Place royale, Pierre Corneille, Théâtre Aquarium

LA PLACE ROYALE (Francois Rancillac 2015)

 

Sur la Place royale de Corneille se croisent des destinées, des rêves de libertés, et tant de désir d’aimer. Les comédiennes Linda Chaïb et Hélène Viviès sont époustouflantes de vérité.

Alidor et Angélique s’aiment passionnément, mais Alidor redoute d’être captif d’un si beau sentiment. Pour rester maître de lui-même, il décide de quitter celle qu’il aime et de la proposer à son meilleur ami Cléandre. Quant à Philis, meilleure amie d’Angélique, elle préfère s’entourer d’amants que de s’attacher et va être au cœur d’autant de mélis mélos que de quiproquos.

Linda Chaïb incarne une Phylis éclatante de sincérité. Avec malice et prestance, elle est une amie des bons comme des mauvais jours. Déjà saluée dans A mon âge je me cache encore pour fumer de Rayana, elle nous ravit de son franc parler et son rire pétillant. Hélène Viviès nous fait puissamment traverser tous les tourments d’amour d’Angélique. A leurs côtés, les comédiens mettent du temps à sortir leurs mains des poches.

Bien modernisé, la Place royale s’érige au Théâtre de l’Aquarium. Seuls les alexandrins et les ritournelles au clavecin rappellent le XVIIe siècle de Corneille. La mise en scène de François Rancillac donne toute la place au corps traversé d’amour. Des tables de maquillage symboles de séduction bordent le plateau. Les comédiens se placent tantôt dans la lumière tantôt sur les côtés dans l’obscurité. Chacun laissant libre cours à la joie comme au chagrin sous le regard ému du public.

Une comédie de Corneille pleine d’énergie et d’insolence qui questionne la liberté de l’homme amoureux. Entre amour absolu, amour par dépit, amourette et amour pur, l’autre est-il carcan ou libérateur?

 

Jusqu'au 1er février 2015

Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie - route du champ de manœuvre - 75012 Paris

Tarifs : 22€ / 15€

durée 2h

 

Les Disparus de Mapleton

disparus

La vie d’une ville du Midwest américain après la disparition d’une partie de ses habitants : tel est le thème des Disparus de Mapleton, le dernier livre de Tom Perrotta.

Partout dans le monde, des gens se sont évanouis dans la nature. Par millions. Cet événement inexpliqué a un nom, le Ravissement. A Mapleton, une petite bourgade tranquille du Midwest américain, un peu plus de quatre-vingts habitants ont disparu. Tous au même moment, alors qu’ils étaient soit dans une salle de sports, soit devant leur ordinateur, ou alors en plein dîner. Et soudain, plus rien, plus personne.

Parmi ceux qui restent, chacun tente de continuer à vivre avec ce manque. Les comportements sont très variés. Un révérend jette l’anathème sur les disparus, tandis qu’une communauté sectaire se crée et porte le nom de Coupables survivants (ou « CS »).

Le lecteur découvre ainsi la famille Garvey, pour qui cet événement a des répercussions. Au fil des pages, le père devient maire de la petite ville un peu malgré lui et la mère intègre les CS, une secte étrange où on n’a pas le droit de parler mais….l’obligation de fumer. Pendant ce temps, la fille, autrefois élève modèle, se livre à tous les excès et le fils va suivre un gourou. Peu à peu, ces disparitions ont un retentissement de plus en plus grand sur l’existence des habitants de Mapleton, qui changent à jamais.

Tom Perrotta n’est pas un novice en matière d’histoires étranges. Il a en effet écrit auparavant six romans, dont deux ont été adaptés au cinéma. Son style percutant, vif, ramassé, aux phrases courtes et aux chapitres denses, fait toujours mouche. L’humour est présent à chaque page, doublé d’un sens de l’excès dans certaines situations qui amène le lecteur à s’interroger.

Mais attention, ce n’est pas un livre de science-fiction…

10/18 - 470 pages

Restriction

Archive continue son bonhomme de chemin. Héros d'une électro lyrique, il propose un album protéiforme beaucoup plus spontané que d'habitude! De chouettes retrouvailles!

On aime bien se plaindre mais il faut aussi le dire quand on est content. Archive est de retour. Pour de vrai. le duo anglais revient à une proposition plus acceptable que les grandes messes qu'ils organisaient sur leurs derniers albums. Ca pourrait même plairte à des fans d'Indochine. C'est dire!

