Dans la même veine, j'ai aussi beaucoup aimé la série “The Last Days of Shishmaref” (encore une série au long cours !) qui montre une communauté en Alaska littéralement menacée de destruction par le bouleversement climatique.

Ce qui est constant, c'est qu'avec Diana Lixemberg, que l'on soit célèbre ou pas, tout le monde est beau !

Jusqu'au 24 mai 2026
Maison Européenne de la Photographie Paris
, Paris IVème
TP 13€

Scream 7, Kevin Williamson, Paramount Pictures

Alors, normalement, au numéro sept d’une saga horrifique, on baigne dans le grand n’importe quoi et la répétition idiote. Pourtant ce nouveau Scream se révèle attachant, à défaut d’être réussi.

Comme toute bonne suite tardive (la saga fête ses 30 ans tout de même), Scream 7 a de sacrés défauts. Les seconds rôles sont de la chaire à saucisse pour l’épouvantable Ghostface et son couteau bien aiguisé. La première scène résume assez bien l’intention générale.

Bobby et Bobette, fans de l’histoire de Woodsboro et des films qui en découlent, ont eu la bonne idée de louer pour un soir la maison légendaire de Ghostface… et hop, qui voilà, qui voilou? Un vrai Ghostface. Neuneus, Bobby et Bobette vont y passer et ce septième Ghostface se révèle assez iconique et d’une redoutable efficacité pour découper du décérébré.
Pourtant la réalisation est peu originale. Les producteurs sont allés chercher Kevin Williamson. Le scénariste original de la série. Mais c’est un scénariste et pas un réalisateur. Il semble bien comprendre l’univers de Scream (beaucoup de clins d’œil au travail de Wes Craven) mais c’est un peu mou du genou. Sauf lorsqu’il observe son tueur quasi spectral. C'est vrai qu'il le sublime.

A côté de cela, l'aspect Agatha Christie sombre dans le ridicule. Au lieu de frissonner, le final de cet épisode fait rigoler et se révèle assez prévisible. Rien de grave. Cela fait bien longtemps que l’on regarde Scream pour ses meurtres caricaturaux et peu réalistes.

Le discours meta fut gommé dans les deux derniers volets et semble un peu revenir dans ce volet marqué par le retour de Neve Campbell. Là, le film devient intéressant avec cette figure de Scream Queen, fatiguée et lassée par la persécution autour de sa personne et de sa famille.

Le personnage est devenu cynique et pas du tout sympathique : au moindre doute, elle sort son revolver et tire sans regarder ! Elle refuse son statut d’héroïne et c’est ce qui rend le film intéressant. Neve Campbell est excellente. Pour elle, on veut bien suivre un scénario balisé.

Mais on devine de la fatigue (la production de ce produit de consommation fut assez houleuse) et une mélancolie qui ne semble plus avoir prise sur son époque. Williamson n’était pas le meilleur choix. Il semblait logique. Un artisan boucher et charcutier serait peut-être plus sensible sur le sujet pour le huitième numéro qu’on espère plus surprenant.

Au cinéma le 25 février 2026
Avec Neve Campbell, Courteney Cox, Joel McHale et Isabel May -

- 1h55

Stand by me, Rob Reiner, Columbia 1986

Troisième film du regretté Rob Reiner, Stand By Me appartient à cette catégorie rare des films pour enfants, mais en fait pas vraiment ! On s’explique dans cet article.

Sous influence de Steven Spielberg, les années 80 ont pondu des films pour un public jeune mais avec un ton tout à fait particulier. Par exemple, le film de Joe Dante, Gremlins, reste un authentique film d’horreur. Pour enfants.

Brisby et le secret du Nimh est un surprenant dessin animé, qui fait encore aujourd’hui très peur. Les auteurs de l’époque semblaient sonder la partie sombre de l’enfance : les angoisses, les disparitions, les morts. Les enfants ne vivaient pas dans un monde tout rose et réconfortant. Spielberg et ses contemporains ne ménagent pas les enfants dans des aventures parfois déroutantes.

C’est le cas de Stand By Me, récit initiatique tout droit sorti de l’esprit malade et génial de Stephen King. En 1986, Rob Reiner n’est pas encore le cinéaste reconnu et apprécié pour sa bienveillance. Acteur de série télé, il s’est fait remarquer jusqu’alors pour le culte Spinal Tap et la gentillette comédie Garçon Choc pour Nana Chic. Stand By Me va profiter de toute l’humilité du réalisateur.

