Bella Figura, Yasmina Reza, Emmanuelle Devos, Rond Point
Nov18

Bella Figura, Yasmina Reza, Emmanuelle Devos, Rond Point

  En ce soir de novembre, il aura fallu attendre quelques longues et terribles secondes après l’extinction des feux pour que le public commence à applaudir mollement. Au départ, les spectateurs semblaient pourtant bien disposés ; pour preuve les rires provoqués par cette première réplique pas forcément très drôle : ” BORIS… Ou alors on prend une chambre à l’Ibis et je vais directement te sauter… Je préférerais ! ANDREA… A l’ibis…!” L’histoire en bref : une femme découvre d’abord que son amant l’a invitée dans un restaurant recommandé par son épouse, puis elle finit conviée à la table de la meilleure amie de la légitime. Ambiance. Tout dans cette pièce sonne faux : des décors au texte, en passant par le jeu des comédiens, sans parler de l’image que la parisienne Yasmina Reza – qui signe à la fois le texte et la mise en scène de la pièce – a de la province. L’écrivain(e) entend paraît-il dénoncer les fissures (le vernis qui se craquelle) de la bourgeoisie de province… il faut croire qu’elle ne connait de la province que des clichés. Et puis d’abord, un entrepreneur à gourmette et une préparatrice en pharmacie, cela ne fait pas une bourgeoisie, pas même petite, même en province. Le rôle de la maîtresse boudeuse sied à merveille à Emmanuelle Devos et à son sempiternel air narquois. Elle ne se départ pas de sa moue moqueuse ou, devrais-je plutôt dire, de sa tête à claques. Lorsqu’elle dit “je me sens tellement seule”, ça tombe à plat au lieu de nous émouvoir. (Je l’avoue, je n’apprécie pas la comédienne et ne suis donc pas forcément objectif ; mais après tout, qui m’oblige à l’être ?!) Louis-Do de Lencquesaing incarne sans relief le mari trompeur tandis que Camille Japy, dans le rôle de la meilleure amie de l’épouse cocufiée, surjoue un peu la bourgeoise pètesec. Micha Lescot et Josiane Stoléru, dans le rôle respectivement du mari et de la belle-mère de la copine, sauvent la soirée en insufflant un peu de vie à cette pièce fadasse. Micha Lescot est savoureux dans son rôle de tête à claque (heureusement d’un autre genre qu’Emmanuelle Devos). Yasmina Reza nous convie à la table ennuyeuse de gens ennuyeux qui ont des problèmes ennuyeux. Au bout d’une demi-heure poussive, un mini coup d’éclat nous fait espérer que la pièce commence enfin. La poussière retombe malheureusement aussitôt, ce qui permettra aux plus fatigués des spectateurs de se rendormir tranquillement. C’est dommage car l’on était presque prêt à mettre la monotonie du début sur le compte d’un subtil effet d’ambiance. Soyons honnêtes, la pièce n’est pas particulièrement mauvaise et l’on a...

Read More
mémoires d’un lutteur de Sumô
Juil18

mémoires d’un lutteur de Sumô

Eté au Japon. Kazuhiro Kirishima est un garçon robuste et costaud. Il a 15 ans lorsqu’il est repéré pour entrer dans une école de sumô de Tokyo. Il lui faudra se résigner à quitter son village et les siens et faire preuve d’une abnégation admirable pour tenter de devenir professionnel.

Read More
Le Professeur Rollin : déroutant et désopilant
Nov05

Le Professeur Rollin : déroutant et désopilant

Docte et légèrement pompeux, le Professeur Rollin nous édifie à l’occasion de l’une de ces merveilleuses conférences dont il a le secret. Il se passionne pour l’histoire d’une biche qui, par un matin de 1957 à Cologne, en Allemagne, a surgi sur un terrain vague avant d’en repartir. Toute la question, cruciale, vitale, étant de savoir si elle est repartie « tout court » ou si elle est repartie « aussi sec »… Le Professeur répond aussi au courrier, abondant, des admirateurs qui s’en remettent à lui pour savoir s’ils sont racistes ou encore pour comprendre pourquoi le raisin est appelé blanc ou noir alors qu’il ne l’est pas. Au gré de formidables et nombreuses digressions, chaque lettre donne l’occasion au Professeur de (dé)montrer, l’étendue de sa Connaissance (véritable puit sans fond) et de nous délivrer des vérités cinglantes et définitives, loin de toute langue de bois : « le paprika ne mérite pas de figurer sur la liste des épices ». Nouveauté : le Professeur Rollin évoque désormais des questions d’actualité. Ce faisant, il nous déroute un peu car nous l’attendions sur un registre plus surréaliste, comme à son habitude. Pourtant, Rollin parvient subtilement à nous montrer que la bien-pensance, présente, pesante, envahissante est d’une absurdité comique lorsqu’elle nous pousse, par exemple, à nous demander : « je préférerais que mon fils ne soit pas homosexuel. Suis-je homophobe ? » Une fois encore, François Rollin ne nous fait pas rire en surfant sur le trivial, le vulgaire, le quotidien. Rollin distille un humour fin, intellectuel mais tellement plus drôle ! Il faut par ailleurs rendre hommage au comédien que l’on décèle sous le costume du Professeur. Les émotions sont finement jouées et je tire mon chapeau à François Rollin d’avoir appris un monologue aussi long et décousu. A partir du 21 Octobre 2015 (Du mercredi au samedi à 19h00) Théâtre Michel, Paris 08 Durée :1h25...

