Elbow, Gogo Penguin, Neal Francis

Bon allez, on ne va pas vous refaire le couplet sur le “c’était mieux avant”, “vous avez du mal à digérer votre réveillon et l’année 2021” ou “en attendant des jours meilleurs”. La musique peut nous aider à apprécier cette nouvelle année et voici trois disques assez euphorisants.

1. Neal Francis - In Plain Sight

Cet artiste appartient à la catégorie “surdoué mais discret”. L’Américain Neal Francis sait écrire de chouettes chansons mais il y encore chez ce garçon un manque de charisme. Il a donc signé sur le label de l’ultra puissant Dave Matthews et se fait suivre pour son nouveau disque par Dave Fridmann, vénérable producteur des Flamings Lips ou Mercury Rev. La petite touche psychédélique est bienvenue dans l’écriture de Neal Francis qui défend un rock poli et élégant. Comme on n’en fait plus vraiment. Il ne cherche pas la provocation mais plutôt l’approbation.

Pour cela il célèbre un rock qui scintille avec des guitares qui glissent sur des rythmes que n’aurait pas renié Stephen Stills à une certaine époque. Ça frise la virtuosité mais il y a toujours cette humilité naturelle chez ce songwriter qui refuse de trop en faire mais qui cherche avant tout à (se) faire plaisir!

2. Gogo Penguin - GGP/RMX

Si la musique californienne vous effarouche, la sophistication ne doit pas vous faire peur et voici pour entrer dans l’année 2022, le son moderne et métronomique de Gogo Penguin. D’abord groupe de jazz avant-gardiste à la vista hypnotique, les voici capturés dans l’univers infernal du remix. Ce qui va très bien à leur musique qui apprécie et fabrique elle-même des mutations au sein du genre.

Alors si vous voulez que les premiers jours de l’année ressemblent à un after voici une succession de titres accrocheurs qui vont marier idéalement la magnétisme du trio mancunien à des objets beaucoup plus synthétiques mais qui vous feront également réagir. Car ce disque passe à l'offensive dès le début et ne vous lâchera plus avec ses boucles jazzy et/ou électro. On ne sait plus trop ; la symbiose est quasiment parfaite.

3. Elbow - Flying Dream 1

Manchester reste la destination à la mode en ce début d’année. C’est là-bas que l’on retrouve les racines d’Elbow, groupe de rock au parcours atypique, créateur d’un authentique chef d’œuvre : The Seldom Seem Kids. Vingt ans après ses débuts, le groupe continue de diluer ses turpitudes et ses états d’âmes sur des musiques de plus en plus personnelles.

La grande qualité du groupe, c’est surtout la voix éraillée et terriblement sensible de Guy Garvey. Elle soutient donc une musique douce et finement travaillée. Comme pour beaucoup d’artistes, ce disque-là est celui du confinement. Dans leur coin, les musiciens ont bidouillé des mélodies avant de tout partager dans un théâtre de Brighton.

Cette mise en commun donne un aspect “création en cours” assez réjouissant. Car on devine toujours les hésitations et les trouvailles d’un groupe toujours aussi solide malgré le temps qui passe, les égos qui gonflent et les événements de la vie. Effectivement il y a quelque chose d’évanescent dans ce Flying Dream 1. Une façon parfaite de ne pas trop atterrir violemment dans cette année 2022!

Les gros patinent bien, cabaret de carton – Olivier Martin-Salvan – Pierre Guillois – Théâtre du Rond-Point

Carton plein ! ⭐⭐⭐⭐⭐

Le fond et la forme choisis étaient pourtant risqués : passer d’un théâtre de tréteaux à un théâtre d’écriteaux et de carton. Le principe paraît d’une simplicité exemplaire : éclairage dans la salle, deux physionomies : un gros, un maigre, un plateau surélevé. Le gros, Olivier Martin-Salvan, est assis, quasiment immobile durant tout le spectacle en centre scène et joue un voyageur américain en costume trois pièces traversant le monde. Son langage : l’onomatopée anglophone, ses expressions. Le maigre, Pierre Guillois, interprète, est le préposé à la mise en décor du récit de l’américain. Son langage : un corps en mouvement sur l’ensemble du plateau, et des mots écrits en noir sur des cartons de toute taille qu’il brandit, manipule, lance, expose, déplace, déchire. Une matière texte à volonté. Les décors sont des mots.

