Le traître

Nominé comme meilleur film étranger aux César 2020, retour sur une chronique publiée à sa sortie : " Allez c'est le moment de Noel, on écoute des chants de Noel et de vieilles chansons rétro. On est nostalgique d'une époque où les voyous étaient classes et avaient de l'honneur. C'est ce que semble regretter le prestigieux Marco Bellochio!"

On a du mal à croire qu'il s'agit du même type qui avait fait vibrer la croisette avec un Diable au Corps ridicule. Désormais il est un cinéaste majeur, au langage cinématographique complexe et à la liberté de ton assez impressionnante.

Mais peut être va t il un peu trop loin avec ce très long métrage sur la mafia de Palerme. Tommaso Buscetto. Voilà la biographie que veut nous conter le cinéaste italien. L'homme qui a parlé au juge Falcone. L'homme qui a cru que la Cosa Nostra avait de l'honneur. L'homme qui a fui la Sicile et qui pourtant reviendra tout le temps en Italie, pour dénoncer les tristes desseins de l'organisation.

Sur ce personnage ambigu, Bellochio organise un immense réquisitoire sur cette Italie un peu trop silencieuse, qui s'arrange avec des personnage pas très respectables.

Aidé par un Pierfrancesco Favino, massif et inquiet, le réalisateur fabrique un anti héros incroyable qui fascine. Car ce type porte sur lui tout le poids de la fin des valeurs.

Il ne montre rien mais tout en suggestion, le réalisateur le coince dans des retranchements moraux qui interrogent aussi le spectateur. Passionnant. Hélas, la mise en scène souvent fluide s'attarde un peu trop sur les détails.

Les procès poussent à la folie. Bellochio est plus ou moins un moraliste. Il a bien observé la société dans laquelle il vit. Il dénonce mais il prend bien son temps pour théâtraliser cette mafia affolée par l'argent et la drogue.

On tient bien à notre personnage central mais trop souvent, le temps est long. Il y a de belles idées mais Bellochio appuie trop longtemps là ou ca fait mal. C'est dommage car le film a des qualités énormes. Il s'agit de cinéma. Mais le cinéma c'est aussi l'art de l'elipse!

Avec PierFrancesco Pavino, Maria Fernanda Fervino, Fabrizio Ferracane et Luigi Lo Cascio - 30 octobre 2019 - ad vitam - 2h30

The detection club

Association d'auteurs anglais de romans policiers, le Detection Club mène l'enquête et nous rappelle les vertus jouissives du genre.

Les dix regles d'or du roman policier:

1/ le criminel doit être quelqu'un mentionné plus tôt dans l'histoire.
2/ le détective ne doit pas utiliser de techniques surnaturelles
3/ L'usage de plus d'un passage secret ne saurait être toléré
4/ Des poisons inconnnus ne peuvent être utilisés
5/ Aucun Chinois ne doit figurer dans l'histoire
6/ Aucun accident ne doit aider le détective
7/ Le détective ne doit pas commettre lui même le crime
8/ Le détective ne doit pas utiliser les indices qui n'ont pas été présentés au lecteur pour résoudre l'affaire
9/ Les observateurs ont le droit de tirer de présenter leurs propres conclusions
10/ Il ne doit pas être fait usage de jumeaux.

Voilà les valeurs défendues par le Detection Club, qui réunit depuis les années 30, des romanciers passionnés par l'investigation. On y trouve Agatha Christie, GK Chesterton ou encore l'Américain John Dickson Carr. Ce sont des sommités dans leur domaine.

Ils aiment se retrouver pour disserter sur leur art. Mais un mystérieux milliardaire invite les auteurs sur son île perdue dans les Cornouailles. Roderick Ghill ne croit qu'aux mathématiques. Il a inventé un robot. Il pense que l'algorythme gouvernera le Monde. Il agace ses hôtes avec ses rêves fous. Pendant la nuit, le nabab disparait!

Jean Harambat met en place alors une délicieuse enquête à l'ancienne avec des enquêteurs bavards et rigolards, des suspects nombreux et une police qui se résout à être spectatrice.

Avec ses études de philosophie, le dessinateur a une fois de plus toutes les armes pour nous offrir un super divertissement où les réflexions ne sont pas anodines. Les régles sont faites pour être transgressées.

Comme un bon polar, la bédé est un reflet déformé de nos inquiétudes et nos faiblesses. Tout ca se fait dans un raffinement certain. Harambat croque le passé pour mieux dépeindre notre présent.

