François, le Saint jongleur, Dario Fo, Gallienne, Claude Mathieu, Montansier

Dario Fo, célèbre dramaturge italien et prix Nobel de littérature 1997, est l'auteur de cette pièce assez irrévérencieuse sur François d'Assise, ce fils de grands bourgeois qui au XIIème siècle a renié la richesse de ses parents (allant jusqu'à se mettre nu dans un église pour tout rendre à son père, même ses vêtements!) afin de vivre dans la pauvreté avec ses compagnons.

A une époque où seuls les prêtres étaient autorisés à dire l'évangile, dans leur église et en latin, François d'Assise a voulu raconter la vie de Jésus en tout lieu et en italien. Il fascine les foules en leur narrant la Bible à sa façon.

"Quelle bonne religion nous avons là!" dit la foule quand Jésus transforme l'eau en vin ou lorsqu'il multiplie les poissons (désarêtés, s'il vous plait) !

A l'image de François qui est revenu à l'épure de l'évangile pour mieux lui donner sa dimension pleine et entière, le metteur en scène Claude Mathieu revient à l'essentiel du Théâtre pour mieux le magnifier. Pas de décor. Une table pour tout accessoire. Un seul comédien (pour une vingtaine de personnages). Et quel comédien !

Il y a quinze ou vingt ans, Gallienne m'apparaissait comme un artiste talentueux. Puis, je trouve qu'il s'est un peu perdu dans une forme de caricature de lui-même, que ce soit dans "Guillaume et les garçons, à table!" ou, pire, dans "Ça peut pas faire de mal" sur France Inter. Gallienne faisait alors du Gallienne et c'était lassant.

Gallienne montre ici l'étendue de son talent. Lorsque commence la pièce, l'on est un peu décontenancé ; mais on ne sait pas trop par quoi au juste. Il m'aura fallu un certain temps pour réaliser que Guillaume Gallienne, de la Comédie Française, ne déclame pas, mais qu'il parle. Tout simplement. Et pourtant, on l'entend, même à l'autre bout du théâtre. Et pourtant il joue, sans aucun conteste.

Avec François, la Bible est une histoire accessible à tous. Avec Guillaume, la vie de François est un conte, l'histoire d'un homme complexe à la fois bourgeois et pauvre, indépendant mais pistonné, drôle mais tragique, illuminé mais visionnaire.

Et je me suis senti comme un enfant qui écoute avec délice et fascination son père qui lui raconte une histoire passionnante, drôle et tragique. La vie, quoi !

Jusqu'au 03 octobre 2021
Théâtre Montansier, Versailles
1h30 - de 5 à 39€

La Sagesse de la pieuvre, My Octopus Teacher, Craig Foster

L’extraordinaire rencontre amoureuse filmée entre un homme et une pieuvre !

Craig Foster sort d’un burn-out professionnel. Il ne sait plus quel sens donner à sa vie. Perdu, il replonge dans ses souvenirs d’enfance en bord de mer à la recherche de racines qui pourraient le reconstruire. C’est alors qu’il décide de plonger non loin de chez lui à la pointe occidentale de l’Afrique du Sud au milieu d’une forêt aquatique de Kelps avec l’intention de se ressourcer en noyant ses idées sombres dans l’eau salée. On ne dit pas si cette idée est née dans l’alcool tellement elle paraît dingue ! Bref. Il plonge et y découvre une forêt de Kelps.

Le Kelp est appelé en France le varech, moins poétique comme nom. Répétez après moi Forêt de Kelps. Ooooh. Forêts de varech. Beuark ! Vous sentez la différence ?