Read More
Quand Rocco Siffredi prend le porno par les cornes
Oct09

Quand Rocco Siffredi prend le porno par les cornes

Alors que Nadine Morano, mi-chèvre mi-FN mi-black mi-beurre salé, a squatté à peu près tout ce qui se fait cette semaine de chaines info, de 20h, de 13h, de 7h, de moins le quart, à en frôler l’indigestion télévisuelle, pour une fachoterie primaire ; la Russie canardait la Syrie, coin coin, Platini et Blatter l’avait dans le cucul, l’ONU commençait son scandale de corruption, pourtant il joue pas au foot, enfin je crois pas et Nice nous refaisait le scénario des Revenants Saison 2 avec des inondations option barrage qui craque, avec module reportages façon « quitte à avoir des journalistes là-bas autant inonder (jeu de mot pourri, je vous l’accorde) les téléspectateurs d’histoires jolies pour faire pleurer ou faussement passionner » avec une foultitude de héros d’un jour, celui qui a sauvé le chien de la vieille, celui qui a stoppé la pluie avec son tahiti douche personnel, celui qui a sorti la vieille dame de la voiture et avec son chien en plus s’il vous plait, le tout sans même une chanson de Dick Rivers, qui n’a jamais autant bien porté son nom, pourtant promoteur s’il en est de la baie des anges… Et en parlant de Dick, bah justement, parlons-en…y’a sujet. Et oui ! Au milieu des giclées de catastrophes naturelles, des éjac de bombes sur la gueule à Daesh et des slips sales de la FIFA et de Ban-ki-moon n’amasse pas mousse, le king of the show me your dick, the porn star absolue, la poutrelle italienne, que dis-je l’anaconda du calebard, j’ai nommé Rocco Siffredi, annonçait une nouvelle qui allait réjouir les conseillers d’orientation de tous les collèges et lycées d’Europe, Rocco prenait le porno par les cornes, et annonçait en grande pompe (oui, florilège de jeux de mots luxurieux… et c’est pas fini) qu’il allait créer une Université du porno, mais puisque basée en Italie « Universita del porno » dans la langue des papes ! Pas très catholique tout ça. On imagine d’ici les options et l’emploi du temps des jeunes étudiants de la kékette : 8h-9h : Levrette Niveau 2 avec Mme Samantha Youporn, réputée pour son tatouage d’un aigle en slip en bas des reins. 9h-10h : Musculation du prépuce avec élastique fluo avec Mr John Biroot. 10h-10h15 : Récrée avec nombreux jeux comme : chatte perchée, la Maquerelle, touche touche nunusse, boules au prisonnier, le facteur est passé mais dans ton cucul, l’épervers (1-2-3 épervers sortez !), échanges de cartes pazizi spéciales lauréates hot d’or 2015, shufumi-moilatoute-jsuispastasoeur. 10h15-12h15 : Histoire de l’art de la fellation asiatique avec Mme Katsumi 12h15-14h : Pause déjeuner avec spaghetti boulognaises au menu puis possibilité d’assister à la conférence de Jackie et Michel intitulée « Merci qui ? » 14h-15h : Cours de...

