OSS117 Alerte rouge en Afrique noire

Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS117, est enfin de retour après 12 ans d’absence. Les deux premiers opus signés Michel Hazanavicius étant devenus cultes, la pression était forte sur Nicolas Bedos, le réalisateur de ce troisième volet intitulé OSS117 Alerte rouge en Afrique noire.
Alléché par une habile bande-annonce, on se régalait d’avance de voir notre anti-héros national mettre les pieds dans le plat du racisme ordinaire.
Malheureusement, Nicolas Bedos signe un film trop long (quasiment deux heures, quand tout était déjà dit dans la bande-annonce) et trop bling-bling. Le réalisateur avait manifestement trop d’argent à dépenser. Pour preuve, au lieu de faire montre d’imagination dans sa mise en scène, il a recours à des effets numériques qui, en plus d’être ratés, n’apportent rien à l’affaire. Ainsi, dans la scène d’ouverture à la James Bond, Nicolas Bedos déploie force images de synthèse pour montrer à l’écran des explosions, des hélicoptères ou encore des montagnes afghanes même pas en carton-pâte.
De même, il multiplie au cours du film les scènes avec des animaux sauvages de synthèse auxquels on ne croit pas un seul instant, car comme le dit OSS117 « Je n’ai rien contre la modernité, mais ça ne marche pas ».
Plutôt que de s’adonner, comme tout le monde, aux images de synthèse, Nicolas Bedos aurait mieux fait d’utiliser des bons vieux trucages à la papa et des cascades à la Rémy Julienne, qui auraient été dans le ton des années 80 où se déroule l’action. Il aurait pu aussi offrir à Pierre Niney une perruque crédible ou autre chose qu’une fausse barbe pitoyable.
Le scénariste Jean-François Halin, qui est habituellement très drôle, multiplie les blagues toutes plus douteuses les unes que les autres avec un débit de kalachnikov. Cela ne suffit pourtant pas à réveiller les spectateurs qui – comme le film - ronronnent gentiment. On ne s’amuse pas vraiment. J’étais surpris de voir comme le public riait peu malgré les efforts manifestes de Jean Dujardin pour sauver ce film qui n’est pas à la hauteur des nos attentes.
L’Anomalie, Hervé le Tellier, Gallimard

Je n’ai jamais eu envie de lire les livres d’Hervé Le Tellier alors même que je le trouve plutôt drôle et sympathique. C’est donc avec curiosité et plaisir que j’ai emprunté le dernier livre de cet auteur, l’Anomalie, à un ami qui l’avait proprement détesté et dont il était très content de se débarrasser !
Ce roman ayant obtenu le Prix Goncourt, et son auteur ayant fait le tour des popotes médiatiques, l’histoire est désormais assez connue. Et pour ceux qui ne la connaitraient pas encore, ils peuvent sauter le paragraphe suivant. Attention, divulgachage !
Dans l’Anomalie, Hervé Le Tellier raconte l’histoire d’un vol Paris-New-York qui s’est dédoublé après avoir essuyé une tempête d’une force inédite. Ainsi, le même avion et les mêmes passagers - alors qu’ils sont partis au même moment - atterrissent aux USA à 106 jours d’intervalle. Dans ce court roman, Hervé Le Tellier explore les conséquences de ce dédoublement pour les personnes confrontées à leur double (ou du moins pour les onze passagers qu’il a sélectionnés), pour les Autorités, pour les religions et pour le monde tout entier.
Ce livre qui se lit tout seul est très divertissant et l’on sent bien le métier de son auteur. Hervé Le Tellier fut longtemps l’un des piliers des Papous dans la tête, une émission de jeux littéraires sur France Culture où il s’adonnait avec délectation au pastiche littéraire et à l’écriture sous contrainte. Dans l’Anomalie, l’écrivain recycle ce savoir-faire en adoptant plusieurs styles, selon les chapitres.
Clairement, Hervé Le Tellier écrit son roman comme une série. A la lecture, on ressent (un peu trop à mon goût !) que l’écrivain avait en tête une adaptation à l’écran, adaptation en série va d’ailleurs avoir lieu prochainement. Il devait en avoir assez de signer des livres relativement confidentiels ! Ce n’est pas désagréable à lire, c’est divertissant, mais ce n’est pas non plus fantastique (on est assez loin des Goncourt d’anthologie : Proust, Genevoix, Merle, Gary, Echenoz etc.). Cela m’a beaucoup fait penser à Tonino Benacquista qui eut son heure de gloire dans les années 90-2000, et dont le roman Malavita fut adapté au cinéma par Luc Besson.
Pour résumer, l’avantage de l’Anomalie, c’est que c’est plaisant et vite lu. Le gros inconvénient, c’est que cela reste assez léger, malgré le fond pseudo-philosophique ; Hervé Le Tellier étale un peu sa science et nous fait du Descartes 2.0…
Loomie et les Robots, Le Funambule

