L’écume des jours, Boris Vian, Claudie Russo-Pelosi, Lucernaire

Si vous aimez l’Écume des jours de Boris Vian, vous devriez être conquis par cette sympathique et dynamique adaptation théâtrale (et musicale) proposée par Claudie Russo-Pelosi au Lucernaire.

Dans la file d'attente, un type affirmait adorer ce roman qu'il prétendait avoir lu trente fois. Trente fois ? En ce qui me concerne, une fois aura suffi ! Autant les chansons de Boris Vian me font rire, autant j'ai trouvé ce livre barbant, avec ses faux airs fantastico-délurés. (Les "doublezons", le "pianocktail", le nénuphar dans les poumons et les autres trouvailles futuristes m'ont parues très factices.)

Mais alors, si tu n'aimes pas le bouquin, pourquoi donc es-tu allé voir la pièce, me direz-vous ? Oui, c'est vrai ça, pourquoi ? Sans doute parce que je suis joueur, toujours prêt (et prompt) à me laisser convaincre, et aussi parce que j'ai été séduit par la bande annonce.

Me voici donc en cette fin août, ravi d'aller au théâtre, et surpris de voir que le spectacle affiche complet, oui oui, vous avez bien lu, complet ! Une salle comble, incroyable, je n'avais pas vu cela depuis le monde d'avant. Il faut croire que le bouche à oreille a fonctionné à plein pour cette pièce qui joue les prolongations jusqu'à mi-octobre.

Il faut dire que ce spectacle présente d'indéniables qualités. Les jeunes comédiens (le spectacle est un projet de fin d'étude du Cours Florent) donnent tout ce qu'ils ont : ils chantent, dansent et virevoltent dans un tourbillon d'énergie à la Jim Carrey qui enthousiasme le public... sauf moi.

Pour ma part, j'avoue être passé à côté de la pièce et avoir été quelque peu fatigué par ce débordement de vitalité endiablée (et à mon avis un peu surjouée). Pour autant, je ne regrette pas d'avoir vu ces jeunes comédiens faire leurs premières armes sur scène. Et j'ai vraiment apprécié le personnage du Docteur, que j'ai trouvé assez irrésistible.

Jusqu'au 16 octobre 2022
Théâtre du Lucernaire, Paris VIème
Du mardi au dimanche, à 16 et 19 heures
Durée 1h15

Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori, Fondation Cartier

Juste des formes et des couleurs! L'artiste aborigène convoque l'émotion et nous laisse deviner tout un monde perdu. D'une subtilité rare.

Il y a seulement trente œuvres de la peintre Sally Gabori, de son vrai nom Mirdidingkingathi Juwarnda à la fondation Cartier. Vous pouvez faire le tour en une dizaine de minutes. Ce pourrait même être une astuce pour apprécier l'ambiance de cette exposition venue de si loin.

La déception peut venir car on est vite frustré par le style brut de l'artiste, novice mais sincère. La peintre s'est mise au travail à l'âge de 80 ans. En dix ans, jusqu'à sa mort en 2015, elle a peint et s'est attaquée à des toiles immenses.

Il faut donc un second passage dans l'exposition. Heureusement l'endroit est toujours aussi sympa : la verdure qui vient se coller à l'immeuble de la fondation nous enferme dans l'univers de l'artiste qui a bien entendu la nature comme inspiration.

C'est ce qu'il se cache derrière les couleurs criardes ou délavées de ses toiles primitives. Le peuple de Sally Gabori a longtemps été isolé et la peintre a grandi sur une île sauvage. C'est elle que l'on devine dans les formes. Petit à petit les coups de pinceaux soulignent la perspective puis les paysages.

Le coté instinctif révèle aussi des souvenirs d'une époque lointaine. La vie de l'artiste se devine dans les toiles et l'on comprend son rapport au monde qui l'entoure. C'est finalement subtil et un second passage permet de découvrir certains mystères et de trouver une véritable émotion.

On a bien l'impression de découvrir un ailleurs exotique et une artiste surprenante entre ses traditions et sa créativité soudaine. Un moment étonnant car finalement très touchant.

Jusqu'au 06 novembre 2022
à la Fondation Cartier, Paris XIVème

Trois mille ans à t’attendre, George Miller

Georges Miller est le réalisateur de la saga Mad-Max ; on pouvait donc s'attendre à ce que son dernier film soit un tantinet bourrin ; en réalité, il n'en est rien. Au contraire, Trois mille ans à t'attendre est une sympathique bluette sur fond de récit fantastique.