La partition visuelle s’écrit alors dans la tête du spectateur en liant les expressions du visage, les tonalités des onomatopées de l’américain avec les mots clefs présentés et interprétés par un Pierre Guillois débordant d’énergie, extraordinaire. A coup sûr, il est le héros de ce cabaret rocambolesque qui joue avec inventivité sur tous les ressorts d’un théâtre comique, clownesque relevant parfois du « cartoon ». Naît ainsi un théâtre où tout devient interdépendant.

Ce cabaret de carton n’en a que le nom. L’ensemble de cette épopée est d’une très haute technicité, comme l’était leur précédent spectacle Bigre. La technique est irréprochable, fondée sur une grande maîtrise du contexte et de la temporalité, du rythme de la représentation. La fameuse mécanique plaquée sur du vivant de Bergson, génère rires sans fin chez le spectateur qui découvre deux comédiens dans un apparent lâcher-prise créatif. Tout semble possible avec ce duo et cette forme théâtrale. Surréaliste. Les tableaux se succèdent comme par enchantement. Carton après carton. Une folie.

Guillois et Martin-Salvan démontrent magistralement qu’il est possible, par un jeu d’équilibre et de déséquilibre permanent entre leurs différents langages de projeter le spectateur dans leur l’imaginaire grâce à de simples mots théâtralisés. Une pensée onirique du Hashtag qui fait mouche. La seule présentation décalée de phrases en prose sur des cartons suffit à faire prendre conscience avec humour de l’ennui créé par une syntaxe inadaptée à la forme théâtrale choisie. Le théâtre n’appartient pas qu’à la littérature nous rappelle brillamment ce duo. L’efficacité de ce cabaret, de ces mots en action le prouvent une fois de plus et on s’en réjouit. Le rire fuse.

Mieux. Le langage dramatique révèle des pépites visuelles nées des contraintes de jeu : écritures typographiques successives grossies ou réduites pour exprimer une intensité, telles des phylactères, ou l’éloignement d’un paysage en fond de scène, jeux de mots à la Boby Lapointe, messages politiques à demi-mots sur les migrants lorsque l’américain traverse la Manche. Les effets scéniques sont redoutables. Défilent ainsi une sirène, une espagnole, une bretonne, un ours, un écossais, un véliplanchiste fantasque... et bien d'autres.  La création mentale du spectateur est perpétuellement en éveil. Un défi au temps et à l'espace.

Ici, il ne s’agit que d’agir et de produire du rire. Une curiosité théâtrale du vivant à ne surtout pas manquer.

https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/les-gros-patinent-bien-cabaret-de-carton/

Dates de la tournée :

25 — 29 JANVIER 2022 THÉÂTRE SORANO / TOULOUSE (31)
À PARTIR DU 3 FÉVRIER 2022 THÉÂTRE TRISTAN BERNARD / PARIS (75)
3 ET 4 MAI 2022 THÉÂTRE L'AIRE LIBRE / SAINT-JACQUES-DE-LA-LANDE (35)
7 — 9 MAI 2022 TRANSVERSALES, SCÈNE CONVENTIONNÉE CIRQUE / VERDUN (55)
12 — 14 MAI 2022 THÉÂTRE FORUM / MEYRIN (SUISSE)
18 ET 19 MAI 2022 L'AZIMUT / ANTONY / CHATENAY-MALABRY (92)
21 ET 22 MAI 2022 SCÈNE NATIONALE 61 / ALENÇON (61)
27 — 29 MAI 2022 LA PASSERELLE; SCÈNE NATIONALE DE GAP (05)
10 — 12 JUIN 2022 (OPTION) THÉÂTRE DE POCHE / HEDE-BAZOUGES (35)
19 ET 20 JUIN 2022 THÉÂTRE DE LORIENT, CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL (56)

Spiderman No way home, Marvel, Sony Pictures

La petite araignée du quartier continue son petit bonhomme de chemin sur l’autoroute des blockbusters standardisés avec une certaine réussite. Ce nouveau volet défie le passé, le présent et le futur.

