Foxcatcher

On est clairement sur le haut du panier de la production hollywoodienne. Cinéaste intello, comédiens incroyables, sujet iconoclaste et symbolique. Maîtrisé de bout en bout, Foxcatcher impressionne. Reste un oubli: l'émotion!

Bennett Miller n'a pas peur des sujets difficiles. La vie mondaine de Truman Capote. Une saison de base-ball. A chaque fois, des films étranges et souvent passionnants. Une fois de plus, le sujet déroute: la lutte gréco-romaine. Ou plutôt la passion soudaine d'un milliardaire solitaire pour ce sport et deux frères médaillés.

C'est une histoire vraie: John Du Pont est un milliardaire excentrique. Il propose d'entraîner Mark Schultz, médaillé Olympique, et d'autres champions de lutte pour les prochains JO de 1988. Novice en la matière, Du Pont coache avec une maladresse désastreuse le champion.

Ce dernier, qui a peu confiance en lui, se rend compte petit à petit de l'importance de Dave, son frère, son mentor, son équilibre. Rapidement John Du Pont va délaisser Mark pour mieux approcher Dave...

La fin est connue. C'est un fait divers célèbre aux Etats Unis: John Du Pont tue de trois balles Dave Schultz devant sa femme. Que se passe t il donc dans la tête de ce drôle de riche, seul, obsédé par la reconnaissance et le respect? John Du Pont est un mystère, un dingue qui se cache derrière la réussite sociale imposante!

Tout est improbable mais tout est vrai. John Du Pont est un manipulateur qui gâche tout. Mark Schultz n'est pas futé. Le frère était un pilier solide, respecté, apprécié et intelligent. Mark le jalouse. John finalement le déteste car son argent ne peut pas acheter ses qualités!

Bennett Miller observe donc sur plus de deux heures, cette nauséabonde relation à trois. En apparence tout va bien: Du Pont est un bienfaiteur. Les frangins sont des durs au mal qui se battent pour leur honneur et leur épanouissement. Le décor est idyllique: Du Pont invite les champions dans sa résidence gigantesque de Pennsylvanie et sponsorise ce sport à coups de milliers de dollars!

Tout est réuni pour fêter l'Amérique des Winners, de ceux qui ne baissent pas les bras, des efforts des petits et des grands pour la triomphante idée de l'Amérique! Patatra, Bennett Miller glace l'image pour apporter tranquillement un malaise qui va se diffuser au fil des scènes, de plus en plus, ambiguës.

Les comédiens ne cachent pas les faiblesses de plus en plus visibles des personnages. Si Steve Carell en fait beaucoup derrière son maquillage pour nous faire comprendre le coté bipolaire du riche et seul John Du Pont, Channing Tatum et Mark Ruffalo sont excellents en australopithèques civilisés tout comme les discrets seconds rôles.

Bennett Miller et son malheureux fou John Du Pont pervertissent doucement mais sûrement tous les étendards de la société. La richesse. Le dépassement de soi. La fraternité. L'amitié. Tout est détruit par la folie sourde et souvent fascinante de Du Pont.

Miller, l'air de rien, fait comme les cinéastes les plus reconnus: il profite de l'anecdotique pour nous conter son pays, un peu barge et très photogénique. La petite histoire pour raconter la grande. Il fait du cinéma prêt pour l'analyse! Le film est si maîtrisé que le réalisateur étouffe un détail très important: l'émotion.

Sa délicatesse d'exécution est telle qu'elletient à distance le spectateur. Miller est peut être un peu roublard. Néanmoins, il réussit un thriller psychologique. Une oeuvre qui fait froid dans le dos, avec pas grand chose. Un portrait dérangé de l'Amérique qui gagne. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir ca!

Avec Steve Carell, Channing Tatum, Mark Ruffalo et Vanessa Redgrave - Mars Distribution - 21 janvier 2015 - 2h14

Sweet Sixtine

Il y a quelques temps, dans ses pages, il était question de musique pour grandes surfaces. La marque Zadig et Voltaire préfère produire sa propre bande son. Donc de la musique de shopping, stimulante et élégante.