L'histoire : Alithea Binnie ( incarnée par Tilda Swinton) anime des conférences au cours desquelles elle explique que la mythologie et les histoires - qui nous servaient jadis à expliquer l'inexplicable - ne servent plus à rien quand la Science explique à peu près tout. En l'absence de mystère, nous n'avons plus besoin ni de récits fantastiques, ni de croire aux dieux ou autres esprits. Oui mais...
Alors qu'elle débarque à Istanbul, notre conférencière croise des créatures et autres esprits auxquels elle persiste à ne pas vouloir croire. Les choses se compliquent encore un peu lorsque le destin lui fait acheter dans un souk un petit flacon d'où sortira un génie (l'impeccable Idriss Elba) qui, évidemment, lui proposera d'exaucer trois vœux, souhaits qu'elle refusera expressément d'énoncer car, en spécialiste de la mythologie, Alithea sait que les génies peuvent être roublards, et qu'on ne formule pas des vœux impunément.

Qui dit film fantastique dit, en principe, images de synthèse et effets spéciaux à gogo, jusqu'à la saturation. Sauf qu'ici, Georges Miller les manie avec une certaine élégance. Si certaines scènes reconstituées par ordinateur sont impressionnantes, elles ne sont pas là pour elles-mêmes mais au service de l'histoire. George Miller ne cherche pas à impressionner par la forme, mais par le récit ; il ne s'interdit d'ailleurs pas d'user de vieux trucs à la Méliès qui ont un charme désuet. Comme on ne se refait pas, le réalisateur donne volontiers dans le baroque (comme avec ce harem de femmes pour le moins girondes), mais c'est nettement plus regardable que Mad-Max Fury Road par exemple.

Finalement, Trois mille ans à t'attendre est un film est assez simple, il s'agit de deux personnes qui discutent dans une chambre d'hôtel et se racontent leur(s) vie(s). Comme l'une des deux est un génie, un djinn, sa vie fut longue et pleine de rebondissements, ce qui donne l'occasion au réalisateur de ponctuer son récit de fresques baroques, allant de la Reine de Saba et du Roi Salomon jusqu'à nos jours, en passant par Soliman le Magnifique.

Ces Trois mille ans hommage aux Mille et une nuits sont une bluette parfumée à l'eau de rose et à la fleur d'oranger. Comme une pâtisserie orientale, ce n'est pas particulièrement fin, mais ce n'est pas désagréable du tout !

Trois mille ans à t'attendre,
sortie le 24 août 2022.
De George Miller,
avec Tilda Swinton, Idris Elba,

1h48

Beast, Baltasar Kormakur, Universal Pictures

Dans la jungle, terrible jungle, le lion est mort ce soir... mais ce n'était pas le bon lion. Il en reste un, féroce et énervé. C'est le sujet simple et efficace de cette série B presque old school.

Car, alléluia, le film ne dépasse pas l'heure et demi. Pas de fioriture. Pas de gros effets avec des explosions ou des extravagances dans le scénario. Rien, juste un combat entre Idris Elba et un gros lion. Du survival. Presque à l'ancienne.

Le scénario pose ses personnages puis les jette dans la gueule du loup (sic)! Donc, le massif acteur anglais est le père endeuillé de deux jeunes filles. Ils retrouvent ensemble un ami au fin fond de l'Afrique pour un safari poussiéreux mais salvateur.

Ils voient de belles girafes qui s'enlacent. Ils font de belles photos. Ils dénoncent les braconniers. Tout est beau et sage puis un lion, endeuillé lui aussi, pète les plombs et harcèle les touristes.

A la fin, la famille sera consolée et le père retrouvera sa place dans le cœur de ses filles. Mais on aura avant eu droit à ce que l'on voulait voir: un affrontement entre l'homme et la nature. Man Vs Wild.

Baltasar Kormakur se colle à l'exercice et c'est bien lui qui rend le film très plaisant. Réalisateur islandais, yes man pour Hollywood de temps à autre, il pourrait être perçu comme un descendant du dégénéré Michael Bay, roi de la bouillie filmique (Bad Boys, Transformers, The Island).

Mais la rapidité d'exécution de Kormakur a laissé la place à un technicien aimant aussi la forme. Son obsession de la fluidité donne du sens à ses mises en scène.

