Sirat, Olivier Laxe


Pour un père de famille, la fin du monde c’est perdre son enfant. Pour un teufeur, c’est lorsque l’on débranche les enceintes au milieu du désert. La fin du Monde, c’est dans le sud désertique du Maroc, là où finalement tout peut arriver.
Et c’est là justement que se trouve un magnifique film brisé qui rend hommage avec délicatesse à cet être délicieux qu’est le punk à chien. Le marginal. Le fan de bpm. L’amateur de drogues scientifiquement douteuses. Le rigolard bourru qui cache une âme d’enfant blessé. Est ce que cela peut faire un film? Oui, et c' est bizarre.
Et c’est ce que l’on veut au cinéma : de la bizarrerie. De la fiction qui échappe à toute convention. Des œuvres qui dansent dans le sable chaud et qui n’hésitent à être malpolies avec le spectateur. On ne vous dira rien mais le film possède des cassures qui devraient bien vous marquer les rétines.
Oliver Laxe, cinéaste venu de Galice, n’est pas un type serein et politiquement correct. Il imagine sa fin du Monde de manière très particulière. On entend bien à la radio, le monde qui s’écroule et fonce droit vers sa perte mais il s’accroche à une demi douzaine de lascars, tous largués, perdus mais terriblement attachants.
Leur fin du Monde ne sera pas spectaculaire mais va nous éclater à la figure. Et aux oreilles. Le film est une œuvre sonore qui rend hommage aux vertus de la musique et de l’art en général. Les paysages magnifiques soulagent des âmes en peine qui ne sont justement pas encore arrivés au bout de leurs peines.
Le film est une sorte de survival qui se cache longtemps aux yeux du spectateur. Au début, l’esprit punk rappelle une version sitcom de Mad Max avec ce bon père de famille espagnol perdu dans l’univers des rave-parties sauvages.
Puis, petit à petit, les douleurs de ce père hanté par une improbable retrouvaille avec sa fille, finissent par poursuivre les autres protagonistes d’un récit assez simple : après l’arrêt d’une rave au milieu du désert, des participants décident de partir à une autre fête de l’autre coté du désert.
Il suffit donc de cela au réalisateur pour nous faire goûter à un mysticisme un peu sombre et désespéré. Mais d’une beauté insoupçonnée. On les voit les références sur la marginalité, de Mad Max à Freaks en passant par Le Convoi de la Peur. Le film nous guide vers les limites de l’humanité lorsque le désert devient un puissant révélateur de ce que l’on nous sommes.
Et le réalisateur ne choisit jamais la facilité. Il prépare ainsi un voyage douloureux à ses personnages mais offre une réflexion sur la musique qui soigne comme elle peut les souffrances de chacun. Elle semble dérisoire mais aussi essentielle. Le film passe son temps à nous faire comprendre la gravité du monde mais à travers des enjeux qui en apparence semblent si anecdotiques. Pour le réalisateur, le spectaculaire se trouve dans l’intime et le quotidien, déjà pas si banal.
En jouant sur toutes les contradictions possibles, la mise en scène prépare un piège incroyable, qui va nous tordre de douleur. Sirat gagne alors son pari. C’est un film extrêmement vivace même s’il pourrait être quasi morbide. Aidé par des acteurs incroyables, on se met à aimer les gros beats qui défoncent le crâne, à se demander s’il n’y pas de la spiritualité dans les petits riens de la vie et si la fin du Monde ne frapperait pas actuellement à nos portes. Une œuvre (qui rend) totalement dingue !
Au cinéma le 10 septembre 2025
DiRE- 1h55
Avec Sergi Lopez, Tonin Janvier, Stefania Gada et Jade Oukid
Révélations féminines : Molly Tuttle, Mae Powell


Bon les copains, le règne de la pop music tient actuellement dans les mains d’une poignée de femmes surdouées pour pondre des morceaux accrocheurs et spectaculaires. Le Monde appartient donc à Taylor Swift, Sabrina Carpenter, les Blackpink et tout un tas de filles canons qui nous abreuvent de titres pétaradants sur tous les stades de la planète.
Si bien qu’aujourd’hui, dès que l’on entend une chanteuse anglophone, on se demande si on n’est pas sur le futur phénomène qui va faire rêver les masses. Et certaines ont un talent qui se découvre et interroge.
