Tchernobyl

Halloween vient de passer: vite, on vous conseille le meilleur film d'horreur vu depuis longtemps!

Et c'est une mini série. Et c'est un fait divers. Le plus fumeux et fameux des faits divers des années 80 et du 20e Siècle. La jolie bourde de Tchernobyl et ses milliers de sacrifiés. Son nuage toxique. Ses atomes tueurs. Ses dirigeants tétanisés. Ses héros meurtris.

Tout est réuni pour un récit glaçant et spectaculaire. De la part du scénariste de deux Scary Movie et deux Very Bad Trip, on n'attendait pas tant! Craig Mazin produit une oeuvre hors du commun.

Série américaine composée de cinq épisodes, Tchernobyl va à l'essentiel. Les personnages ne seront qu'un poignée à être développés. Ce qu'il y a d'important c'est la reconstitution du drame.

L'apocalypse est un projet habituel au cinéma et à la télévision. Mais là, on plonge dans un réel déprimant. Cela va au delà des décors de l'Ukraine des années 80. Cela se découvre dans les rapports entre les camarades de l'Union Soviétique. Froid et dirigiste. Un système vérouillé où on se parle que sous la forme d'ordres et d'affirmations.

Ca fait froid dans le dos puis les auteurs réalisent un authentique film d'horreur avec un monstre gigantesque et des fantomes qui sèment la mort. Pendant que deux cadres du parti prennent conscience de la véritable tragédie, les hommes tombent. Pour la patrie. Pour la bétise la plus crasse.

On ne s'encombre pas d'excuse pour la langue anglaise. On ne commence par une habituelle mise en place. Mazin et ses auteurs jouent sur le dépouillement. Ils nous prennent à la gorge. Par des images chocs. Mais aussi par surprise. Ils scrutent toutes les ramifications de ce drame humain, spectaculaire, si loin et finalement si proche.

Il y a évidemment le talent des trois comédiens principaux, tous prodigieux. Amusant de voir de nouveau le couple Skarsgard - Watson célèbre depuis le tempetueux et évidemment tragique Breaking the waves de Lars Von Trier, chantre de l'Apocalypse sous toutes ses formes. Mais le récit arrive à esquisser des vies assassinées par un pouvoir aveugle, un kgb absurde et des erreurs extrèmes.

L'épouvante se trouve à tous les étages. Dans les faits. Dans les mentalités. Dans les rapports humains. Sombre, la série nous plonge effectivement, comme le dit un cadre dans "l'endroit le plus dangereux de la planète". Comme dans un film d'horreur - réussi - notre sentiment varie entre le dégout et la fascination. Il nous entraine aussi dans une réflexion sur l'humanité.

Sans emphase, le malaise s'installe et il ne vous lachera plus. Pas besoin d'explosion pour nous faire prendre acte de l'un des pires moments de l'humanité sur Terre!

Avec Stellan Skarsgard, Jared Harris, Emily Watson et Paul Ritter - HBO - 2019

Il y aura la jeunesse d’aimer, Triolet, Aragon, Ascaride, Bezace, Lucernaire

Tout le monde ou presque a en tête des vers d’Aragon, que tant d’artistes ont chanté, de Jean Ferrat à Isabelle Aubret en passant par Marc Ogeret. Mais l’on connaît moins l’œuvre de sa compagne Elsa Triolet, qui fut pourtant la première femme à avoir le prix Goncourt et qui a été décorée pour sa lutte contre le nazisme. Leur histoire d’amour est magnifiée par les textes de Louis Aragon, en particulier dans les recueils Les Yeux d’Elsa et Fou d’Elsa. On a rarement écrit des vers aussi intenses sur le sentiment amoureux. Il a également fait souvent référence aux œuvres d’Elsa Triolet dans ses propres textes.

