DJENANE – Bébel le Magicien – Anne Artigau – Théâtre du Rond-Point

Lauréat au Festival de la Magie de la Colombe d’or, Belkheïr Djénane est un artiste reconnu dans l’art de la cartomagie, un art de l’illusion dans lequel il excelle grâce à des maniements de cartes dont il a le secret. Il vient ici dans ce spectacle, accompagné d'une table, de ses cartes à jouer et d’un écran de vidéoprojection en fond de scène. Entrant en scène avec sa démarche chaloupée appuyé sur un vieux bâton noueux, tel un vieux sage, Djénane s’installe et après avoir interpellé le public, le happe dans ses tours de carte.
La vidéoprojection de fond de scène est une fenêtre sur l’ailleurs – bord de mer, arbres - tandis que Djénane assis derrière sa table de magie dialogue avec ses cartes. Les mains jouent. Les cartes courent. L’illustration sonore sous forme d’onomatopées donne une voix aux cartes et notamment à la Dame de Cœur qui s’évade régulièrement en toute liberté. La Mort rôde également au travers d’un jeu de tarot qui donne un caractère mystique et ancestral au récit visuel. D’autres bruits évoquent l’envol de cartes disparues aux yeux du spectateur et seulement visibles de Djénane.
Ce nouveau langage visuel et sonore qui cherche à mettre en avant les cartes comme des personnages à part entière est intéressant, empreint de tendresse et d’énigmes visuelles qui intrigueront le spectateur. La lenteur, le silence, la présence de textes brefs, donnent un caractère sacré à cette représentation qui plongera le spectateur dans le doute devant une réalité qui lui joue des tours. Un essai pour l’ailleurs. Une petite forme théâtrale poétique et intimiste.
DJENANE, alias Bébel le Magicien, est au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 16 octobre 2021.
Intras Muros, Alexis Michalik, Pépinière Théâtre 2021

Alexis Michalik est un phénomène : acteur, metteur en scène, réalisateur, auteur, il a 38 ans, 5 Molière au compteur et au moins 5 pièces à l’affiche des théâtres parisiens. Alexis Michalik écrit, met en scène et dirige des acteurs virevoltants dans sa pièce INTRA MUROS, qui rencontre un public renouvelé et conquis, en ce moment au Théâtre de la Pépinière à Paris.
INTRA MUROS nous parle du théâtre : le personnage principal est metteur en scène et anime pour la première fois un atelier théâtre en prison.
INTRA MUROS nous parle de filiation : une très jeune femme enquête sur ses origines et prend tous les risques pour rencontrer son vrai père.
INTRA MUROS nous parle d’imagination ou de magie : comment l’imagination réhabilitée, assumée, libérée, peut véritablement changer la vie.
Cet été j’ai lu le premier roman d’Alexis Michalik, sobrement intitulé « Loin ». Les péripéties d’un trio de jeunes gens à la recherche de leurs origines, sur les routes d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Une histoire pleine de rencontres, de moments de doutes et de révélations. Une histoire menée tambour battant, qui nous fait traverser tout le XXème siècle, ses guerres, ses exils, où l’on est ballotté avec les laissés pour compte de l’Histoire, à tel point que le passé reprend vie…
Dans INTRA MUROS aussi, parfois le passé prend vie ; on passe alors du récit au dialogue. Un passé ou une scène nous est contée, et là soudainement elle prend vie, on glisse sans peine du récit au présent, de l’imagination au réel. Je partage complètement cette fascination (est-ce seulement la mienne ?) pour ce mince interstice entre le réel et l’imaginaire. Cette fine couche de glace qui fond et peut disparaître soudain. D’ailleurs on se demande ensuite : ai-je rêvé ? Ai-je bien compris cette situation ? N’est-ce-pas plutôt mon imagination qui me fait croire que… C’est presque un art de mentaliste : Michalik nous met sur des pistes, induit des croyances, mais est-ce bien réel ?