Par exemple, actuellement, dans le monde de la country alternative, vous avez la virtuose de la guitare, Molly Tuttle. Elle a trente ans. Une voix subtile et un pedigree intéressant: elle sait fait un nom dans le bluegrass avec un groupe bien country, très lyrique. Elle s’émancipe aujourd’hui avec un disque qui lorgne désormais sur des sons plus commerciaux. Comme l'incontournable Taylor Swift.
Et ce n’est pas désagréable ce que réalise Molly Tuttle. Ça nous réconcilie avec tous les clichés du genre. La musicalité subsiste face à l’envie de plaire. Elle a fait confiance à un producteur des Black Crowes. Il y a donc de la racine et de la modernité : elle vit bien dans son époque mais avec des violons, des banjos et des guitares, qui sont d’une virtuosité assez plaisante. Il n’y a pas que des ploucs dans le monde de la country. Molly Tuttle est un authentique talent que l’on espère voir au-delà des frontières américaines.

Molly Tuttle pourrait être une star mondiale avec son sens mélodique mais on espère que du haut de ses 25 ans, Mae Powell connaîtra une jolie carrière. Cette fois ci, les références sont différentes. L’esprit aussi. Pas sûr qu’elle veuille remplir les grandes salles. Mais elle a des idées délicieusement rétro: elle convoque Bob Dylan ou Joan Baez.
Le style oscille entre le jazz et la folk. Et au milieu il y a cette voix. désuète. Perchée. Inspirante. Elle s’accompagne d’un orgue qui sort des années 60. Les guitares sont glissantes et on est clairement sur un low tempo. Mais Mae Powell nous emporte. Ce sont de douces sérénades qui font ralentir le temps. Un anti-stress contre les bêtises, les doutes et les soupçons. Les subtilités qui n’ont plus le droit de citer apparaissent et transpirent sur des mélodies délicates. On adore prendre son temps, ne plus réfléchir pour anticiper. Ici, c’est un concentré direct de sensations détendues, douces et rêveuses. Le meilleur moyen de fuir le stress.

Bon d’accord, Mae Powell avec sa bienveillance musicale n’est peut être pas taillée taille patron pour atteindre les sommets des charts et remplir dix fois le Stade de France. Si on doit confirmer des nanas capables de conquérir intelligemment le Monde sans trop se compromettre, il faut alors saluer le quatrième effort des soeurs Haim, I quit. Danielle, Este et Aliana continuent leur petit bonhomme de chemin dans la pop californienne, entre les Beach Boys et divers héros du soft rock.
Le trio a pris une pause de cinq ans. Elles ont fait un tour par le cinéma (Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson) avant de demander à leurs potes cools de les aider pour un nouvel effort. Donc on retrouve les gars de Vampire Weekend et tout le top de la hype de la musique indé. Ça donne quoi: un disque très américain et très atypique.
Ce qu’on aime chez ces filles, c’est qu'elles ne cherchent pas la facilité et expriment facilement leurs vulnérabilités sans se laisser aller. Les structures et les sons relèvent de l’aventure intérieure: elles torturent les clichés de la pop bien commerciale.
Sur le premier titre, elles piquent des sons de George Michael et sur le dernier elles jouent avec l’incroyable Numb de U2. Les sœurs se placent au milieu avec des titres variés, un peu plus foutraques que d’habitude mais elles expérimentent toujours avec gourmandise, presque érotique, en tout cas controversée. Impossible d’être indifférent à ces trois californiennes qui conservent une audace passionnante. Elles ne vont pas faire trembler leurs imposantes concurrentes, mais comme Mae Powell et Molly Tuttle, elles imposent un sens de la nuance qui se fait bien rare. Profitons alors de leur discrétion savoureuse, au cas où la reconnaissance mondiale leur tombe dessus !
La BO de l’été (des blockbusters) – Alexandre Desplat, John Murphy, Michael Giacchino

Allez on reste sur la thématique des blockbusters de l’été avec trois partitions qui doivent se remuer les méninges pour échapper à un imposant héritage. Et ça ne marche pas à tous les coups.
C’est le cas de la musique de Jurassic World Renaissance, signée par le Français Alexandre Desplat. Le type est talentueux mais très paresseux lorsqu’il faut revisiter des sonorités déjà connues de tous.
Desplat a bien du mal à se démarquer lorsqu’il faut créer un thème. Il est sacrément doué pour l’orchestration mais bon la créativité ce n’est pas forcément son truc. Donc le voilà pour ce nouveau volet en train de refaire la partition de Jurassic Park. De John Williams. Il ne se confronte pas au maître. Il fait une révérence en reprenant l’emphase de la toute première partition de Jurassic Park, la plus emblématique.