Le label est donc jugé suspect mais la production du duo électro pop est bien plus que soigné. Il y a tout ce qu'il faut pour briller en société. Un mélange subtile de pop bercé sur des beats intenses avec tous les effets qui vous donnent l'envie de consommer de la musique...

Bon on arrête ici les remarques un peu cyniques car franchement Sixtine, alliance entre une chanteuse et un habitué de la French Touch, reste une belle révélation. Ce n'est pas nouveau. Mais c'est justement le plaisir coupable de mélodies nostalgiques qui font plaisir à entendre.

C'est un peu daté. Mélanie et Eric refont les années 90 et la house qui commençait à faire secouer les popotins de la planète entière. Cet aspect rétro a quelque chose de romanesque comme si le duo était à la recherche du temps perdu.

Claviers et machines font ce qu'il faut pour que l'on remonte le temps. Avec délice et sans mélancolie. On ne sait pas si cette musique va pousser les ventes de vêtements mais elle est très vintage et rappelle que la French Touch est désormais une marque indélébile dans l'histoire de la musique.

Z&VM - 2014

La Hache et le Violon

En traitant des thèmes universels de l'utopie, du pouvoir, de la résistance, La hache et le violon est un grand roman qui confirme le statut d'auteur contemporain majeur d'Alain Fleischer.

"La fin du monde a commencé sous ma fenêtre. Il fallait bien que cela commence quelque part : il se trouve simplement que je suis bien placé pour parler de ce début."

Au début des années 30, dans une petite ville d'Europe centrale, un professeur de piano assiste de sa fenêtre aux premiers événements de ce qui pourrait bien être la fin du monde : un fléau meurtrier et invisible, qui entretient un rapport de forces mystérieux avec la musique et foudroie ses victimes en pleine rue. La résistance à ce fléau est d'abord conduite par les autorités et prend des formes successives et contradictoires, jusqu'au moment où l'organisation secrète d'un vieil érudit, Chamansky, ancien ingénieur en optique devenu luthier, parvient à imposer la musique comme arme suprême pour vaincre l'ennemi.

En ouvrant son roman par une de ces phrases appelées à passer à la postérité ("La fin du monde a commencé sous mes fenêtres"), Alain Fleischer frappe les esprits et capte l'attention du lecteur qui n'aura plus de répit avant longtemps. D'autant moins qu'à cette histoire qui met en jeu l'avenir d'une partie de l'humanité, il n'hésite pas à mêler une autre histoire, tout aussi universelle, mais qui touche, elle, à l'intime de son narrateur et de sa relation à la jeune Esther.

Mais c'est surtout, c'est le style d'Alain Fleischer qui fascine irrésistiblement. Sa faculté à raconter sans dévoiler, à choisir ses mots et composer ses phrases pour faire avancer son récit en lui donnant de faux-airs de surplace. Son talent pour entretenir un certain mystère jusque dans les faits les plus ordinaires. Sa propension à aborder, en profondeur, des thèmes aussi importants que le pouvoir, l'utopie ou la résistance collective. Toutes qualités qui, 350 pages durant, font de La hache et le violon un grand roman kafkaïen dont on savoure chaque phrase et qui s'insinue dans chaque fibre de notre être.

Dommage simplement que les 50 dernières pages, qui composent la (courte) troisième partie de l'ouvrage, se perdent dans des divagations fantaisistes et viennent un peu ternir ce grand roman de littérature et de conscience politique qui confirment Alain Fleischer dans son statut d'auteur contemporain majeur.

374 pages - Point seuil

Six personnages en quête d’auteur, Théâtre de la Ville

6 personnages

Emmanuel Demarcy-Mota restitue fidèlement la géniale intrigue de Luigi Pirandello et parvient même à l'embellir par sa mise en scène grandiose.

 

Six personnages entrent dans un théâtre, cherchant un auteur pour représenter leur drame, qu'ils prétendent aussi vrai qu'ils sont vivants. Là, dans la salle où un directeur répétait avec ses acteurs, la mise en abyme imaginée par Luigi Pirandello peut alors commencer. Pour le directeur qui veut bien se montrer indulgent et s’interrompre pour écouter leur récit, aussi saugrenu soit-il, les personnages ne peuvent ni jouer, ni être vrais, car ceux qui jouent ce sont les acteurs, ces mêmes acteurs qui donnent vie, alors que les personnages, eux, restent dans le texte.