Comme dans Loin, dans INTRA MUROS, il est question des relations : drague, plaisir, amour et peine, séparation et retrouvailles. De chemins de vies accidentés, de fautes et de réparations. D’emblée, le ton est donné et le metteur en scène demande : que vaut la vie si on met à distance les émotions ?
Ce qu’il faut dire aussi, pour rendre hommage et pour être juste, c’est que, devant une mise en scène d’Alexis Michalik, on participe à une célébration du théâtre lui-même : les changements de décor et de costumes se font à vue, les scènes s’ouvrent et se ferment dans un unique mouvement. On fait confiance au spectateur pour comprendre et accepter toutes les conventions du théâtre classique. Et en même temps, on brise ces conventions, ou plutôt on les fait valser, comme ces acteurs qui se déplacent et se croisent si lestement. Comme dans la tragédie antique, on passe de la peur à la pitié, on comprend et on compatit, on fête et on purge.
Les acteurs et le musicien restent en scène durant tout le spectacle. Acteurs de premier plan, figurants ou spectateurs de l’ « atelier théâtre », tour à tour ils jouent et se regardent jouer. C’est une troupe soudée, attentive, soutenante, un vrai cercle de partage d’émotions qui nous inclut, nous spectateurs. Visiblement, le public est touché, embarqué, tenu en haleine et ému. On s’attache à cette jeune femme qui enquête, à ce metteur en scène et à cette actrice qui aident les acteurs amateurs, deux prisonniers, à accoucher de leur histoire. On s’attache à ces deux prisonniers, à leurs tourments. On espère que cet atelier changera leur vie.
C’est paradoxal mais le contraste est saisissant : c’est en prison qu’Alexis Michalik a choisi de célébrer la liberté : le pouvoir de se réinventer avec créativité.
INTRA MUROS c’est une fête un peu éruptive et brouillonne où on célèbre la vie. Et en même temps c’est une machination bien pensée, huilée, intelligente, qui ne laisse rien au hasard.
Le tout donne une impression de brio, de maestria : tout simplement bluffant.
Septembre 2021
Du mardi au samedi à 21h et matinée samedi 16h - Durée 1h40
Théâtre la Pépinière, 7 Rue Louis le Grand, 75002 Paris
https://theatrelapepiniere.com/intra_muros.html
Tel : 01 42 61 44 16
Spectacle vu le 16 septembre 2021 avec les comédiens Arnaud Pfeiffer, Raphaèle Bouchard, Jean-Philippe Ricci, Fayçal Safi et Léopoldine Serre et le musicien Raphaël Bancou.
Avec en alternance Jeanne Arènes, Clémentine Aussourd, Christopher Bayemi, Chloé Berthier, Raphaèle Bouchard, Hocine Choutri, Johann Dionnet, Jean Fornerod, Sophie de Fürst, Jean-Louis Garçon, Paul Jeanson, Aurélie Konaté, Ariane Mourier, Arnaud Pfeiffer, Jean-Philippe Ricci, Fayçal Safi, Marie Sambourg, Léopoldine Serre et les musiciens Raphaël Bancou, Sylvain Briat, Raphäel Charpentier et Mathias Louis
Les Folies Gruss – Compagnie Alexis Gruss

Du juste équilibre et de l’art de cultiver le patrimoine circassien
La 48e création de la Compagnie Gruss reprend après des interruptions liées à la dernière crise sanitaire. L’occasion de retrouver l’ensemble de la Compagnie Gruss dans un spectacle qui cultive la tradition équestre dans un cadre familial émouvant.
En reprenant Les Folies, clin d’œil aux divertissements les plus distingués du Paris de la Belle Epoque au XIXe siècle, la compagnie installe le spectateur dans une ambiance bleue feutrée et argent très réussie, très classe et ce, dès l’antichambre du cirque par laquelle entre le spectateur. Ce lieu est l’occasion d’accueillir ce dernier en musique avec un numéro de cerceau aérien, et de lui faire rencontrer les artistes à la sortie afin de prendre quelques photos et d’échanger quelques mots.