Cela dit c’est assez bien fait. Une fois encore, le musicien permet tous les excès avec un vrai sens de l’harmonie. Le rythme est soutenu. Il y a de la tension. Mais aucune idée originale ou percutante. Desplat se raccroche aux notes de John Williams. Il n’innove jamais. C’est bel et bien de la musique de film d’aventures… mais c’est sans surprise.

C’est le discret John Murphy qui réussit à nous surprendre. Lui aussi a un sacré défi à relever : faire la musique du nouveau Superman. Il collabora avec un autre compositeur, David Fleming et prend le parti de piller John Williams et son légendaire générique.
Comme James Gunn avec le personnage, John Murphy semble beaucoup s’amuser avec la mythologie qu’on lui offre. Il joue les notes légendaires de Superman puis brode autour avec une volonté qui n’exclut pas les excès ou même le mauvais goût. Quelques effets synthétiques et de grosses rythmiques sont tout à fait lourdingues.
Mais cela fait écho à un film ludique où James Gunn décide de se marrer franchement et d’y aller avec envie dans l’exagération et la fantaisie quasi enfantine. La musique de Murphy est un patchwork de sons plus ou moins bien emboîtés.
Le style est clairement foutraque mais très plaisant car on devine le plaisir de gosses à qui on a donné un super jouet : la musique de Superman, l’homme d’acier à jamais attaché au thème de John Williams. Les deux sales gosses font tout et n’importe quoi mais c’est à l’image du film : jubilatoire.

Enfin Michael Giacchino se met clairement la pression pour la musique des Quatre Fantastiques. Le compositeur n’a plus rien à prouver en matière de super héros : il a écrit la partition des Indestructibles, Docteur Strange, The Batman et a su imposer son style sur les trois derniers Spider-Man avec une verve quasi adolescente. La culture populaire ne lui fait pas vraiment peur: il a travaillé sur Mission Impossible, Star Trek, La Planète des Singes ou même Star Wars.
Pour les Quatre Fantastiques, il sort l’artillerie lourde. On sent qu’il veut donner du sens à sa musique et offrir des thèmes caractéristiques pour ces super héros kitsch et rétro futuristes. Il s’y emploie avec une énergie surprenante.
Le complice de longue date du fanboy JJ Abrams ne veut pas faire dans la redite et s’oblige à une partition qui, bien entendu, une fois encore, rappelle John Williams. Crescendo, le style s’empare d’un orchestre symphonique et d’un chœur de voix pour trouver la quintessence de la musique de film de super héros.
Si le film est décevant par son rythme, il est sauvé par une production design aux petits oignons et donc ce délire symphonique où Giacchino se lance dans un grand huit mélodique bourré de bonnes idées. Il y a un peu de mélancolie ici ou là. Quelques effets sixties électrisent l’ensemble mais on ressent un tel enthousiasme que l’on ne peut qu’adhérer à la flamboyance forcée du projet.
Il y a une vraie dramaturgie dans la musique. C’est très émotionnel et ça nous emporte. Une fois encore, le musicien rivalise avec John Williams et semble avoir tout compris de la musique de super héros. Dommage que le film ne soit pas à la hauteur de ce talent immense.
Après ces trois écoutes, vous aurez certainement qu’une seule envie. Ce sera de rencontrer des dinosaures, se battre contre Lex Luthor ou sauver la Terre du dévoreur de planètes. Ce sera se replonger dans la discographie de John Williams, jeune retraité de 92 ans mais omniprésent lorsqu’on écoute ses héritiers.
Karate Kid: Legends, Jonathan Entwistle


Nous entrons dans la salle,c’est une grande pièce à gradins. On remarque que beaucoup de personnes sont venues a l’avant première de Karaté Kid. Est-ce parce qu’elles attendaient la séance depuis trois semaines ? Ou parce qu’elles n'avaient rien à faire d’autre et qu'en cette période de canicule, le cinéma climatisé était une bonne option ?!
La séance commence et, après quelques pubs, on voit écrit en grand sur l'écran « faites attention à la marche en descendant de votre fauteuil ». Petite barre de rire, mais il faut se concentrer, le film commence…
A l'image, une académie de karaté où s’entrainent des enfants, des ados, bref des personnes de tous les âges. En arrière plan, un garçon (Li Fong, le personnage principal) en train de s’entrainer de son coté et puis qui part se cacher car sa mère arrive. On en déduit que sa relation avec sa mère est légèrement compliquée.