Mais avant tout, Le Detection Club est un bédé enlevé, intelligente à l'intrigue digne d'un roman des années 40 ou 50. On s'amuse beaucoup. On est heureux de redécouvrir ces écrivains décalés et brillants. So british!

Dargaud - 130 pages

Tailleur pour dames, Georges Feydeau, Amélie Dhée, Comédie St Michel

Feydeau est indémodable. Le roi du quiproquo est en effet toujours joué avec un réel succès.  Il faut dire que, de « L’hôtel du libre—échange » à « On purge bébé  »  en passant par  « Feue la mère de madame », on est assurés de vivre un bon moment.

« Tailleur pour dames » ne déroge pas à la règle. Et le théâtre de la Comédie Saint—Michel l’a bien compris, qui remet au goût du jour — de façon réaliste — cette hilarante histoire de femmes, de maris, d’amants et de maîtresses, rouage comique essentiel dans l’œuvre de Feydeau.

Prenez
un médecin couturier malgré lui (mention spéciale à Anthony Gavard), une
belle—mère hystérique, un domestique un peu trop familier, ajoutez une femme
trompée, une autre hésitante et une demi—mondaine : tout est en place. Les
situations cocasses et les malentendus en cascade s’enchaînent, interprétés par
des comédiens talentueux et qui semblent ravis de jouer leurs personnages.
Ainsi, Dominique Fouilland (Saint—Aubin) révèle un vrai sens du comique
 dans ce rôle de personnage ridicule et imbu de lui—même.

Le rythme est soutenu et, chose agréable, « Tailleur pour dames » est joué en costumes. Bien loin des reprises contemporaines exaltées et parfois ratées, ici le public est conquis. Avec raison.

Jusqu'en juillet 2020
Vendredi Samedi 19h30
Comédie St Michel
Tarifs : CAT1: TN:32€ /TR:26€ / - de 15 ans:22€ - CAT2: TN:26€/ TR:20€/ - de 15 ans:16€

Dracula

Fete des morts. C'est bien l'occasion de fêter le plus célèbre des morts vivants!

Revoilà donc une énième fois, le retour de Vlad Tepes, plus connu sous le nom du comte Dracula. Une fois de plus, il taquine les bourgeois anglais et se transforme en créatures avides de sang.

Une fois de plus, l'adaptation part du roman gothique de Bram Stocker. Mais pour une fois, on plonge dans la folie meurtrière grâce à une idée simple du dessinateur Georges Bess.

Le noir et blanc. Aussitot cela donne un style vintage à l'ensemble. Cela convoque la très longue histoire de Dracula et ses adaptations. Cela amène aussi une filiation un peu moins évidente avec les comics horrifiques américains des années 50.

Mais en plus, Georges Bess est un contemporain de Moebius et un vieux complice de Jodorowsky. Donc ne comptez pas sur lui pour se laisser aller à une sage illustration dans des cases. Les fantasmes et les cauchemars explosent littéralement

Le dessinateur réussit à transformer l'expérience de l'adaptation. On connait l'histoire par coeur mais on tremble de nouveau devant cette légende décidement increvable.

Glénat - 200 pages

Au lac des bois

Un candidat malheureux en politique et pas plus en amour. Voilà l'étrange portrait de John Wade, anti héros perdu dans la nature!

John Wade aurait pu être président. Il devait gagner les élections sénatoriales. Sa femme était là pour le soutenir. Discrète et forte, elle faisait le job.

Puis un beau matin, après une amère défaite, Kathy disparait. Totalement. Elle était parti se promener dans la belle campagne. Ils possédaient une jolie maison isolée.

Envolée. L'enquête démarre et la police s'interroge sur ce politicien déchu, grand passionné des tours de magie. Cela commence donc comme un polar. Tout tourne autour de la personnalité ambigue de John Wade.

L'auteur Tim O Brien veut nous piéger grace au passé et au présent de Wade. On sent la toile se tisser. On devine les éléments douteux de la vie privée. On comprend le scandale qui a couté une élection.

Puis la dernière partie déroute. C'est inventif mais on s'éloigne terriblement du thriller. Au point d'être déconcerté et on ne sera pas trop quoi penser à la dernière ligne. C'est une sorte de balade sauvage dans un esprit dérangé, obsédé par le mensonge et la nature... Bizarre vous avez dit bizarre!

