Rain Dogs

S'il ne vous faut qu'un Tom Waits, c'est le foisonnant "Rain Dogs", plongée dans le bas ventre de New York, avec en prime la guitare de Marc Ribot.
Après Swordfishtrombones, c'est le deuxième album de sa période Island. On y retrouve les mêmes ingrédients : une musique plus personnelle, plus déjantée, pleine d'instruments incongrus en cette décénnie de synthés et de boîtes à rythme : contrebasses, marimbas, trombones, banjos, et toujours ces percussions d'origine indéterminée : "si on ne trouvait pas le bon son sur la batterie, on ramenait un vieux meuble de la salle de bains et on cognait dessus avec un morceau de planche", raconte Tom.
Mais Rain Dogs couvre plus de territoire que son prédécesseur. Avec ses 19 titres, c'est un faux double-album, un disque-grenier, en quelque sorte son "double blanc". Musicalement, ça part dans toutes les directions, en une exploration des racines de la musique américaine, de toutes ces saveurs musicales apportées par les immigrants volontaires ou forcés qui se retrouvaient souvent dans les culs de basse-fosse de la Grosse Pomme. Accordéon tzigane, jazz New-Orleans, polka, blues, country, on entend un peu de tout cela, passé à la moulinette, distordu, faussé, cabossé mais toujours plein d'une poésie étrange.
Quasiment pas de piano, à part sur le superbe Tango Till They Sore, mais en revanche pas mal de guitares : celle de Marc Ribot qui fait des merveilles à chaque intervention, d'autant plus méritant que Waits ne lui accorde qu'une ou deux prises par titre et lui donne d'étranges instructions du type "joue-la comme à la bar-mitzvah d'un nain". On trouve aussi Keith Richards, qui de passage avec les Stones dans le studio d'à côté, prête sa guitare et sa voix sur trois titres.
Malgré l'apparente hétérogénéité, tout se tient, des morceaux les plus difficiles d'accès (Singapore, 9th and Hennepin) jusqu'à des chansons plus traditionnelles comme les magnifique Hang Down your Head ou la balladeTime. Et puis Jockey Full of Bourbon immortalisé par Jarmusch sur son magnifique travelling dans les faubourgs de la Nouvelle Orléans qui ouvre le film Down By Law.
Ou l'entraînant morceau-titre, ode à tous les chiens de pluie, ceux qui après un orage ne retrouvent plus le chemin de chez eux car l'averse a effacé toutes les odeurs. C'est à ce petit monde de la rue que l'album entier est dédié, à ceux "qui n'on pas de carte de crédit, qui ne vont pas à l'église, qui n'ont pas d'hypothèques". Pas vraiment un disque concept, pas une histoire linéaire, mais d'avantage un grand aquarium ou nagent pêle-mèle clochards (la famille cauchemardesque de Cemetary Polka), fuyards, barmaids déprimées, vagabonds perdus dans ce grand chaudron new-yorkais, ville où tout arrive et où Waits le Californien se sent tout de suite à son aise.
PS : en prime, une très belle pochette, étrange et que je trouve empreinte d'une grande tendresse. Ce n'est pas l'avis de tout le monde : un ami bloggeur texan, m'avouait ne pouvoir s'empêcher de penser que :
- il a 14 ans sur la pochette
- la femme est sa mère
- la femme est une prostituée de quai de marchandises
- la femme s'apprête à lui manger un morceau d'épaule
- toutes les réponses à la fois
The Servant, Robin Maugham, Poche Montparnasse

J’ai un souvenir de The Servant. Un souvenir vénéneux. Une mauvaise influence qui ressurgit parfois, encore, au détour d’une situation, d’une actualité.
Je n’ai jamais oublié Dirk Bogarde, je n’ai jamais oublié Joseph Losey, je n’ai jamais oublié Robin Maugham.