On reprend. Les forêts de Kelps sont des écosystèmes particulièrement connus pour être riches en biodiversité.  Après s’être habitué à plonger en eau froide en apnée et torse nu – du calme c’est pas Robert Redford ni Daniel Craig - Craig Foster est attiré par un octopus. Octopus, kraken, pieuvre, poulpe, l’animal, entre extra-terrestre intelligent et mollusque sans coquille, a toujours fasciné les hommes et ce, depuis la Grèce antique. Craig se prend alors au jeu de l’observation quotidienne et de la compréhension de l’animal marin. Il le filme sous tous les angles. L’approche. Jusqu’à cet incroyable instant : le contact. C’est le point de bascule.

Craig Foster cherche à en savoir toujours plus sur l’animal et découvre son incroyable potentiel : imitation de l’environnement, stratégies de chasse, jeu, régénérescence de tentacule, esprit de curiosité, déplacement par la nage, la marche, fabrique de boucliers. Une incroyable créativité inspirante pour le plongeur réalisateur.

Entre rencontre du 3e type et Contact, My Octopus teacher raconte une histoire sous forme de conte initiatique, celle d’un homme perdu qui réapprend grâce à la compréhension de l’animal et à son contact à reprendre confiance en lui, à donner un tout nouveau sens à sa vie fondée sur la douceur, la lenteur, l’attention portée à l’autre, la recherche d’un équilibre vital dans un environnement naturel à préserver. La réalisation de ce documentaire est éblouissante, invite au voyage en plaçant l’observateur en position d’humilité face à la multiplicité des sens de l’animal. Un film documentaire tout public à voir absolument sur Netflix.

Pour les admirateurs de la pieuvre, on conseille également cette émission en podcast des Chemins de la philosophie tout aussi passionnante : "Métaphysique du Poulpe" avec Vinciane Despret :

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/metaphysique-du-poulpe

Clip de Safe on the Autobahn, New Vogue

Tu aimes Tuxedomoon, The Normal, Screamers, Solid Space, le 80’s punk et post-punk ? Eh bien c'est pour toi ! Cadeau ! De la belle réalisation 80's avec de la Mire en intro ! C'est limite technicolor ! Bravo à la réal !

NEW VOGUE - Volume II
Disponible chez  Casbah Records & Drink and Drive Records // 12 novembre

New Vogue est un groupe montréalais composé de membres de Sonic Avenues (Dirtnap Records, Taken By Surprise) et de Priors (Slovenly, Drink and Drive Records), avec Max et Chance au cœur de la formation. 

C’est pendant l’hiver de 2018 que les deux membres se sont rassemblés pour la première fois en tant que New Vogue pour enregistrer quelques démos que Max avait écrites quelques jours auparavant. Armés d’un micro, d’une console Tascam, d’un Space Echo et de quelques autres effets, ils ont enregistré eux-mêmes, dans l’appart de Max, les 6 pièces qui ont marqué le début officiel de la formation. Quelques semaines plus tard, le premier EP de la formation paraissait sur le channel YouTube de Anti, une référence dans le monde de la musique éclectique et punk. La version physique de cette première collection est parue en format cassette sous l’étiquette Sound Salvation Music - label indépendant de Max. La formation live de New Vogue a vu le jour pendant l’été de 2018 alors que les membres d’origine voulaient transporter leur art sur la scène. Cameron (guitariste) et Taylor (batteur) de Barn Burner - autre formation montréalaise - se sont alors joint à la formation. Cette expression de New Vogue a persisté jusqu’au départ de Taylor en fin de 2019; une rupture du groupe qui coïncidait avec le début de la pandémie. Mis alors en mode veille, New Vogue n’a toutefois pas rompu avec le désir de poursuivre sur la lancée du premier EP.

C’est pendant l’hiver de 2020 que Max s’est remis à écrire et à enregistrer les pièces du mini-LP - Volume Deux - qui verra le jour sous l’étiquette française Casbah Records en novembre 2021. Le groupe ‘live’, maintenant composé de membres de Priors, de Sonic Avenues et de Kamikazes (premier groupe de Max), fera ses nouveaux débuts sur scène suivant la sortie de Volume Deux.