 

Fidèle aux précises consignes laissées par Luigi Pirandello dans ses didascalies, Emmanuel Demarcy-Mota parvient, par des placements impeccables et des éclairages parfaitement orchestrés, à ce que les six personnages ne puissent pas être confondus avec les acteurs de la troupe. Pourtant, confrontés à des personnages vivants, très vite, ces acteurs ne trouvent plus leur jeu et personne ne semble plus savoir ce qui sépare le réel du fictif, le vrai du faux, et surtout, où commence et s'arrête le théâtre.

 

Un directeur peut-il mettre en scène la vie? Ne faut-il pas forcément l’écrire puis la représenter par l'intermédiaire de comédiens,  comme si seuls des professionnels étaient susceptibles d'atteindre le vrai? Toutes les questions posées par Luigi Pirandello sont magnifiquement posées de nouveau par Emmanuel Demarcy - Mota et sa troupe et on se retrouve autant subjugué par la force du texte que par la beauté de la scène: ses ombres, ses lumières,  ses décors,  son rythme et ses effets techniques d’une esthétique parfaite (texte qui s’envole, manteaux qui dansent dans les airs).

 

Du grand théâtre.

 

 

Jusqu'au 31 janvier 2015

au Théâtre de la ville

 

Wild

C’est un plaisir de marcher aux côtés de Reese Witherspoon le long des sentiers du Pacific Crest Trail, même si les souvenirs des nombreux malheurs de la randonneuse sont un peu trop envahissants.

La randonnée est à la mode. On redécouvre aujourd’hui les vertus de la marche pour la santé physique et morale et pour libérer la pensée. Marcher fait littéralement avancer, c’est pourquoi Cheryl Strayed, dont la vie est dévastée suite au deuil particulièrement douloureux de sa mère, choisit, pour prendre un nouveau départ, de se mettre à l’épreuve en parcourant à pieds les 1600 km du Pacific Crest Trail, le sentier de grande randonnée qui va de la frontière mexicaine au Canada.

En cheminant aux côtés de Cheryl, nous découvrons avec elle les très beaux paysages de la côte ouest, de l’inhospitalier désert des Mojaves aux forêts enneigées de l’Oregon. Là réside d’ailleurs le principal intérêt du film : il nous offre un grand bol d’air pur et le bonheur de superbes panoramas en dépit des souffrances que s’inflige la jeune femme, impitoyable avec elle-même. Son périple est filmé sous l’angle de l’effort physique et du dépassement de soi – sac à dos horriblement lourd, pieds blessés par des chaussures trop petites… – ce qui ne nous empêche pas de passer un très agréable moment.

Nous sentons aussi d’emblée que ce périple sera bénéfique pour Cheryl et riche en enseignements à travers le contact – ou l’affrontement – avec la nature, et de belles rencontres humaines. Et cela fait du bien de voir une personne meurtrie se reconstruire tout doucement, de croire en une possible rédemption après un traumatisme.

Tout au long de sa randonnée, Cheryl repense à sa vie passée, se remémore des dialogues et des bribes de chansons. Les voix et musiques assourdies que l’on entend, prises dans le rythme de la marche, reproduisent bien le flux de conscience de la marcheuse solitaire, tel que chacun peut l’avoir vécu. Sa route est aussi émaillée de flash-backs courts mais assez nombreux qui, du coup, rompent un peu le charme du voyage. Peut-être aurait-on pu en limiter un peu les occurrences en simplifiant la vie de l’héroïne, qui est passablement chargée en malheurs : enfance sous le joug d’un père alcoolique et violent puis pauvreté après la séparation de ses parents, mort prématurée de sa mère et, suite à ce deuil, quatre années d’autodestruction entre coucheries et drogue…

Fallait-il vraiment autant de misères pour nous faire comprendre combien le personnage avait besoin de repartir sur des bases saines ? Toutefois, malgré un pathos un peu trop prononcé qui nuit à une immersion plus profonde dans la nature – « the wild » – Reese Witherspoon est convaincante dans le rôle de Cheryl Strayed et parvient à nous emmener sur les sentiers du PCT, dans son voyage initiatique.

Avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann, Laura Dern, Thomas Sadoski - 20th Century Fox - 14 janvier 2015 - 1h56

Les rois de la galette sur D8 ou le reportage qui a changé ma vie.

galette

Après les événements que la France vient de subir, il est évident que la prise de conscience journalistique renaît, une envie forte d’investigation de toutes les chaînes, de reportages de terrain, de prise de risque absolue, d’un nécessaire investissement dans les entrailles des secrets, là où ça se passe ! Finis les marronniers ! vive les révélations loin de Nabila et des derniers artisans fabricants de sabot en poils d’huitre près de Vesoul dans le 13h de TF1 !

C’est en ce sens, dans cette logique, dans cette envie, dans cet élan, que dis-je, dans cette guideline, dans ce renouveau du reportage que l’ami Guy Lagache et son émission qui porte haut les couleurs de ce qu’est le journalisme à la française, sans barrières, sans frein, j’ai bien sûr nommé « Enquête d’actualité » sur D8, a décidé, embarquant toute sa rédaction (doivent être 4) dans un truc de malade, de déglingo foufou, oui, allez prendre les risques les plus brulants pour faire « Dans les coulisses des rois de la galette »…fallait oser !

Pour mémoire, « Enquête d’actualité » est une sorte de « Capital », mais version l’économie pour les nuls, avec un zest de « Zone interdite », mais en version sans zone et encore moins interdite, saupoudrée « D’enquête exclusive », les putes de Bangkok en moins, qui, une semaine sur trois propose un reportage dans les coulisses du RAID, une autre semaine sur trois une enquête sur les coulisses du GIGN et la dernière semaine sur trois une enquête au cœur des urgences de Seine-Saint-Denis. Attention attention, cela n’a absolument rien n’a avoir avec « Au cœur de l’enquête » également sur D8 ou « Enquête d’action » sur W9 ou encore « Au cœur de l’actu exclusive de l’action interdite » sur NT9TF5RMC89 qui, eux au moins sont originaux en proposant une semaine sur trois un reportage dans les coulisses du RAID, une autre semaine sur trois une enquête sur les coulisses du GIGN et la dernière semaine sur trois une enquête au cœur des urgences…de MARSEILLE !!! ça change tout bordel.

Bon Guy Lagache donc ! Donc mon Guy s’est dit, on est des foufous, on va tout péter et comme on dit au baby foot Epiphanie !

Alors là mes lapins en sucre, accrochez-vous. Lancement du reportage, mon Guy, beau gosse mèche à la Delahousse, regard genre me présente pas ta meuf sinon elle part avec moi et en plus elle aura la garde des mômes, te dresse le tableau de ce qui va te scotcher les fèves au fonds de la glotte, un reportage exclusif de 30 minutes sur « Les coulisses des rois de la galette »…non non ! pas dans les coulisses des mecs qui vomissent leur vodka-red bull à la sortie des boîtes à 4h du mat, un truc dans les méandres de la pâtisserie à base de frangipane ! Oui messieurs-dames !

Vous vous doutez bien qu’allongé sur mon pieu, un dimanche aprèm, la casquette NY vissée sur les oreilles et la bouche pâteuse d’un lendemain arrosé, j’étais comme un taré à me dire que j’allais vibrer sa mère !

Ca n’a pas loupé.