La mère annonce à l’entraineur (qui se révèle être son frère) qu'elle part à New-York et qu’il faudra l’expliquer à son fils quand il daignera sortir de sa cachette. Li, qui a tout entendu, court vers sa mère en lui disant qu’il n’est pas d’accord pour partir. Elle le réprimande et lui dit qu’il n'a pas le choix et qu'une fois là-bas il devra arrêter le karaté car elle a "déjà perdu un fils et ne veut pas en perdre un deuxième ».
Mais cela va-t-il arrêter Li Fong ????
On se doute que non, mais pour en savoir plus il vous faudra aller voir le film !
Franchement, le film est très bien. On y voit des combats et des techniques très impressionnantes. Même l’histoire - à ma grande surprise ! - est belle aussi. Donc, c’est super et je vous conseille vraiment d’aller le voir ne serait-ce que pour être ébloui.e par les coups et les techniques de karaté.
Norma 11ans
Au cinéma le 13 août 2025
De Jonathan Entwistle
Avec Ben Wang, Jackie Chan, Ralph Macchio
Durée 1h 34min
Jurassic World : Renaissance, Gareth Edwards, Universal


Quel est le repas préféré des dinosaures? Le scénariste bien entendu.
Le précédent volet conclut de la pire des manières la saga initiée en 1993 par Steven Spielberg : un gros patchwork informe avec le scénario le plus crétin de toute la série. Un astéroïde avait détruit tout bon sens dans ce film totalement improbable.
Cette fois-ci, Universal est allé chercher le scénariste des deux premiers films pour voir s’il pouvait encore avoir de la vie dans cette série aux dents longues mais aux idées assez courtes.
Pour se donner toutes les chances, le studio a choisi Gareth Edwards pour réaliser le nouvel épisode. Depuis son premier film, Monsters, il tente de trouver de l’émotion dans des histoires incroyables, peuplées de créatures inquiétantes et merveilleuses. Le réalisateur s’offre au système hollywoodien mais ne se laisse pas faire.
Si son Godzilla fut décevant, Rogue One, une aventure Star Wars était une bonne surprise ainsi que son film personnel de SF, The Creator. Dans l’emphase, il aime instaurer de la compassion, des moments arrêtés et de l’humanité. Ce cinéaste est un contemplatif qui se retrouve aux commandes de gros films d’action.
Dans ce nouveau Jurassic World, on a l’impression de suivre une version dinosaures de Monsters, le premier film de Edwards. Héros isolés. Environnement peu enclin à accueillir des hommes. Monstres plus ambigus qu’il n’y parait. Edwards arrive à amener le film vers son univers étrangement feutré, fait de personnages qui tentent d’échapper aux dinos mais aussi aux conventions. On s’étonne de la tendresse de la mise en scène pour les personnages centraux. Edwards leur souhaite un meilleur sort que de simples stéréotypes réutilisables.
Scarlett Johanssen semble bien s’amuser mais le reste du casting est aussi attachant malgré le très voyant carnet des charges du studio : avide capitaliste, famille malmenée mais famille tout de même, soldat qui a le sens du sacrifice etc.
Oui. Une fois de plus, le scénario devient de plus en plus basique pour offrir un vrai parc d’attraction aux spectateurs qui de toute façon sont là pour voir de la grosse bestiole avec des écailles et des grandes dents. Pour cela on est bien servis. Et le film se limite à être un gros film d’aventures un peu idiot mais jamais dénué d’idées sympas. L’attaque sur l’eau a un aspect king-konguesque qui réjouit, et plus on avance dans l’île perdue, plus les dinosaures dégénèrent vers des créatures cauchemardesques jusqu’à un gros machin balèze qui aurait pu avoir sa place dans l’univers de Lovecraft.
Jurassic World est donc de nouveau un gros barnum que l’on peut visiter.
Au cinéma le 04 juillet 2025
Avec Scarlett Johanssen, Marhershala Ali, Jonathan Bailey et Manuel Garcia Rulfo - Universal - 2h10
Les 4 Fantastiques : premiers pas, Matt Shakman, Marvel Studios


Enième film de la maison Marvel et (encore) nouvelle tentative de redémarrer un peu l’enthousiasme autour des super héros. Avec, cette fois-ci, quatre fois plus d’efforts !