Clip de Je suis un renard – Pauline Croze

"Pauline Croze sort son sixième album Après les heures grises le 8 octobre 2021 avec une pochette dessinée par Joann Sfar. Le nouvel album de Pauline Croze serpente entre les modes et sonne comme le juste équilibre entre le charme de ses premiers pas et une pop d’époque, où la chanson se mêle aux syncopes urbaines. Un album composé entre les confinements, entre légèreté́ et auto-analyse, qui joue autant avec les formes qu’avec les double-sens.
"J’avais besoin de risque, de bousculer le fond autant que la forme, d’être éprouvée" a expliqué Pauline Croze à propos de son disque Après les heures grises.

On retrouve sur le disque des collaborations avec Fils Cara, Nk.F (Damso, Orelsan), Romain Guerret (Aline, Alex Rossi), Charlie Trimbur (Eddy de Pretto) et Pierrick Devin (Phoenix, Lomepal).

Dans le clip de Je suis un renard, réalisé par le binôme Les Mauvaises Filles (James Coote & Malou Dongelmans), Pauline Croze et la danseuse et chorégraphe N'doho Ange se dédoublent dans une course poursuite avec un drone qui semble épier ce duo de funambules. Une métaphore à la bipolarité et à la singularité, doublée d'un hommage au film Mauvais Sang de Leos Carax, pour ce titre aux élégantes envolées de piano de Fils Cara."

La plus précieuse des marchandises, J.-C. Grumberg, C. Tordjman, Théâtre du Rond-Point

Une très belle mise en scène pour un texte d’une magnifique beauté.

La plus précieuse des marchandises est un texte magnifique de Jean-Claude Grumberg. Magnifique parce que l’auteur réussit dans une forme classique, courte et simple, le conte, à magnifier petite histoire et grande Histoire avec un grand H, à croiser les points de vue, celui du lecteur, celui d’une mère qui poussée par l’amour et le désespoir en vient à abandonner son enfant, celui d’une autre mère qui recueille cette enfant. Tout cela dans le contexte d’une guerre mondiale et sans jamais la nommer, de la déportation. Un conte humaniste marquant.

Le texte n’avait pas une vocation théâtrale, il n’est pas écrit pour cela. Le conte fondé sur une tradition orale et une lecture à haute voix le suggère sans qu’il le nécessite. Les passerelles sont cependant possibles : le théâtre joue sur la représentation du réel pour créer une fiction comme Grumberg écrit à partir de l’existence de faits historiques pour jouer de la fiction du conte et de ses codes. Un décalage fictionnel perturbant comme le sont les plus grandes tragédies.

Dans la mise en scène de Tordjman, ils sont deux, seuls en scène, à interpréter Un pauvre bucheron et Une pauvre bucheronne vivant isolés dans une forêt. Au loin, vidéoprojeté par des représentations graphiques en fond de scène, passe un train de marchandises dont la destination est inconnue et dont la pauvre bucheronne affamée espère tout : victuailles et vêtements. Sur cet écran apparaissent de manière fantomatique, des arbres floutés, le visage de la mère déportée, interprétée par Julie Pilod.  Tout contribue à l’illusion, au détournement du réel comme pour mieux s’en protéger et nous rappeler que nous sommes dans une fiction. Un paradoxe qui assaille le spectateur.

La forêt représentée au sol par un réseau quadrillé blanc, surélevé, impose aux personnages en équilibre une tension dramatique dans leurs déplacements. Comme si le moindre faux pas entrainait la chute du récit. Côté cour, passant du rôle d’acteur à celui de narrateur-coryphée et de musicien, Eugénie Anselin et Philippe Fretun jouent quelques fois de la musique. Pour sonoriser le temps et l’indicible. Quand ce n’est pas une machine à coudre électrique qui cadence avec froideur la narration.  Le spectateur suit ainsi sous tension le déroulement du conte.

