Cinéma

Chroniques de Téhéran

La question du moment au cinéma, c’est filmer l’innommable. Sans le montrer car il n’apporte que le dégout ou le refus de regarder. Les réalisateurs ont l’air de chercher une vision artistiques à des situations alarmantes. C’est le cas du film La Zone d’Intérêt, mais plus urgente semble la nécessité de voir ce petit film discret qui raconte le réel terrifiant du peuple iranien.

Il pourrait faire office de témoignage. On sait que les réalisateurs iraniens sont surveillés ou arrêtés par les autorités iraniennes. Et quand un film de ce pays arrive sur nos écrans, c’est une victoire.

Chroniques de Téhéran est une œuvre concise, courte et sublime. Une vision urgente d’une société qui ne tourne pas rond, où les dogmes religieux font faire n’importe quoi à toute une population et une administration.

Ali Asgardi et Alireza Khatami ont réalisé en sept jours une série de scènes sans lien apparent. Un type veut donner le prénom de David à son fils. Une petite fille doit s’habiller pour l’école. Une femme cherche son chien dans un commissariat. Etc. D’autres personnages vont se retrouver dans une situation humiliante. Tout relève de l’anecdote et tout finit dans une folie rigoriste qui broie l’individu au nom de Dieu. Constamment. Jusqu’à l’absurde.

Le style est simple: un plan fixe et une voix off pour représenter l’autorité. Dans ce plan fixe, on voit des personnages maltraités et rabaissés. Cela apporte même une sorte d’humour particulièrement acide. Mais le rire semble être un peu le seul rempart à tant de haine ordinaire.

Le fond est cruel et la forme affirme cette discrète opposition qui semble peu de chose face à un régime autoritaire implacable. Comme la dernière scène, d’une poésie inattendue, on espère, on se réjouit. On rêve de la fin d’un monde. Les deux auteurs trouvent encore de l’optimisme. L’art prend le pouvoir pour dénoncer la réalité. Et nous laisse avec un sourire étrange qui nous questionne. Quand le cinéma devient nécessaire…


Au cinéma le 13 mars 2024
Avec Bahman Ark, Arghavan Shabani, Servin Zabetiya
ARP – 1h17

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