Read More
Chante chante danse là le Valls Gate, chouette
Juin17

Chante chante danse là le Valls Gate, chouette

Décidément le football est en pleine foforme en ce moment et abreuve nos chaînes infos (si on le dit vite ça fait « chez nympho », j’avais jamais fait gaffe, ça m’étonne de moi…) ! Après le Fifa Gate, où Michel et son orchestre l’UEFA ont crié au loup devant les agissements historiques de Sepp Blatter, voici les gars de l’Europe du foot impliqués dans un Gate pour eux par effet de billard à trois bandes (non, pas Adidas, c’est une expression, ça me fatigue de devoir tout expliquer à chaque chronique, faut que je refasse de la radio moi) avec ce qu’il est désormais courant d’appeler le « Valls Gate ». Pour mémoire, les Forbans avaient anticipé avec leur très fameuse chanson « Chante chante, danse là le Valls Gate, chouette, c’est sympa tu verras, viens, surtout n’oublies pas, prends ton jet république emmènes tes gosses et tais toi ! », maintenant qu’ils chantent dans les meetings du Front Marine Le Bleu de Le Pen, ils ne se refusent rien (je sens que je vais prendre un procès via Maître Collard moi…). Résumons-nous, notre 1er ministre au teint halé et aux cravates façon JP Foucault dans « Qui veut gagner des millions » s’est offert un week-end de printemps un aller-retour Poitiers/Berlin en jet de l’Etat, au frais de la princesse, et les princesses c’est nous, youhouuuu comme on est belleessssss avec nos robes à paillettes. Pourquoi Poitiers ? Non pas pour fêter le 1283ème anniversaire du gain de la bataille anti sarasins de Charles Martel, 1283ème (vous pouvez vérifier si vous voulez…oui le truc date de 732) ça voudrait pas dire grand-chose comme date d’anniv ; mais bel et bien pour participer, en mode on est des cools foufous on met même pas de cravates, au congrès truc rassemblement cambadélisco-progressiste avec tout plein de gens du PS dedans, bref, le congrès du Parti Socialiste qui avait donc lieu à Poitiers. Pourquoi Berlin ? Non pas pour fêter les 61 ans d’Angela qui était partie elle au G7 avec Barak, François, Paul et les autres, encore moins pour passer une soirée spéciale new wave en reprenant en débardeur et en crête tous les titres du groupe du même nom, Berlin, donc (à savoir un seul connu : « take my breath away », B.O de Top Gun !!! Haannnn mais tout s’explique, Top Gun = Avion = Jet = Voyage Poitiers/Berlin) ; mais bel et bien pour aller voir la finale de la Ligguuuueeeee des Champions (je chante hyper bien l’hymne) qui voyait s’affronter le Barça et la Juve (Barcelone contre Turin pour ceux qui ne regardent pas le foot). Oui mais voilà, Poitiers-Berlin, sur 12heures top chrono, même invité par Platoch, en train, c’est pas...

Read More
L’Ours, La demande en mariage, Anton Tchekhov, Lucernaire
Mar05

L’Ours, La demande en mariage, Anton Tchekhov, Lucernaire

Ce succès joue les prolongations au Lucernaire jusqu’au 22 mars ! Allez-y ! La demande en mariage: ou comment demander la main d’une jeune femme sans se perdre en élucubrations ni tomber d’apoplexie? Et surtout comment, entre homme et femme, sortir du piège tendu par le “démon de la contradiction”? L’ours: qui croire? L’homme déçu par les femmes, ou la femme déçue par les hommes? Tandis que la veuve jure une éternelle fidélité à son défunt mari, le créancier introduit dans sa maison qui réclame bruyamment son dû, ne connaît aucune femme constante. Quand la femme (qui se veut l’égale de l’homme) dégaine les pistolets et accepte le duel, commence une joute à mort. Qui cédera le premier? Par quel miracle s’achèvera l’éternelle dispute d’orgueil entre homme et femme? Philippe Collin dans le rôle du père dans “La demande en mariage” et du créancier mal léché dans “L’Ours” est convaincant: belle présence scénique, prestance, ruptures de rythme, tout témoigne d’un jeu maîtrisé. Séverine Cojannot interprète avec malice les 2 rôles féminins de ces 2 comédies en 1 acte, réunies ici sans entracte. Elle passe avec facilité de la campagnarde qui ose à peine espérer séduire un jour un fiancé, à la veuve trompée et pourtant fidèle, retranchée entre ses 4 murs, que vient déranger un créancier têtu et misogyne. Dans le rôle du fiancé de “La demande en mariage” et du valet de “L’OURS”, Nicolas Haudelaine est moins convaincant que ses compères, mais le trio fonctionne et fait preuve d’une belle énergie. Une belle réinterprétation de ces 2 comédies, et une belle découverte pour ceux qui pensaient que l’œuvre de Tchekhov se cantonnait au drame existentiel! Prolongation du 4 février au 22 mars Au Lucernaire, Paris 06 Du mardi au samedi à 19h Les dimanches à 15 h Relâches les 14 et 24 février et 6 et 19 mars Durée :...

Read More
De Beaux Lendemains
Fév06

De Beaux Lendemains

Russel Banks a incontestablement un grand talent pour restituer l’état d’esprit de ses personnages, leur intériorité. Il parvient étonnamment à changer d’écriture et de style selon le tempérament du personnage à qui il donne vie.