La mignonne adaptation qui s’étire sous mes yeux, je vais l’oublier. J’ai commencé à l’oublier alors même qu’elle jouait.
Les planches ne brûlent pas. Il manque de l’épaisseur. Sally ne cesse de cambrer sa taille fine, de minauder, Sally est en vitrine, est-ce le bon profil, la bonne moue ? Vera aka Kelly bondit, roucoule, dénude un morceau par-ci, un morceau par-là, fraiche et délicieuse, un bonbon. Baret, Tony et Richard flottent dans leurs costumes, au figuré bien sûr, car tout le tissu est bien ajusté, la représentation joue à plein, mais d’incarnation, point.
Ils manquent d’épaisseurs, ils manquent d’expérience, de chair, de tripes, de finesse.
Tout cela est bien lisse, gentil, parfois drôle, ce qui bon à prendre.
Malheureusement nulle tension ne vient inquiéter nos cœurs, ébranler nos esprits, la psychologie est noyée dans les verres de faux alcool dont chacun abuse, aucune ébriété en vue cependant.
Le désir est en berne.
La manipulation, l’insinuation la persuasion, l’érotisme, le lent bouleversement des rôles, les glissements de pouvoir, les inquiétudes, la montée du drame, non, rien.
Qui manipule qui ?
Personne.
Surtout pas les acteurs face au public. Le jeu est plein de compromis, de facilités.
Il ne devrait y en avoir aucun.
THE SERVANT
De Robin MAUGHAM
Mise en scène Thierry HARCOURT
Avec Maxime D’ABOVILLE - Roxane BRET - Xavier LAFITTE - Adrien MELIN - Alexie RIBES
A partir du 3 février 2015 - Du mardi au samedi à 19h, dimanche 17h30
Théâtre de Poche
Papa ou Maman

C'est un peu le couple idéal: Marina Fois et Laurent Lafitte. Elle, femme élégante pleine d'énergie au regard doux et fou. Lui, éternel grand dadais qui sait jouer avec les grands airs d'un homme responsable. Ces deux là ont ce grain de folie qui renverse tout.
Même dans un nanar, on les aime. Les films autour d'eux peuvent être ratés, ils restent des acteurs touchants et passionnants. Heureusement cette comédie est plutôt réussie. Loin de soigner les égos, c'est une comédie concept: et si les parents qui divorcent, se disputaient pour la NON garde des enfants!
Le couple de cinéma n'est donc pas un duo parental parfait: ils se chamaillent sans arrêt. Après quinze ans de vie commune, trois enfants et une jolie maison, les carrières évoluent dans des pays différents. Ils veulent se séparer mais ne pas s'occuper du trio de marmots insupportables.
Donc ils seront simplement odieux avec eux. Ca tarde un peu à arriver. La bande annonce saccage un peu le ton de la comédie. Ce n'est pas exactement le film entrevu. Il est plus doux, plus calme et plus raisonné que la bande annonce.
Le film parle avec légèreté de la solitude dans la famille et du nombrilisme contemporain, mais il ne cherche jamais à être plus futé que le spectateur. C'est carré. Sans fioriture. Il y a peut être quelques scènes qui ressemblent trop à un sketch mais on s'amuse bien dans cette Guerre des Rose à la française.
D'ailleurs on se met à penser ce que donnera le remake américain, forcément plus efficace. Car le concept est fort, drôle et convaincant. Les comédiens s'amusent. Nous aussi. Moins d'une heure et demi, le film donne le sourire. Quand la comédie familiale évite toute niaiserie...
Arthur Rimbaud, Les Illuminations

Des poèmes et une musique d’une grande beauté mais une orchestration perfectible.
Maud Philippon, Vincent Favre et Nicolas Thuet revivent les magnifiques "Illuminations" de Rimbaud. Envoûtés, ils semblent ne faire qu’un avec le poète dans sa contemplation, son imagination, sa sensibilité. Accompagnés par la superbe musique originale de Bob Boisadan, au piano, ils nous emportent dans le si-fertile univers Rimbaldien où tout est si observé, si détaillé, si ressenti, qu’on croirait voir la “pente du talus” et sentir “l’aube d’or et la soirée frissonnante”.