Du passé, Peter Parker va devoir affronter une grande partie des ennemis vus dans les autres films.  A cause d’un tour de magie du mystérieux et rigolard Dr Strange, Peter Parker découvre les Multiverses avec leurs dimensions différentes et leurs destinées diverses. Il se retrouve, entre autres, face au machiavélique Bouffon Vert (sublime Willem Dafoe) venu des films de Sam Raimi ou l’homme électrique aperçu dans le diptyque de Marc Webb. Jon Watts secoue tout cela pour son troisième film qui clôt avec plus ou moins de bonheur une nouvelle trilogie, plus jeune, légère et sympathique.

Ce cinéaste a bien appuyé sur l’humilité du super héros, défenseur de New York, adolescent romantique perdu dans le monde moderne et incroyable acrobate pour coller des bourre pifs à des monstres terrifiants. Aidé par son casting, il a réussi à faire de Spider-Man, une chronique cruelle sur ce passage vers l’âge adulte et la fin de l’innocence. Tout en restant spectaculaire.

Car ce nouvel épisode est bien un blockbuster marqué par Marvel. Ça dure trop longtemps. Il y a des scènes d’action incroyables. La musique est un accessoire trop peu respecté. Le film continue de nous entraîner dans le révisionnisme ambigu de Marvel qui réécrit les films de genre, l’histoire américaine et révolutionne encore Hollywood par ses liens narratifs entre tous les films de ce studio omnipotent. A la différence des deux précédents épisodes, celui-ci est un peu fatigant.

Car ce film a l’ambition de préparer le futur. Si l’ambiance de ce film est très agréable (un oscar de la coolitude éternelle pour Marisa Tomei s’il vous plait), on a le droit d’être un peu sceptique devant un scénario trop tortueux pour être honnête. Il cherche simplement les conditions idéales pour préserver le super héros, poule aux œufs d’or du studio et pouvoir encore justifier d’autres films sur le personnage. L’entreprise est arriviste et ne s’en cache pas du tout.

Ce No Way Home pourrait donc être insupportable mais reste bizarrement attachant. Son charisme et sa mythologie résistent visiblement à tout et on trouve même de très jolies scènes avec de l’émotion. C’est ce semblant d’humanité qui fait peut être la différence avec tous les autres films de super-héros. C’est ce qui fait la valeur de ce film pas nécessaire mais très plaisant.

Au cinéma le 15 décembre 2021
Sony Pictures

Angels in America, Tony Kushner, Aurélie Van Den Daele, l’Union Limoges

Pour cette première rencontre entre le public du Théâtre de l'Union et le travail de sa nouvelle directrice, le théâtre s'est transformé en une fête : bonbons, préservatifs, affiches colorées, arc en ciel, musique, hotdog et public en nombre.

A vrai dire, je n'avais jamais entendu parler de cette pièce pourtant lauréate d'un Prix Pullitzer et montée à la Comédie Française par Arnaud Desplechin. Voilà qui en dit long sur ma culture fragmentée, sur la façon dont je suis passée à côté des années sida pourtant au cœur de mon adolescence. Je dois donc bien admettre que, trop préoccupée à me hisser toujours plus haut, je ne voyais pas combien j'étais sclérosée dans une classe de dominants taisant son nom, aveugle à ses propres privilèges. Pourquoi raconter tout cela ? Et bien, parce qu'à mon sens, c'est ce dont parle Angels in America : ce que la liberté nous fait ou pas, ce que nous percevons des oppressions que nous subissons, ce que nous occultons de celles que nous exerçons, tout cela englobant notre inscription dans les institutions, notre rapport à la sexualité, à la norme, aux minorités, au mensonge, au pouvoir, etc.

Je suis passée par différents sentiments. Tout d'abord, la joie de la découverte, celle de sentir le théâtre vivant, de voir de jeunes spectateurs heureux d'être là, de découvrir le plateau et les comédiens jouant en nous attendant, nous, public.