De plus, comme dans tous ses films (dont l'impressionnant Everest), le cinéaste semble obsédé par le décor et l'espace, préférant une caméra qui se glisse dans les pas du personnage pour nous faire sentir son rapport au danger et la menace. Il y a quelque chose de très organique et présent dans sa réalisation. On ressent la poussière, la chaleur et la violence de la situation.

Beast n'est pas le chef d'œuvre sur la menace animale (toujours revoir les Dents de la Mer) mais c'est un film sacrément bien fichu et qui ne va jamais au-delà de son concept!

Welcome to the jungle!

Sortie le 24 août 2022
Universal - 1h30

Redemarrer en fanfare avec LGMX, Meute et Toomanyzooz

Démarrage en fanfare. Il va falloir reprendre le chemin de l’école ou du boulot. Ou les deux. Il faut vérifier si tout le monde a tout ce qu’il faut pour reprendre un quotidien qui nous a fait du mal ces derniers mois. Et en plus il faut se remettre d’un été beaucoup trop chaud.

Il faut se motiver et c’est vrai que la fanfare est un concept sympa à imaginer. Des cuivres, des reprises, du monde, de la communication, de l’osmose, la fanfare a tout pour plaire et elle s’est bien renouvelée: la preuve en trois disques!

Découverts sur une petite scène de l’Isère, les gaillards de LGMX cherchent effectivement à faire bouger la foule. Avec une rythmique discrète et tout un tas d’instruments à vents, ces musiciens de Lyon se prennent pour un ordi et font de l'électro dansante avec un souffle exubérant.

Leur premier et court effort sur disque donne une idée de leur démarche : faire une bonne grosse rave, sans électricité mais juste avec un effort collectif. On a du mal à résister à l’entente entre les musiciens: ils arrivent facilement à nous faire danser et vivre une expérience tous ensemble. Depuis la pandémie, cela fait un bien fou. 

On leur souhaite le même succès que la Meute, dynamiteur de clichés et maître de la grosse fiesta qui vous met les pieds sur la tête en la remplissant de good vibes. Les trompettes et autres trombones vont s’appliquer à imiter les beats et les bpm. Ça fonctionne mieux que le modèle électronique.

Les onze musiciens allemands font bien la différence avec les dj. Sur scène, on les voit suer et se soutenir mutuellement, quand un dj lève ses bras en l’air et mouline avec ses mix, bien trop seul avec quelques lumières pour faire oublier la vacuité du spectacle. Sur disque ou sur scène, Meute régale par sa synergie et son originalité.

Connus pour leurs reprises de morceaux dance, ils savent aussi se réaliser avec des titres originaux qui tentent des choses. Les vertus de la fanfare sont évidentes: le vivre-ensemble est vraiment appliqué et en plus la musique est bonne. Très bonne. le disque feel good par excellence.

Mais c’est la qualité de la plupart des réalisations de tout ce genre qui semble émerger sérieusement depuis que l’on a tous été isolés il y a deux ans et demi. On veut partager, se mélanger et danser encore.

Mais les champions du monde du genre sont américains. Et c’est un tout petit trio qui fait un maximum de bruit! Toomanyzooz est le genre de groupe à avoir le feu sacré et une impressionnante force de frappe pour secouer les corps !

Un saxophone baryton, une trompette, une batterie, des tonnes d’idées et des débuts dans le métro new-yorkais qui leur ont donné un vécu précieux. En terme d’intensité, ils savent y faire et cela s’entend: leur musique mélange à une vitesse folle les genres entre le jazz, la techno ou le hip-hop.

Leurs ep’s sont des petites gourmandises. On apprécie chez eux la rapidité d'exécution mais aussi son urgence. Leur musique est vivante et vivace. Ils conservent cette obsession du mouvement avec leur mini brass band, d’un altruisme réjouissant.

Après ces trois disques, vous allez peut-être en avoir marre des cuivres mais cette petite armée de musiciens originaux, qui ont envie de nous faire bouger après une longue période statique, ne peut qu’être une bonne nouvelle à entendre, écouter et apprécier! Let’s dance comme disait l’autre.

Vesper Chronicles, Kristina Buožytė, Bruno Samper

C’est vraiment le petit film d’été : une découverte ni parfaite ni mauvaise, qui navigue entre les eaux et ne laisse pas indifférent.