Gallmeister - 310 pages

Tout le monde ne peut pas être orphelin, les Chiens de Navarre, MC93

Dans « Tout le monde ne peut
pas être orphelin », les Chiens de Navarre réservent un chien
de leur chienne à la Famille ! Pudibonds et âmes sensibles
s'abstenir.

Si vous aussi,
vous avez une famille (« Tout le monde ne peut pas être
orphelin » !), allez voir ce spectacle qui vous concerne
intimement. Car, qui peut dire que ses parents, sa fratrie, son
conjoint ou ses enfants ne sont pas parfois un boulet que l'on
traîne, ou au mieux un caillou dans sa chaussure ?

Plutôt que de dépenser votre dernier argent liquide chez le psy, courez-donc voir ce spectacle construit comme un immense psychodrame*, mais en plus drôle.

Placés au milieu des spectateurs qui
sont disposés de chaque côté de la scène (dispositif
« bi-frontal »), les acteurs se foutent à poil devant
nous, au sens (pas toujours propre) comme au figuré.

A travers plusieurs saynètes, les
Chiens de Navarre incarnent des familles qui déjantent, qui
dérapent, qui délirent lors d'événements familiaux dont Noël
représente l'acmé. Dans ce spectacle basé en partie sur de
l'improvisation, on va de surprise en surprise (même le décor s'en
mêle).

Bien que totalement foutraque, la
performance des Chiens de Navarre ne se limite pas à l'humour
pipi-caca, Si le spectacle est hilarant, il est surtout intense et
par moment émouvant, ce qui fait de « Tout le monde ne peut
pas être orphelin » un petit bijou qui reste agréablement en
tête.

Car si le spectacle part dans tous les
sens, c'est pour mieux balayer un large spectre de sujets liés à la
famille (boomers vs génération
Y, violence des rapports filiaux, règlements de compte pendant les
réunions de famille...). La violence se fait jour là où
nous voudrions de l'affection. A la fille qui dit à ses parents
« J'ai l'impression que, quoi que je dise, quoi que je
fasse, vous n'êtes jamais fiers de moi
 », sa mère répond
« Alors là, tu me déçois ! ».

Il y a forcément un moment où l'on se reconnaît, que ce soit en tant que parent ou comme enfant. Et putain, ça fait du bien de ne pas se sentir seul !

* le psychodrame est une forme de thérapie utilisant la théâtralisation dramatique au moyen de scénarios improvisés

Jusqu'au 18 janvier 2020
MC93, Bobigny
Durée estimée 1h30 – Salle Oleg Efremov

Tout le monde ne peut pas être orphelin – Les Chiens de Navarre – teaser from charleshéloïse on Vimeo.

La Princesse de Clèves

Sage mais intense adaptation du célèbre livre. C'est la rentrée!!

Bien entendu, il y a le livre de Mme de La Fayette mais bon on a aussi le droit de s'amuser un peu. La bande dessinée lorgne de plus en plus sur la littérature et n'a plus peur de se mesurer aux monuments!

Ici, il faut le talent de deux femmes pour dépoussiérer le destin tragique de Mlle de Chartres qui fait l'erreur d'épouser un homme bon mais qu'elle n'aimera jamais.

Cate Muller et Claire Bouilhac décryptent avec un style moderne les moeurs et les conventions du XVIe Siècle, à la cour du roi. Le trait est simple mais permet de montrer l'essentiel: le souci des apparences, la rigueur morale et l'effacement des sentiments.

Il y a beaucoup d'élégance dans le style des dessinatrices qui nous permettent de voyager dans le temps et de redécouvrir un classique avec un regard nouveau.

C'est finalement une lecture assez vivante. Ce qui n'est plus trop le cas du livre, classique qu'on ne peut plus remettre en questions. Pourtant c'est bien ce qu'ont fait les deux femmes. Elle profite de 216 pages pour rendre un personnage plus complexe que la solide intrigue amoureuse qui restera à la postérité. On est touchés par les hommes qui tombent amoureux de cette femme magnifique.

Remis au gout du jour, la bande dessinée nous rendrait la vie (scolaire) plus facile...

Dargaud - 216 pages

Rachael & Vilray

Faut se remettre des festivités. Le disque de la belle Rachael et son guitariste Vilray seront un puissant médicament contre tous les excès.