Et puis, la première scène où le jeu se fait avec un accent forcé m'a coupée du texte me faisant craindre le pire et, passé ce moment de doute, le plongeon dans l'histoire. Les histoires des uns et des autres qui s'entremêlent, se croisent dans des espaces qui s'ouvrent et se ferment dans une belle mise en lumière.

La scénographie avec son grand plateau relativement dépouillé dans lequel s'inscrit une boite transparente est particulièrement heureuse. Cet espace dans l'espace, voilà exactement ce dont il retourne tout au long de la pièce : l'endroit de nos angoisses, de nos visions, l'ailleurs dans le présent, l'espace de la mort omniprésente et séparée, ce qui est là et que nous ne pouvons pas voir.

Certains acteurs m'ont particulièrement séduite -et pas que moi- d'autres ont des rôles plus ingrats et j'ai éprouvé quelque difficulté à faire la part entre la répugnance qu'inspire le personnage et un jeu moins envolé.

Et puis, à la fin de la première partie, un ami a posé cette question « Je me demande quelle est l'utilité de ce genre spectacle ? ». Voilà qui venait caresser un léger sentiment de déception. Autant de doutes balayés en découvrant la deuxième partie, en vivant l'évolution des personnages, chacun aux prises avec son devenir qu'il soit confronté à la mort, survivant ou sorti du placard. Il m'est apparu absolument nécessaire de faire vivre ce texte, de montrer encore et encore combien vivre au pays des libertés est une rude épreuve. La standing ovation témoignant que nous étions nombreux à partager cette nécessité.

PS: pour prolonger, je vous recommande La série documentaire du 14 décembre 2021 sur France Culture (Quand la création raconte le sida 2/4 : Corps souffrants, corps combattant) où Aurélie Van den Daele raconte l'accueil de son projet.

PPS: « J'avais beau exploser de désir, la honte me faisait haïr tout ce qui aurait pu me rappeler ce que j'étais. J'avais peur de moi. Un soir le lycée nous avait emmenés voir une pièce de théâtre à la Maison de la culture. La pièce s'appelait Angels in America. Je n'en avais jamais entendu parler. »
Edouard Louis, « Changer : méthode »

du 16 au 18 décembre 2021
Théâtre de l'Union, Limoges

Mise en scène Aurélie Van Den Daele -  Dramaturgie de la traduction Ophélie Cuvinot-Germain - Assistanat à la mise en scène Mara Bijeljac - Lumières/vidéo- Son-Scénographie Collectif INVIVO Julien Dubuc - Grégoire Durrande - Chloé Dumas - Costumes Laetitia Letourneau - Avec Antoine Caubet,  Emilie Cazenave, Gregory Fernandes, Julie Le Lagadec, Alexandre Lenours, Sidney Ali Mehelleb, Pascal Neyron, Marie Quiquempois

https://www.franceculture.fr/emissions/series/quand-la-creation-raconte-le-sida

Tiki, une année de chien, Fred Leclerc, David Azencot, la Boîte à Bulles

J'ai aimé cette bande-dessinée dès la première page.

Fred est tout chamboulé par le confinement Covid et il a bien envie de faire plaisir à sa fille et à sa copine. Il se laisse donc convaincre par deux vendeuses d'animalerie sans scrupules d'acheter un chien: Tiki.

C'est vrai qu'il est très mignon ce chiot ; et en plus il pourra servir de prétexte pour sortir pendant le confinement Covid. (Mais siiii, rappelez-vous, les attestations de sortie avec la case "Promenade de son animal de compagnie"!) Ce qu'il n'avait pas prévu, notre bon Fred, c'est qu'il lui faudrait aussi surtout la nuit pour faire pisser son nouveau compagnon. Ce qu'il n'avait pas anticipé non plus, c'est qu'un chien est possessif, pas forcément commode, et qu'il descend du loup (certaines espèce descendant plus vite que d'autres..)..

Dès le premier jour de leur vie en commun, Fred se sent dépassé et commence à se dire qu'il a fait une grosse bêtise, ce qui est bel et bien le cas !