D’autres textes, moins connus du grand
public, tel le sublime roman Aurélien sont également mis à l’honneur
pendant cette lecture-spectacle. L’extrait sur la confrontation de deux univers
sociaux à la piscine est criant de vérité. Tandis que quelques pages d’un autre
ouvrage, qui évoquent un interrogatoire surréaliste et glaçant par la Gestapo,
nous font frissonner tant Ariane Ascaride et Didier Bezace les interprètent
avec conviction. La mise en scène est sobre, lumières tamisées, hauts
tabourets, lutrins, comédiens côte à côte, lisant à peine leurs feuilles tant
les textes les habitent. Ariane Ascaride et Didier Bezace se répondent, et les
mots des deux amoureux se transforment alors en écho. Chamailleries,
complicités de toutes sortes, les textes lus ici mettent en lumière des aspects
peu connus des deux auteurs, qui ont vécu de nombreuses années ensemble.
Lorsque la mort les sépare, Aragon est effondré, tant leur union fut forte.

Sur scène, chacun des deux comédiens
se glisse dans la peau du héros des livres d’Elsa ou de Louis ou devient l’un
des deux écrivains. Avec cependant toujours un certain  retrait et de
l’humilité. Et surtout, dans la diction et le choix des textes, une grande
douceur.

Théâtre du Lucernaire,
jusqu’au 24 novembre 2019
à 19H du mardi au samedi,
le dimanche à 16H

Décoder les cases

On reprend les chemins de l'école, des gréves, du boulot tout en douceur avec un petit EP qui fait du bien!

Allez, on vient de se taper le week end le plus pourri de l'année. La pluie. Les défunts. Le début des publicités pour Noel. Bref, on s'est bien ennuyé et l'automne nous a montré son visagle le plus tristoune.

Le moral doit remonter. On pourrait vous dire de vous faire une cure d'oranges pressées mais ce n'est pas vraiment notre style: on prèfère proposer des menus pour les oreilles!

Et c'est ainsi que l'on a sous la main l'EP d'un artiste venu d'Occitanie et qui a surtout une haute idée de l'écriture d'une chanson. Quelle joie de tomber sur ce genre de personnage qui n'a pas peur de bidouiller des mélodies avec tout ce qu'il y a sous la main.

Les textes sont sautillants: la voix vibre et affirme un sentiment de liberté. Multi instrumentiste, il monte un petit théâtre sonore. Avec son physique de troubadour, il y a effectivement dans le style de Mateo Langlois, une ambiance de spectacle de rue.

C'est la preuve d'une approche populaire de la musique. Ces cinq chansons sont solaires et font vraiment du bien. Vivement la suite: il nous fait oublier la pluie, la rentrée et les pubs pour les jouets. Un joli échappatoire

découverte 2: BEA 1991

découverte 1: Barker Utility

Valve Bone Woe

En attendant que Axl Rose reprenne du Luis Mariano, voici une star du rock qui s'imagine en crooner. Et non ce n'est pas Iggy Pop.

Au crépuscule d'une carrière, on remarque souvent les grands du rock se rabibocher avec le son de leur jeunesse. On les voit alors se prendre pour des musiciens de jazz, avec les ambiances cuivrées et les nappes d'orchestre qui font toute la différence.

Ce n'est pas de la paresse. En tout cas, Chrissie Hynde n'est pas du genre à se laisser aller. Là voilà dans l'exercice perilleux de la reprise jazzy et franchement, on apprécie toujours autant sa voix qui a donné tout le charme à quelques hymnes de la pop et des Pretenders.

Son nouvel album va donc piquer des classiques dans un songbook des plus classiques. Beach Boys, Charles Trenet et bien d'autres grands noms sont repris par la chanteuse hargneuse qui bien entendu se calme pour l'occasion.

On devine chez elle une nouvelle aventure qui stimule. Elle reprend même un titre de son ex mari, Ray Davies, leader des Kinks avec qui elle a eu un enfant. Elle y met tout son coeur et quand on entend certaines orchestrations, on sent qu'il y a de l'amour dans ce projet.

Elle laisse de la place pour des arrangements habiles et des plages d'instrumentaux qui montre que l'exercice est au moins compris. Deux trois bidouillages laisse penser à de l'expérimentation élégante. C'est de toute façon du travail de pro. Zéro défaut. Un rockeur qui devient c'est toujours un peu triste mais ici il faut dire que ca a vraiment de la tenue!

Ca s'appelle la classe, tout simplement.

BMG - 2019

Threads

Sheryl Crow a une vie tumultueuse. On s'en moque depuis des lustres. Elle a encore une actualité et c'est presqu'une bonne surprise

Il y a même un mort. Sur un titre (le plus spectaculaire), on entend la voix crépusculaire de Johnny Cash. Quelques frissons plus tard, on s'étonne d'une chose: on a une émotion.