Archive ce sont des titres urbains et vaporeux où le rock s'accouple à des bidouillages électroniques. Mais nous ne sommes plus dans le rock prog qui avait concentré toute l'attention de Darius Keeler et Danny Griffiths, les musiciens en chef. Ils retrouvent sur ce onzième album un peu de sérénité et des envies plus simples.

Les titres sont nettement resserrés et les deux hommes sont allés chercher leurs premiers chanteurs et chanteuses pour se refaire une santé. Ca fonctionne. Le disque mélange mieux les genres et trouve un équilibre. On se sent très bien dans cette musique brumeuse mais envoûtante. Un peu de soul refait surface. Le coté dark et excessif se fait discret.

Il y a même des propositions de pop très sauvage comme Feel it qui ouvre l'album de fort belle manière et l'enragé Ruination. Il y a aussi des chansons saturées de notes, de chants et d'énergie. La véritable marque de fabrique. Quelques passages devraient plaire à Trent Reznor de Nine Inch Nails.

Mais ce n'est pas un album mélancolique. Bien au contraire. C'est terriblement vivant. Archive accepte ses différences et ses nombreuses mutations. Le duo tire le meilleur de ce qu'il a vécu et fait. Restriction est un disque somme, qui résume parfaitement l'histoire de ce groupe hors norme. C'est toujours mieux qu'un best of et on est content de retrouver l'envie des débuts!

Pias - 2015

Les Derniers Argonautes

Si je vous dis: un vieux guerrier barbu irascible, accompagné par un jeune homme fougueux, une jeune femme sexy et d'une bête étrange, vous pensez "Quête de l'oiseau du temps", et bien vous avez tort! Il s'agit des "derniers argonautes" dont le tome 2 vient de paraître aux éditions Glénat.

Vous pensez: "ben puisqu'il dit que c'est du plagiat, pourquoi il nous en parle?" Et bien pour plusieurs raisons mes amis! Tout d'abord en ces temps un peu moroses, une bête vieille quête à l'ancienne, cela ne peut pas faire de mal pour se changer les idées (bonne raison, vous en conviendrez).

Ensuite, parce que même si Nicolas Ryser a déjà commis une bonne dizaine d'albums, on sent que là, il tient LA série qui devrait faire exploser son talent. Et celui-ci n'est pas mince, vous verrez en ouvrant l'album. Je dis bien en l'ouvrant car la couverture du tome 1 est assez ratée: une succession de profils assez mauvais...Mais dès la première planche on est bluffé par les couleurs et la mise en scène.

Enfin, parce qu'on en est qu'au début de la quête et si les scénaristes Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand sont à la hauteur de leurs ambitions, on peut espérer une quête qui ne s'étire pas sur 50 albums, une sobre épopée sur 4 ou 5 albums. A dire vrai, c'est mon unique angoisse, car le nombre de tomes n'est pas précisé, donc il y a peut-être un risque. Risque d'autant plus incaculable que tellement enthousiasmé par le premier tome, je n'ai pas encore lu le deuxième avant de vous écrire ces quelques lignes...

De quoi s'agit-il une fois décrit les quelques protagonistes de façon à attirer votre attention sur la chronique de votre serviteur. Et bien le vieux barbon c'est Jason (c'est marrant, ça rime avec Bragon...). Oui, vous avez bien lu! Celui qui était parti à bord de l'Argos chercher la Toison d'or. Et bien sur ses vieux jours, il rempile! C'est Leitos, prince déchu d'un royaume indéfini qui vient le chercher accompagné par une amazone et un poète. Ces derniers sont mandater par leur roi pour retrouver le dit Jason, récupérer l'Argos afin de se rendre dans l'hyperborrée pour communiquer à nouveau avec les dieux de l'Olympe qui ne parlent plus aux humains depuis quelques temps. D'où l'angoisse des humains qui y voient un mauvais présage.

Le tome un est d'ailleurs judicieusement intitulé "Le silence des dieux". On croise des faunes (la fameuse bestiole qui accompagne le petit groupe), des centaures, et des sorcières. Tout le bestiaire antique est là pour la quête! Donc si les auteurs utilisent les ressorts classiques propres au genre, au regard du tome 1 on peut espérer un récit de qualité, ce qui n'est pas toujours le cas, même en respectant les canons du genre. Bon voyage!

Platonov, Anton Tchekhov, collectif Les Possédés, Théâtre de la Colline

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Osez le drame ! Osez la durée (3h30) ! Osez les passions ! C'est avec intelligence et fougue que Les Possédés et Emmanuelle Devos s'emparent de Platonov, pour un authentique et émouvant moment de théâtre.