Le cirque n’est plus uniquement construit comme un espace de découverte de numéros qui se succèdent les uns après les autres mais comme un lieu vivant et festif. Le spectacle n’est qu’un moment de la soirée ou de l’après-midi. Le spectateur est invité à profiter du lieu, de son ambiance autant que du spectacle. Caresser les chevaux à l’entrée, déjeuner sur place, prendre un café en musique, finir sa soirée en dansant, sont autant activités complémentaires qui donnent un tout autre caractère au lieu et donnent tout simplement l’envie d’y rester. "Ici les artistes sont vos hôtes" n'est pas qu'un slogan.
Fondé sur des spécialités équestres et aériennes, le spectacle joue à la fois sur le savoir-faire d’une tradition qui compte maintenant six générations d’artistes et sur un modèle familial réuni autour du célèbre Alexis Gruss qui introduit le spectacle avec sa petite fille dans un dialogue émouvant digne du Petit Prince. Celui-ci lui rappelle ainsi sa « définition de l’Art : du travail jusqu’à ce qu’on ne voit plus le travail. »
L’ensemble des 15 tableaux, rythmé par des chants de Candice Parise et un orchestre musical efficace, fait son effet. Les enfants riront aux clowneries d’un Tony Florees énigmatique, retiendront leur souffle avec leurs parents devant la fil-de-fériste Maud Gruss et la haute-voltige équestre époustouflante du tableau final. Ils pousseront des cris d’étonnement devant l’Envol poétique des trois sylphides durant lequel trois danseuses aériennes contemporaines rejoignent par les airs leurs trois cavaliers. Ils observeront avec attention ce spectacle plein d'humanité réunissant plusieurs générations. L’émotion est là.
La proximité avec les artistes, leurs prises de risques permanentes, l’énergie non-stop déployée, leur sincérité, la perception physique du souffle et de la puissance des chevaux, l’accompagnement musical, font de ces Folies Gruss un moment de vibrations unique plein d'humanité.
Le spectacle est à découvrir jusqu’au 6 mars 2022 à Paris.
Le nouveau clip de Toukan Toukän – Disco Dream


Ce premier single entre français et anglais est issu du futur album du duo Toukan Toukan prévu pour 2022. Danser nu sur la plage ? Comment dire ? Ah oui au Cap d'Agde ! On aime beaucoup le contre-jour du clip à découvrir. Drôle et léger. Lâche-toi Baby Vas-y !
Clip animé de Laure Perrudin – Light Players

Chanteuse, harpiste, compositrice, productrice et autrice, Laura Perrudin a sorti l'album Perspectives & Avatars l'année dernière sur lequel on retrouve en invités Philippe Katherine, Emel Mathlouthi, Becca Stevens, Mélissa Laveaux…Ce disque est un ovni pop aux frontières d’une soul teintée d’electronica et d’une folk expérimentale reposant sur l’utilisation originale d’un instrument créé spécialement pour elle : la harpe chromatique électrique.Prêtant sa voix singulière aux recherches et bidouillages électroniques qu’elle affectionne tant, Laura Perrudin compose un univers unique en son genre.A l'occasion du lancement de la tournée Perspective & Avatars, Laura Perrudin nous dévoile aujourd'hui le clip de Light Players. La tournée Perspectives et Avatars passera à Paris le 27/10 au Hasard Ludique et dans les principales villes de France.
Light Players illustre avec son clip en images de synthèse la balade d'un nuage. Pour rendre hommage à ces étranges créatures éphémères dont certaines sont menacées par le changement climatique, Laura Perrudin s'empare de ses crayons et réalise ici son premier clip en animation avec l'aide du motion designer Florent Bonneviale.