C'est donc la très démodée Sheryl Crow qui a réussi cela. Certes elle a pioché cela dans un album posthume de Cash mais tout de même. Les plus jeunes doivent se demander qui c'est mais les ados des années 90 n'ont pas oublié cette chanteuse qui sent bon Nashville et ses tubes tout à fait sucrés, entre country et pop.

On se souvient aussi d'une femme combattive, qui se laisse pas aller à la facilité (sauf dans sa musique) et qui mène de nombreuses luttes, face à l'obscurantisme, la violence etc. Bimbo intelligente, elle s'est ridiculisée en tombant amoureuse de Lance Armstrong et elle a glissé vers le coté obscur des has been.

Mais Sheryl Crow a une sacrée carrière et des copains super cools. Crow aime écrire des chansons et jouer de la guitare. Elle gratouille avec de vieux lascars comme Keith Richards? Sting, Willie Nelson et Eric Clapton.

En convalescence, ce onzième album ressemble à une comité de soutien pour une femme qui a peut être baissé les bras mais qui a sérieusement l'envie de s'y remettre.

Donc on croise les héros de la pop et du rock. On se croirait dans un festival RTL2. Tout le monde vient aider la chanteuse dans sa quête de rédemption créatrice et musicale. A certains moments, cela a vraiment de la gueule. The Worst avec le guitariste des Stones, impressionne. Le copieux Story of Everything avec Chuck D et Gary Clark Jr en fait des tonnes mais ca fonctionne.

Ca pourrait être risible mais le charme fonctionne. Sheryl Crow aimerait croire à un retour possible. Le talent semble intact. Dans certaines de ses chansons. Elle est encore plus convaincante avec ses reprises. C'est un pur produit de consommation américain. Ca peut parait indigeste. Moi j'ai trouvé cela très appétissant!

big machine - 2019

In the shadow of the Moon

Jim Mickle sait filmer. C'est la très grande satisfaction de cette série B qui a un joli scénario bien foireux... comme on aime!

Réalisateur de Cold of July, Jim Mickle appartient à cette catégorie très sympathique des artisans assez doués pour comprendre que le cinéma ce n'est pas tout le temps une question de vitesse et de précipitation...

Quand on regarde ses films, on a bel et bien l'impression d'être venger de tout ce qui se vautre sur nos écrans en ce moment. Sans être du cinéma de papa, Jim Mickle a un sens du cadre indéniable et on pourrait même trouver de l'intelligence dans ses choix esthétiques.

Pourtant In the shadow of the Moon a tout l'air du nanar assumé. Un jeune flic mène une enquête sur de mystérieux meurtres à Philadelphie. Des personnes font une hémoragie bien sanglante puis meurent sans raison.

Futé le policier tient une piste et trouve une tueuse très étrange. Morte, il croit avoir réussi sa mission mais neuf ans plus tard, tout recommence et le flic se met à se poser des questions impossible.

Il vient de rentrer dans la quatrième dimension? Psychose? Folie? Non, mais la réalité de ce type meurtri par la mort de sa femme, à la naissance de sa fille va partir vers de nouvelles vérités qui sont durs à assumer tout seul, face à un monde incrédule!

Rapidement, on devine vers quoi va basculer l'apparent thriller. On a beaucoup d'avance sur les protagonistes. Tout est prévisible. Merci Netflix pour le film sans imagination...

Certes! Pourtant c'est bien fait. Jim Mickle a une sorte d'humilité dans sa mise en scène qui fait plaisir. On a de l'avance mais lui donne l'impression de le faire exprès. Il prend son temps et impose ses personnages.

Le récit se déroule sur des dizaines d'années et si, les moumoutes et les moustaches du flic ont tendance à faire rire, le personnage est touchant, joué par un bellatre plutot convaincant, Boyd Holbrook, vu dans lasérie qui transpire Narcos et le joyeusement débile Predator.

Mickle réalise de belles images. Philadelphia est une ville protéiforme et spectaculaire. Le plan s'exécute sans surprise mais avec une certaine malice et du bon gout. Quand on compare aux bouillies filmiques pleines de filtres, ce petit nanar est vraiment une bonne surprise!