Mais, à vouloir nous faire savourer un trop grand nombre de ces magnifiques poèmes, les comédiens se retrouvent embarqués dans un rythme trop soutenu pour pouvoir nous les faire apprécier à leur juste valeur. Et à l’occasion du solo magnifique de piano, on se surprend à se demander s’il n’aurait pas mieux fallu alterner la musique et le jeu, essayer de faire dialoguer le musicien avec les comédiens, car la première recouvre parfois le second et donne le sentiment regrettable d’y perdre doublement tellement l'un autant que l'autre, aurait mérité notre attention totale.
Cockpit cuisine, Théâtre du Grand Parquet

Une expérience de théâtre inédite, un spectacle visuel étonnant, A ne pas louper !
Marc Dabo doit se rendre dans la maison qui lui a été léguée par un certain Marcel Blondeau à Forbach et il doit faire vite, car les bulldozers sont sur le point de la raser. Une photographie de sa mère encore jeune, qu'il trouve sur place, attise sa curiosité. Dans le bric-à-brac de la maison abandonnée et peuplée d'objets (meubles, nappes, assiettes, vieux postes de télévision, lampes), des carnets de dessins et de notes ainsi qu'un album photo permettent à Marc de reconstituer la vie de Marcel.
Il s'aperçoit bien vite que Marcel a laissé plus que les pièces d'un puzzle, mais de véritables œuvres d'art: des films, fabriqués sans effets spéciaux, mais avec beaucoup d'ingéniosité. Les épisodes principaux de sa vie (l'enfance, l'absence du père, le rêve d'un ailleurs, la rencontre de la femme aimée, un long voyage en train, l'introspection et même la disparition finale) ont été représentés dans un théâtre d'objets: objets détournés (photos découpées, jouets, poupées folkloriques), animés (manipulation, fil de marionnette, circuit bricolé), et filmés.
La particularité de ce spectacle est - notamment - qu'il donne à voir les films (supposés de Marcel Blondeau) en même temps que leur fabrication. Car Marc et ses deux cousins, qui ont sauvé de la destruction ce fragile et désuet chef d'œuvre, nous offrent ce privilège: on voit les films de Marcel projeté sur des écrans (vieilles télé, fenêtres) en même temps qu'ils rejouent pour nous, en objets et en miniature, les scènes principales de sa vie. Sa vie et la fin qu'il s'est imaginée, c'est-à-dire sa vie réelle et sa vie rêvée.
COCKPIT CUISINE est un hommage à un artiste inconnu: artisan d'un cinéma d'une certaine contre-culture, peut-être pas convaincu d'ailleurs d'être un artiste, mais seulement un bricoleur.
Cette ambiguïté est au cœur de COCKPIT CUISINE: c'est du bricolage, mais d'une précision absolue; c'est de la récup, mais c'est très sophistiqué; ça a l'air bancal, mais c'est très bien rôdé.
Une douzaine de personnes ont "fabriqué" ce spectacle, de l'écriture au jeu, de la conception des images, des cahiers et des dispositifs à la scénographie, des costumes aux décors, dont les trois attachants comédiens qui interprètent Marc Dabo et ses deux cousins: Laurent Fraunié, Benoît Faivre et Francis Ramm.
Un genre hybride donc, à la croisée du théâtre d'objets et du cinéma, au service d'un récit émouvant: un spectacle à ne pas louper et à partager en famille.
Jusqu'au 22 février 2015
Théâtre du Grand Parquet
(rue d'Aubervilliers, Paris 18, métro Stalingrad)
Le jeudi à 14h, vendredi et samedi à 20h, le dimanche à 16h
Pour tout public à partir de 7 ans
Mauvaise Réputation

Bad boy de la Seine Saint Denis, habitué des faits divers, rappeur enragé, Joey Starr se raconte et fait de cette manière du rock'n'roll!