La Tournée Perspectives et Avatars : 9.10.21 Agen, 13.10.21 Nancy, 14.10.21 Nancy, 22-23-24.10 Rennes, 27.10.21 Paris (Hasard Ludique), 28.10.21 Rotterdam, 27.11.21 Vezelay, 13.12.21 Besançon (Scène nationale),17.12.21 Maubeuge, 19.01.21 Metz (l’Arsenal), 25.03.22 : Evreux (Tangram)
Madame Fraize – Marc Fraize – Papy – Théâtre du Rond-Point

Quels « Bonheurs ! »
Avec Madame FRAIZE, Marc FRAIZE vient confirmer ses talents de grand humoriste dans un genre qui avait disparu des planches : l’absurde. Et pour cause, pour exceller dans ce domaine, le comédien doit savoir s’emparer du temps, incarner un personnage décalé avec une sincérité exemplaire et jouer avec le public tel un équilibriste en créant des dissonances imaginaires. Il y a d’un côté, le stand-up fondé sur la vitesse, la tchatche, les punch-lines et à l’opposé la planète Marc FRAIZE fondée sur la lenteur, l’impatience du spectateur, et un travail remarquable sur les mouvements du corps et les expressions du visage.
Madame FRAIZE incarnée par Marc du même nom est seule en scène. Une table haute, un tabouret haut, un verre et une carafe d’eau, une coiffure vintage des années 60, une longue robe couleur vert émeraude. Il n’en faut pas plus à Marc FRAIZE pour faire basculer très rapidement le public dans son monde insolite et hilarant. Madame FRAIZE pourrait être une marraine, une grand-mère dépassée par son temps et qui tente naïvement d’associer du sens au non-sens, quitte à créer des néologismes et des expressions uniques qui génèrent rires du public : "zone épaulaire, matière assiette, matière train à vapeur"... Chanteuse à ses heures perdues - tordant Piensa en mi et chanson finale- elle expose au public ses pensées de ménagère et d'épouse sur la banalité du monde avec un regard décentré, tendre, fragile et naïf.
Le lave-vaisselle, l’eau, la fontaine zen Natures et Découvertes, les zones artisanales, les soupes, les verrines sont autant de thèmes qui permettent au comédien de jouer avec l’attention du spectateur, de générer des fractures de sens poétiques. Madame FRAIZE prend le temps de poser les mots comme elle prend le temps de déguster un verre d’eau en s’exclamant « Bonheurs ! » au risque de générer des absences, des doutes, des oublis. En privilégiant les silences, en ciselant les phrases et les gestes, FRAIZE crée un langage théâtral de la retenue d’une grande créativité. L’improbable peut surgir à chaque instant, l’explosif comme le ralenti. Une mécanique du rire de haute voltige qui fait mouche.
Un artiste à découvrir absolument.
Du 16 au 17 octobre 2021 au Théâtre du Rond-Point puis en tournée :
20 NOVEMBRE 2021 CENTRE CULTUREL DIDIER BIENAIMÉ / LA-CHAPELLE-SAINT-LUC (10)
4 DÉCEMBRE 2021 THÉÂTRE MUNICIPAL / NEVERS (58)
11 DÉCEMBRE 2021 LA 2DEUCHE / LEMPDES (63)
16 DÉCEMBRE 2021 SALLE JULIETTE GRÉCO / CARROS (06)
11 JANVIER 2022 SALLE JACQUES BREL / MONTIGNY-LE-BRETONNEUX
28 JANVIER 2022 L'ENTREPÔT / LE HAILLAN (33)
3 FÉVRIER 2022 LE RADIANT / CALUIRE (69)
12 FÉVRIER 2022 ESPACE ALEXANDRE GAUTIER / LOIREAUXENCE (44)
18 FÉVRIER 2022 SALLE NELSON MANDELA / CAPESTANG (34)
1ER — 4 MARS 2022 THÉÂTRE DE L'ODÉON / MARSEILLE (13)
19 MARS 2022 SALLE CASSIN / HOUILLES (78)
5 AVRIL 2022 PRINTEMPS DU RIRE / TOULOUSE (31)
29 AVRIL 2022 L'ATRIUM / TASSIN-LA-DEMI-LUNE (69)
5 MAI 2022 LE DÉCLIC / CLAIX (38)
D’Artagnan et les trois Mousquetaires

Aaah, Les Chiens Mousquetaires, une vraie madeleine de Proust ! L’un de mes dessins animés favoris dans les années 80 ; et pourtant, avec Albator, Goldorack, Inspecteur Gadget, Candie, Fraggle Rock, il y avait une sacrée concurrence !