Il impose naturellement à l’adaptation de la nouvelle The Body, une délicieuse nostalgie qui pourtant ne fera de cadeau à ses quatre jeunes héros. Pour rappel : Chris, Gordie, Teddy et Vern partent dans la campagne de l’Oregon pour retrouver le cadavre d’un enfant et ainsi faire la une des journaux…

Une drôle d’idée qui va servir de périple musclé et révélateur pour les quatre personnages. Chacun fuit des traumatismes. Chacun va partager ses peurs avec ses petits camarades. Chacun plonge le film dans une mélancolie qui ne se limite pas à un joli décor des années 50. La patte de Stephen King subsiste et l’Amérique se décrit alors sans fioriture. Les images font plaisir à voir mais cachent des secrets beaucoup plus troublants et le récit ne les évite jamais.

Quarante ans plus tard, Stand By Me reste un monument de cinéma sur l’enfance mais surtout une œuvre aussi divertissante que angoissante. Une fois de plus, la calme mise en scène de Rob Reiner (qui réalisera plus tard une autre adaptation réussie de King, Misery) met finalement en avant la douloureuse existence des petits aventuriers, qui rêvent leur vie mais se font constamment rattrapés par la réalité, parfois sordide. L’amitié semble alors le rempart au désespoir.

Nécessaire, Stand By Me est une œuvre qui se partage entre générations et sa ressortie montre le monde de l’enfance n’est pas celui de Disney ou Pixar ou autre friandise trop colorée pour être honnête!

Avec Will Heaton, River Phoenix, Jerry O’Connell et Corey Feldman
1986 Columbia - 1h29

Mulan, un conte moderne et musical, Guillaume Bouchède, Frédéric Chevaux, Béliers Parisiens

Molière 2025 du spectacle Jeune Public, Mulan, conte moderne et musical nous transporte dans la Chine médiévale tout en nous posant des questions très actuelles. Coup de cœur pour petits et grands.

On a tous en tête le film d’animation de Disney sorti en 1998. Inspiré d’une légende chinoise, il racontait l’histoire de Mulan qui se déguisait en homme et prenait la place de son père trop vieux pour partir à la guerre. Ce que l’on sait moins c’est que ce personnage est une héroïne de la littérature chinoise . Son aventure apparaît pour la première fois dans une chanson écrite par un poète anonyme du nord de la Chine il y a plus de 1500 ans : La Ballade de Hua Mulan.

Encore aujourd’hui, l’audace de Mulan a quelque chose à nous dire. Sa version musicale sur les planches est une réussite. Non seulement le spectacle nous transporte ailleurs - d'une maison traditionnelle chinoise à un palais, en passant par un champ de bataille - mais nous fait également voyager dans le temps à travers de jolis tableaux mis en scène par Guillaume Bouchède. 

Les danses et combats chorégraphiés par Julie Costanza apportent une note enjouée à l’ensemble. Hélia Naji, Chelsee Gunputh et Yassine Ben, les trois comédiens-danseurs-chanteurs servent avec énergie, rire et talent leurs personnages pluriels.

Mais Mulan a aussi le mérite de résonner avec nos questions contemporaines d’identité, de rapport de forces, de montée du discours d'appel à la guerre. Cette histoire nous rejoint. Enfant comme adulte, on a besoin de modèles de bravoure, d’humilité, d’altruisme face à un discours d’animosité ambiant.

Mulan, figure féminine loin des carcans, et Bao, le poète rêveur, nous guident vers le courage d’être qui on est et de défendre la paix.

Février 2026
Théâtre des Béliers Parisiens, Paris XVIII
Durée : 1h15
Jeune public, à partir de 5 ans
Écrit par Guillaume Bouchède et Frédéric Chevaux
Mis en scène par Guillaume Bouchède, Molière du jeune public 2025
Assisté de : Roxane Gloor
Distribution : Hélia Naji, Yassine Ben, Chelsee Gunputh
Musiques et Paroles : Sandra Gaugué (Molière jeune public 2025)
Assistante mise en scène : Roxane Gloor
Scénographie : Capucine Grou Radenez
Paroles des chansons : Flibidi
Costumes : Bérengère Roland
Conception Armures : Léa Deligne
Lumières : Arthur Gauvin
Chorégraphies : Julie Costanza
Vidéos : Yassine Ben

Gourou, Yann Gozlan, M6 films

Grandeur et décadence d’un coach de réseau social ! Yann Gozlan passe de la boite noire à nos écrans connectés. Mais semble oublier l’essentiel: surprendre.