C’est la crise chez Marvel. Depuis Avengers Endgame, le studio essuie des échecs artistiques ou commerciaux. Dans la plupart des cas, ce sont les deux. Après l’intéressant Thunderbolts (qui n’a pas eu le succès attendu), c’est donc aux 4 Fantastiques de rendre un peu de brillance (vintage) à Marvel avant un nouveau retour des Avengers attendu pour l’année prochaine.
Pourtant les 4 Fantastiques sur grand écran, c’est une passionnante histoire du nanar. Il y a eu une première tentative conçue avec les moyens dérisoires du studio de l’impayable Roger Corman.
Puis la 20th Century Fox a proposé une version mignonne avec un diptyque familial, aux blagues potaches et un style sitcom peu engageant. En 2015, une version teenagers s’est totalement plantée et reste encore aujourd’hui un des plus jolies plantages à Hollywood. Bref rien de merveilleux.
Et dix années après ce crash test monumental, revoilà donc la Chose, la Torche Humaine, Mr Fantastic et la Femme Invisible. Des noms un peu kitsch pour une version qui va clairement se tourner vers un style rétro futuriste. Pour faire simple, les super héros évoluent dans le monde de Mad Men.
Dans un multiverse, les 4 Fantastiques sont donc les uniques protecteurs de la Terre. Ils ont de beaux costumes car la technologie n’empêche pas l’élégance et le style. L’American way of life est triomphant et à la tête de ce monde si propret il y a donc la famille fantastique, qui découvre qu’un heureux événement va faire la joie de tous et de toutes.
C’est presque Happy Days finalement. Toute cette joie collective sera stoppée par l’arrivée de la surfeuse d’argent, héraut de Galactus, dévoreur de planète. Ce dernier se verrait bien adopter l’enfant tant attendu (parce qu’évidemment il a des super pouvoirs). Puis détruire la Terre. Cela pose donc un sérieux problème aux 4 Fantastiques.
Pour les habitués de super héros, c’est pas du tout nouveau et tout cela se range dans un formalisme narratif assez déprimant. Heureusement le réalisateur fait des choix qui réconfortent un peu. Matt Shakman, venu de la télévision, a donc une sublime décoration à montrer. Un casting solide et une musique qui donne l’envie d’envahir des planètes inconnues.
Il faut bien tout cela pour une œuvre peu pétaradante. On sera surpris par si peu d’action proposé. Shakman ose espérer que l’on trouvera notre plaisir ailleurs. Ce qui est le cas. On oubliera l’inévitable discours bien pensant sur la famille. Le politiquement correct règne sur cette vision kitsch mais convaincante des années 60. New York n’est plus une ville faite pour être piétinée mais il y a de la vie là dedans et la description est plutôt plaisante. Le charme d’antan !
Pour la visiter, on aura une préférence pour l’acteur Joseph Quinn, qui joue la Torche Humaine. Sa ressemblance “jeune” avec Robert Downey Jr, figure majeure de Marvel (il fut Iron Man et sera le terrible Dr Fatalis, ennemi juré des 4 Fantastiques) est particulièrement troublante, tout comme son personnage, plus intéressant que les autres membres de l’équipe.
On s’amusera aussi du méchant Galactus qui a juste une grosse voix et la taille de Godzilla. Autrement il n’effraie pas grand monde. Et on appréciera aussi la grâce d’une surfeuse d’argent agile. Avec la musique très opératique de Michael Giacchino, ça fait passer le temps. Le film n’est pas une merveille mais a le mérite d’être plutôt bien fichu. Sans être palpitant, il nous fait passer un bon moment oubliable dans une salle bien climatisée.
Au cinéma le 25 juillet 2025
Avec Pedro Pascal, Vanessa Kirby, Joseph Quinn et Ebon Moss Bachrach - Marvel Studio - 2h10
Superman, James Gunn, DC Comics, Warner Bros.


Le retour de Superman ! Avec son super chien ! Et un super gang ! Et un super réalisateur ! Est ce que ça donne un super film ?
Un blockbuster par semaine. Hollywood sort l’artillerie lourde et les franchises sont de nouveau sur le devant de l’affiche. James Gunn, réalisateur des Gardiens de la Galaxie, est devenu le manitou de DC Comics, concurrent de Marvel et studio qui nous pond des nanars honteux depuis quelques années.
A lui la lourde tache de nous faire oublier Flash ou Justice League. A lui de nous montrer autre chose que des Batman qui font la tronche ou des Wonder Woman paumée dans les années 80. En quelques films, DC Comics a perdu tous ses avantages. En 2025, Superman doit absolument relever ces monuments de la pop culture.