Ca doit être l'influence de Philippe Manoeuvre, sûrement admiratif de la bête de scène. Joey Starr aime les tournées, la vie avec d'autres artistes et les ambiances chaudes. Les pages les plus gourmandes sont ses souvenirs de concerts plus ou moins glorieux. Les petits MJC de banlieue ou le concert au Parc des Princes où le duo Nique ta Mère met une branlée au Wu Tang Clan.
Joey Starr n'est pas qu'un cogneur sur scène. Il assomme avec les mots mais aussi avec les poings. Il ne renie pas son coté bagarreur: il défonce gentiment IAM. Il égratigne d'autres collègues et fait de Doc Gynéco, un bouffon grotesque et hilarant.
Cette bio n'est pas une lettre d'excuse. C'est le point de vue d'un type un peu paumé mais un artiste véritable. Il raconte sa douloureuse enfance mais met en avant les espoirs et les plaisirs de gosse.
Il est même assez poignant lorsqu'il raconte sa dévouverte de la danse. Il a bien mauvaise réputation mais le rappeur montre qu'il a bien un petit coeur qui bat. Hélas, il avoue toujours faire les mauvais choix. Il est bouillonnant dès qu'il faut faire des conneries. Même les plus graves.
Il ne regrette rien. Mais il nous éclaire sur son existence artistique et personnelle sans enjoliver les choses. L'art. Les femmes. Les excès. C'est parfois trash. Parfois très touchant. En tout cas, il pourrait être le héros d'une chanson de Johnny Cash, un archétype rock'n'roll, un homme qui ne s'excusera jamais, opposé à la morale, mais pas à l'humanité!
285 pages - J'ai lu récit
Awake

Il y a encore des musiciens qui font de l’ambient? Pour s’imaginer mélomane sur la Lune !
Le nom de ce musicien provient de la Lune. Il s’agit du nom d’un cratère sur les montagnes lunaires découvert par un Danois. Tycho donne donc des indices sur son style : effectivement il pourrait être un descendant de Brian Eno période expérimental avec Apollo, bizarrerie sonore venue d’ailleurs dans les années 70.
Tycho doit aimer Eno, brillant producteur et inventeur de l’ambient, électro primaire mais assez pertinente. Scott Hansen s’envoie en l’air donc à coup de rythmes cools et d’instruments simples. Sa musique est planante.
Et on ne va vraiment s’en plaindre. Effectivement sa musique est un possible « ailleurs », un endroit harmonieux. Une belle utopie qui en trente minutes nous convient parfaitement bien. Mais on l’oubliera peut être un peu rapidement. En tout cas, il a le grand mérite de rappeler les vertus du genre. Le synthétiseur, la boite à rythme ou le séquenceur ne sont pas des objets froids. Il évite l’écueil de la conceptualisation forcenée.
Awake propose une musique de déambulation, de promenade. C’est une invitation pour avoir la tête dans les étoiles ou dans un aquarium plein de bulles sonores. Ce n’est pas du tout désagréable mais en 2014, on ne s’attendait plus à autant de tranquillité ouatée.
Ghostly International - 2014
Phoenix

Ce nouveau drame psychologique de Christian Petzold est à la hauteur de Barbara, d’une grande subtilité et magnifiquement interprété, dans un registre plus sombre et impitoyable.
Pour un énième drame sur les suites de la Shoah et la fin de la Seconde guerre mondiale, celui-ci se distingue par sa sobriété, le resserrement de son intrigue, qui pourrait être celle d’une pièce de théâtre et repose presque uniquement sur trois personnages complexes, et sa forte intensité psychologique. Comme dans son précédent film Barbara, dans lequel Nina Hoss et Ronald Zehrfeld tenaient aussi les rôles principaux, Christian Petzold explore les traumatismes de l’après-guerre en Allemagne à travers un très beau portrait de femme passionnée et tourmentée. Nelly Lenz, qui a miraculeusement survécu aux camps, est recueillie à Berlin par son amie Lene.