Je tire mon chapeau à l'auteur, Fred Leclerc, qui a l'honnêteté de témoigner sans honte de son expérience afin d'édifier ses lecteurs et leur éviter de faire la même erreur que lui. Le Président de la Société Protectrice des Animaux signe d'ailleurs une postface très intéressante et affirme qu'il s'agit d'une "BD à lire avant d'adopter un animal".

Les couleurs et dessins sont simples mais pas du tout désagréables à regarder, et le récit est mené avec humour, ce qui allège la charge émotionnelle. Ce livre utile ne vous ôtera peut-être pas l'envie d'avoir un animal de compagnie, mais il vous évitera quelques pièges.

Si vous envisagiez de (vous) offrir un animal pour Noël, achetez donc plutôt l'adorable Tiki !

EAN13 9782849534199
ISBN 978-2-84953-419-9
Éditeur La Boîte à Bulles
Date de publication 24/11/2021
Collection BD ADULTE
Nombre de pages 144
Dimensions 26,5 x 19,8 x 1,3 cm
Poids 462 g
19€

Truffaut – Correspondance, David Nathanson, Judith d’Aleazzo, Manufacture des Abbesses

Ambiance feutrée. Nous prenons place à la Manufacture des Abbesses au son des notes du pianiste. Nous découvrons Truffaut à travers un choix de lettres qui parle de l'enfance (beaucoup), du cinéma (un peu) et surtout de ce qui nous construit et fait de nous des humains pétris de contradiction.

Par ses propres mots, Truffaut se révèle débordant d’enthousiasme sur la vie qui l’entoure. Il apparait à la fois sympathique et dur envers son entourage. Il converse avec diverses personnalités connues comme Alfred Hitchcock, Jean-Luc Godard, Alain Peyrefitte, ou Alain Souchon…

Cette sélection de lettres est extraite du recueil Correspondance édité par Gilles Jacob et Claude de Givray qui réunit environ 500 lettres rédigées par François Truffaut entre 1945 et 1983.

L’interprétation de David Nathanson est vivifiante. Il réussit à donner vie aux lettres sans artifice ni exagération. Il se fait interprète de ces lettres tour à tour pleine de passion, de joie ou de colère. On en comprend que mieux l’œuvre de Truffaut.

A côté du comédien, on peut observer une table basse motorisée avec des éléments visuels qui sont projetés sur grand écran. Pendant le spectacle, des éléments visuels seront ajoutés sur la table pour révéler des contenus qui viennent éclairer ou compléter les propos. Cette scénographie nous plonge dans un univers hybride théâtral et cinématographique.

La musique n’est pas en reste avec, pour partenaire de jeu, les airs de piano composés par Antoine Ouvrard. Cette musique qui a une place particulière dans la vie de Truffaut et qui viendra souligner les propos partagés tout au long de la pièce.

Comme pendant un instant suspendu, il a été très agréable de découvrir l’univers et la personnalité de François Truffaut dans le spectacle Truffaut Correspondance.

Jusqu'au 25 février 2022
Truffaut Correspondance
La Manufacture des Abbesses

Les Elfkins : opération pâtisserie

Les Elfkins, véritables rois de l'artisanat, effectuaient jadis le travail des humains pendant la nuit, du moins jusqu'à ce qu'une horrible mégère ne mette fin à cette harmonie entre les espèces. Depuis, les elfes vivent reclus au sous-sol où ils font des concours d'artisanat et médisent sur les Hommes, ces créatures méchantes et ingrates.

Mais un jour, Helvi, une jeune Elfe - intrépide mais maladroite - décide de renouer contact avec les Humains, sûre qu'ils pourront lui apprendre un métier. C'est accompagnée de deux compagnons qu'elle part à la découverte de notre monde... et de la lumière du jour.

Les trois lutins font bien vite la rencontre d'un pâtissier génial mais bougon qui s'est endetté auprès de son frère, un affairiste ayant fait fortune dans les gâteaux industriels. Mais heureusement, les Elfkins arriveront à point nommé pour mettre un peu de fantaisie et de bienveillance dans le monde des humains.