Read More
la imaginacion del futuro, la-resentida, Abbesses
Déc10

la imaginacion del futuro, la-resentida, Abbesses

Engagée dans un théâtre politique, la compagnie LA RE-SENTIDA nous impressionne toujours autant par son énergie bouillonnante et son hystérie “sous contrôle”. Vue au Nouveau Théâtre de Montreuil en octobre dans “Tratando de hacer una obra que cambia il mundo“, la compagnie LA-RESENTIDA est à nouveau au programme du Théâtre de la Ville, Paris, dans une création mise en scène par Marco Layera: “LA IMAGINACION DEL FUTURO”. La jeune et brillante troupe s’attaque cette fois à son mythe national: Salvador Allende. Les années de socialisme démocratique (installé au pouvoir par les urnes) au Chili furent brèves (de 1970 à 1973) et enthousiasmantes, vivante alternative aussi bien au communisme totalitaire qu’au capitalisme libéral. La fin d’Allende et de l’expérience socialiste chilienne furent atroces, Allende se donnant la mort dans son palais assiégé par l’armée, et le pouvoir se trouvant entre les mains bientôt sanglantes d’Augusto Pinochet. 24 ans après sa passation de pouvoir et 8 ans après sa mort, après une lente transition vers la démocratie, la troupe interroge ce passé et en particulier la figure héroïque d’Allende. Mais interroge aussi notre présent, notre pseudo-démocratie où l’indifférence a pris le pas sur la solidarité. Et en cela, interroger le Chili d’aujourd’hui revient à interroge l’Europe d’aujourd’hui. Comme s’ils se demandaient: que serions-nous devenus si Allende s’était maintenu au pouvoir jusqu’à aujourd’hui? Lui, serait-il devenu un vieux semi-dictateur accroché à son fauteuil de commandant en chef? Ou un pantin entre les mains de ministres, professionnels de la communication? Que serait devenu le rêve socialiste pacifique confronté à la réalité de la mondialisation? Ils imaginent, transposent, expérimentent, et donnent à voir une sorte de spectacle total halluciné… car ces comédiens se font par moments danseurs de hip hop, slameurs (au cours d’un hommage fantasque au Président), cascadeurs dans les nombreuses bagarres entre Ministres, marionnettistes (dans une scène de confession émouvante, celle d’une enfant victime de la dictature à venir); ce sont tous de formidables performers, les femmes en particulier sont belles, puissantes et s’exhibent. Le style tient de l’expressionnisme (scandale, grimace, hystérie violente) et du burlesque, comme une parodie sombre de cabaret: des moments de très bon divertissement (show musical ou comique) auxquels on tordrait le cou. On tremble un peu de honte et de peur mêlées. Marco Layera exprime ainsi sa vision: “Le théâtre peut amuser et ne pas être superficiel. Aucune opposition n’existe entre le fait de faire réfléchir et celui de faire rire ; ces termes ne sont pas dichotomiques. D’autres points de vue peuvent s’ouvrir : ceux de l’ironie, de la cruauté, de l’absurde et de l’humour. Ils ont un pouvoir beaucoup plus inquiétant et corrosif, et qui en somme font réfléchir.”   Découvrez ou redécouvrez cet engagement décapant au Théâtre de la Ville, les Abbesses,  jusqu’au 11 décembre...

Read More
Violoncelle sur canapé de Bach à Pink Floyd…
Fév27

Violoncelle sur canapé de Bach à Pink Floyd…

On tombe sous le charme de Cécile Girard et de son violoncelle.   Avec humour, douceur et poésie, cette grande musicienne nous emporte de Bach à la musique irlandaise, fait un petit tour par le port d’Amsterdam, fonce dans les Clash et fait danser la java. Véritable magicienne du violoncelle, de ses doigts ou de son archet, la musique n’a pas plus de genres ni de frontières et rien ne semble pouvoir lui résister. On en redemande ! A ses côtés, à la guitare, David Doucerain, dont la joie de partager cet éclectisme est contagieuse, nous enchante également. A voir absolument ! Jusqu’au 06 mai 2014 Ciné XIII Théâtre, 75018 Paris...