Après avoir fait reconstruire son visage par la chirurgie, elle tente de retrouver son mari Johnny pour reconstruire sa vie. Mais Johnny ne la reconnaît pas – ou refuse de la reconnaître – et lui propose de se faire passer pour son épouse afin de récupérer et de partager son héritage. D’où un jeu de rôle malsain entre les deux époux et une ambiance angoissante proche de celle d’un thriller, avec des scènes dans les ruines mal famées de la ville, de nuit, un temps souvent morne et pluvieux, et la claustrophobie que l’on ressent dans la cave qui sert de logis à Johnny.
La principale qualité du film tient à l’interprétation ultrasensible de Nina Hoss, qui incarne à la fois le traumatisme des camps de concentration et une lutte intérieure entre amour, espoir et dégoût pour l’homme qui la torture. Elle ressemble à un petit oiseau malade, recroquevillé sur lui-même, voûté, les yeux immenses cernés par ses ecchymoses, et dans son regard intense se lisent à la fois son espoir fou, ses doutes, sa souffrance contenue, son extrême fragilité comme son étonnante force morale de survivante. Les scènes, statiques pour la plupart, sont souvent tournées en plans rapprochés, avec un beau travail de la lumière, sur les protagonistes face à face ou côte à côte qui s’observent, se jaugent ou s’efforcent de sonder leurs pensées respectives.
On peut aussi admirer dans ce film la très fidèle reconstitution des ruines de Berlin en 1945, de sa vie nocturne et de sa société profondément divisée entre anciens nazis, tout-venant, « traîtres » et rescapés des camps. Les haines sont encore vives et les relations humaines, sans pitié. Christian Petzold excelle à rendre compte de cette période sombre et chaotique, quand le peuple, encore sous le choc de la guerre, s’efforçait de renaître de ses cendres, tel un phœnix.
Peut-être reste-t-on finalement un peu sur sa faim, après toute la tension accumulée, mais le dénouement, très subtil, se justifie tout à fait. Le drame est maîtrisé jusqu’à la dernière scène.
Avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld et Nina Kunzendorf - Diaphana Distribution - 28 janvier 2015 - 1h38
Hotel de Lausanne

Vous aimez Modiano ? Alors courrez acheter cet hôtel-là : le roman de Thierry Dancourt a reçu un prix mérité du Premier Roman, mais il aurait pu remporter aussi bien un Grand prix du pastiche… Deux plaisirs en un.
L’inaction se déroule dans un passé vague et des lieux précis, les personnages sont mystérieux, évanescents, habitent les rues du XVIe arrondissement de Paris… Quand je vous le disais que c’est du Modiano ! Et du bon…
L’histoire débute au chapitre II, dans les allées du cimetière de Passy. Le narrateur, Daniel Debaecker, fait la connaissance de Christine Stretter et du fascinant immeuble de style paquebot qui domine la palais du Trocadéro, de l’autre côté de l’avenue Paul-Doumer. Elle a vécu là, il y a longtemps... Il fait gris. Enfin il pleut. Repli vers l’avenue Bugeaud, non loin, dans un café désert.
Le lecteur navigue ensuite avec ce couple improbable, elle est fiancée après tout, entre des limites étroites fixées par la rue Berton, au sud, et l’avenue Foch, au nord. Et au milieu coule la rue Chalgrin. Dans la rue, l’hôtel éponyme abrite les journées de Christine et Daniel, ainsi qu’une mystérieuse collection de vieilles photographies accrochées aux murs. D’autres hôtels, ailleurs…
A la page 116, le roman prend un coup de soleil : Daniel est à Casablanca, sur la piste d’une paire de fauteuils Royère, pour le compte d’un de ses clients. Mais le vrai but du voyage est ailleurs que chez le particulier qui vend son salon.