Capté par le texte , par cet évènement tragique qu’est le recueil de cette enfant jetée par la lucarne d’un train de marchandises, par le comportement héroïque d'un père soumis au deuil, le spectateur ne peut que vibrer devant cette effroyable fiction aux prises avec un récit historique connu de tous. « Les chasseurs de sans-cœur », les « sans-cœur » « les têtes de mort », sont des mots qui usent des codes naïfs du conte pour mieux désigner l'indicible, s'en détacher, traduire une peur, réinterroger le sens, l’humanité ou l'inhumanité qui les compose.

L’interprétation, le rythme, la mise en scène, la musique sont à la hauteur d’un texte qui a la valeur littéraire d’une grande œuvre classique. En mettant en scène ce texte, Charles Tordjman fait entendre une célébration de la vie et de l’amour dans un contexte tragique. « L’amour qui fait que la vie continue » comme l'écrit Grumberg.

Les spectateurs connaissant le texte auront plaisir à le voir et l’entendre. Ceux qui le découvrent resteront sans doute marqués par l'intelligence du fond et de la forme. Le texte, prix spécial des librairies, grand prix de la société des gens de lettres, prix des lecteurs BFMTV/L’Express est édité en poche aux éditions Points. Un conte à voir, à lire, relire et offrir.

Jusqu'au 17 octobre au : https://www.theatredurondpoint.fr/

Dates de tournée :

27 — 30 OCTOBRE 2021 THÉÂTRE DE LIÈGE / LIÈGE (BELGIQUE)
17 — 20 NOVEMBRE 2021 THÉÂTRE NATIONAL DE NICE / NICE (06)
2 — 3 DÉCEMBRE 2021 THÉÂTRE DE LA COLONNE / MIRAMAS (13)
15 — 16 DÉCEMBRE 2021 LA CRIÉE, THÉÂTRE NATIONAL DE MARSEILLE / MARSEILLE (13)

Une histoire d’amour, Alexis Michalik, la Scala

Avec « Une histoire d’amour », Alexis Michalik nous entraîne dans les méandres émotionnels de la rupture et du deuil, avec une pointe d’humour noir. Ce sont plutôt deux histoires d’amour qui s’entremêlent : une histoire courte et intense entre Katia et Justine. Justine quitte Katia alors que cette dernière porte leur enfant. Douze ans passent… Quand Katia apprend qu’elle va mourir bientôt, les deux femmes se retrouvent et tentent de comprendre ce qui leur est arrivé. Katia confie sa fille à son frère, un écrivain à l’inspiration en chute libre, qui traverse un deuil profond. Au fil de quelques scènes bien ciselées, le frère et sa nièce s’apprivoisent, se livrent et se consolent.

Tandis que dans ce conte moderne, l’amour et la mort s’entremêlent, les scènes s’enchaînent sans répit. La mise en scène est habile et virevoltante, comme souvent chez Michalik*. Mais cette fois le registre est plus grave et plus intime. Je regrette seulement le rythme trop rapide des premières scènes ; j’aurais eu besoin d’un peu de calme pour poser la situation et camper les personnages.

Ceci étant dit, la direction d’acteurs est toujours juste et l’émotion est contagieuse entre la scène et la salle. Une fois admise la convention de douze ans passés en quelques secondes… le rythme est moins frénétique et les personnages deviennent plus profonds.

Au fil des scènes, le public est visiblement ému, troublé par ces deux histoires d’amour qui s’entrelacent au sein d’une seule famille. On en sort un peu mélancolique. On a traversé des drames, on a compati devant la pudeur de ceux qui cachent leur douleur, on a pleuré devant leur tentative de consolation. Les personnages semblent si vrais. On a envie de prolonger cette rencontre, on continue à parler d’eux, de leur expérience, de ce qui nous a surpris chez eux, de leur réaction devant l’imprévisible, et aussi des liens particuliers qui les attachent. A la fin, on a besoin, nous aussi, de fraternité. C’est grâce à la plume et à la direction d’acteur de cet auteur, qui interroge notre humanité au fil des spectacles et réussit peut-être à la cerner et à nous la rendre sensible. Merci Alexis Michalik!