Avec Boyd Holbrook, Cleopatra Coleman, Michal C Hall et Bokeem Woodbine - Netflix - 2019

Hors Normes

Encore un film oecuménique et inattaquable pour le duo le plus célèbre du cinéma francais. Leur formule est elle intouchable?

Olivier Nakache et Eric Toledano ont le coeur sur la main. Leur caméra se pose toujours des gens un peu différents qui font bien souvent la différence dans le quotidien pas toujours facile. Depuis Je préfère qu'on reste amis, les deux amis nous expliquent les liens et les affres dans les amitiés ou les familles.

Leur cinéma est plein de bons sentiments. Ils remplissent leurs récits d'un amour certain et d'une foi incroyable pour des personnages touchants qui veulent échapper aux conventions et aux castes sociales.

C'est comme cela depuis 2005 et leur système s'adapte bien aux sujets plus ou moins lourds. Ici, Hors Normes nous plonge dans un délicat constat: que faire des enfants dont l'autisme est hyper compliqué?

Les hopitaux et les institutions ne peuvent pas gérer leur agressivité. Deux associations tentent tout pour eux. Bruno gère un centre d'urgence qu'il a inventé sans aucune aide. Malik forme des gamins des cités à assister les jeunes malades. Dans la débrouille permanente, les deux hommes n'ont pas d'autorisation officielle mais ils ont une conviction certaine qui force le respect.

Le juif et le musulman se donnent à fond pour la bonne cause. C'est souvent ce qui fait le moteur des films de Toledano et Nakache: dépasser les limites, casser les barrières sociales et avancer...

Ils savent y faire pour nous émouvoir, pour passer du rire aux larmes. Ils sont doués. Face à un sujet difficile, ils en appellent à l'espoir et à la nature humaine, pleine de compassion et d'amour. C'est beau comme un serment.

On ne peut que les remercier de mettre en avant, ce doux humanisme. On pourrait aussi leur reprocher de toujours faire la même chose. Heureusement c'est bien fait: la musique délicate, les comédiens investis, les dialogues drôlatiques, les gestes qui en disent long sur le meilleur de l'être humain. Hors Normes n'est plus une surprise: il est juste l'assurance d'une émotion sincère, offerte par deux cinéastes en pleine confiance!

Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Helene Vincent et Frederic Pierrot - Gaumont - 23 octobre 2019 - 1h54

Zooropa

Ha les vacances de la Toussaint... face à la fraicheur, on se met à l'abri et on retrouve des étrangetés, de objets curieux qui ne manquent pas de charme dans nos poussiéreuses discothèques!

Et c'est ainsi que l'on peut dire que U2 fut sûrement le plus grand groupe du Monde, en 1993. Oubliez les jeunes Irlandais ambitieux qui faisaient tourner la tête aux stades du Monde Entier. Mettez de coté les vieux schnocks qui défendent un pop molle et progressive.

Au début des années 90, Bono et ses musiciens inexpressifs font leur propre révolution. Ils réalisent l'album Achtung Baby qui fait entrer la pop dans les années 90, où le grunge va être une réponse à la techno et tous les sons synthétiques qui facilitent les tubes pour les radios.

On entend déjà cela dans le fameux Achtung Baby, génial produit de stars magnifique album de remise en questions et réussite commerciale éclatante. Aussitôt, en pleine tournée psychédélique et délirante (le fameux Zoo TV Tour), le groupe sort Zooropa.

Ils poussent le concept un peu plus loin. En apparence, le disque est décevant mais quand on y revient, c'est une belle collection de titres totalement habités, obsédés par son temps. Les médias, l'aliénation, la technologie, l'Europe... tout est encore d'actualités!

Le Brexit aurait sa place parmi les dix chansons spectaculaires et déchiquetées de ce groupe qui continue en 1993 de se reprogrammer autour de producteurs aventureux. Le groupe, au sommet, se permet toutes les pirouettes techno et joue la carte de l'expérimentation sans avoir peur des conséquences. Rapidement fait, poliquement défoncé, musicalement désarmant, Zooropa est aujourd'hui le disque le plus intéressant de U2!

https://www.youtube.com/watch?v=LZTNBdKNUek

Island - 1993

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