Est-ce un hasard si le nom du narrateur est l’anagramme presque parfaite de Baedeker ? Le roman nous conduit sur les itinéraires d’un tourisme architectural précis, qui participe du charme de sa lecture, pour peu qu’on soit sensible à la matière. Et le couple illégitime formé par Daniel et Christine invente même une forme de voyage immobile à travers ces beaux livres régionalistes dont le titre hausse du col telle ou telle ville de province.
Même le choix des mots semble parfois modianesque :"Jean Delorme, imprésario." (page 90) "Imprésario", et non "agent", qui aurait fait basculer la phrase dans la modernité. Les personnages principaux non plus ne semblent pas vouloir basculer dans la modernité, dans le présent. Des déclassés ? Plutôt des déphasés, qui préfèrent parcourir des mappemondes, descendre dans des hôtels en noir et blanc. Le temps d’une lecture, le lecteur suit leur pente avec délectation.
10/18
SLAM sur France 3 ou le jeu idéal d’un panda

Non, non et non, je vous vois d’ici me huer, me conspuer, préparer des cageots de tomates à me balancer à la tronche, mais non, je ne ferai pas de chronique sur LA Nouvelle Star !!! Oui, bien sûr, il y a forcément de la matière à chronique mais de un, déjà je l’ai pas vu, et de deux, et bah j’ai pas envie, alors je vous demande de vous arrêter (Phrase Balladurienne).
Mais oui, oui de oui, j’avais envie de tremper mon acide plume numérique pour vous livrer mon avis, humble comme toujours, sur le très palpitant jeu SLAM, sur France 3.
Résumons, si vous le voulez bien, ce jeu TV de fin d’après-midi, sur la chaîne des Régions où Maitre Capello et Jean-Pierre Descombes n’en finissent plus de hanter les couloirs. SLAM est une sorte de mots fléchés géants, tchip, où sur un écran bleu, tchip, des cases jaunes, tchip, font apparaître des lettres, bon bah des lettres quoi, ça peut pas être tchip des lettres, si ? bon bah des lettres tchip alors.
Déjà, vu comme ça, le rêve pointe, le désir monte, l’envie de se mettre 25 minutes devant SLAM vous vient comme une envie de trippes à la mode Caen après l’amour, tellement évident.
Mais n’est-il pas, finalement le jeu idéal pour un « glandouille day », un « rien n’à branler day », un « le monde peut s’écrouler, je ne bougerai pas de chez moi day». Un matin qui commence par le fait prendre un café et d’aller acheter l’Equipe, seules initiatives cohérentes du jour, puis se vautrer le corps (musclé et athlétique, je précise) dans son canapé, et y rester en mode Panda, manger l’intégralité du bambou du salon, se gratter les testiboules avec un crayon à papier...bonheur.
Après je vous conseille un bon documentaire bien bien chiant et bien bien long, prenez idéalement un truc sur les jardins japonais de tel ou tel château de la Somme, et bang ! Normalement première sieste. C’est important de dormir pour un panda.
Vous vous réveillez 1h plus tard, trace de bave sur le coussin du canapé, et Planéte+ a enchainé avec un documentaire sur la 2nde guerre mondiale, mais la guerre c’est mal, vous n’aimez pas, moi non plus, zappons.
Un petit coup de chaine Info, tranquille, le Panda s’informe mais a vite peur de par les breaking news sur l’Ukraine...pays tellement lointain pour un panda occidental.
Vous allez pisser, oui, important, vous vous levez pour aller pisser, vous êtes en mode Panda soit, mais pas goret non plus, n’exagérons rien, votre canapé a beau être votre unique propriété, il convient de le laisser propre, a minima.