*Ce spectacle a obtenu le Molière de la meilleure mise en scène du théâtre privé en 2020.

NB : 5 spectacles de cet auteur sont actuellement à l’affiche ; nouvelles chroniques à suivre…

Du 28 septembre  au 30 novembre  2021
LA SCALA - 13, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris
Grande salle - Durée : 1h25
Email : billetterie@lascala-paris.com
Téléphone : +33(0)1 40 03 44 30

Un spectacle écrit et mis en scène par Alexis MICHALIK
En alternance Clément Aubert, Pauline Bression, Juliette Delacroix et Marica Soyer ou Stéphanie Caillol, Alexia Giordano, Paul Lapierre et Julia Le Faou.

Planet [wanderer], Damien Jalet, Kohei Nawa, Chaillot

Après Vessel, le chorégraphe Damien Jalet et le plasticien Kohei Nawa créent Planet [wanderer], mettant en mouvement le corps de huit danseurs dans un conte onirique pour illustrer l’amour viscéral qui relie les humains à leur planète.

Le plateau est couvert d’un sable charbonneux aux éclats scintillants qui façonne un paysage. Peu à peu, cette poussière d’étoile ou de météorite, prend vie et l’on distingue un être recouvert de cette même matière qui se met à ramper et à onduler à même le sol tel une créature aquatique.

A l’issue de son voyage, elle s’engloutit dans un amas d’autres corps qui se désolidarisent pour aller s’enfouir jusqu’aux genoux dans des cratères remplis d’une lave blanche et bouillonnante.

Les pieds prisonniers, chacun dans sa capsule, tels les roseaux résilients, ils s’arc-boutent et se cambrent à l’extrême dans un élan toujours répété au rythme de vagues sonores métalliques signées Tim Hecker.

Rejouant l’évolution de la vie, les corps humains s’émancipent de cette matière aquatique pour rejoindre la terre ferme. Les danseurs parcourent alors le plateau de manière frénétique comme dans une scène de nos vies modernes et citadines.

Pour la seconde fois, le chorégraphe franco-belge Damien Jalet et le plasticien japonais Kohei Nawa créent ensemble une œuvre tenant autant de la chorégraphie que de l’expérimentation plastique.

À travers la confrontation du corps humain avec différents matériaux expérimentaux, évoquant le souffle de l’air autant que le mouvement de l’eau, Planet [wanderer] est une évocation poétique et sensuelle de la nature migratoire de la vie, et du lien à la fois puissant et fragile qui nous unit à ce nomade sphérique qu’est notre planète. 

Des interprètes magnétiques, une scénographie et une chorégraphique hypnotique font de Planet [wanderer] un spectacle à ne pas manquer en ce début de saison.

du 15 au 30 septembre 2021
Théâtre National de Chaillot, palais de la danse

la Lyric Vidéo d’Odessa – Almée – Clément Daquin

"Poète, mais aussi chanteuse et musicienne, Almée s'impose par ses mots et ses mélodies portés par des paysages électroniques. Son premier clip Préliminaires avec Nicolas Ullmann sorti en avril 2020 comptabilise 18K vues à ce jour et a enthousiasmé la critique qui l'a comparée d'emblée à des artistes comme Claire Laffut, Juliette Armanet et Fishbach. Almée prépare aujourd'hui son premier EP, réalisé par ALB, qui s'appellera Plonger. On découvre aujourd'hui Odessa, un nouvel extrait. C’est bien à Odessa qu’Almée a écrit et composé son titre du même nom. Ce voyage en solitaire est une plongée dans son histoire familiale tout autant qu’une découverte de soi. Un passage initiatique, sur des nappes synthétiques, en forme d’Odyssée, navigant entre la désuétude des paradis perdus et la nostalgie du présent. Parallèlement à sa musique, Almée anime son podcast États sonores avec lequel elle poursuit ses explorations de l’intime et fait de chaque épisode le volet d’une correspondance avec les titres de son EP. Elle y peint tout un nuancier de messages personnels grâce aux multiples voix qui s’entremêlent."