Loomie est encore bébé quand son père la confie aux robots qu’il a programmés pour prendre soin d’elle, enfermée au sein d’un bunker qui la protègera des dangers extérieurs. Son père disparaît et le monde semble sombrer dans le chaos, tandis que Loomie grandit, joue et s’entraîne au combat, élevée par 5 robots-amis, chapeautés par une intelligence artificielle appelée « papa ». A 17 ans, Loomie est réveillée chaque matin par la musique de « mp », déguste les chocolats chauds préparés par « glou-glou », sèche les cours de botanique et de combat recommandés par « papa », et préfère jouer aux jeux vidéo une bonne partie de la nuit, son casque de réalité virtuelle vissé sur la tête !
Un jour, une nouvelle rompt la routine bien rôdée de cette petite communauté : « mp » perçoit un message radio qui tourne en boucle : un garçon cherche à contacter un survivant, un autre être humain, qui comme lui, aurait survécu à la catastrophe ! Dès lors, Loomie n’a qu’une idée en tête : quitter le bunker et retrouver ce garçon. Mais « papa » se met au travers de sa route…
Dans ce conte moderne qui est aussi une comédie et un récit d’émancipation, la comédienne Barbara Lambert interprète une Loomie tonique, touchante et têtue, sur le petit plateau du théâtre Le Funambule, niché au creux de Montmartre. Le décor est très astucieux et les différents robots avec leur voix, leur accent et leur débit propres, sont des personnages à part entière, avec des traits de caractère, une histoire, des intérêts. La présence de robots télécommandés ou animés depuis les coulisses par leur créateur, Louis Hanoteau, confère une grande originalité à cette pièce. Il faut saluer la performance de Barbara Lambert, convaincante dans son rôle d’ado et dans ses échanges avec ses camarades de jeu robots !
A voir en famille tout l’été au Funambule, avant de monter vers le cabaret Le Lapin à Gilles et les vignes de Montmartre (à deux pas), pourquoi pas se faire refaire le portrait place du Tertre, prendre son goûter sur les marches du Sacré-Cœur en admirant Paris, prendre place dans le « Montmartrain », et plus encore…
LOOMIE ET LES ROBOTS
Texte de Benjamin Isel, Hadrien Berthaut et Louis Hanoteau
Mise en scène Benjamin Castaneda
Avec Barbara Lambert et Louis Hanoteau
Compagnie Les 7 Fromentins
Les vendredis, samedis et dimanches à 15h30 jusqu’au 29 août 2021
(les mercredi, samedis et dimanches à partir de septembre jusqu’au 30 décembre 2021)
Au Théâtre LE FUNAMBULE
53 rue des saules, 75018 Paris
LOOMIE ET LES ROBOTS (funambule-montmartre.com)
Seras-tu là ?, Solal Bouloudnine, Les Plateaux Sauvages