Comme il est l’homme le plus puissant de la planète, ça devrait être facile. Mais méfions nous, à l’heure des réseaux sociaux, l’idéalisme d’un tel super héros pourrait être le piège ultime pour un retour pas si attendu que cela !
Heureusement James Gunn est là. Lui, la contre culture, la geek culture, la pop culture, c’est sa spécialité. Il a commencé chez Troma, boite de prod fauché et culte (les Toxic Avengers c’est eux). Il a scénarisé des choses honteuses comme Scooby Doo. Il a réalisé une série B mythique, Horribilis, qui continue de transpirer dans ses nouveaux projets actuels.
James Gunn aime les spectacles fun et il a prouvé avec Les Gardiens de La Galaxie qu’il était à l’aise sur les gros budgets ambitieux et commerciaux. Le gars ne se perd jamais avec ses ambitions: il adore filmer des histoires avec des héros déréglés et des monstres gluants. Sa version pulp de Suicide Squad est un petit bonheur de plaisirs coupables, servis à la mitraillette.
Loin de Marvel, il semble avoir les mains libres pour remettre Superman au gout du jour. Il y arrive avec une facilité déconcertante. Les cyniques ne devraient pas supporter cette version qui joue à fond la carte de la bande dessinée. La première scène donne le ton avec un chien capé, des robots datés et un Superman qui assume bien la culotte rouge par dessus les collants bleus. Houlà, James Gunn joue avec le feu. Mais il met un rythme tel que l’on accepte très facilement les concepts simples et kitsch de ce super héros, plus américain que tous les conservateurs réunis.
Et il ne faut pas s’étonner que cette version agace Donald Trump ! Superman, c’est un peu Forrest Gump : un type qui avale naïvement tout ce qui fait l’American way of life. Il défend des idées simples mais humanistes. Il traverse les épreuves avec une candeur qui ne peut que rendre fou de jaloux un ignoble capitaliste comme Lex Luthor, version chauve d’Elon Musk.
Oui, Superman, et surtout ce qu’il représente, peut vivre à notre époque. James Gunn a juste une très bonne idée : son film est politique et ne veut jamais chercher une neutralité frileuse. C’est bien un blockbuster qui évoque le monde réel, même s’il y a des Kaiju, un chien qui vole, des super héros un poil ringards et une musique qui bidouille les hymnes grandioses de John Williams.
Il y a des moments assez moches et des propositions qui sont assez limitées en termes de production. Pourtant le film semble être fait de conviction. James Gunn ne recule devant rien pour mettre en avant la mythologie de Superman et se permet de ne pas se cantonner aux modes mais plutôt célébrer un personnage décalé car finalement on lui reproche d’être un étranger, en permanence. Vaillant, il s’obstine à être le dernier boy scout, le ciment d’une idée de la justice et de la droiture. Plus américain que toute la population de Metropolis.
Ce n’est pas forcément subtile mais James Gunn semble avoir compris que ce personnage est avant tout un symbole. Est ce que ça fait un bon film ? Pas sûr. Il y a des longueurs et beaucoup de personnages fatigants. L’humour est parfois forcé. Mais c’est toujours mieux que le sérieux douteux de Zack Snyder, réalisateur précédent de la saga. Ici, c’est la naïveté qui l’emporte. Par les temps qui courent cela fait du bien. Et Gunn réussit à imposer ces visions parfois étranges et poétiques.
Pas un super film, c’est certain. Mais un excellent moment qui confirme tout le bien que l’on pense d’un réalisateur passionné.
Au cinéma le 09 juillet 2025
Avec David Corenswet, Rachel Brosnahan, Nicolas Hoult et Nathan Fillion - Warner Bros - 2h
Sinners, Ryan Coogler, Warner Bros


Des vampires mélomanes au temps du KKK, au milieu des champs de coton. L’impeccable Ryan Coogler s’essaie désormais au film d’horreur et ça fonctionne, avec un hommage vibrant à la musique américaine. En sortant de la projection, on peut faire la danse de la joie.