Outre la chanson, on aime l'insertion du petit film muet en contrepoint qui entraîne vers un autre temps, un autre ailleurs, une rêverie. Simple. Décalé. Efficace.

DJENANE – Bébel le Magicien – Anne Artigau – Théâtre du Rond-Point

Lauréat au Festival de la Magie de la Colombe d’or, Belkheïr Djénane est un artiste reconnu dans l’art de la cartomagie, un art de l’illusion dans lequel il excelle grâce à des maniements de cartes dont il a le secret. Il vient ici dans ce spectacle, accompagné d'une table, de ses cartes à jouer et d’un écran de vidéoprojection en fond de scène. Entrant en scène avec sa démarche chaloupée appuyé sur un vieux bâton noueux, tel un vieux sage, Djénane s’installe et après avoir interpellé le public, le happe dans ses tours de carte.

La vidéoprojection de fond de scène est une fenêtre sur l’ailleurs – bord de mer, arbres - tandis que Djénane assis derrière sa table de magie dialogue avec ses cartes. Les mains jouent. Les cartes courent. L’illustration sonore sous forme d’onomatopées donne une voix aux cartes et notamment à la Dame de Cœur qui s’évade régulièrement en toute liberté. La Mort rôde également au travers d’un jeu de tarot qui donne un caractère mystique et ancestral au récit visuel. D’autres bruits évoquent l’envol de cartes disparues aux yeux du spectateur et seulement visibles de Djénane.

Ce nouveau langage visuel et sonore qui cherche à mettre en avant les cartes comme des personnages à part entière est intéressant, empreint de tendresse et d’énigmes visuelles qui intrigueront le spectateur. La lenteur, le silence, la présence de textes brefs, donnent un caractère sacré à cette représentation qui plongera le spectateur dans le doute devant une réalité qui lui joue des tours.  Un essai pour l’ailleurs. Une petite forme théâtrale poétique et intimiste.

DJENANE, alias Bébel le Magicien, est au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 16 octobre 2021.

https://www.theatredurondpoint.fr/

Intras Muros, Alexis Michalik, Pépinière Théâtre 2021

Alexis Michalik est un phénomène : acteur, metteur en scène, réalisateur, auteur, il a 38 ans, 5 Molière au compteur et au moins 5 pièces à l’affiche des théâtres parisiens. Alexis Michalik écrit, met en scène et dirige des acteurs virevoltants dans sa pièce INTRA MUROS, qui rencontre un public renouvelé et conquis, en ce moment au Théâtre de la Pépinière à Paris.

INTRA MUROS nous parle du théâtre : le personnage principal est metteur en scène et anime pour la première fois un atelier théâtre en prison.

INTRA MUROS nous parle de filiation : une très jeune femme enquête sur ses origines et prend tous les risques pour rencontrer son vrai père.

INTRA MUROS nous parle d’imagination ou de magie : comment l’imagination réhabilitée, assumée, libérée, peut véritablement changer la vie.