Si vous avez entendu Solal Bouloudnine dans l’émission de Dorothée Barba sur France Inter ce jeudi 22/07, sur le thème « Les chansons dans nos vies », vous avez sûrement conclu hâtivement, comme moi, que son spectacle « SERAS-TU LÀ ? » est un spectacle musical… mais pas du tout. Ceci n’est pas une comédie musicale et Solal ne chante pas. Ceci est un seul en scène, où l’enfance tient le premier rôle et Michel Berger, le second.
C’est un hasard si Solal passait ses vacances d’été, enfant, à Ramatuelle, sa villa jouxtant celle du célèbre chanteur. C’est un hasard s’il a assisté au ballet des pompiers et des journalistes, l’été de six ans, quand fut annoncée la mort de Michel Berger. Hasard ou pas, pour Solal, c’est une prise de conscience qui arrive tôt : on vit, on meurt, n’importe quand, subitement parfois et personne ne peut y échapper.
Ceci n’est pas une comédie musicale, donc, mais le seul en scène d’un acteur récemment devenu père, plus que jamais obsédé par la question de la fin de toutes choses. Spectacle né d’improvisations sous l’œil bienveillant du compagnon de travail Maxime Mikolajczak, SERAS-TU LÀ? revendique l’héritage de Philippe Caubère : comme lui, Solal donne vie à une galerie de portraits de personnages issus de ses souvenirs : son père, d’abord, chirurgien spécialiste des « tissus mous » qu’il a souvent accompagné, qu’il a pu observer et entendu discourir ; mais aussi une institutrice hystérique, un coach de foot, un rabbin… et d’autres personnages tout droit sortis de son imaginaire excentrique, comme cette fonctionnaire qui attribue une date de mort programmée à chaque nouveau-né, et qui rassemble toutes ses relations pour un discours d’adieu au dernier jour de vie : la salle comble est hilare ! Le jeu d’acteur est virtuose, comme dans la scène de la chirurgie du nounours, ou dans celle de la fonctionnaire qui tape à la machine en accéléré… Solal tire des fils apparemment anodins, grossit le trait jusqu’à la caricature. Il n’a peur ni du ridicule ni des énormités.
De plus, la mise en scène est très habile ; la fin reboucle avec le début, car Solal, par peur de la fin, préfère commencer par celle-ci. Et tout se tient : le spectateur se laisse embarquer, évitant les écueils du doute et de l’ennui, le seul risque étant… de mourir de rire.
Avec SERAS-TU LÀ ? Solal Bouloudnine dépasse l’angoisse de la mort à venir, la nostalgie de l’enfance passée, et nous embarque dans un moment présent d’1H15, intense, émouvant et drôle. Cerise sur le gâteau, il réussit ainsi son pari : rendre hommage à deux arts dits « mineurs » : la comédie et la chanson.
SERAS-TU LÀ? Aux plateaux sauvages, c’est fini, mais ça reprend à la saison 2021-2022: à Paris, au Théâtre Monfort et au Théâtre 13 et aussi : à Béthune, Toulouse, Tulle, Pont-Audemer, Nice, Mougins, Carros, Forbach, Dijon, Marseille et Poitiers…
Toutes les dates sur le site de la compagnie L’OUTIL
Solal Bouloudnine | Seras-tu là ? – Les Plateaux Sauvages
Seras-tu là ? – L'Outil (loutil.eu)
* Les tissus mous correspondent aux organes abdominaux (foie, rate, tube digestif, reins…) ou thoraciques (cœur, poumons…).
Trilogie Benlazar, Frédéric Paulin, Agullo Noir et Folio Policier

C’est le polar de mon été. Attention, c’est addictif !
N’étant pas du tout lecteur de polars, je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai récupéré La guerre est une ruse, de Frédéric Paulin, qui avait été déposé dans une boîte à livre. Grand bien m’en a pris !
J’ai littéralement dévoré ce livre avant de voir en 3ème de couverture qu’il n’était que le premier tome d’une trilogie. Il ne me restait alors plus qu’à me procurer les deux tomes suivants pour prolonger le plaisir de lecture.
Quand je parle de plaisir, il me faut préciser que le sujet de cette trilogie n’est pas des plus riants. Le héros, Tedj Benlazar, est un agent des services secrets français en poste en Algérie dans les années 90 (la décennie noire). Très tôt, il a l’intuition que la barbarie qui sévit en Algérie dépassera les frontières du pays. Malheureusement, personne ne l’écoute ni ne peut enrayer la machine infernale qui est à l’œuvre.
« Durant la guerre faite au peuple, l’Algérie a compté 200 000 morts ; la France vient de perdre 17 personnes. Quel est ce monde qui pleure 17 personnes mais qui en oublie 200 000 autres ? »
Avec sa trilogie « Tedj Benlazar », Frédéric Paulin dresse une histoire documentée et passionnante du djihad islamiste depuis ses origines sur le territoire algérien jusqu’aux attentats de novembre 2015 en France, en passant par le 11 Septembre et le Djihad de citoyens français en Syrie. La description romancée de la chronologie et des ramifications internationales du terrorisme est très instructive, et tout simplement passionnante.
La guerre est une ruse, Agullo Noir et Folio Policier
Prémices de la chute, Agullo Noir
La Fabrique de la terreur, Ed. Agullo Noir
Le Cirque invisible, Victoria Chaplin, Jean-Baptiste Thierrée, Rond-Point


