La Fracture

Après Vincenzo Natali, Netflix convoque un autre petit artisan de la série B: Brad Anderson! Et il fait toujours aussi bien le boulot.

Car beaucoup de cinéphiles se souviennent de son Machinist avec un métamorphosé Christian Bale. Depuis le bonhomme a réalisé quelques films sympatoches mais discrets. Et le revoilà donc avec un thriller paranoïaque qui n'aurait pas déplu à Larry Cohen dans les années 70.

C'est à dire que l'on se promène entre l'épouvante et une lecture sociale. Ray s'engueule avec sa femme dans la voiture. Le trajet semble long et tendu. Lors d'un arrêt, sa petite fille se blesse. Il emmène toute la petite famille à l'hopital le plus proche, au milieu de nulle part.

Là bas, elles disparaissent! Mais que s'est il passé? Impossible de retrouver femme et enfant dans un établissement en apparence tout à fait normal. Habitué aux ambiguités de toute forme, Brad Anderson n'a pas de mal à nous perdre dans cet espace de plus en plus étrange, accompagné par un héros qui a du mal à se faire confiance à lui même.

Souvent accusé d'être fade, Sam Worthington est très convaincant en père déboussolé. Brad Anderson s'adapte à son point de vue. Et nous perd pour mieux nous piéger. Les afficionados de ce genre de thrillers psychosés où les notions de réalité s'éthèrent au fil des minutes, auront sûrement rapidement la solution.

Mais Anderson est un petit malin et sa mise en scène se nourrit de toutes les ambivalences du récit. On pense pas mal à un épisode sombre de la 4e Dimension. En tout cas il s'agit là d'une excellente série B comme on n'en voit peu au cinéma, hélàs!

Avec Sam Worthington, Lily Rabe, Lucy Capri et Stephen Tobolowsky - Netflix - 1h40

Giant of all sizes

Elbow, huitième album. Le talent surnage. Les chansons sont très belles. Le groupe a tout pour être le plus agacant du Royaume Uni.

Parce que le groupe de Manchester est presque perçu comme un gros bourgeois intellectuel par une partie des lads alors que le groupe développe depuis vingt ans, une pop assez sensible mais pas dénuée de musculature électrique.

The Seldom Seen Kid impose Elbow comme une référence absolue en 2008. Le groupa a trouvé son style, sa marque et sa voix. Une espèce de mélancolie bourrée d'énergie musicale.

A Manchester, il n'y a donc pas que les frères Gallagher. Guy Garvey, chanteur barbu et noble est l'un des plus belles voix de la planète rock depuis des années. Impossible de lui résister.

Sur ce huitième album, la voix est un peu inquiète. Le chanteur pleure les morts qui s'accumulent autour de lui. Il déplore bien sûr la situation du Monde et bien entendu le Brexit.

Le temps passe. Mal. Mais il inspire une fois de plus le groupe pour des chansons un peu étouffées mais très bien fichues, mélanges subtile de conventions et de modernité.

Les titres sont plutot courts. Ce qui donne une notion d'urgence que l'on ne connaissait pas à Elbow, qui a bien du mal à cacher une petite passion pour l'emphase. Cela n'empêche pas le disque d'avoir cette ampleur quasi physique. Il s'impose. Avec douceur et nuances. Une vraie bonne habitude qui fait de la sortie d'un disque d'Elbow, un moment toujours important.

Petite remarque pour finir: pour la seconde fois, le groupe va tourner partout en Europe. Sauf chez nous. C'est quoi le problème? Brexit, ok! Mais tout de même, sa cruauté pourrait être atténuée!

polydor - 2019

Private meaning first

Il y a peu dans ses pages, nous fêtions la sortie du second album de Last Train, groupe jeune qui croyait fortement aux vertus de la vieille formation classique, basse guitares batterie.

C'est reparti pour un tour avec The Psychotics Monks, nouveau groupe bien de chez nous qui fait des rêves avec la fée electricité. Et qui parle en anglais. Ils sont très à l'aise sur le sujet. Eux aussi savent fabriquer des murs de son vachement costauds.