Cet été j’ai lu le premier roman d’Alexis Michalik, sobrement intitulé « Loin ». Les péripéties d’un trio de jeunes gens à la recherche de leurs origines, sur les routes d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Une histoire pleine de rencontres, de moments de doutes et de révélations. Une histoire menée tambour battant, qui nous fait traverser tout le XXème siècle, ses guerres, ses exils, où l’on est ballotté avec les laissés pour compte de l’Histoire, à tel point que le passé reprend vie…

Dans INTRA MUROS aussi, parfois le passé prend vie ; on passe alors du récit au dialogue. Un passé ou une scène nous est contée, et là soudainement elle prend vie, on glisse sans peine du récit au présent, de l’imagination au réel. Je partage complètement cette fascination (est-ce seulement la mienne ?) pour ce mince interstice entre le réel et l’imaginaire. Cette fine couche de glace qui fond et peut disparaître soudain. D’ailleurs on se demande ensuite : ai-je rêvé ? Ai-je bien compris cette situation ? N’est-ce-pas plutôt mon imagination qui me fait croire que… C’est presque un art de mentaliste : Michalik nous met sur des pistes, induit des croyances, mais est-ce bien réel ?

Comme dans Loin, dans INTRA MUROS, il est question des relations : drague, plaisir, amour et peine, séparation et  retrouvailles. De chemins de vies accidentés, de fautes et de réparations. D’emblée, le ton est donné et le metteur en scène demande : que vaut la vie si on met à distance les émotions ?

Ce qu’il faut dire aussi, pour rendre hommage et pour être juste, c’est que, devant une mise en scène d’Alexis Michalik, on participe à une célébration du théâtre lui-même : les changements de décor et de costumes se font à vue, les scènes s’ouvrent et se ferment dans un unique mouvement. On fait confiance au spectateur pour comprendre et accepter toutes les conventions du théâtre classique. Et en même temps, on brise ces conventions, ou plutôt on les fait valser, comme ces acteurs qui se déplacent et se croisent si lestement. Comme dans la tragédie antique, on passe de la peur à la pitié, on comprend et on compatit, on fête et on purge.

Les acteurs et le musicien restent en scène durant tout le spectacle. Acteurs de premier plan, figurants ou spectateurs de l’ « atelier théâtre », tour à tour ils jouent et se regardent jouer. C’est une troupe soudée, attentive, soutenante, un vrai cercle de partage d’émotions qui nous inclut, nous spectateurs. Visiblement, le public est touché, embarqué, tenu en haleine et ému. On s’attache à cette jeune femme qui enquête, à ce metteur en scène et à cette actrice qui aident les acteurs amateurs, deux prisonniers, à accoucher de leur histoire. On s’attache à ces deux prisonniers, à leurs tourments. On espère que cet atelier changera leur vie.

C’est paradoxal mais le contraste est saisissant : c’est en prison qu’Alexis Michalik a choisi de célébrer la liberté : le pouvoir de se réinventer avec créativité.

INTRA MUROS c’est une fête un peu éruptive et brouillonne où on célèbre la vie. Et en même temps c’est une machination bien pensée, huilée, intelligente, qui ne laisse rien au hasard.

Le tout donne une impression de brio, de maestria : tout simplement bluffant.

Septembre 2021
Du mardi au samedi à 21h et matinée samedi 16h - Durée 1h40
Théâtre la Pépinière, 7 Rue Louis le Grand, 75002 Paris
https://theatrelapepiniere.com/intra_muros.html
Tel : 01 42 61 44 16
Spectacle vu le 16 septembre 2021 avec les comédiens Arnaud Pfeiffer, Raphaèle Bouchard, Jean-Philippe Ricci, Fayçal Safi et Léopoldine Serre et le musicien Raphaël Bancou.

Avec en alternance Jeanne Arènes, Clémentine Aussourd, Christopher Bayemi, Chloé Berthier, Raphaèle Bouchard, Hocine Choutri, Johann Dionnet, Jean Fornerod, Sophie de Fürst, Jean-Louis Garçon, Paul Jeanson, Aurélie Konaté, Ariane Mourier, Arnaud Pfeiffer, Jean-Philippe Ricci, Fayçal Safi, Marie Sambourg, Léopoldine Serre et les musiciens Raphaël Bancou, Sylvain Briat, Raphäel Charpentier et Mathias Louis

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?