A l'image des dessins qui sont un peu lisses, l'histoire est sans surprise même si pas du tout déplaisante. Certes, vous ne trouverez ici ni double niveau de lecture ni humour au second degré à destination des parents, et vous vous ennuierez parfois un peu.

Par contre, les enfants trouveront pleinement leur compte dans ce conte tranquille et plein de douceur. J'ai moi-même accompagné un groupe d'enfants de huit ans qui étaient tous ravis et souriants à la sortie du film.

  • Et toi Aimé (8 ans), tu as aimé le film ?
  • Oui !
  • Et qu'est-ce que tu as préféré?
  • Tout !

au cinéma le 8 décembre 2021
un film de Ute von Münchow-Pohl

KMBO Distribution
1h18

Navdhara India Dance Théatre, Ashley Lobo, A Passage to Bollywood, Chaillot

Quelle joie, quelle énergie ! Avec A Passage to Bollywood, Ashley Lobo nous invite à découvrir l’exubérance du cinéma Bollywoodien. Préparez-vous pour un show délicieusement kitch !

Contraction de « Bombay » et « Hoolywood », c’est à Bombay que le genre particulier « Bollywood » émerge dans les années 70. Il s’agit le plus souvent de raconter des histoires d’amour impossibles en mélangeant danse traditionnelle indienne et autres styles musicaux tels que le jazz, le break et les danses orientales…

On doit le succès du spectacle A Passage to Bollywood au Navdhara India Dance Theatre qui est l’une des rares compagnies professionnelles en Inde. L’engouement du public pour ce spectacle n’est plus à démontrer puisqu’il enchante les scènes internationales depuis cinq saisons.

Après une tournée triomphale mondiale, la comédie musicale indienne s’installe pour deux semaines à Chaillot.

A Passage to Bollywood nous invite à suivre l’histoire d’un triangle amoureux en dix-sept chapitres sur fond de codes du cinéma bollywoodien. Une scène d’ouverture et de fermeture tiennent lieu de générique et des intertitres viennent rythmer chaque chapitre.

Les scènes se succèdent avec fluidité ; nous suivons les aventures du jeune Sandy qui part de son village natal pour chercher le succès dans la grande ville de Bombay. Il y rencontre Don, un gangster au grand cœur et surtout Leela dont il tombe amoureux. Et les péripéties vont s’enchainer…

Pendant toute la durée du spectacle, nous profitons d’un ensemble électrisant en découvrant de grandes chorégraphies d’ensemble, riche des deux chanteurs et vingt-deux danseurs. Les costumes haut en couleurs nous font voyager dans l’exubérance de l’Inde de Bollywood.

Ce spectacle plaira aux personnes désireuses de dépaysement, aux petits et grands curieux et surtout à tous ceux à la recherche d’une bouffée de bonne humeur ! C’est le spectacle parfait pour arborer un magnifique sourire !

Jusqu'au 25 décembre 2021
Théâtre National de Chaillot

A mettre sous le sapin

A Etat Critique, on se remet doucement du covid. Mais on est prêt pour fêter Noël. Peut-être que chez vous, dans l’isolement, vous avez redécouvert la nécessité de vous évader par divers moyens. Ici on vous conseillera la musique qui, par sa diversité, nous envoie un peu partout dans le monde, loin des problèmes sanitaires, des frontières fermées et de tous les soucis. Voici dix disques à offrir qui feront aimer cette bien étrange année!

10. Kiwi Jr - Cooler returns
Une bande de Canadiens se moque bien de la morosité et s’accroche à des refrains acérés. Ils font revenir l’insouciance d’un rock qui soigne encore ses boutons d’acné et se met joyeusement les doigts dans le nez. Et pourtant il y a un petit quelque chose de raffiné dans chaque morceau. Le retour du cool effectivement!

9. Geese - Projector
Encore une fois, on pourrait avoir mis la main sur un groupe de Brooklyn qui aurait la lourde tâche de sauver le rock mais on laisse le bénéfice du doute à Geese et son énergie juvénile. Geese a l’envie de foncer dans le tas. Seulement neuf titres dans ce premier effort mais avec son rythme trépidant et ses ruptures constantes, on est balancés dans une rafale de mélodies exaltées et exaltantes. Ils méritent un coup de projecteur.