Ils font cela en mode plus industriel. Leur rock est surpuissant. Les gaillards avance en groupe, reserré et visiblement aguerri. Le style est sombre mais comme Sonic Youth, les dissonnances ont de la grâce.

Parce qu'ils sont jeunes, ils se défoulent. Il y a du muscle et de la sueur sur chacune des morceaux de ce premier effort. Les morceaux sont réfléchis et sacrément charpentés. C'est du solide. Vos oreilles vont saignés, à priori, de bonheur. C'est du rock tordu mais souvent irrésistible car maitrisé et galvanisant.

Les quatre amis fabriquent un rock qui n'existe plus vraiment. Ils osent un final d'un quart d'heure. Ils font glisser leurs compositions vers des délires psychédéliques pour ne pas dire bruitistes. Et ca fonctionne. Cet album n'est pas facile à aborder mais qu'est ce qu'on est bien une fois que l'on a trouvé une porte d'entrée. A découvrir!

Vicious circle - 2019

Le Cri de la pomme de terre du Connecticut, Patrick Robine, Jean-Michel Ribes, Rond-Point

On croirait rencontrer l'aviateur de Saint-Exupéry ! Comme un oncle adoré que tout le monde écoute au repas car il fait rire et voyager !

Ses mots sont emprunts d'insouciance et de rêverie. Il songe à ses amis, aux arbres, à ses rencontres ; toujours avec humour. Humour complètement absurde d'ailleurs qui nous emmènera dans des histoires toujours plus farfelues les unes que les autres. L'acteur (et auteur) nous transmet sa joie enfantine de vivre et son âme aussi pure que l'âme de Don Quichotte. On retiendra l'innocence du spectacle et la performance des imitations sonores et visuelles.

Jusqu'au 27 octobre 2019
Théâtre du Rond Point

Pang !

Déja azimuté avec son groupe Super Furry Animals, le Gallois Gruff Rhys continue de bidouiller une musique unique en son genre !

C'est l'exemple même de l'électron libre. On ne sait jamais ce que va faire ce drôle de musicien qu'est Gruff Rhys. Depuis des années, il ose des choses farfelus, parfois ratées, souvent réussies. On l'avait laissé avec un grand orchestre lors de son dernier album: il semblait très en forme.

Pour Pang!, son sixième opus en solitaire, il se laisse tenter par une nouvelle expérience. Il semble se tourner vers l'inspiration Graceland. Et si on goutait à l'exotisme de la musique africaine.

Pour l'occasion, il va chercher un producteur sud africain et lui propose des chansons en zulu et en gallois. Un mélange qui fonctionne malgré l'apparente absurdité de Gruff Rhys.

Rough trade - 2019

Alice et le maire

Conte moral et verbeux, un peu hors du temps et des modes, ce second film d'un cinéaste ambitieux nous réconcilie presque avec le monde politique.

Qui ne pouvait que plaire à Fabrice Luchini. Là, on retrouve le jeune candide qui a tant plu à Eric Rohmer. Ou le lettré de La Discrète. Ce n'est pas l'acteur cabotin que l'on voit à l'écran mais bien un comédien enthousiaste, qui se plait à jongler avec le verbe et son sens. Car après tout, c'est cela la politique.

Des mots en l'air pour les gens plus blasés. Des idées pour le maire de Lyon, le socialiste Paul Théraneau. Ca ne va plus très bien. Le jeun politique est d'une fadeur insupportable pour lui. Il découvre une petite nouvelle dans son équipe. Alice Heiman, jeune professeur de philosophie, débarque à Lyon pour un poste un peu choisi au dépourvu. Elle voulait retrouver un peu son entourage. Elle rencontre un homme qui voudrait de nouveau jongler avec des idées.

Et le maire va disserter avec cette jeune femme, faussement candide qui découvre le monde cruel et standardisé de la politique. Est ce un danger pour la République. La com' est plus importante que le contenu. Le constat est amer.

Mais le réalisateur est assez perspicace. Il ne blame pas. Il ne juge pas. Il constate qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond. Les apparences sont trompeuses. Et finalement le politique n'est que le reflet d'une génération quadra paumée. Et de vieux politiciens qui cherchent encore à se surprendre! Est ce que tout ce pouvoir a encore du sens?