Le cinéaste est devenu le spécialiste du thriller contemporain et astucieux. On doit reconnaitre à Yann Gozlan, une sincère efficacité dans sa mise en scène : il scrute les faiblesses des hommes et observe avec malice les mensonges et les manipulations de notre temps.
Dans tous ses films, depuis Captifs, on reconnait une passion et surtout une envie de bien faire, de partager le public entre divertissement et réflexion. Le type veut raconter son époque et il le fait avec un dévouement constant.

Il a donc connu le succès avec Un homme idéal puis La Boite Noire, et le revoilà avec Gourou, portrait véritable du cynisme ambiant et drame psychologique un peu raté. Car le réalisateur y va frontalement pour décrire ce monde étrange des influenceurs. Il suit un coach en développement personnel mais Yann Gozlan met sur la sellette, toutes ces stars qui s’improvisent en maîtres à penser sur les réseaux sociaux.

Avec ironie, Yann Gozlan va jusqu’à faire intervenir un personnage clivant comme Cyril Hanouna dans son film. La fiction vient titiller la réalité. C’est très amusant et cela pousse à prendre du recul avec ce qu’est cette société du spectacle, qui veut, obligatoirement, le bien être du spectateur. Et des buzz lucratifs !

Mais Yann Gozlan dénonce bel et bien l’égo de ces petits nombrilistes. Il suit à la loupe le quotidien de Matt Vasseur, un coach populaire qui perd le fil de sa réussite, le jour où l'État décide de mettre son nez dans toute cette bienveillance psychologique qui rapporte des millions d’euros. Le cinéaste depuis ses débuts a quelque chose d’Yves Boisset dans cette manière de suivre l’actualité à coup de fiction rutilante.

Gourou n’est clairement pas son meilleur film mais on doit avouer que son film ne ménage pas son spectateur : il le met en face de cette vie sur les écrans qui s’intéressent à nos états d’âme mais aussi au portefeuille. C’est fascinant.

Hélas, la structure du scénario est bien trop classique et le spectateur a toujours cinq bonnes minutes d’avance sur le personnage principal, joué avec énergie par Pierre Niney. Le comte du cinéma français est bon mais il ne faut pas oublier le reste du casting, venu de différents univers et très convaincants. Ils font en tout cas passer la pilule : on s’ennuie poliment devant Gourou. On se réveille à la fin avec un final assez saisissant, mais sinon c’est très lent et peu stimulant pour nos méninges. Gozlan avait réellement fait mieux auparavant. Ce n’est pas nul mais on passe à travers un possible excellent polar… et on a juste droit à un beau véhicule pour acteur au sommet de la gloire… encore un ego trip de notre époque?

Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Christophe Montenez et Anthony Bajon
M6 films - 2h06

A la recherche de la chaleur (Pat Kalla, Die Spitz et The Terrys)

Bon on est à peu près d’accord: il fait froid. On a la goutte au nez. Il faut sortir les gros manteaux. Les Etats Unis subissent une tempête digne d’un film de Roland Emmerich. Le Portugal a été lui aussi balayé par des vents froids et violents. Marseille est éliminé de la ligue des champions. L’hiver fait son oeuvre.

Heureusement nos oreilles peuvent nous réchauffer. Il suffit de contrer ces fraîches sensations par des sons moites et réconfortants. A ce niveau, il faudrait obliger tous les frileux à écouter le disque de Pat Kalla et le Super Mojo, Belle Terre!

Le réchauffement climatique dans ce qu’il a de meilleur. Produit par le DJ, Guts, on bronze sous des notes chaudes et des styles qui empruntent aux Caraïbes comme à l’Afrique. Rumba, beguine mais aussi de la grosse inspiration soul, le disque fait transpirer.

Et c’est bénéfique pour notre moral. Face aux bourrasques, la force de ce disque est cet ensoleillement constant. Il y a une candeur musicale qui ressemble à de la vitamine D. Les paroles sont enlevées et ne s'arrêtent pas à un exotisme rassurant. Ce disque est une bouillotte. 