8. Lightning Bug - A Color in the Sky
Audrey Kang se prend pour  la chanteuse des lointains Cowboys Junkies et organise elle aussi de jolies sessions musicales autour d’un feu au milieu des champs. C’est effectivement une invitation à se perdre dans la campagne, regarder le ciel ou écouter des guitares qui étirent le temps et le plaisir. La bouffée d’air frais!

7. Dodie - Build a Problem
Cette année, on a fait la rencontre de la petite sœur de Fiona Apple. Dodie est une jeune fille bien de son époque: névrosée des réseaux sociaux et inquiète de sa place dans le Monde. Vulnérable, ses chansons sont très sensibles mais elles révèlent des idées aussi simples que géniales. De tous ses problèmes existentiels, Dodie offre un album à la tendresse exceptionnelle.

6. Voyou - Chroniques Terrestres
Né à Lille, Voyou a grandi à Nantes: il connaît donc les soirées festives, arrosées qui se terminent dans les petits matins gris qui douchent les espoirs. Il préfère donc se taire dans cet album où les instruments prennent le pouvoir. Surtout sa trompette qui vient soutenir des rythmes urbains, des chansons heureuses et qui déconfinent à mort!

5. Mathieu Boogaerts - En Anglais
Exilé en Angleterre, le discret Mathieu Boogaerts continue de développer son écriture pleine de poésie et d’humour, mais cette fois-ci tout en anglais. Alors on retrouve son charme rétro qui rappelle Monsieur Hulot et sa candeur géniale. En anglais, il continue de travailler avec douceur cette pop bricolée mais terriblement sincère. Il revient ainsi en Majesté.

4. Japanese Breakfast - Jubilee

Sur la pochette de son album, Michelle Zauner joue avec son regard. Tout est question de point de vue. Avant, elle ressemblait à une triste chanteuse exorcisant ses douleurs. Désormais, il y a une lumière inouïe dans ses chansons qui piochent chez d’illustres aînées, de Kate Bush à Madonna. La pop standardisée explose par cette recherche de l’émotion juste, de l’espérance même fugace et l’on obtient un style hybride, fascinant et gourmand.

3. Baptiste W.Hamon & Bargagallo - Barbaghamon
On n’a pas eu le droit de voyager mais ces deux là se sont rencontrés malgré les restrictions. Barbagallo est le batteur frenchy de Tame Impala, en Australie. Baptiste W. Hamon joue au cowboy en France. La distance ne les empêche pas de faire un mini disque ensemble d’une fraîcheur inattendue. Entre chansons rétro et hymnes modernes, le duo s’offre une bonne tranche de pop épanouie. Un disque court qui donne l’envie d’une longue amitié.

2. Louis Jean Cormier - Le ciel est au plancher

Le meilleur chanteur français en ce moment est Canadien. Louis Jean Cormier avait signé un disque sensible il y a peu, il continue de développer un style bien à lui, armé d’un piano, avec une poésie musicale assez rare. Paroles touchantes, orchestrations à fleur de peau, structures originales, le ciel nous tombe sur la tête avec ce disque étrange et magnifique.

1. In the Heights - Bande Originale
Avec toute la pluie de mauvaises nouvelles qui bercent nos semaines, la légèreté d’une comédie musicale ne peut pas vous laisser insensible. Le nouveau génie du genre, Lin Manuel Miranda, a donc écrit une comédie musicale populaire et puissante. Tous les refrains donnent le sourire. Les rythmes sont ensoleillés. Les facilités cachent des morceaux de bravoure. Ce n’est pas le disque le plus raffiné de l’année mais certainement l’objet le plus euphorisant depuis l’arrivée du Covid. Le remède à tous vos soucis.

Les Producteurs, Mel Brooks, Michalik,

Au Théâtre de Paris se donne pour la première fois en français la comédie musicale de Mel Brooks LES PRODUCTEURS, dans une mise en scène d’Alexis Michalik : un spectacle désopilant à ne pas manquer.