Pourtant ce n’est pas gagné avec son histoire de gamine qui étudie les plantes pour sauver le monde de la catastrophe. En réalité, elle est déjà arrivée la crise : à force de virus, les hommes ont rendu aride la planète et nous sommes revenus dans une ambiance moyen-âgeuse.

Les nantis vivent dans des citadelles. Le reste de la population survit dans la boue et la misère. Vesper, qui vit isolée avec son père handicapé, se passionne pour la nature et reste persuader que l’on trouvera la réponse grâce aux plantes. Un beau jour, deux personnes de la citadelle s’écrasent à coté de chez elle, et c’est bien entendu les débuts d’une succession de drames…

Mais on doit tout de suite reconnaitre que les deux réalisateurs réussissent à nous plonger dans un univers futuriste impressionnant avec, effectivement, une obsession pour une flore fantastique, colorée et dangereuse. Ils se font un mini Avatar avec leurs moyens beaucoup plus humbles.

Ils n’ont rien à envier à James Cameron : leurs acteurs sont très convaincants. Le casting est mené par un Eddie Marsan, impérial en tyran campagnard. Enfin un rôle à la hauteur du talent de ce second couteau souvent mal exploité.

Effort européen, Vesper Chronicles propose une science fiction différente qui ne cherche jamais le spectaculaire mais plutôt cultive les astuces. Le film soigne ainsi les ambiances. Le rapport fille père surprend. Les intrus apportent vraiment quelque chose à une intrigue qui joue constamment sur la méchanceté des protagonistes qui tentent de se convaincre qu’ils ont encore un semblant d’humanité. Le décor cache des surprises parfois fatales. On peut juste regretter une musique un peu envahissante.

Le film, par son étrangeté et son ton, nous permet de voir autre chose. Alors en été, se retrouver dans le brouillard et le froid n’est peut être pas le spectacle le plus apprécié mais il faut dire que c’est une œuvre originale, qui tente et souvent réussit.

Sortie le 17 août 2022
Condor Distribution - 1h50 

Mr Giscard, Chichi et Banane, Au Comptoir des Histoires

Y a t il un héritier à Boby Lapointe dont on fête les 100 ans ces jours-ci? Le barbu est pour beaucoup l’un des tout premiers rappeurs avec sa cadence folle et ses jeux de mots qui nous entourloupent dans un humour doux amer et nous racontent des histoires simples, cruelles et souvent drôles.

Alors qui est capable de relever le défi? En réalité personne. Le rap aujourd’hui a perdu le sens de la réalité même si on aime beaucoup le défaitisme qui traverse les compositions de Mr Giscard. Déjà, en choisissant un tel nom, on a le droit de réclamer un titre de serial looser et c’est ce qu’il fait dans son premier album, une chronique vacharde du jeune adulte pas trop sûr de lui.

Mr Giscard donne le ton avec des chansons comme “Tu sais ma vie c’est vite chiant” ou “sans sentiment”. Il n’a pas un flow spectaculaire mais il a la nonchalance d’un Orelsan à ses débuts et n’a pas peur de mettre en avant sa misogynie pour mieux la dénoncer.

Musicalement c’est beaucoup plus intéressant que les accros au vodocodeur ou les musculeux sans cerveau. Rigolo, astucieux, irrespectueux, le son de Mr Giscard nous rassure un peu sur un genre trop dopé et désormais risible.

Mais tout ceci est peut être trop urbain pour rivaliser avec l’art de Boby Lapointe. On va descendre dans le sud, pas loin de son lieu de naissance, pour voir ce que valent Chichi et Banane, deux vauriens de la chanson française.

Ils traînent sur la rade de Marseille et décrivent avec un banjo enjoué et des rimes riches le quotidien de la région. Bien entendu, on entend les cigales mais on parle évidemment du pastis, de la pétanque et des légendaires cagoles.

Avé l’accent, les deux amis s’amusent de tout et jouent sur une jolie mélancolie qui rappelle l’humanisme chaleureux de Robert Guédiguian, autre artiste du coin qui a cette façon unique et humble de s’intéresser aux petites gens. Là c’est pareil mais en paroles et en musique. C’est charmant, hors du temps et nous sommes totalement dans l’esprit de Boby Lapointe.

Au Comptoir des Histoires a tout du groupe nourri au Boby Lapointe. Il y a de la générosité et une envie de s’amuser avec le présent et toutes ses conneries. On a un peu peur de tomber sur de nouveaux Trois Cafés Gourmands, mais ce groupe de copains a un peu moins de sentimentalisme et de démagogie : ils chantent la vie populaire mais ne perdent pas de vue de faire de la musique, ce qui est un bon début.