Situons-les d’abord dans leur lignée, puisque leur lignée familiale et leur lignée artistique sont alignées. Elle est la quatrième enfant de Oona et Charlie Chaplin ; il est fils d’ouvrier parisien. Elle étudie la musique classique et la danse. Il est comédien pour Peter Brook et Federico Fellini avant de se tourner vers le cirque. Ils se rencontrent en 1969. Ensemble, ils créent en Avignon le cirque Bonjour (40 artistes, fauves, orchestre et cavalerie) et renouvellent le genre. Ils ont deux enfants, James et Aurélia, et créent pour eux et avec eux Le Cirque imaginaire. En 1990, le Cirque imaginaire devient le Cirque invisible.
En résumé, en 30 ans, ils créent 3 spectacles et depuis 1990 tournent autour du monde Le cirque invisible, le renouvellent et le parachèvent sans cesse. En parallèle, Victoria crée les costumes des spectacles de James (Thierrée) : La Symphonie du hanneton et La Veillée des abysses et met en scène les spectacles d’Aurélia (Thierrée) : L’Oratorio d’Aurélia, Murmures des murs, et Bells and spells.
Entre eux, point de hiérarchie : elle est plutôt contorsionniste et transformiste et s’amuse à créer des monstres à partir des costumes et des décors. Lui est clairement clown et magicien et s’amuse à nous surprendre des apparitions sortis de ses valises plus originales les unes que les autres. Chacun se met au service du rêve de l’autre.
Le spectacle alterne entre drôlerie et songe, entre numéros d’illusionniste classiques et revisités (lapin sorti du chapeau, femme coupée en deux, jeu de bonneteau) et apparitions inquiétantes d’animaux de contes fantastiques...
Entre prestidigitation et illusion, entre bestiaire transformiste et escamoteur de foire, le duo donne vie à des images inédites, tandis que le public alterne entre rire et étonnement.
On pourrait aussi dire d’eux que ce sont des orfèvres de la scène, qui affinent ce spectacle depuis 20 ans. Pour illustrer la passion, le travail d’artisans qui les anime, Jean-Baptiste Thierrée déclare : « En 30 ans, nous n’avons produit que 3 spectacles (…). J’aurais aimé n’en faire qu’un seul, et le peaufiner sans cesse… ». Jusqu’à l’épure.
Vous l’aurez compris, c’est drôlement fin, merveilleusement beau et inquiétant, aussi envoûtant qu’inventif !
A découvrir ou à revoir en famille, au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 11 juillet.
Du 29 JUIN au 11 JUILLET 2021 à 18h30
Un spectacle de et avec : Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée
Lumières : Nasser Hammadi
Durée : 1h15
Théâtre du Rond-Point, salle : Renaud-Barrault
Billetterie au 01 44 95 98 21
Adieu les cons

Adieu les cons… Bonjour le navet !
« Intégré dans un monde de tarés, je suis pas sûr que ce soit une réussite ». Si la phrase prononcée par le personnage de Dupontel est juste, elle s’applique malheureusement à ce dernier dont le film a raflé 7 César (meilleur film, meilleur réalisation et meilleur scénario entre autres). Il fut un temps où Dupontel pratiquait un humour punk saignant mais jouissif. Avec Adieu les cons, il signe une bluette gentiment contestataire, suffisamment peu corrosive pour pouvoir être diffusée sur TF1.
Dupontel voudrait mettre en scène une fable mais ne parvient qu’à réaliser un film kitsch et laid, sans parler des hommages lourdingues à Brazil (participation exceptionnelle de Terry Gilliam, personnage qui s’appelle Tuttle, scène dans les archives etc.). Dupontel dénonce la toute puissance de l’informatique qui contrôle désormais tout. Lorsque le héros prend le contrôle des choses grâce à son ordinateur tout puissant, on se croirait dans un James Bond ou un Mission Impossible du début des années 2000…
Bien sûr il y a des choses à sauver, comme ces seconds rôles qu’on aime tant (Nicolas Marié, Michel Vuillermoz, Laurent Stocker, Bouli Lanner et surtout Jackie Berroyer qui incarne avec douceur un médecin sénile), mais l’on comprend mal comment ce film très très moyen (visuellement très moche et dont le scénario est indigent) a pu rencontrer un tel succès tant critique que populaire.
Sortie le 21 octobre 2021
Manchester Films
87 minutes
5ème set