Mais si vous voulez avoir les joues rouges et transpirer à grosses gouttes, vous pouvez aussi vous tourner vers des rythmes plus basiques mais tout aussi efficaces. Ce premier album de Die Spitz va vous donner des bouffées de chaleur.

En 2025, on vient de trouver les petites soeurs de L7 ou Hole. Des rockeuses. Pas des filles sages et lisses. Non, de la tatouée énervée qui a bien l’envie d’en découdre avec un monde viril et pas toujours correct. Ce quatuor de nanas mal élevée fait monter la température en quelques riffs surpuissants.

C’est du rock malpoli, qui refuse d’être saucissonné par une quelconque mode. C’est agressif et d’une beauté abrasive. Elles empruntent au metal mais décollent avec des compositions qui se font plus cohérentes au fil des écoutes.

On devine la colère post adolescente mais ce premier disque est d’une maîtrise incroyable. Les filles de Die Spitz semble avoir digéré toutes les années grunge. Ca touche réellement au sublime: l’électricité est au service de quatre sorcières étonnantes. Something to Consume devrait faire l’affaire pour vous donner du peps dans ce monde frigorifié.

Et s’il faut mettre le feu, vous pouvez compter sur le joyeux groupe The Terrys. Venus d’Australie, ils ont eux aussi cette vision bien festive et rassurante du bon vieux rock’n’roll. Et comme de nombreux groupes australiens, ils en font des tonnes pour que cela fonctionne.

Est-ce lié à l’isolement ou la dangerosité de l'île, mais en Australie, on a toujours ce petit pas de côté qui permet de se démarquer. Les Terrys imitent donc la formule surf pop mais le groupe réussit à faire quelque chose de décalé.

Tout avait l’air futile dans ce disque qui ne dure que trente minutes. Mais on y revient. Car tout se fait sans cynisme. Avec un vrai talent pour réaliser des petits hymnes rock enflammés et surtout crédibles.

Ce troisième album est une petite merveille de simplicité. Chansons courtes. Refrains imparables. Paroles marrantes. C’est désarmant. Le groupe joue bien sur l’image de glandus sur la plage mais leur disque a tout d’un coup de soleil. Ca ferait du bien à tout le monde en plein milieu de l’hiver.

LOS ANGELES 2013

Face aux agissements de la tristement célèbre ICE, le regard cynique et misanthrope de John Carpenter sur le sort de l’Amérique trouve un écho salvateur et mélancolique.

Parce que Carpenter est un sacré observateur de la politique américaine. Il s’est toujours méfié du pouvoir, religieux ou politique. Son cinéma a toujours été socialement marqué par une vision triste d’une Amérique divisée où le plus déglingué n’est jamais celui que l’on croit. Assaut reste son film matrice sur ce sujet là.

On pourrait même le soupçonner à ses débuts d’être un gros réactionnaire. Mais rapidement, par son expérience personnelle avec les studios, le cinéaste a montré qu’il était un desperado désappointé par le Monde et surtout par la bêtise crasse de ses contemporains.

Los Angeles 2013 met en lumière la révolte d’un individu face à un pouvoir outrancier dénoncé comme une théocratie basée sur la terreur. C’est ce que l’on observe, actuellement, avec la réaction des citoyens américains face à ICE, cette milice policière qui chasse les sans papiers à travers les villes américaines.

Le plus jeune soldat à avoir été décoré par le président! Il a sauvé un président. Deux médailles d’honneur. Pourtant Snake Plissken est l’homme le plus recherché des Etats Unis. Un criminel dangereux. Car il ne croit pas au pouvoir en place. Pour lui la liberté est morte. Le hors la loi incarne l'individualisme forcené, celui qui ne dessert jamais les dents.

L’icône du héros qui ne croit en rien, sauf en lui. Et sa fameuse phrase: Appelez moi Snake. Un sans foi ni loi qui assure tout de même le spectacle. Cowboy du futur, héros qui a survécu à un New York de punks, Snake Plissken est chargé de retrouver la fille du président. Elle a volé une arme redoutable. Snake Plissken a 10 heures pour retrouver la mallette du président et tuer un terroriste péruvien, cousin parodique de Nicolas Maduro et Che Guevara.