Au départ, Mel Brooks a écrit et réalisé LES PRODUCTEURS pour le cinéma. Il remporte grâce à cette comédie l’Oscar du meilleur scénario original en 1967. Puis, 34 ans plus tard, (son sujet l’inspire toujours !) il l’adapte sous forme de comédie musicale. Le spectacle sera donné à Broadway pendant six ans, joué plus de 2 500 fois, c’est le spectacle qui a remporté le plus de prix dans l’histoire de Broadway : 12 Tony Awards ! 20 ans après sa création, LES PRODUCTEURS débarque à Paris, sous la direction d’Alexis Michalik.

Pour ceux qui ne les connaissent pas : on compare souvent l’humour déjantée de Mel Brooks à celui de Woody Allen des premiers films ou aux Monthy Python. Il a notamment réalisé Frankenstein Junior, Le Shérif est en prison, La folle histoire du monde, La Folle histoire de l’espace, Sacré Robin des bois ou Chienne de vie.

Alexis Michalik, lui, est comédien, metteur en scène et dramaturge. Il est l’auteur de : Le Porteur d’Histoire, Le Cercle des illusionnistes, Edmond (couronné de 3 Molière), Intra-Muros et Une histoire d’amour. Passionné par les comédies musicales, Alexis Michalik rêvait de présenter au public français un classique de Broadway. Le Théâtre de Paris associe le scénariste oscarisé et le metteur en scène multi primé : succès garanti !

Pour moi qui n’ai pas eu le bonheur de fréquenter Broadway, la comédie musicale adaptée en français ne m’avait jamais séduite. Mais avec cette adaptation des PRODUCTEURS, on profite à la fois de la fête et de l’excellence. Broadway, c’est la promesse de grands talents (musiciens, acteurs - chanteurs - et danseurs - et danseurs de claquettes), et de décors majestueux et astucieux. Broadway c’est le strass et les paillettes, c’est une fête permanente et ici le public y est pleinement associé et a de quoi se réjouir. D’après moi, le signe que la magie de Broadway opère, c’est qu’en quittant la salle, on a vraiment envie de chanter – y compris et surtout des bêtises et de faire résonner des claquettes sur le trottoir mouillé. Enfin un peu de légèreté !

Dans le cocktail du succès on trouve aussi l’humour inclassable de Mel Brooks. Un côté irrévérencieux pleinement assumé, des blagues de potache, des dialogues de sourds, des quiproquos, des jeux de mots et surtout l’absurde et improbable scénario : un producteur de spectacles ruiné envisage d’escroquer son assurance en programmant le pire bide jamais vu. Il engage donc les pires professionnels de Broadway et monte une pièce en hommage à … Hitler ! Surprise, le bide programmé est un succès incroyable. Cet argument à lui seul me séduit totalement…

Mais une autre raison du succès de ce spectacle, c’est bien sûr la direction d’acteurs d’Alexis Michalik. La troupe se meut comme un seul être. Certains personnages sont plus excentriques et sortent du lot, le jeu d’acteur est parfois poussé jusqu’à l’énorme. Mais globalement, on voit surtout une troupe homogène, aux déplacements fluides et élégants.

Il ne faut rien dévoiler des images stupéfiantes et des dingueries qui surprendront les spectateurs les plus endurcis.

C’est énorme, festif, beau et stupide à la fois.

On se demande comment c’est possible, comment ils ont osé, et surtout pourquoi la vie ne ressemble pas plus souvent à une comédie musicale, de Mel Brooks de préférence ?

Jusqu'au 27 février 2022
au Théâtre De Paris, 15 rue Blanche 75009 – PARIS
Réservations : 01 86 47 72 49
Une coproduction Stage Entertainement France, ACME, Alexis Michalik, Arts Live et le Théâtre de Paris.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=z6mDbizmHlI&feature=emb_logo

A partir de décembre 2021
Du mardi au samedi à 20h
Les samedis et dimanches à 16h
Théâtre de Paris
Durée 2h

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