On pense à La Tordue ce qui est pas mal du tout pour ce sextuor qui se risque à la chanson populaire, souvent maltraitée ces dernières années. Bon, pour Boby on oublie un peu notre recherche, mais on est content de retrouver des musiciens de comptoir, qui ont bien écumé les scènes locales et les petits festoches.

Ils se mettent à hauteur d’hommes et on veut trinquer avec eux. Une belle rencontre qui pourrait finir sur une chanson de Boby Lapointe, éternel chanteur au grand cœur! Et dans ces trois disques on sent bien des cœurs battre : un plus dans une œuvre!

Comédies françaises, Eric Reinhardt, Folio

Il était dit que je devais lire ce livre … une critique globalement positive entendue dans La Librairie Francophone d’Inter, une recommandation dithyrambique d’un ami et un livre acheté deux fois par erreur et si l’on ajoute à cela un sujet (l’histoire des systèmes d’information) qui m’intéresse beaucoup, je ne pouvais pas passer à côté !

La quatrième de couverture est centrée sur l’histoire de la création EN FRANCE de ce qui deviendra Internet.

Il est alors très motivant de commencer ce livre pour apprendre / comprendre les raisons pour lesquelles les « licornes » sont en grande majorité uniquement localisées de l’autre côté de l’Atlantique.

Malheureusement, ce livre ne traite pas uniquement de technologie et de son histoire… Il traite aussi et surtout de l’histoire du narrateur : jeune homme moderne et cultivé qui traine son spleen dans Paris et en province comme un Beigbeder ou un Houellebecq de moyenne gamme.

Assez vite le lecteur comprend que l’histoire d’Internet ne sera qu’accessoire car assez vite résumée.

Il faut avouer que ce résumé est tout de même très éclairant pour un béotien ; il est toutefois dommage que l’auteur répète de manière très cyclique les mêmes arguments et les mêmes tournures de phrases … est-ce pour bien faire entrer l’idée ou pour combler un manque de profondeur des recherches ?

Comme mentionnée plus haut, la majeure partie du livre relate les errements du personnage principal que le lecteur a envie de secouer pour qu’il arrête de se plaindre… Le lecteur est aidé en cela par la meilleure amie du héros, qui a la même réaction face à ses jérémiades.

Mon propos n’est pas de détruire ce livre… Il se lit assez aisément. Je regrette toutefois que le sujet principal n’était, dans les faits, pas celui espéré.

Petit conseil à celle ou celui qui souhaiterait lire ce roman : à un moment, sans prévenir le narrateur va commencer à parler peinture… cela dure tout un chapitre de 50 pages (sur un livre de 450) : ce passage - qui est presque plus complet sur l’Art Moderne à New York dans les années 40/50, que le reste du livre sur les recherches françaises en matière de télécommunications - est rébarbatif et n’apporte rien au récit (un clin d’œil d’une ligne sera juste fait bien plus tard)… Je vous invite à passer directement au chapitre suivant!

Paru en poche le 14 avril 2022
chez Folio

(éditeur d'origine: Gallimard)
480 pages / 8,90€

Bullet Train, David Leitch, Brad Pitt, Sony Pictures

Je l'avoue, j'aime bien Brad Pitt. Aussi, quand je l'ai vu à l'affiche d'un film signé par David Leitch, le réalisateur de Dead Pool, je n'ai pas résisté.

Coccinelle (Brad Pitt), est un tueur en pleine crise de la cinquantaine. Sur les conseils de son analyste à qui il fait sans cesse référence, il est devenu adepte de la non-violence, ce qui ne l'empêche pas d'accepter une mission simple : voler une valise à bord du Shinkansen, le TGV japonais (le Bullet Train, donc). En principe, il doit subtiliser le bagage et descendre à la première station ; mais comme Coccinelle est un poissard de légende, les choses ne vont pas se dérouler aussi simplement que prévu.

Armé de son bob, de ses lunettes et de quelques pétards (non, non, pas des flingues, des pétards), Coccinelle va affronter la foule de tueurs qui peuplent ce train. C'est un réel plaisir de voir Brad Pitt promener sa coolitude légendaire de wagon en wagon, et je ne regrette pas d'avoir fait le voyage avec lui. Les autres personnages sont savoureux et les acteurs font très bien le job, ce qui est plaisant.