Read More
Nov06

Un music hall féerique tiré d’une histoire pleine d’enchantement. Après 13 ans de triomphe à Broadway, il s’installe au théâtre Mogador à Paris. Une version fidèle au Disney et drôle par ses objets animés!     L’histoire du prince transformé en Bête par un sortilège, on la connaît tous. Les personnes à son service se trouvent figées dans des objets comme une horloge, un Samovar servant le thé avec sa petite tasse, une coiffeuse ou un plumeau. La malédiction jetée sur le château oblige la Bête à réussir à se faire aimer avant que ne tombe le dernier pétale d’une rose.. La Belle, jeune fille rêveuse et romantique, passionnée de littérature passera outre l’amour que lui porte le séducteur Gaston pour succomber au charme grondant de la Bête. Cette version sur scène fait la part belle aux seconds rôles. Qu’ils se rassurent, même en objet ils préservent à merveille leur part d’humanité. Mention spéciale au chandelier interprété par Dan Menasche, brillant! Gaston est, lui, bien plus attachant sur scène qu’il ne l’était à l’écran, et son fidèle compagnon, le fou, interprété par Alexandre Faitrouni nous étourdit de ses cabrioles et maladresses à répétition. On savoure de bons moments de rires et des chorégraphies dynamiques de John Macinnis dans des costumes originaux de Miguel Huidor. Aucune voix ne restera dans la légende mais l’ensemble séduit. Allez donc voir le spectacle avec des enfants, pas trop jeunes vu la durée du spectacle et les moments effrayants! D’autant qu’il donne l’occasion en voyant le plaisir que la lecture procure à Belle, et le plaisir qu’elle transmet à voix haute à la Bête de faire passer les vertus de la lecture de manière déguisée. En sortant on a comme une envie de revoir la version de Jean Cocteau de 1946, de revoir le Disney sorti en 1991 et pourquoi pas de lire la nouvelle à l’origine de la légende au succès international, une nouvelle française de Mme Le Prince de Beaumont publiée en 1757 !...

Read More
Le Plancher, Perrine Le Querrec
Mai27

Le Plancher, Perrine Le Querrec

« Alexandre, Joséphine, Paule, Simone et Jeannot : il y avait une histoire où les parents étaient heureux et Paule, Simone et Jeannot trois enfants gais et insouciants. Mais on n’était pas dans cette histoire-là. »  « Jeannot voudrait crier mais il ne peut pas, il voudrait dire sa souffrance mais il ne peut pas, il voudrait supplier et pleurer mais il ne peut pas. » Alors Jeannot, reclus chez lui pendant plusieurs mois, va littéralement graver sa peine dans le bois de la maison familiale, sur 15m² de plancher qui ne suffiront pas à éteindre l’urgence qu’il ressent de se libérer des secrets et des drames familiaux. Perrine Le Querrec s’est inspirée du « Plancher de Jeannot » (un véritable plancher, en bois, qui est exposé en permanence sur le mur de l’hôpital psychiatrique Sainte Anne à Paris) pour écrire un livre assez époustouflant. Car il fallait du talent pour restituer dans un livre la force véhiculée par ce plancher (plancher qui est désormais considéré comme un chef d’œuvre d’art brut). Le Plancher (le livre ! d’ailleurs un fort bel objet en lui-même) nous emporte dans le souffle de la folie de Jeannot, une psychose impressionnante, fascinante et terrifiante. Le livre est un tourbillon de mots, une parole forte qui restitue de façon réaliste mais poétique la violence d’une pensée malade galopante et débridée. Voir le Plancher de Jeannot est une expérience troublante en soi. Gageons que cette émotion sera d’autant plus forte après avoir lu le Plancher de Perrine Le Querrec....

Read More
Christophe Alévêque, Super Rebelle… et candidat libre!
Avr11

Christophe Alévêque, Super Rebelle… et candidat libre!

Super Rebelle, le porte parole des muets !   En 2009, on s’était éclaté avec Christophe Alévêque est Super Rebelle !…enfin ce qu’il en reste. En 2011, avec les Monstrueuses Actualités de Christophe Alévêque on se demandait s’il n’était pas temps pour l’humoriste polémique de changer de formule. En 2012, on a certes bien ri avec ce nouveau spectacle et cette candidature d’un super héros fantoche qui caricature à peine une campagne assez lamentable. Super Rebelle moque les mesures de la dernière chance d’un gouvernement qui veut nous sortir de la crise en augmentant le prix des cigarettes et des sodas, certainement parce que Liliane Béttencourt ne fume pas ! Il revient sur cette (pré) campagne présidentielle qui tourne à la mascarade : DSK qui monopolise l’attention pendant 4 mois (et qui préfère baiser la bonne plutôt que de baiser la droite !), Mohamed Merah devient le programme unique de l’ensemble des candidats… Evidemment, Nicolas Sarkozy reste une cible idéale pour Christophe Alévêque, même s’il n’oublie pas de railler aussi la gauche (« Un robot avec un post-il marqué « Changement » serait élu, mais c’est sans compter sur la force de frappe du Parti Socialiste »), ou encore le centre (Bayrou est en dehors de la campagne à force de se vouloir au dessus du débat). Alévêque Super Rebelle multiplie les tirades aussi drôles que vraies (« Le peuple a peur, mais ce sont les marchés qu’il faut rassurer ») mais force est de constater que, à l’instar de la Présidentielle 2012, SuperRebelle semble s’essouffler un peu. Jusqu’au 6 mai 2012 Théâtre du Rond Point http://www.theatredurondpoint.fr/...