Les mecs, grands reporters de terrain, quasi-kamikazes de la caméra cachée dans le sac à dos, commencent à planquer devant un entrepôt de fabricant de galettes surgelées en région parisienne…là tu te dis que ladite usine doit être une plaque tournante de cocaïne et qu’ils alimentent les banlieues chic de panam en fournissant les doses dans des galettes…bah non…le camion se charge de 100aines de galettes que tu manges avec mamie-papy-les collègues avec le coup de cidre pas bon qui pue qui va bien…

La chasse est lancée, 5h32, 1ère livraison, une supérette dans le 18ème, oh bordel ! Quoi !!!! Les superettes se font livrer des galettes surgelées…la fin d’un mythe, vous vous doutez bien que les larmes ont coulé le long de mon string panthère. 5h46 « Et là, surprise, notre équipe découvre que c’est une boulangerie-pâtisserie qui vient d’être livrée et qu’il est possible que le brave boulanger-pâtissier ne fasse pas lui-même toutes ses galettes » !!! C’t’angoisse…

Fatalement, en bonne journaliste d’investigation qui a fait la Syrie, le Vietnam, la corée du nord, tu penses bien que la fille elle se déboite pas, et hop, l’aprem elle retourne sur les traces du crime, elle entre dans la boulangerie en caméra cachée et ose tout de go « Madame, est-ce que vos galettes sont faites maison !!! » haaaaannnnnnnnnnnnnnnn ! la folllllleeeeeeeee ! Et la boulangère, en face, peur de rien « Oui » ! Du coup, pas née de la dernière pluie journalistique, la nana de D8 redit, maligne « Vous êtes sure sure sure ? » ; et la boulangère « Bah oui oui oui»…haaaaannnnnnn, le suspens de malade !!!

Après quoi, la fille prend son téléphone et appelle un fournisseur de galette surgelée qui lui lâche tout « Oui, en effet, des fois, on livre des boulangeries » !!! Hannnnnnnnnnnnnn !!! L’enquête de fouuuuuuuuuu !!!

Re-après quoi, Guy Lagache t’annonce que tu vas de suite entrer dans les coulisses des coulisses de la fabrication des fèves de tout genre et que une fève, tenez vous bien, moi j’étais sur le cul, ça coûte 23 centimes et que ça se revend 56 !!!! Ohhhh mais merde.

Bon voilà, le tout pendant 45 minutes d’émission, vous me croyez ou pas, mais j’ai fini par regarder Les Experts Miami, c’était hyper moins violents en terme de révélation.

Vivement la chandeleur pour un reportage sur les coulisses du sucre en poudre.

J’vais pisser,

A la semaine prochaine,

http://www.d8.tv/d8-docs-mags/pid5198-d8-en-quete-d-actualite.html

Elephant Love

Jeunes, Pauline et son frère, font du rock rien que pour eux. A l'ancienne. Sans retenue. Leur disque est un plaisir partagé et une vraie petite révélation.

Je ne sais pas comment vous imaginez la jeunesse aujourd'hui mais les deux petits jeunes qui forment le groupe Ropoporose doivent être deux extraterrestres dans leur génération. Rarement un décalage fut aussi évident entre la musique et ses musiciens.

Pauline et Romain sont frère et soeur. Planqués chez eux, ils ont composé un disque incroyablement rock, dans ses digressions, sa simplicité, son hypnotique réalisation. Mais c'est du vrai rock comme on l'aime. C'est sauvage. C'est enregistré avec une irrésistible envie d'en découdre. C'est une digestion heureuse du rock lo fi ou du noise.

Ensemble, Pauline et Romain, dans la frileuse France, ressuscite les accords violents de Sonic Youth, jouent des boucles fascinantes qui permettent des échappées redoutables qui nous font bêtement secouer la tête. Pourtant ce n'est pas primaire. Ca s'écoute fort mais les nuances sont là, dans les cassures et l'arrivée d'instruments qui sortent de l'ordinaire rock et cette voix fluette de Pauline, qui apportent un peu de son charme adolescent.

Elephant Love sort vraiment du lot. On a bien l'impression de tomber sur un vestige underground arrivé de New York. Leurs créations sont complexes mais jamais prétentieuses. Ils se promènent sur des mélodies endommagées mais encore praticables. Les rythmiques soutiennent leur effort si inédit dans nos contrées. On est très heureux de rencontrer ce duo juvénile qui montre la valeur ne vient avec le nombre des années. Une bonne surprise pour tout amateur de rock libéré!