Pour le reste, c'est un film américain, pas de doute là-dessus. Les bastons se multiplient, tout le monde meurt (ou peu s'en faut) et l'on n'échappe pas à l'explosion finale tout en images de synthèse. Sous le faux-nez de l'humour, le réalisateur n'en valorise pas moins la vengeance et la violence , comme c'est beaucoup trop souvent le cas dans le cinéma hollywoodien. (Mais quand allons-nous enfin refuser de laisser les américains colporter ainsi leurs valeurs ultra-violentes?)

David Leitch multiplie les hommages et les références, notamment à Tarantino qui lui-même emprunte aux séries B et autres nanards. A un moment donné, le cinéma américain à grand public devrait cesser de s'autocongratuler de la sorte, surtout quand les références n'en valent pas la peine. (Je déteste le cinéma de Tarantino.)

Tout cela est vu et déjà vu. Et en plus, c'est beaucoup trop long. Si vous voulez aller au cinéma cette semaine, je vous conseille plutôt d'aller voir La nuit du 12, de Dominik Moll.

Sortie le 03 août 2022
Durée 127 minutes

Sony Pictures Entertainment

Neil Young, Are You Passionate, Noise & Flowers, Harvest

Et hop nos pages culturelles vont être rebaptisées par “Alors, que nous offre cette semaine ce vieux briscard de Neil Young?”. Ce sera plus simple. En pleine torpeur estivale, pendant que vous transpirez à grosses gouttes, le loner lui bosse à sortir le plus vite possible des albums cohérents, disparus ou des lives furieux.

Avec l'album Noise & Flowers, on a l’impression qu’il est devenu sans filtre et il le prouve encore avec ce nouvel album live autour de sa dernière tournée avec Promise of the real, les rejetons de Willie Nelson. Avec eux, comme avec Pearl Jam dans les années 90, le senior retrouve une énergie juvénile qui ressemble réellement à de la magie.

D’autant que Neil Young a désormais des allures de vieux monsieur un peu usé par la vie et le monde qui ne tourne plus rond et qu’il dénonce sans arrêt. Précurseur il y a des années, il court un peu après son époque désormais mais il sait toujours surprendre.

Les vieilles chansons sont donc soulevées une nouvelle fois par une énergie incroyable et le disque enchaîne les morceaux de bravoure. Les petits jeunes aident le papy du rock à retrouver sa verve musicale et bien souvent ils y arrivent.

Les éléments semblent se déchaîner et la foudre glisse entre les riffs et les incontournables du Loner. Ce n’est pas un grand live de Neil Young mais, comme les Stones, il a toujours le feu sacré et une envie d’en découdre qui dépasse la réalité pécuniaire.

D’ailleurs le musicien a ressorti une nouvelle fois un disque caché, maudit ou ce que vous voulez. En 2001, le Canadien est lassé de tout. Ses albums sont assez sombres et il arrive encore à sortir quelque chose quand le Crazy Horse le soutient.

Au début du 21e Siècle, il sortira Are You Passionate mais il nous avait caché cette longue session à San Francisco avec ses copains. Qui se révèle supérieure aux sorties officielles de l’époque.

Évidemment le son est brut mais surtout il y a une urgence assez rare dans la réalisation. Le moral de Neil Young n’est donc pas au beau fixe : la musique et ses amis fidèles lui offrent un exutoire assez exceptionnel. Incompréhensible que cet album reste aux oubliettes tant de temps. Peut être l’un des meilleurs albums de l’année.

Puisque généralement cette chronique va par trois. Rappelons que Harvest a 50 ans cette année. Si vous ne l’avez jamais écouté, vous avez de la chance. Si cela fait longtemps que vous n’avez pas affronté ce monument de douceur folk et esprit rock, vous avez de la chance aussi.

Quatrième album solo de Neil Young, Harvest résume assez bien la liberté de l’artiste. Il y a de l’harmonica et des guitares sèches. Il y a de la guitare branchée prête à en découdre et il y a des expérimentations comme ici un orchestre symphonique qui s’invite sur deux morceaux. Faussement paisible, ce disque a toujours sa place dans notre époque, montrant le réalisme d’un artiste et son envie d’épouser ses ambiguïtés.

Voilà nous sommes à jour sur l’actualité du Loner mais ce n’est pas dit qu’en septembre il faudra recommencer!

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