Read More
Les Monstrueuses Actualités de Christophe Alévêque
Fév01

Les Monstrueuses Actualités de Christophe Alévêque

« L’Homme est bon. Sauf des fois, sauf des fois. L’Homme est beau. Sauf des fois. »   Christophe Alévêque est impitoyable. Il entame en début de spectacle une revue de presse du pire, égrenant comme un chapelet des faits d’hiver tous plus sordides les uns que les autres, et les agrémentant de commentaires émétiques. Il ponctue le récit de parents qui prostituent leurs enfants et les font participer à des films pornos, par un horrible « Pour une fois que les enfants servent à quelque chose. » ! Il fustige le politiquement correct, qui interdit d’aller aux putes, mais pas d’en être une (à propos de Bernard Kouchner). Il tape à droite (« Hortefeux, le seul ministre de la Vème République condamné pour injure raciale, mais qui n’a pas encore démissionné. L’exception culturelle française ») et à gauche (« La Tunisie est un exemple, elle prouve que sans parti d’opposition, on peut se débarrasser d’un Président. Nous, en France, le problème, c’est qu’on a un parti d’opposition »). Alévêque tente vaillamment d’échapper au piège qui consisterait à taper sur Sarkozy, cible trop facile mais inévitable des humoristes. Il ne pourra pas s’en empêcher et ne résistera pas au plaisir de glisser quelques peaux de bananes sous les talonnettes présidentielles. Fin 2009, Alévêque nous avait régalés avec une excellente revue de presse à la fin de son spectacle Christophe Alévêque est Super-Rebelle. Il renouvelle l’expérience cette année avec un enthousiasme émoussé. Christophe Alévêque hésite sur son texte. S’il sait où il veut en venir, il a du mal à nous mener jusqu’à la chute, si bien qu’il ponctue sa revue de presse de dizaines de « Bon », « Euh… Euh… », et autres « Bon ben », assez déplaisants. Certes, les textes collent tant à l’actualité immédiate que Christophe Alévêque ne doit avoir le temps de les apprendre par cœur, mais j’aurais préféré qu’il lise franchement son texte, quitte à être moins mobile sur scène. C’est très dommage car, sur le fond, Alévêque tape fort et vise juste. Il met en exergue le tsunami d’informations qui nous noie et nous abrutit à longueurs de journaux et de journée. Il fustige le sentiment d’angoisse que les médias entretiennent savamment, comme pour alimenter notre peur panique du terrorisme, de la grippe, de la neige etc. … Une angoisse qui fonctionne comme un « épouvantail à cons », et qui détourne notre attention des sujets vraiment importants. Comme dans Christophe Alévêque est Super-Rebelle, l’humoriste ne peut s’empêcher de pousser la chansonnette enragée, accompagné de ses trois musiciens impassibles. Encore un qui aurait voulu être une rock-star… Peut-être est-il temps de changer de formule ? http://www.theatredurondpoint.fr/...

Read More
Dîtes-leur que je suis un homme, d’Ernest J. Gaines
Nov03

Dîtes-leur que je suis un homme, d’Ernest J. Gaines

Dans la Lousiane des années 40, un braquage minable d’une épicerie tourne mal : quelques morts et un gamin qui se retrouve condamné pour avoir été présent sur les lieux du crime. Etait-il simple spectateur ou participant actif à la rapine ? Toujours est-il que ce jeune homme, un (sale) nègre pour les uns, un frère pour les autres, sera investi par son peuple de la mission de montrer aux blancs qu’il est bien un Homme. Car son avocat (blanc, faut-il le préciser ?) ne trouvera rien d’autre à dire que : « Soyez cléments, messieurs. (…) Quelle justice y aurait-il à prendre sa vie ? Quelle justice, messieurs, autant placer un porc sur la chaise électrique ». Ce n’est bien sûr pas la clémence qui sera au rendez-vous pour Jefferson, mais la peine capitale (le jury est blanc) ; or, la comparaison utilisée par l’avocat n’aura de cesse de hanter non seulement le jeune homme mais surtout sa tante, qui l’a élevé et qui n’accepte pas que son « fils » soit à ce point rabaissé. Elle se mettra donc en tête de faire de lui un Homme par l’intermédiaire du pasteur (chargé de son âme) et de Grant Wiggins l’instituteur (chargé de son éducation). Cet instituteur – le narrateur du roman – n’accepte sa mission que de mauvaise grâce, pour faire plaisir à sa tante et surtout à la femme de sa vie. Il rechigne et traîne les pieds car il ressent une contradiction à prétendre faire de quelqu’un un homme quand il ne se considère lui-même que comme un lâche, un semi-esclave. Il faut dire que la condition des noirs n’a pas évolué depuis leur affranchissement : les blancs – par le biais de brimades et d’attitudes dédaigneuses répétées – leur montrent quotidiennement qu’ils se sentent supérieurs à eux. Wiggins parviendra-t-il à faire mieux avec Jefferson qu’avec ses élèves pour qui il ne peut pas grand-chose, confronté qu’il est à une année scolaire réduite en raison des travaux aux champs (3 mois de moins que pour les blancs), à une classe surchargée et à des moyens cruellement insuffisants ? « Je confiais à trois de mes grands élèves la tâche d’enseigner aux petits du cours préparatoire et du cours élémentaire, et je me chargeais du cours moyen. C’était la seule façon de faire la classe à tous les enfants tous les jours. Je consacrais les deux dernières heures de l’après-midi aux deux classes supérieures ». Wiggins est tiraillé entre son envie de fuir, de partir loin de cet héritage funeste, de sa condition servile, et son désir de changer les choses, de lutter. Il a peur d’agir, peur de l’échec qu’on lui destine depuis qu’il est tout petit. « C’était lui, Matthew...