Vieux Garçon

Bernard Chapuis est journaliste. Contrairement à Paul, le personnage du film Vincent, François Paul et les autres, Bernard Chapuis à réussi à l’écrire, lui, son roman. C’était à la fin des années 1970.
Deux autres ont suivi dans la foulée, puis plus rien. Jusqu’en 1999. De nouveau, trois romans, dont Vieux Garçon, paru en 2007, est à la fois le dernier et le plus faible…

Entre les Cévennes et Paris, chez les Farnaret, on a le sens de la famille, et le jeune Farnaret celui de la tribu. Dans ces deux univers qui se superposent partiellement, il a troqué son prénom pour un surnom : Paul, Paulo, Paul Newman pour faire long. C’est lui, le narrateur de cette histoire. Et c’est aussi lui, le Vieux garçon du titre, mais on a quand même un peu de peine à le croire, même si l’auteur veut nous convaincre à la page 230 qu’il appartient irrémédiablement à l’arrière-garde de sa génération.

De retour d’une fête de famille, dans un Paris estival déserté par ses habitants, Paul, presque 18 ans, retrouve ses amis proches pour y draguer les touristes. Mais bientôt, dans l’immeuble familial transformé en maison des sept plaisirs, un vol est commis : Tong Tong, la jolie asiatique, a manipulé la manipulatrice Claire pour dérober quelques centaines de milliers de dollars dans un coffre-fort dont personne ne connaissait l’existence chez les Farnaret, mais dont la voleuse connaissait la combinaison.

A partir de là, l’histoire vire franchement au Club des Cinq : des policiers de bibliothèque verte, une chasse au voleur à la campagne, et finalement la découverte d’un père disparu depuis sept ans (“Il est aujourd’hui plus facile de changer de visage que de voiture, c’est moins cher.”), et des révélations dignes d’un épisode des aventures de Langelot. Ajoutons pour être honnête que ça ressemble à un Club des Cinq qu’on aurait pimenté de quelques scènes de sexe pour les grands.

Tant bien que mal, les thèmes de l’absence, du passage à l’âge adulte et de la famille se dégagent du roman, qui auraient pu donner lieu à un traitement plus intéressant. Le thème de l’absence était déjà abordé dans les deux précédents romans de Chapuis, mais c’est à peu près leur seul point commun avec Vieux garçon.

Ici, il y a trop de bons sentiments pour que le scénario fonctionne : une seule mauvaise action (et encore !) et pas un seul mauvais sentiment en 247 pages, c’est gentillet mais pas franchement crédible. Au bout de 120 pages il n’y a plus grand chose à sauver, on n’y croit plus, on reste indifférent au récit… Quelle plus belle illustration de l’échec du romancier que l’indifférence de son lecteur ?

Dommage, car une des idées de départ est séduisante : il est rare qu’un romancier se coule dans le rôle d’un narrateur de 40 ans son cadet. Peut-être Bernard Chapuis regrette-t-il de n’avoir pas croisé autant de femmes faciles que son personnage à l’approche de ses 18 ans, et fantasme-t-il une autre jeunesse. En tout cas ce décalage donne à la sexualité des personnages de Chapuis une légèreté, un côté années 1960, qui en fait le caractère attirant et anachronique : où est la crainte du SIDA, où sont les contraintes et les inhibitions qui s’y attachent ?

Bref, on a bien envie de dire des choses sympathiques sur un tel livre, mais vraiment la seconde moitié est trop ratée. Alors suivez mon conseil : découpez le livre, conservez pour les lire les 122 premières pages, jetez le reste. Vous y êtes ? Voilà, vous tenez entre les mains le portrait attachant d’une tribu modèle Malaussène, on pense un peu aux Fruits de la passion, de Daniel Pennac, paru en 1999. Ici aussi, la tribu s’élargit aux voisins, dans une sorte de vie de quartier rêvée, Amélie Poulain n’est pas loin, les générations se mêlent sans distance, une harmonie s’installe, et là, d’accord, ça fonctionne.