10 heures et 40 personnages: c'est le matériau brut qu'était Platonov dans sa première mouture. Tchekhov lui-même l'a élagué mais ne le verra jamais vu représenté de son vivant. Aujourd'hui encore, on considère cette pièce comme quasiment "in-montable".

Comme par le passé, le collectif "Les Possédés" a passé beaucoup de temps à la table; ils ont supprimé plusieurs personnages et des passages entiers de la pièce (dans la traduction de Françoise Morvan et André Markowicz). Cette pièce, c'est un monument, un risque, un foisonnement de registres et de situations, du rire aux larmes, de la comédie au drame. Ce qui fait sa difficulté est aussi ce qui la rend si excitante pour tout comédien et surtout pour un collectif; ici chacun trouve à jubiler en solo et tous ensemble.

  • L'époque / l'histoire

Quand on évoque une époque, on évoque nécessairement un temps où les vivants (où la majorité d'entre eux en tous cas) ne se voient pas comme ils sont. Le présent est toujours inqualifiable pour lui-même. Le miroir du temps n'existe pas ou plutôt n'existe que rétrospectivement. Est-ce-que c'est parce qu'il y dépeint ses contemporains que cette pièce de Tchekhov semble si foutraque ? Ou est-ce parce que c'est sa première pièce (il a 17 ans et est encore lycéen) ?

L'époque: la fin du 19ème siècle, dans un petite ville de campagne, en Russie. L'aristocratie est désargentée, les idées révolutionnaires infusent dans les esprits et émergent dans les débats. Mais la Révolution n'est pas encore là (Tchekhov meurt en 1905). Et dans cet entre-deux, les anciennes classes sociales se désagrègent.

Un été, la "Générale" (la veuve d'un Général) et son beau-fils reçoivent dans leur propriété des connaissances de tous les milieux: des amis bien sûr, mais aussi des usuriers. Il faut entretenir la concorde avec ses créanciers. Il faut faire confiance au vieil ami encore fortuné qui peut acheter la propriété pour éviter la vente aux enchères. Il faut garder sous son charme le bandit, le braconnier inquiétant, pour se protéger de sa violence. En un mot, il faut  être absolument hypocrite. Et faire la fête ensemble, pour s'échapper.

C'est ce dessein qui sous-tend Platonov, au-delà du destin d'un  homme (un noble devenu instituteur, dont on ne comprend pas bien pourquoi il attire les femmes...): le basculement d'une génération du pouvoir à la déchéance. On voit dès le premier acte des fractures dans le décor, par où les "nouveaux riches" s'immiscent dans un milieu qui n'est pas le leur, déplacés, incongrus, mais argentés.

  • La Satire / l'actualité

Des hommes et des femmes qui suivent leur penchant naturel, qui sentent la nécessité de changer mais n'y arrivent tout simplement pas: cette impuissance me fait penser à notre époque, où l'on ne peut plus ignorer la nécessité de changer notre mode de vie (mode de produire et de consommer) globalement et ce, non pas pour le luxe, mais pour notre survie. A notre époque, beaucoup de citoyens opèrent un changement que les politiques n'osent pas assumer ni encourager. C'est la même inertie dans les pièces de Tchekhov: les hommes sont des animaux  susceptibles et orgueilleux. Ils échafaudent des échappatoires, des fuites, mais aucun plan de bataille.

  • La jeunesse / une génération perdue?

Cette œuvre de jeunesse s'est longuement appelée "Ere sans père" ou "Être sans père", selon les traductions. On y voit un père abandonner ses valeurs traditionnelles (la bienséance, le respect d'autrui et particulièrement envers les femmes) et choisir une vie de jouissance; un autre père abandonner femme et enfant pour répondre à l'appel d'un billet doux; le seul enfant fidèle aux idées de son père (le fils du Général) est orphelin... et se voit tromper et abandonner par sa femme! C'est dire si le recours ou la foi dans les valeurs traditionnelles n'est d'aucun secours.

  • La liberté / l'élan vital

Platonov et les 3 femmes qui se le disputent sont tous emportés par leurs passions: on attire, on repousse violemment, on aime, on souffre, on tremble, on provoque l'amour et la mort dans un même élan, dans une même énergie qui ressemble à un vent de liberté. C'est un leurre. Donc cette pièce exprime joyeusement, frénétiquement, un désir de liberté, et donne à voir, finalement, un asservissement aux passions qui appauvrit et désespère les personnages.

Mais la liberté, c'est peut-être ici plus modeste qu'on l'imagine, un simple droit: celui de se tromper ?