Car Sinners est une très bonne série B. Comme on n’en fait plus. Ça dure plus de deux heures. Il y a des gros mots, des moments salaces, et de l’hémoglobine peu esthétique. Ryan Coogler, du haut de ses 38 ans, montre bien qu’il est le rejeton surdoué de Spike Lee et du regretté John Singleton. Entre ses mains, il pétrit tout ce qui fait la culture noire américaine. Son premier film, Fruitvale Station était un film social accablant. Creed faisait revivre la magie de Rocky. Black Panther ramenait les stéréotypes du super héros en Afrique. La culture populaire semble passionner le cinéaste qui s’essaie donc au film d’horreur.
Mais il va chercher son inspiration vers les anciens : on pense très fort à John Carpenter. Ils ont le même art de synthétiser une pensée sur des images et du son. De façon quasi minimaliste. Même s’il faut faire de la place à l’égo de la star Michael B. Jordan (lui aussi dans tous les films de Coogler).
Ce comédien, lui aussi devenu une star de cinéma confirmée, semble atteint du syndrome de Jean-Claude Van Damme. Il se dédouble à l’écran. Comme il est de toutes les scènes et peut démontrer l’étendue de son talent. Il faut l’avouer : il se débrouille très bien pour interpréter des jumeaux qui reviennent dans le sud ségrégationniste pour prendre leur revanche sociale. Ils sont partis faire la guerre (la première mondiale), ils furent gangsters à Chicago, ils veulent désormais tenter leur chance dans leur bled perdu en montant une boite de blues.
Les ennuis s’accumulent jusqu’à faire venir un vampire irlandais. Et oui, la musique est bien celle du diable et nos jumeaux vont avoir de sérieux problèmes non pas avec les fascistes du coin mais une créature assoiffée de sang et de musique. Car Coogler rend hommage aux traditions américaines : du cinéma d’horreur au bon vieux blues. Là encore, on pense à la démarche artistique de John Carpenter qui réalisait mais aussi s’occupait de la musique.
Et tout ceci politise un film qui ressemblerait à une version Crossroads d’Une Nuit en Enfer. Les amateurs de blues vont devoir faire face à une horde sanguinaire. La mise en place est habile car elle prend son temps pour installer ses personnages, attachants et pathétiques en même temps. Mais à aucun moment, on voudrait être à leur place que le vampire apparaît. Coogler offre un joli moment de terreur, bien fichu et sacrément bien interprété.
Sans s’attarder sur le sens social de l’œuvre, il met en avant l’importance de la musique dans la société, la communauté mais aussi les luttes et les révoltes. La toute dernière scène est totalement jubilatoire sur le sujet en utilisant le visage fatigué mais farouche du musicien Buddy Guy. Coogler est peut être un auteur roublard mais tous ses films, il défend des idées et des idéaux. Il a un sens de la mise en scène assez prononcé et sait faire un spectacle sans abrutir le spectateur.
Bien au contraire, en jonglant depuis le début de sa carrière, avec les clichés sur l’Amérique noire, il questionne, divertit et réconforte. Son cinéma est populaire dans le bon sens. Sinners est une vraie bonne surprise… qui réconcilie presque avec l’esprit de l’Amérique.
Au cinéma le 16 avril 2025
avec Michael B Jordan, Hailee Stenfield, Jack O’Connell et Delroy Lindo
Warner Bros - 2h15
Lilo & Stitch, Dean Fleischer Camp, Disney


Disney continue de recycler son répertoire avec des Live Action. Cette fois-ci, c'est donc la petite créature bleue que l’on voit sur tous les t-shirts des enfants de moins de sept ans qui a le droit de donner la réplique à de vrais acteurs…
La jeune comédienne qui joue Lilo est insupportable. Elle n’y est pas pour grand-chose mais on n’est pas loin de la grimace constante. Elle gigote. Elle fait des caprices. Elle est sans nuance. Il est certain que le sympathique Stitch l’écrase de toute sa présence numérique.
Il nous rassure. Il conserve tout le charisme poilu qui faisait le charme du dessin animé. Il y a même certains moments où il ressemblerait à un cousin un peu niais des Gremlins. Comme eux, il fait sauter les conventions d’une Amérique bien sage par des farces grotesques. Mais on n’est pas chez Joe Dante. Lilo et Stitch n’est pas Explorers, le chef d’œuvre de Joe Dante sur la solitude de l’enfance.
Non, nous sommes dans un bon gros spectacle calibré pour le Monde entier. Le réalisateur fait bien attention de garder l’esprit bienveillant du dessin animé. Le film est un copié/collé qui fait bien attention de ne pas déborder des cases.