Ayant terminé mes études il y a très longtemps, cela devait bien faire au moins 20 ans que je n’avais pas vu un match de Roland Garros.
Autant vous dire que je me fous complètement du tennis, et que je ne suis pas allé voir « 5ème set » pour son sujet, mais plutôt pour son interprète, Alex Lutz. Et grand bien m’en a pris car le comédien porte le film avec le talent qu’on lui connait.
L’histoire: Thomas Edison (Alex Lutz, donc), un ancien petit prodige du tennis français rêve, à 37 ans et alors qu’il a un genou en vrac, d’accéder à la finale de Roland Garros qu’il avait laissé échapper sur une balle de match lorsqu’il avait tout juste 18 ans. Personne ne croit en lui et l’on se demande bien où il trouve la force, ou la folie, ou l’abnégation, de continuer à se battre. Quand tout le monde autour de lui se résigne à abandonner la compétition, lui pense qu’il n’en a pas fini avec les tournois.
Avec qui ou avec quoi a-t-il des comptes à régler ? Avec son impitoyable mère ? Avec sa femme protectrice ? Avec le jeune homme qu’il fut jadis et qui trébucha ? Avec son corps vieillissant qui le lâche ?
Tout cela, et plus encore, se mêle pour donner un film sobre mais prenant. Alex Lutz est extrêmement juste et suscite chez le spectateur une véritable empathie avec son personnage. On souffre avec lui et l’on a envie d’y croire, tout en n’y croyant pas (mais Thomas Edison y croit-il vraiment, au fond ?).
Le film ne tiendrait pas sans Alex Lutz, c’est sûr. Mais il faut aussi saluer les seconds rôles qui nous font croire à cette histoire aussi improbable qu’émouvante : Ana Girardot (Eve, sa femme), Kristin Scott Thomas (Judith, sa mère), Quentin Reynaud (son entraîneur, qui est aussi le réalisateur du film) ou encore Tariq Bettahar (un chauffeur compatissant mais pas téméraire).
La réalisation est honnête et parfois même trop didactique (le gros plan sur la cicatrice au tout début du film…). La direction d’acteurs est bonne (sauf pour Jürgen Briand qui appuie un peu trop le côté prétentieux et arrogant du jeune rival de notre héros). Le réalisateur (ancien tennisman) se fait plaisir en donnant un voir un match « comme à la télé ». J’ai l’air de critiquer comme ça, mais j’avoue que je me suis laissé prendre avec plaisir à cette rencontre épique qui m’a presque donné envie de regarder Roland Garros l’année prochaine. J’espère juste qu’Alex Lutz sera qualifié !
Sortie le 16 juin 2021
Un film de Quentin Reynaud
Durée 105 minutes
UN POYO ROJO, TEATRO FISICO, Hermes Gaido, Théâtre du Rond-Point


Un Poyo Rojo, Un coq rouge, se joue à guichets fermés depuis plus de 10 ans en Argentine.
Découvert en Avignon en 2015, il a depuis fait le tour du monde, et revient, apparemment pour la dernière fois à Paris, au Théâtre du Rond-Point : ne le manquez pas !
Quelques images ou un bref descriptif peuvent laisser penser que ce spectacle propose une forme hybride entre cirque et théâtre, mais pas du tout : il s’agit d’un duo de danseurs, des danseurs très athlétiques et talentueux. Il est vrai qu’Alfonso Barón et Luciano Rosso ont une présence scénique forte et ancrée, en cela ce sont d’excellents acteurs. Ils font appel au comique de répétition et jouent du contraste entre les deux personnages, créant un véritable duo de clowns.
Mais avant tout, ils dansent ! Démonstration de hip-hop, emprunts au langage corporel de la mode, explorations k-pop, le duo de danseurs burlesque multiplie les citations populaires et reflète son époque. Bien que créé depuis plus de 10 ans, la chorégraphie se renouvelle sans cesse et laisse la part belle à l’improvisation.
La scène se passe dans un vestiaire masculin, où nos danseurs s’échauffent et se jaugent. Ils explorent à peu près toutes les façons pour deux êtres humains d’aller à la rencontre l’un de l’autre. Un peu comme les deux personnages de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton. Ils s’observent, se tournent autour, se provoquent, se séduisent, se regardent crânement et se défilent… Les fiers coqs perdent quelques plumes dans la bataille et le machisme en prend pour son grade.
Le duo d’Un Poyo Rojo impressionne par son brio, mais encore plus par sa créativité. J’ai vu ce soir-là des images jamais vues, j’ai assisté à des expériences corporelles inédites ! Et en même temps, le duo s’adresse à tous les publics, sans choquer les plus jeunes ni les plus prudes.
Il fallait en effet s’éloigner du duo de danse pour créer un spectacle visuel hybride étonnant à ce point. Mes yeux ne s’étaient pas écarquillés si grand depuis longtemps !
Vous aussi, laissez-vous étonner avec plaisir !
Jusqu’au 3 juillet 2021
Théâtre du rond-point