Re-sieste, idéalement devant une série allemande sur TV Breizh, faut sortir les grands moyens, vous avez déjà dormi 1h le matin, faut mettre du lourd sinon vous êtes capable de rester éveillé !
Et là, 16h10, France 3, roulement de tambour, fanfare télévisuelle, préparation ultime, panda jouissance, moment high level de glande, c’est de la folie dans votre canapé comme dans toutes les maisons de retraites de France, c’est le début de l’après-midi jeu sur France 3….rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !!!! Moment de bonheur et de non-excitation suprême.
Avant l’érection viagraïsée de « Question pour un champion », il y a…SLAM.
Un décor en fonds bleu-orangé lubrique vous embraque dans un monde de lettres et de mots, car oui, des lettres, bah ça forme des mots.
3 candidats nés aussi pandas (ils vont les recruter dans les viviers de pandas français) sont prêts à en découdre. Les chemises sont patchworkées, les robes tendances 80’s, les tronches sous tranxen, les voix d’un dynamisme proche de l’annonce de Gicquel et de sa « France a peur ».
Animé de nain de maître (oui, oui, j’ai bien dit nain) par Cyrille Féraud, animateur gaulé tel une allumette finement coupée pour en faire un cure-dent, le jeu se lance dans le délire le plus total. A côté, Motus, c’est le Macumba Night de Roubaix avec 8 salles et 9 ambiances.
Et là, enchainement, virevoltage télévisuel : « Martine, il est au début de sel et débute le soleil » ? Là, normalement, vous êtes paumés 10 bonnes minutes et vous comprenez après coup que pour trouver des lettres sur la grille, il faut répondre à des énigmes niveau Père Fourasse X 1000, ici, Martine devait donc trouver la lettre S. « René : Il est autant dans le bœuf que dans l’œuf, on ne le vole pas et il est placé en deuxième ??? »…Oh put*** !!! Mais c’est le O bien sûr !!!
Les grilles jaunes toutes pas belles se remplissent et quand y’en a un des trois qui croit avoir trouvé le mot (toujours formé par des lettres) et bah le gars il buzze ! Il pensait être peinard, mais non ! Le nain Féraud lui rebalance une énigme. Le mot N°4 était P.SSI.N, manquaient plus que le A et le O pour faire PASSION, et bang, le Féraud il te pète un « Ne nage pas toujours dans l’eau quoi que peut être exotique tout en étant synonyme de plaisir !!! »….rhhhaaaaaaa, et l’autre forcément, déstabilisé, il te pète un POISSON alors qu’il avait trouvé PASSION !!! Olalalalalalalala, mais quel bordel !
Bon, après la traditionnelle course à l’australienne, chaque candidat est éliminé, il n’en reste plus qu’un (et ici pas question de faire voter le public, ils sont tous morts au bout de 5 minutes, et encore moins balancer des SMS façon interactive, les téléspectateurs sont des pandas comme moi –donc pas facile avec Panda Telecom de balancer des SMS- ou des vieux de maison de retraite et chacun sait que ça passe pas la 3G en maison de retraite).
Phasssseeeeeeee fiiinnnalllllleeeeeeeee ! Oui, c’est parti pour la phase finale. Le rescapé reste avec le petit Cyrille (qui doit se dépêcher car il est déjà 17h45 et ses parents vont commencer à s’inquiéter) et se retourne, dos à la grille, fesses serrées, une grille ça peut attaquer à tout moment.
Et là, il doit en 2 minutes, trouver 10 mots ! tout ça pour gagner une boîte de jeu et un massage thalasso de 30 minutes à Vesoul…et le mec, bah il est à fond quand même ! Et mon Cyrille, il trépigne, il trépigne, il est tout fou tout fou !!!
Bon, voilà, le candidat se vautre lamentablement sur 7 des 10 énigmes, il perd mais repart avec sa boîte de jeu, pour la rime et comme on dit chez les pandas, « à boîte de jeu, panda ravi, panda joyeux » !