Les Chiens Mousquetaires (Dogtanian) est un dessin animé charmant qui s’inspire des aventures des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, père. Dans l’édition originale du dessin-animé, tout était encore fait à l’ancienne, avec de belles couleurs faites au pinceau. Dans la version moderne actuellement au cinéma, on est passé au numérique ; pourquoi pas ? Par contre, pourquoi une telle laideur dans les couleurs ? Tout est ultra brillant et flashy, c’est visuellement assez indigeste.
Pour le reste, on n’est pas dépaysé : on retrouve nos sympathiques héros, dont le prétentieux D’Artagnan qui ne doute pas un seul instant ni de son talent, ni de son destin. « Mais qu’ont-ils tous à se prétendre la plus fine lame du Royaume, alors que la plus fine lame du Royaume, c’est moi ?! »
Le rythme est tranquille (j’adore quand ils courent sur place !), ce qui change de certains dessins-animés ou films actuels qui font 120 plans à la minutes pour faire moderne et combler le vide du scénario.
L’intrigue est très bien expliquée et compréhensible, vous pourrez donc sans crainte y amener les petits (5 ans) comme les moyens enfants (8 ans).
Star Invest Films France 2021
De Toni Garcia. Espagne, Japon. 1 h 29. Animation.
L’envol du moineau, Amy Belding Brown, 10-18

Inspiré d’une histoire vraie, L’envol du moineau est une épopée féministe, historique et terriblement actuelle !
1672 en Amérique. Mary est la femme respectable d’un pasteur puritain, dont la soumission est mise à l’épreuve lorsqu’elle continue, malgré l’interdit posé par son époux et maître, à rendre visite à Bess, une toute jeune femme de sa communauté qui vient d’accoucher d’un enfant conçu avec un esclave noir. Scandale et réprobation chez les bigotes.
Puis la vie de Mary bascule totalement lorsque des indiens détruisent son village avant de la faire prisonnière. Elle qui, au contact de Bess, commençait à douter du bien-fondé de l’esclavage, soit disant permis si ce n’est voulu par Dieu, se retrouve elle-même esclave. Un comble. Or, au fur et à mesure de sa vie au quotidien avec les Indiens, c’est toute sa conception puritaine du monde, et plus particulièrement des rapports entre hommes et femmes, qui est ébranlée.
« Il lui vient à l’esprit qu’elle devient de plus en plus indienne dans son apparence et son attitude. Elle sait qu’elle devrait craindre pour son âme. Pourtant, elle ne ressent que de la paix et du réconfort. Et de la gratitude. »
La surprise de Mary est grande lorsqu’elle se rend compte que son propriétaire n’est pas l’homme de la famille mais sa femme qui est une cheffe et une guerrière respectée par toute sa tribu. « Il est inconvenant – et tout à fait effrayant – qu’une femme détienne un tel pouvoir sur les hommes. », pense-t-elle alors.
Bien que l’action se déroule au XVIIème siècle, cette histoire est d’une redoutable actualité à l’heure où tant de femmes attendent encore leur émancipation. La dénonciation factuelle du patriarcat est implacable et convaincante. Et le tout est plutôt bien écrit.