Il y a bien deux ou trois blagues en plus mais sinon c’est d’une sagesse presque affligeante. Une fois encore, chez Disney, on ne veut pas choquer. Ne pas inquiéter. Ne pas interroger. Lilo et Stitch continue d’être une jolie histoire d’amitié et de famille.
Dean Fleischer Camp est un bon technicien mais n’apporte strictement rien en comparaison avec le dessin animé. L’interrogation reste la même : à quoi ça sert de faire la même chose sur un support visuel différent ? Encore une fois, lorsque Kenneth Branagh refait Cendrillon, il apporte son expérience et sa sensibilité. Ici, le réalisateur est bien trop tendre pour montrer une fiction un poil (pardon c’était tentant) différente.
Donc c’est avec un ennui poli que l’on suit les aventures de Lilo, la petite fille mal aimée et de Stitch, l’extraterrestre le plus baveux de la galaxie, après Alien, sur une petite île du Pacifique. C’est toujours exotique mais le sentiment de déjà vu submerge l’ensemble. Aucun intérêt.
Au cinéma le 21 mai 2025
Avec Maia Kealoha, Sydney Agudong, Tia Carrere et Courtney B Vance
Disney - 1h45
Thunderbolts*, Jack Schreier, Marvel Studios


Regarder un film Marvel actuellement relève du supplice. Grosse lassitude autour des super héros qui sauvent le Monde sans aucune originalité. La déprime nous guette devant de si fades spectacles. Thunderbolts* a visiblement bien compris le message et propose une étonnante thérapie de groupe !
En terme d’action, le nouveau film Marvel, de la phase 6, du Multiverse, de l’après Avengers, de “on ne sait plus quel concept foireux”, ne propose pas de grandes surprises. Il y a des explosions. New York subit une nouvelle attaque. Des figurants se font dézinguer sans une trace de sang. Les personnages principaux sont d’une souplesse ahurissante pour se battre et les effets spéciaux ne sont pas particulièrement innovants.
Rien de nouveau dans ce 36e film de l’univers Marvel à une exception près : tous les super-héros sont détraqués. Ils souffrent. Physiquement et mentalement. C’est un peu normal : ce sont tous des seconds couteaux. Les Avengers n’existent plus. L’équilibre du Monde tient donc avec des super héros un peu à la ramasse et incapables d’assumer leur statut.
Par exemple Bucky, le soldat de l’hiver, ami proche du Captain America, de tous les combats dans l’univers Marvel est devenu un politicien maladroit. Et il rêverait presque de travailler avec les Thunderbolts: des super héros mal aimés, aperçus dans des films précédents et des séries pas passionnantes. Eux, ils en ont gros sur la patate. Au point que l’enjeu du récit soit tout simplement la santé mentale de ces drôles de héros.
On exclut le Red Guardian, caution comique et lourdingue du récit, mais finalement l’enjeu se porte bel et bien sur le retour à la vie de quelques héros, assez écorchés et désespérés. Effectivement, ils servent les intérêts d’une méchante qui décide de se retourner contre eux. Mais bien avant cela, on comprend dans l’histoire, la détresse des personnages. C’est la grande idée de ce film malade mais qui se soigne.
Le réalisateur méconnu Jack Schreier construit ce nouveau groupe de super-héros autour de leurs failles, leurs doutes et une vraie schizophrénie s'installe entre l’image et la vérité de leurs talents. Le vilain de l’histoire suit lui aussi un parcours similaire. On est dans une véritable psychanalyse. L’enfance. Les parents. Les traumas. Les souvenirs, les rapports avec les autres. Tout y passe.
Et cela fonctionne plutôt bien. Les personnages deviennent attachants. Tout ce qu’il manquait aux derniers films, bides justifiés. Le réalisateur se joue du cahier des charges pour appuyer son propos sincère sur la santé mentale. Et les acteurs sont simplement épatants avec une Florence Pugh délicieusement cynique. Face à elle, on appréciera la délicatesse de jeu de Lewis Pullman (fils de Bill), parfait en méchant qui s’ignore.
Ce film fonctionne un peu à l’ancienne. Sans grande fioriture. Marvel ravale un peu sa prétentieuse gloire et offre une parenthèse presque enchantée avec des personnages qui font l’action et la tension de l'œuvre. Thunderbolts* ressemblerait presque à un vrai film et non un produit de consommation. Comme quoi un bon psy, ca fait forcément du bien.
Au cinéma le 02 mai 2025
avec Florence Pugh, Sebastian Stan, Wyatt Russell et Lewis Pullman
Marvel - 2h06