Read More
Christophe Alévêque est Super Rebelle !…enfin ce qu’il en reste
Oct20

Christophe Alévêque est Super Rebelle !…enfin ce qu’il en reste

Christophe Alévêque est Super Rebelle… il est aussi super drôle ! Christophe Alévêque entre en scène affublé d’un déguisement de super-héros démodé. Il reste muet quelques instants, l’air accablé et dépité. Et de fait, il n’a pas le moral. « Super Rebelle n’a plus la pêche : hier j’ai croisé un camion de flics, je ne les ai même pas insultés ». Mais Super Rebelle retrouve bien vite son énergie, galvanisé par ce monde moderne si facile à railler tant il est absurde. Avec son débit de mitraillette et sa voix légèrement haut perchée, Christophe Alévêque commence par fustiger l’argent, ce « doudou d’adulte » et la société de consommation qui consiste à « acheter des choses dont on n’a pas besoin avec de l’argent qu’on n’a pas ». Il enchaîne sur les média et leur fascination béate devant l’incontournable hyper-président (pas le camembert, le Nicolas) avant de faire un sketch à mourir de rire sur les ados. Je sais, le thème est vu et revu, mais il faut reconnaître que Christophe Alévêque s’en sort vraiment très très bien avec ce sujet. « Françoise Dolto, sur le fond, elle a raison… le problème c’est qu’on vit en surface ! » Christophe Alévêque retrouve tellement la forme qu’il se met même à chanter! Il ponctuera son spectacle de trois ou quatre chansons pas vraiment inoubliables mais pas non plus insupportables, un peu à la manière d’un Bénabar. Mais qu’ont donc tous ces comiques, Gad Elmaleh en tête, à se prendre pour des chanteurs ? On apprécie particulièrement la revue de presse désopilante qui achève de mettre le public dans la poche de Christophe Alévêque. Il parvient à instaurer une complicité étonnante avec les spectateurs qui, malgré la taille non négligeable de la salle, se sentent très proches de l’humoriste. (Les puristes noteront que Christophe Alévêque recycle quelques chroniques, lues notamment dans Siné Hebdo où il officie.) Christophe Alévêque termine son spectacle en apothéose, nous faisant revivre à la façon d’un exutoire le concert d’investiture de Sarkozy à la Concorde et permettant au public de se lâcher complètement et de quitter la salle heureux. En sortant, j’ai même entendu des spectateurs se féliciter de ce que le spectacle de Florence Foresti était complet. Du 17 octobre au 14 novembre 2009, Théâtre du Rond...