« L’amour. On attend d’elle qu’elle aime, honore et écoute son mari. Mais que signifie un tel amour ? Ce n’est ni du désir ni de l’affection. Ce n’est qu’une obligation de plus. »
L'envol du Moineau
Amy Belding Brown
464 pages
Éditeur : Le Cherche midi (21/03/2019) / 10-18 en édition poche
BAC Nord, Cédric Jimenez

Avec BAC Nord, vous allez prendre une grosse claque !
Film événement de la rentrée, BAC Nord nous narre le quotidien de trois « baqueux » de Marseille, Antoine, Yassine et Cyril. Trois potes aux caractères différents, mais qui sont inséparables à force de passer leur vie ensemble à arpenter Marseille dans leur bagnole et à traquer les voyous. Leur quotidien est rythmé par des interpellations de délinquants assez minables (vendeurs de tortues à la sauvette, voleurs de scooter…) dans une ville aux allures de Tiers Monde.
Le film - porté par des comédiens tous impeccables et extrêmement convaincants - est magistral du début à la fin. Dans la scène d’ouverture, nos trois flics se donnent à fond pour interpeler le conducteur (sans casque) d’un scooter (volé) qui finit par leur échapper. Blasés par cet échec, ils décident de faire un « plan stup » : Antoine et Yassine enfourchent le scooter afin de pénétrer incognito dans une cité où, faisant mine d’acheter de la drogue, ils arrêtent le dealer qu’ils jettent dans la voiture conduite par Grégory qui les a rejoints entre-temps. Mais au moment de sortir de la cité, ils endommagent la voiture pour forcer un barrage de fortune, ce qui leur sera plus tard reproché par leur capitaine. « Un gros dealer ou un pickpocket, ça fait pas de différence pour (le Ministère) », leur dit-il. Il leur faut donc faire du chiffre plutôt que de chercher à être utiles.
Prise de risque, adrénaline. Frustration. Esprit d’équipe et petits arrangements avec la procédure. Tout est dit.
« Le terrain, c’est des frustrations ». « On ne sert plus à rien »
Ces histoires de flics découragés, décrédibilisés et impuissants face à des délinquants qui les narguent éhontément, on les connait par cœur et on les a déjà vues mille fois. Sauf qu’ici, on a l’impression de les vivre. On est avec eux, on est eux. Que peuvent-ils faire contre des coqs dont la testostérone est la seule valeur ? Comment composer avec une hiérarchie veule et changeante ? Comment ne pas tomber dans des petits arrangements coupables (une cartouche de cigarettes de contrebande ou un kebab offert par ci, un barrette de shit confisquée puis fumée par là) ?
Le portrait qui est fait de la France est triste à pleurer. Tout est dans un état lamentable : les « quartiers » comme les institutions (police, prison, politique). Le décalage est saisissant entre la misère ambiante et le cadre magnifiquement de la Méditerranée.
Et lorsqu’enfin ils donnent l’assaut dans une cité, on tremble pour eux ; la tension est presque insoutenable dans une scène de guérilla urbaine d’anthologie.
Ce film est un modèle du genre et le réalisateur Cédric Jimenez n’a pas à rougir, même face à Martin Scorsese, Michael Mann ou Ridley Scott.
Drame, Policier
Sortie nationale le 18 août 2021
104 minutes
Festival de Cannes 2021 : sélection officielle, hors compétition
The Normal Heart – Larry Kramer – Virginie de Clausade – Théâtre du Rond-Point

« Il y a toujours une Peste sous une forme ou sous une autre. »
Larry Kramer, écrivain, dramaturge, co-fondateur d’Act up et de Gay Men’s Health Crisis est une figure emblématique activiste militant pour la reconnaissance des droits de la communauté homosexuelle. Connu et reconnu aux Etats-Unis pour la force de ses combats, son texte écrit en 1984, The Normal Heart, est le premier mis en scène sur la scène théâtrale française.