Avant cela, il se promène dans un Los Angeles en feu et à sang, une parodie guerrière de la vie californienne où tous les défauts de l'American Way of Life sont grossis. A cause d’un séisme, la ville est devenue une île. Tous les marginaux y sont emmenés de force.

Alors ça bastonne sévère avec notre borgne insociable. Et finalement, comme à son habitude, Snake devient un résistant. L’homme silencieux est un homme qui pense aussi. C’est ce que l’on voit aussi à la télévision de nos jours. Face à la brutalité ou ce qui s’apparente à une forme de fascisme, les individus se mettent à siffler, crier et critiquer lorsque les patrouilles encagoulées de ICE interviennent. 

On aurait pu comparer le film Invasion Los Angeles (autre charge de Carpenter contre la droite libérale) avec la situation américaine d’aujourd’hui. Parce qu’il est grotesque, Los Angeles 2013 correspond plus à la période Trump. Les outrances et la violence sont caricaturales. 

Comme c’est du cinéma c’est beaucoup moins qu' inquiétant que dans nos vraies vies mais en toute honnêteté, on ne pensait que ce film bancal du champion de la terreur, pourrait être un jour réhabiliter pour comprendre notre histoire… drôle d’époque.

Los Angeles 2013 (1996) Bande Annonce VF HD

Avec Kurt Russell, Valeria Golino, Stacy Keach et Pam Grier - 1996 - 1h40

Exposition « 1925-2025. Cent ans d’Art déco », Musée des Arts décoratifs (mAd),

C’est l’exposition du centenaire : elle célèbre les cent ans de l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, qui se tint à Paris du 28 avril au 30 novembre 1925 et accueillit les pavillons de dix-neuf pays européens (dont la France, plus la Chine, le Japon et la Turquie) de l’esplanade des Invalides jusqu’à la place de la Concorde en passant par le pont Alexandre III et le Grand Palais.

Cette exposition, qui aurait dû se tenir en 1915 mais fut repoussée dix ans plus tard en raison de la guerre, fut la vitrine du style « Art déco », alors à son apogée : un mouvement artistique international né dans les années 1910, au moment du déclin de « l’Art nouveau ». Ce nouveau style ne fut baptisé et théorisé qu’a posteriori, lors d’une exposition organisée par le musée des Arts décoratifs de Paris en 1966.

L’exposition du mAd, très ambitieuse et qui ne compte pas moins de dix-sept salles sur trois niveaux, cherche à donner un aperçu du foisonnement créatif pendant les « années folles » (la décennie 1920) et au-delà, de la diversité des techniques et des interprétations par les artistes de ce style, jusque dans ses contradictions : luxe décoratif, d’une part, production de masse, d’autre part.

Elle présente en une salle la manifestation de 1925, dont plusieurs œuvres sont disséminées dans les salles suivantes, puis explore les origines du mouvement, analyse la « grammaire visuelle » de ce nouveau style, et donne à voir ses principaux représentants – artistes, artisans, « ensembliers » (qui coordonnent l’ensemble des arts décoratifs dans un projet) et collectionneurs – depuis les années 1920 jusqu’à nos jours.

Tous les arts décoratifs – joaillerie, textile et mode, verrerie et vitrail, céramique, ferronnerie, ébénisterie, affiches… – ainsi que l’architecture (celle des pavillons de l’exposition de 1925, notamment), la sculpture et la peinture (souvent associées à l’architecture) sont convoqués. Une grande partie des 1200 œuvres exposées provient des collections du mAd lui-même, dont l’ancêtre, l’Union centrale des arts décoratifs, avait acquis dès les années 1910 plusieurs pièces maîtresses.

La salle 3 donne les clés permettant de reconnaître, tout au long du parcours, les caractéristiques du nouveau style : simplification et géométrisation des formes, à l’opposé des lignes sinueuses et naturalistes de l’Art nouveau, contrastes de couleurs vives ou de noir et blanc, utilisation de bois précieux et de techniques oubliées ou exotiques, telles que le galuchat, la marqueterie de paille ou la laque, motifs récurrents du panier de fleurs ou de fruits, de la fontaine bouillonnante, du paon, de l’antilope ou de la biche élancée.

Dans la salle 4, qui revient sur les prémices du nouveau style, les tissus et les meubles du décorateur Paul Follot témoignent d’une curieuse transition entre Art nouveau et Art déco. Sa chaise-longue de 1912, notamment, rappelle encore par sa forme et ses dorures les styles historiques, ses lignes sinueuses sont héritées de l’Art nouveau, mais la sobriété de son décor et sa structuration par des motifs de roses stylisées appliqués le long de la ceinture et du dossier la font déjà entrer dans l’Art déco.