  • La troupe

La troupe jubile et tremble. Rodolphe Dana est excessif juste comme il faut, du désir à la folie: "Jaime tout le monde!". Emmanuelle Devos assume un rôle à sa mesure de diva: sensuelle, enflammant les fantasmes des tous les autres personnages, coquine, complice, amoureuse. Tous osent l'extravagance et la fragilité.

 jusqu'au 11 février 2015
Cette création collective dirigée par Rodolphe Dana - Collectif Les Possédés, est à voir et à applaudir au Théâtre de la Colline, Paris 20ème.

Les Nouveaux Sauvages – 2e avis

Ce film à sketches à l’humour féroce, très original, fait un défouloir particulièrement efficace

Un petit détail a fait dérailler le cours de leur vie et ils ont quitté les oripeaux de la civilisation. Ce sont « les nouveaux sauvages », des personnes plus ou moins ordinaires qui, dans certaines situations de stress ou convaincus d’être victimes d’une injustice, perdent le contrôle de leurs pulsions et reviennent à un état sauvage.

Les occasions de décrocher sont variées : six sketches présentent six situations dans lesquelles des individus, hommes ou femmes, cèdent à leurs pulsions les plus bestiales : désir de domination (« El mas fuerte »), de vengeance, (« Pasternak », « Las ratas »), convoitise (« La propuesta »), tromperie, cruauté, luxure (« Hasta que la muerte nos separe »)…

A travers ces situations, délibérément outrées, ce sont aussi les pires travers de la nature humaine qui sont exhibés. Cependant, le réalisateur se garde bien de porter un jugement moral sur ces dérapages. Avec beaucoup de légèreté, il laisse les éléments dégénérer jusqu’au point de rupture et semble s’amuser de voir la sauvagerie impunie l’emporter sur la civilisation. C’est donc une véritable catharsis qu’il nous offre, un défouloir pour nos propres pulsions.

Dans ces six sketches, de vingt minutes chacun environ, rien de trop : savamment construits, comme le seraient des nouvelles, ils comprennent une ouverture, un développement et une chute souvent grinçante, parfaitement maîtrisées. Tous très différents, leurs tonalités vont de la farce (« Pasternak ») au pseudo-tragique (« La Propuesta ») et ils suscitent en nous des émotions diverses,de la jubilation (« Bombita ») à l’écœurement (« El mas fuerte »). Ecœurement devant cette sauvagerie qui devient parfois sanguinaire : âmes sensibles, s’abstenir… Il faut être réceptif à l’humour noir et au second degré, également suggéré par une musique décalée, plutôt euphorisante, pour apprécier la violence de ces petites comédies.

A côté d’une situation extravagante (« Pasternak ») ou d’un scénario un peu éculé (la comédie de mariage qui tourne au carnage dans « Hasta que la muerte nos separe »), les sketches « El mas fuerte » et « Bombita » sont particulièrement bien vus car ils partent de faits banals du quotidien dans lesquels on peut facilement se reconnaître – les machos en voiture ou les tracasseries administratives – et poussent les réactions des protagonistes de manière extrême, jusqu’à l’absurde.

Ces « contes sauvages » (traduction littérale du titre original « Relatos Salvajes »), purement imaginaires, sont finalement une sorte de jeu ou d’expérimentation cinématographique pour le plaisir de la transgression.

Avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Leonard Sbaraglia - Warner Bros - 14 janvier 2015, 2h02

Not A Minute Too Late

Pas une minute à perdre, vous devez découvrir cette artiste !

Effectivement ce titre d’album souligne l’envie carnassière de la chanteuse Yana Bibb d’embrasser le jazz et son souffle voluptueux. En quelques minutes elle vous envoute et vous tomberait sous le charme de cette nouvelle chanteuse qui connait assez bien la maison !

En effet, Yana Bibb est la fille d’Eric Bibb et la petite fille de Leon Bibb. Ce dernier est un chanteur américain des années 60 70, très connu dans le showbiz de l’époque. Son fils Eric est devenu un bluesman reconnu en Europe.

La fille d’Eric veut donc continuer cette tradition musicale mais s’échappe vers le jazz sensible et vénéneux. Franchement il est impossible de résister à son charme. La voix est calme mais sûre. Le papa donne des conseils dans l’écriture.

Les chansons sont douces mais jamais faciles. Il n’y a rien de transcendant dans ce premier album mais on est attiré par le timbre, entre soul, jazz et folk. Yana Bibb a l’art de regarder derrière elle sans être rétrograde ou carrément réactionnaire.