L'idéologie. La démocratie. La conviction. Le film, dans les couloirs de la mairie de Lyon, nous promène dans des réflexions mises en scène avec sérieux et un peu d'humour. On est ravi de suivre Anaïs Demoustier au milieu de ce panier de crabes ou cette cour du roi, parfois ridicule, souvent fascinante.

L'état des lieux pourrait nous attrister mais Nicolas Pariser décide de faire une comédie sur les moeurs autour du pouvoir et de tout ce que cela évoque. La dérision n'amène pas ici le cynisme. C'est vivant comme une pièce de théâtre. C'est intelligent puisque le film cherche à nous interroger. C'est brillant parce que les comédiens sont parfaits. Ca fait du bien un peu d'ambition dans la politique fran... euh le cinéma francais!

Avec Anaïs Demoustier, Fabrice Luchini, Léonie Simaga et Alexandre Steiger - Bac film - 2 octobre 2019 - 1h43

Dans les hautes herbes

L'écrivain Stephen King est définitivement redevenu à la mode. La preuve avec cette nouvelle adaptation pour le géant Netflix... LeKing est dans le pré!

Avant le fameux retour du Shining pour une séquelle plus que casse gueule, après le retour ultra rentable du sinistre clown de Ca, voici donc un tout nouveau maléfice venant de l'esprit bien tordu de Stephen King.

On ne compte plus les adaptations depuis Carrie de Brian de Palma mais franchement, sans lui, le cinéma fantastique serait pauvre comme un sourire sur Mélania Trump.

Bref, dans ces temps sombres aux Etats Unis, le récit horrifique de King reprend tout son sens et sa façon d'exorciser les pensées malsaines de l'Amérique d'aujourd'hui offre de nouveau une source d'inspiration.

En tout cas, cela réveille cet artisan du fantastique qu'est Vincenzo Natali. Vous vous souvenez de Cube et ses meurtres quasi mathématiques? Depuis le troublant Splice en 2009, Natali avait un peu disparu en ne produisant que quelques séries B.

Esprit roublard lui aussi, il va donc se plaire à nous perdre dans un nouveau piège. Des personnes se perdent dans un champ. Les herbes hautes cachent un terrible secret qui va transformer le survival un peu simpliste en casse tête assez ludique.

Vincenzo Natali est un petit malin. C'est la qualité et le défaut de son cinéma. Un peu de vent, un ralenti, un sound design flippant et le tour est joué. Le labyrinthe devient vraiment déroutant en quelques minutes. Mais il faut que ca tienne la route.

Le film concept est une habitude pour Natali. Il fait le job. Bien aidé par un casting élégant mené par un Patrick Wilson toujours aussi convaincant dans les moindres séries B. On peut regretter quelques couloirs de dialogue pour tenter de trouver une explication à ce diabolique enfert vert. Mais Natali nous trouble et pour un film du catalogue Netflix, c'est déjà pas mal du tout

Avec Patrick Wilson, Laysla de Oliveira, Avery Whitted et Rachel Wilson - 90 mn - Netflix

Une leçon d’histoire de France, Maxime d’Aboville, Poche Montparnasse

Insolent, brillant, magistral. A voir à tout âge.

De 1515 au Roi-Soleil, d’après Dumas, Michelet, Hugo, Saint-Simon, Maxime d’Aboville fait sa classe. Il capte l’attention de nous autres, écoliers.
Avec un regard tour à tour inquiet et malicieux mais toujours perçant, il réveille Ravaillac, Richelieu, Mazarin mais aussi le mousquetaire D’Artagnan, La Fontaine ou les cadets de Gascogne. Non
seulement les personnages mais aussi les paysages prennent alors vie (les bois de Chenonceau, Azay le Rideau, Versailles).

Tel un troubadour, cet instituteur atypique tire des grands romans historiques des récits ou des portraits qui, réunis, font une mosaïque pleine de couleurs, de
vivacité, de finesse et d’humour.

Face à une classe parfois dissipée, Maxime d’Aboville sait trouver la joute verbale, l’accent gascon, l’envolée lyrique qui fait mouche. Il
a le sens des mots pour rendre l’histoire vivante, mettre la petite histoire dans la grande. Passionné et passionnant, il nous transporte au fil des siècles.