Vous avez la gueule de bois? Vous avez dansé jusqu'au bout de la nuit? Vous être trop vieux pour ces conneries? Le blues du lendemain de fête vous guette?

Plongez vos oreilles dans le premier album de Rachael & Vilray, duo qui joue du jazz joyeux et soyeux! Elle a déjà l'habitude de faire du jazz, un moment plus heureux et jubilatoire avec son groupe Lake Street Dive. Lui est un compositeur à l'ancienne.

C'est à dire qu'il aime les arrangements simples et les orchestrations boisées. On remonte le temps avec ces deux là. Elle, définitivement, prouve qu'elle est un secret trop discret de la musique américaine. Sa voix est toujours aussi envoutante.

Le duo propose donc une sorte de jazz, qui pourrait avoir sa place dans la bande son d'un Woody Allen. On imagine tout le bien qu'aurait pensé le très regretté Leon Redbone, disparu il y a peu.

On n'est pas dans la nouveauté mais dans l'enthousiasme évident. Ce n'est pas sophistiqué mais c'est d'une élégance rare. Dans des habits vieillots, le duo réinvente le vintage et la candeur que l'on aime tant dans la musique de nos (grands) papas! Parfait pour se refaire une santé!

WEA - 2019

2020

Bienvenue dans une nouvelle décennie et pour commencer, avec une certaine cohérence, on débute l'année avec un album qui porte bien son nom!

Vous avez encore des bulles dans la tête? Préparez vous au choc avec le dernier disque de Richard Dawson, azimuté lunaire que l'on trouve évidemment dans la charmante contrée de Newcastle, en Angleterre!

Ce dernier est donc un étrange troubadour qui ne sait pas trop dans quel monde il pourrait vivre. Pour vous situer le personnage, ca serait un rondouillard clone de Robert Wyatt ou le cousin bourré de Peter Gabriel.

Le type est en plus fan de Mike Patton, le hurleur de Faith No More. Vous devez le savoir depuis quelques heures: faut toujours se méfier des mélanges. Mais en musique, c'est plutôt intéressant.

Donc vous allez surtout écouter une musique unique en son genre. Effectivement, le poilu personnage a tout du barde sorti bien cuité d'un banquet festif. Il bricolerait alors des instruments personnels pour une sorte d'opéra soulographique!

2020 joue donc sur des rythmes atypiques, des orchestrations dignes d'un Tom Waits bien arrosé et surtout le disque a de l'ambition. Il regarde bien devant lui et nous emporte dans une tempête sonore où les dissonances ont une certaine classe.

Car le rustre a une âme de chevalier. Avec toute la démesure qui va avec. 2020 diffuse une poésie complétement détraqué mais surtout il assume tous les excès. C'est du prog rock mélangé à des styles divers et variés. Ca peut ressembler à du grand n'importe quoi mais ca ne manque pas de charme... un peu comme ce qu'il risque de nous arriver dans les prochaines années.

Weird world - 2019

L’aventure

Vacances de Noel! On est dans l'esprit famille! En 2019, toute la smala Chedid a fait parler d'elle. Aujourd'hui on demande la fille!

Elle aussi veut vivre son aventure musicale. De tous les enfants de Louis, seule Emilie n'a pas embrassé une carrière comme son papa. Anna veut aussi chanter et composer. Elle le fait plutot bien. Toujours à l'ombre du grand et prestigieux grand frère.

Mais on devine chez elle, une ambitieuse. Elle n'a pas froid aux yeux. La variété ne lui fait pas peur. La chanson lui permet de s'exprimer pleinement. Elle met souvent son expérience en avant. Ici, elle s'inspire de son existence pour raconter l'histoire d'une vie.

La grande aventure, c'est donc cela: les étapes d'une vie et des morceaux qui racontent ces moments forts. Pour des titres forts! Disons simplement que cela commence très bien puis cela finit un peu dans l'anecdotique ou la redite.

On aime vraiment cette voix enlevée de Nach. Consensuelle, elle ne va pas nous surprendre mais plutot noous caresser dans le sens du poil avec des mélodies aussi imparables que mécaniques.

Elle raconte une vie. C'est souvent joli. Mais c'est parfois un peu fade. Elle nous emporte puis de temps en temps, on reste à coté. Malheureux d'être insensible. On n'est néanmoins au dessus de la moyenne. Car il y a cette voix. Qui hante. Qui habite. Qui réchauffe. C'est déjà ca!

Polydor - 2019

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?