Read More
Fragments, Samuel Beckett, Peter Brook, Bouffes du Nord
Juin07

Fragments, Samuel Beckett, Peter Brook, Bouffes du Nord

Un spectacle avec des textes de Beckett, ce Nobel de littérature dépressif et plombant : oh la la, on va pas rigoler ce soir… Eh bien si ! Peter Brook met en scène cinq courtes pièces de Samuel Beckett, autant de saynètes qui fonctionnent comme des nouvelles théâtrales. La première pièce, Rough for theater I (Fragment de théâtre I) nous présente un estropié qui se met en tête de guider un aveugle. Rencontre inattendue entre deux souffrances qui rêvent de trouver dans l’Autre un réconfort mais qui échouent pitoyablement à s’abandonner à la confiance et à l’amitié. Peter Brook met formidablement en scène les textes de Samuel Beckett. Le très beau théâtre des Bouffes du Nord, au dépouillement si poétique, est le lieu idéal pour jouer les textes minimalistes de l’auteur irlandais. (Les textes sont à ce point minimalistes qu’ils n’existent parfois même pas.) Quant au choix de jouer les textes en anglais (sur-titré en français), ce n’est pas une preuve de snobisme de la part d’un metteur en scène lui-même anglophone. Le jeu en anglais cela permet au spectateur de jouir de la poésie et de la musicalité de la langue de Beckett. C’est particulièrement vrai pour Rockaby (Berceuse), récit concentrique qui tourne en rond et se mord la queue à l’infini, répétant sans cesse l’histoire d’une âme seule qui rencontre son alter ego. L’on n’y comprend vite plus rien (l’incompréhension formelle du texte étant renforcée par la barrière de la langue) mais on se laisse agréablement bercer par la douceur musicale des mots. Brook tempère la noirceur apparente de Beckett pour mieux révéler l’humour de ses textes. Ainsi, Act without word II (Acte sans paroles II) nous présente deux façons de se réveiller le matin: l’une ronchonne, l’autre énergique. Deux manières de voir une journée qui figurent deux façons de prendre la vie. Or, même le bougon, qui pourrait nous désespérer, nous fait drôlement rire. Et dans Come and go (Va et vient), ne sont-elles pas franchement comiques ces trois vieillardes assises sur leurs banc, alors qu’elles se délectent des faiblesses de leur amie dont elles dévoilent sans vergogne les secrets? Un metteur en scène virtuose, un auteur efficace et trois comédiens savoureux (Khalifa Nadour, Marcello Magni et Hayley Camichael): que demander de plus ?! Jusqu’au 20 juin 2009 Théâtre des Bouffes du Nord...

Read More
Angelin Preljocaj : Annonciation (1995), Centaures (1998) et Eldorado (création 2008)
Mar06

Angelin Preljocaj : Annonciation (1995), Centaures (1998) et Eldorado (création 2008)

Le Théâtre de la Ville présente trois pièces du célèbre chorégraphe Angelin Preljocaj : Annonciation (1995), Centaures (1998) et Eldorado (création 2008). Une soirée de danse à moitié concluante ! Angelin Preljocaj nous avait émerveillés en 2005 avec les Quatre Saisons (de Vivaldi). Il convainc moins cette année, « Annonciation » est la pièce la plus convaincante des trois. Deux danseuses dansent avec un grand respect du tempo. La musique allie sons futuristes cybernétiques et chœur de Vivaldi. Les gestes sont mesurés, les bras se tendent lentement. Les danseuses évoluent à la façon de robots un peu engourdis dont l’un transmet son énergie à l’autre comme par magnétisme. La lenteur des gestes, qui confine à la langueur, met en valeur les corps et les mouvements des danseuses. Preljocaj adopte dans cette œuvre un style particulièrement épuré : la musique est minimaliste, les « costumes » très simples, et aucun artifice ne vient s’interposer entre danse et spectateurs (on est très loin des machines infernales d’Alain Platel). Jusqu’ici, tout va bien. « Centaures » est une œuvre pour deux danseurs. Deux hommes chauves et presque nus forment un amas informe de membres, puis ils évoluent dans un corps à corps lent et profondément intense. Il n’y a ici ni saccade ni brusquerie dans le geste ; pourtant une force contenue impressionnante émane de ces danseurs : ils dégagent une puissance maîtrisée et animale (très beaux mouvements à quatre pattes, comme des lézards). Preljocaj n’a pas besoin d’artifices chorégraphiques ou scéniques pour convaincre : les deux danseurs sont simplement habillés d’une lumière ocre et la scène est vierge de tout décor. La danse parvient, assez miraculeusement, à faire oublier une musique pénible. Le public, à ce stade de la soirée, est conquis : les applaudissements sont particulièrement nourris et tout le monde a l’air satisfait. Malheureusement, après 15 minutes d’entracte commence le calvaire : « Eldorado ». Douze danseurs sont collés à douze stèles réparties tout autour de la scène. Deux danseuses se détachent de leur socle. Puis deux autres prennent le relais, puis deux autres encore… Chaque duo évolue en silence. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf qu’il arrive un moment où tous les corps tapis dans l’ombre se rejoignent au milieu de la scène pour danser au son d’une inaudible musique, alternance de sirènes (façon pompier, mais en moins fort quand même) et de complainte métalliques (comme des longs soupirs de cyborg). On dirait qu’un Charly Oleg maniaco-dépressif a composé la musique avant de l’interpréter sur son vieux synthé. Du côté des danseurs, il y a trop de mouvements sur scène, ça part dans tous les sens, trop de sons simultanés, et l’on n’arrive plus à suivre. Et là, franchement, on a envie que ça s’arrête ! du 26...

Read More
IP Blocking Protection is enabled by IP Address Blocker from LionScripts.com.