Une salle entière (la salle 2) est dédiée au joailler Cartier, qui exposa quelque 150 pièces en 1925 et fit figure de pionnier pour sa géométrisation des formes et son inspiration orientale. Ses créations sont aussi visibles dans d’autres salles, comme cette somptueuse pendule de 1927, composée à partir d’un écran chinois en jade blanc sculpté du XVIIIe siècle (écran qui devait orner le bureau d’un lettré), dont les montants en onyx figurent deux têtes de dragons stylisés.

L’ébéniste Jacques-Émile Ruhlmann, surnommé « le Riesener de l’Art déco » (en référence à l’ébéniste de Louis XVI) pour sa maîtrise des essences rares associées à d’autres matériaux précieux et la clientèle prestigieuse de son entreprise, apparaît comme le modèle de l’ensemblier, qui conçoit l’ensemble de ses intérieurs, décors, mobilier et objets d’art compris. Le pavillon, dit « du Collectionneur » qu’il fait construire par Pierre Patout sur l’esplanade des Invalides en 1925, véritable manifeste de l’Art déco français, réunissait les œuvres de près de quarante artistes et artisans (Brandt, Puiforçat, Décorchemont…). Plusieurs de ses créations emblématiques sont visibles ici, tel le bahut Élysée, exposé au Salon d’automne de 1920 puis à l’exposition de 1925 avant d’être livré à l’Élysée. Sa façade ornée d’une marqueterie en loupe d’amboine vernie et ivoire reproduit un motif de cailloutis élaboré par la manufacture de porcelaine de Sèvres dans les années 1760.

Les pièces sélectionnées par le décorateur Jacques Grange, à la fin du parcours, représentatives du renouveau du goût pour l’Art déco depuis les années 1960, font écho aux collections de Nelly de Rothschild en salle 5, et surtout de Jacques Doucet, en salle 6, dont la vente, en 1972, fut un moment fondateur dans la redécouverte de ce style sur le marché de l’art.

L’exposition se concentre sur les manifestations de l’Art déco en France – ce qui peut paraître étonnant pour un style international. Déjà excessivement riche, elle aurait difficilement pu évoquer en plus la diversité des interprétations de ce style dans le monde. Une seule salle est donc consacrée aux artistes étrangers et, parmi eux, seulement aux Suédois et aux Japonais : « l’art déco vu d’ailleurs » (salle 15). Quelques meubles et objets représentatifs de la « Swedish Grace », particulièrement appréciée en 1925, sont montrés, ainsi que des vases et kimonos témoignant de l’influence plus tardive de l’Art déco au Japon dans les années 1930.

La salle 16 s’intéresse au développement des moyens de transport, en particulier l’avion, et du tourisme, tandis que la salle 17, qui occupe l’intégralité de la nef au rez-de-chaussée du musée, est une exposition à part entière, consacrée à la renaissance de l’Orient-Express et aux ouvrages des nombreux métiers d’art français engagés dans cette aventure.

Des maquettes à taille réelle du wagon-bar, d’un wagon-restaurant ou d’une cabine permettent de s’immerger dans le confort raffiné de ce train d’exception, tandis que des échantillons des éléments du décor à différentes étapes de leur réalisation, accompagnés de films explicatifs, révèlent toute la complexité et l’excellence de ces métiers d’art.

Le projet est né à la suite de la découverte à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, en 2015, de seize voitures datant des années 1920-1930 oubliées sur les voies de ce mythique train de luxe créé en 1883 par la Compagnie internationale des wagons-lits, qui assura jusqu’en 1977 la liaison entre Paris, Vienne, Venise et Constantinople. La SNCF, acquéreur, associée au groupe Accor, a décidé de les restaurer dans un style qui réinterprète et modernise l’Art déco. Dans le rôle de l’ensemblier, l’architecte Maxime d’Angeac coordonne depuis 2020 le travail de trente corps de métiers différents à la réalisation de cette œuvre d’art totale. Les voitures flambant neuves devraient reprendre du service à partir de 2027.

jusqu’au 26 avril 2026
au musée des Arts décoratifs (mAd)

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