Mis en scène par Virginie de Clausade et interprété par sept comédiens, le texte projette le spectateur dans les années 80 aux Etats-Unis dans la communauté homosexuelle alors que naît une Peste inconnue qui n’a pas encore le nom de Sida. Cette nouvelle Peste frappe et tue, par centaine, dans l’indifférence générale. Ned Weeks, envahi par la colère face au déni général, se met alors en action, à la recherche de fonds et de vérité sur cette maladie qui ne dit pas son nom, qui génère crainte et désespoir parmi ses proches et au sein de la population.
Porté par une jeune équipe de comédiens et un Dimitri Storoge qui interprète avec talent Ned Weeks, The Normal Heart interroge sous forme argumentative la place des minorités discriminées, celle des homosexuels aux Etats-Unis, leur rapport à leur identité, la reconnaissance de leurs droits, et la responsabilité des autorités gouvernementales en situation de crise sanitaire. Le texte fait écho à la situation vécue aujourd’hui : quand le gouvernement doit-il intervenir et prendre des décisions qui ont un impact sur les libertés individuelles ? Quand cela doit-il être considéré comme une priorité nationale qui s’impose à tous ? Qui croire lorsqu'une maladie inconnue apparaît ?
Les dialogues, souvent formulés sous forme de questions-débats, posent des dilemmes moraux élémentaires percutant qui viennent remettre en cause : la construction d’individus dont les fondations reposent en partie sur leur appartenance sexuelle, la construction de modèles sociaux qui éludent les problèmes des minorités, les liens familiaux et amicaux quand les différences deviennent plus fortes que le commun. Le texte volontairement combattif et représentatif des années 80 est un plaidoyer vivant pour l’inclusion sociale et l’universalité des droits fondamentaux au-delà des différences de chacun. On écoute, on pense, on suit les comédiens et les enjeux vitaux mis en évidence. Efficace et touchant.
The Normal Heart est une très jolie découverte à ne pas manquer. Une évidence à partager.
Extrait :
« Je viens d’une culture qui compte Proust, Henry James, Tchaïkovski, Cole Porter, Platon, Socrate, Aristote, Alexandre le Grand, Michel-Ange, Leonard de Vinci, Christopher Marlowe, Walt Whitman, Herman Melville, Tennessee Williams, Byron, E.M. Forster, Lorca, Auden, Francis Bacon, James Baldwin, Harry Stack Sullivan, John Maynard Keynes, Dag Hammarskjöld... Ce ne sont pas des invisibles. Pauvre Bruce. Pauvre petit Bruce apeuré. Il était une fois, t’as voulu être un soldat ? Bruce, tu savais qu’on devait la victoire de la 2ème guerre mondiale à un homosexuel anglais autant qu’aux autres ? Il s’appelait Alan Turing, il a déchiffré le code Enigma, ça a permis aux Alliés de savoir ce que prévoyaient les nazis. Quand la guerre a été finie, il s’est suicidé tellement il avait persécuté à cause de son homosexualité. Pourquoi on n’apprend pas ça à l’école ? Si c’était le cas, peut-être qu’il ne se serait pas suicidé et peut-être que tu n’aurais pas aussi peur de qui tu es. La vraie fierté, on la tirera d’une culture qui ne sera pas seulement sexuelle. C’est là, partout autour de nous dans l’Histoire. Il faut identifier ceux qui ont été présents, définir clairement ce qu’on a dans la tête et dans le cœur et l’affirmer. Tant qu’on ne fait pas ça, tant qu’on ne se structure pas par quartier, par ville, par région, pour devenir une vraie communauté visible, nous sommes condamnés. Se définir par nos bites est littéralement en train de nous tuer. En est-on est réduit à devenir nos propres assassins ? »
theatredurondpoint.fr/spectacle/the_normal_heart2/
Jusqu'au 9 octobre 2021.
AVEC MICHAËL ABITEBOUL, JOSS BERLIOUX, ANDY GILLET, DÉBORAH GRALL, BRICE MICHELINI, JULES PELISSIER, DIMITRI STOROGE.