Pour le reste, et pour finir, voici une sentence qui surnage un instant dans le caniveau où les pages déchirées sont allées s’abîmer : “[…] une mère et son fils doivent s’abstenir de fréquenter le même club, si l’on excepte leur indestructible et destructeur club d’origine.” Elle fait penser à ce que pourrait être la morale de l’histoire : le Club des Cinq et la tribu Malaussène doivent s’abstenir de fréquenter le même livre, car ils n’ont pas le même public.-

272 pages - Folio

The Wanderings of the Avener

Cela commence par une jolie plage exotique de sons pimpants, chauds et ensoleillés. La pochette est bleue. Elle nous aiguillerait vers une cold wave, toujours aussi vivace. Un peu trop sombre. Pourtant le premier morceau de The Avener ressemblerait aux morceaux trop rares de Roudoudou.

La suite est plus convenue. Le second devrait tourner sur les radios. Derrière le nom de The Avener, il y a un dj venu de Nice. On comprend alors les idées lumineuses qui se promènent dans ses titres. Un troisième morceau montre son alliage sensible entre le gros beat qui fait secouer la tête et sa fine connaissance du groove en allant ressusciter des vieilles gloires.

Il y a donc des basses lourdes qui slappent, une guitare bluesy et les voix de Rodriguez  et John Lee Hooker ou des artistes plus récents comme Mazzy Star ou Adam Cohen. Le musicien ratisse large et cela fait du bien: il a l'air de s'y connaître en musique et cela l'inspire. Ce qui n'est vraiment pas la qualité des nombreux dj à succès!

The Avener retravaille donc les chansons des autres et apporte sa science du rythme sur ses coups de coeur et ses passions. Le résultat trouve ainsi une vraie cohérence. Très peu de déchets. C'est abordable. Rien d'underground. Vous pourrez entendre tous ses remix un peu partout dans les grandes surfaces. Ce n'est pas un défaut. C'est populaire dans le bon sens du terme.

Le type n'est fermé dans le hit absolu. Il bidouille quelques chansons qu'il considère méconnues. Pour l'efficacité ce premier album impressionne. Reste à savoir si The Avener va tenter lorsqu'il faudra créer ses propres créations. Il réussit en tout cas à titiller notre curiosité!

Capitol - 2015

L’affaire SK1

Yves Boisset et Costa Gavras ont désormais un rejeton : Frédéric Tellier. Venu de la télévision, il a visiblement tout compris du film à thèse et réussit un polar efficace à défaut d’être spectaculaire.

C’est le genre de film irréprochable en apparence. Le travail est minutieux : le film nous raconte la très longue traque de la police pour mettre la main sur Guy Georges, le tueur de l’Est Parisien. Un jeune policier du 36 Quai des Orfèvres met à jours les agissements de tout premier serial killer made in France.

Durant une décennie, il suivra sa trace sanglante à travers Paris. Il se trompera de pistes. Il devra faire face à l'administration trop lourde. Il affrontera des collègues qui veulent en profiter pour se mettre en avant. Mais la police sera hanté durant de longues années par ce tueur d'un nouveau genre.

Les détails sont nombreux et précis. Frédéric Tellier nous fait pénétrer dans le quotidien très ordinaire de la police et de ses enquêtes où les impasses sont multiples. Interprété par une Raphael Personnaz très concerné, ce flic nous promène dans la partie sombre de la police mais aussi de la société.

On pense souvent au film de Tavernier, L.627 dont on voit l'affiche sur un mur du 36. Tellier suggère ce travail qui se mélange à une vraie humanité. La fascination comme le dégoût que provoquent le tueur. Guy Georges soulève tout un tas de questions qui sont traités lors d'un procès illustre qui est mis en parallèle avec l'enquête pure et dure.

Le film est donc documenté comme jamais. C'est la qualité comme la limite. Le film finit par être un peu répétitif et finit par bercer plus que passionner! A l'exception de quelques personnages, tout semble artificiel. La minutie provoque aussi une absence de sentiments et peu d'empathie pour la police. Plus on approche du monstre, plus le film se désincarne.

Il reste néanmoins, nécessaire. Il trouve d'ailleurs un écho troublant avec l'actualité de notre pays. Même sans point de vue de cinéaste, le film de Frédéric Tellier remplit la mission de tout thriller: faire trembler!

Avec Raphael Personnaz, Olivier Gourmet, Nathalie Baye et Michel Viullermoz – SND – 7 janvier 2015 – 2h

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