Qu’on ne s’y trompe pas, l’histoire ici contée est aristocratique, monarchique. Hormis quelques vagues de protestation, c’est bien de la succession
de rois au pouvoir dont il est question. Bien qu’aujourd’hui attachés à une histoire plus populaire, on reste sensibles à la mise en lumière d’une certaine grandeur historique
de la France.

C’est un spectacle en or pour faire aimer l’histoire à des jeunes. Cet instituteur a dans ses grands mérites l’éloquence pour déclamer
la langue soutenue de Michelet, Alexandre Dumas, la Fontaine, Victor Hugo ou Chateaubriand.

Après avoir vu sa première et deuxième leçon d’histoire, il nous reste à découvrir sa pièce Je ne suis pas Michel Bouquet, qui rencontre également le succès sur les planches du Poche Montparnasse.

UNE LEÇON D’HISTOIRE DE France de et par Maxime D’ABOVILLE
À PARTIR DU 15 SEPTEMBRE 2019
au Poche Montparnasse
LEÇON 1 DE L’AN MIL À JEANNE D’ARC Dimanche 14h30
LEÇON II DE 1515 AU ROI SOLEIL Dimanche 16h

Heavy Metal Rules

Champions du mauvais gout, les tatoués de Steel Panther continue de défendre une idée particulière du bon vieux rock'n'roll. Hilarant!

Ils ont des bandeaux dans les cheveux. Ils cachent leurs regards de bovins californiens derrière de grosses lunettes. Ils portent du cuir solide, du lycra violet et des gros tatouages. Ils sont bêtes et ils l'assument: ici, on aime les joyeux abrutis de Steel Panther!

On se demande si ces ersatz de Motley Crue n'ont pas pris le film Spinal Tap au premier degré. Ils sont crétins mais ils se battent pour que le heavy metal conserve toute cette magnifique beauferie!

Le rock pour eux, c'est donc un art de vivre. Avec du sexe. De la drogue et des grosses guitares pour faire secouer les cheveux des stades et de tous les hardos qui ne se remettent pas des Guns et tous les autres zinzin du metal californien, qui se bourrent la gueule avec style et se tapent toutes les bimbos d'Hollywood Boulevard. Un art de vivre, on vous le dit!

Toujours proche de la parodie, le groupe de Stix Zadania (juste cela cela suffit pour nos zygomatiques) a tout de même un minimum de savoir faire. Les chansons sont bien troussés, exagérés et crétines.

Tous les clichés se chevauchent les uns sur les autres pour une énorme orgie du mauvais gout! A l'image de la géniale pochette qui multiplie les références ou les hommages. On ne sait plus trop! Sur la longueur, la potacherie peut un peu lasser mais on rigole vraiment beaucoup et bon coeur avec ces Charlots du metal!

Plus c'est con, plus c'est bon!

Steel panther - 2019

Life is not a fairy tale

Nantes, toujours et encore la ville où il faut toujours avoir une oreille attentive!

C'est ainsi que l'on pourra découvrir le sympathique groupe de Emy Magic, chanteuse dont on tombe forcément amoureuse. Energique, capricieuse et souvent juste!

Elle nous rappellerait presque le jour où l'on a entendu la douce voix de la chanteuse des Cardigans, Nina Persson. Il y a chez cette artiste, ce "je ne sais quoi" intemporel et charmant.

Avec Emy, nous remontont le temps puisque ses amis et musiciens ne dépassent pas la découverte du Teenage FanClub ou justement les Cardigans. Il y a donc beaucoup de Britpop dans l'inspiration de Hanky Panky mais on peut pousser la machine à remonter dans le temps à la douce époque de swingin' London ou des Byrds.

Le temps gris de Londres se mélangent à l'inspiration californienne. A Nantes, on a la nostalgie assez brillante avec des plages électriques et des murs de son assez réjouissants.

Les titres s'enchainent avec un savoir faire assez frais et des sourires sonores qui se partagent avec l'auditeur. C'est de l'écriture épicurienne. C'est simple et efficace. Nantes est vraiment la capitale française du rock!

Pop sisters - 2019

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