Ses mélodies ne font pas datées. Les reprises ne sont pas des tours de force. Yana Bibb ne perd pas de temps pour se faire plaisir et le partager avec nous. Son disque est nuancé, intelligent, brillant. Bref, le talent est inné chez les Bibb !

Dixiefrog - 2014

Je suis Charlie mais du coup c’est le bordel !

cahrlie

Bien sûr nous aurions préféré, tous, ou presque (n’est-ce pas les empaffés de JesuisKouaffi ou autres êtres de bas étages au cervelet putride visqueux et de travers) que cela n’arrive pas mais oui, relayé par toute les télés du monde, le peuple français est descendu dans la rue pour faire corps et face à la haine après l’acte barbare généré à l’encontre de la rédaction de Charlie Hebdo, à l’encontre d’une jeune policière innocente et à l’encontre des 4 personnes venues simplement faire quelques courses un jour de shabbat.

Depuis la semaine dernière, les éditions spéciales s’enchainent, de télé en télé, de radio en radio, de presse en presse, pas mal de douleurs et assez peu de compresses mais 3 mots de ralliements « Je suis Charlie ».

Oui mais voilà, du « Je suis Charlie », nous sommes passés petit à petit à l’explication des sous-couches que cela comporté. Si nous faisons simple et direct, derrière le « Je suis Charlie » il est désormais unanimement ou presque (n’est-ce pas les connards de Jesuiscoulabaly ou autres tarés de sous sol au cerveau détraqué et fanatique) avéré que nous sommes « Juifs, catho, musulmans, bouddhistes, noirs, beurres, blancs, jaunes, franc-maçon, de gauche, de droite, de biais, du centre, policiers, dessinateurs, photographes, écrivains, gays, hétéros, bi, trans et libres penseurs »…et j’en passe, en résumé de tout bord, de tout poil, nous ne sommes qu’un, uni, par les liens du mariage de tout ce fabuleux mélange !

Sur le papier ou dans les manifs, c’est tentant, c’est fort, mais au quotidien, à appliquer, bah oui, c’est le bordel !

J’en veux pour exemple, ma gueule. Sur l’ensemble des critères précités, j’avoue avoir dans mon être intérieur déjà quelques cordes à mon arc, je fais de la photo, je suis hétéro, j’avoue plancher en loge, j’écris (preuve en est vous me lisez) et religieusement parlant ma tendance agnostique n’est même plus une tendance mais un fait et ce depuis mon premier jour sur cette putain de planète.

Pas bégueule, comme je suis désormais Charlie, sans Lulu et encore moins Oleg, je dois donc désormais mixer toutes mes religions et tendances politiques dans ma nouvelle vie.

Mais alors question simple, je mange quoi moi comme je suis Charlie !?

D’un point de vue alimentaire, y’a pas à dire, ça restreint quand même méchamment le champ des possibles ! Depuis mon plus jeune âge, je n’ai jamais craché sur une assiette du dimanche soir de coquillettes au jambon…bah de fait, là c’est cramé, jambon=cochonnaille, j’suis charlie donc musulman, donc pas de cochonnaille, donc pas de coquillettes au jambon et si je peux garder mes coquillettes dans l’assiette encore faut-il que je m’assure qu’elles aient bien été égorgées selon le rite de Dhabiha (c’est un rite, pas une chanson du groupe Alliage dans les années 90..Dhabiha te quiero amor, souvenir me ramène ENCORRREEEEE laalalalalalaalala). Et j’le sais où moi d’où elles viennent mes coquillettes et comment elles ont été élevées bordel !

Il ne faut pas non plus que j’oublie de manger Kasher , dixit la Thora (NOONNNNN !!! La Thora n’est une des sœurs Jackson !!! vous le faites exprès là !) Là j’peux manger de la viande mais elle doit émaner d’animaux purs !!! Oula, ça veut dire quoi ? Z’ont jamais mis de coup de kekette à autrui, c’était douche obligatoire tous les matins ? Du coup, j me suis renseigné sur les fruits et légumes…j’pensais être peinard ! Bah tiens, quetchi ! Faut que mes légumes soient rincés à l’eau pure, pas de fruit qui a moins de 3 ans (c’est marqué dessus ?!???) et qui ne contient pas de larves…bon, ça, j’suis pas con, j’en aurai pas bouffé.

Le vendredi soir, car je suis catho du coup aussi, j’aurai bien fait un filet de merlu, sans crème ni sauce, c’est carême (Mais non pas Cherill !!! Vous êtes lourds avec vos références de chanteuses ringardes) ! Mais en plein ramadan et si mon merlu est pas pur de par le fait qu’il se soit tapé toutes les merlus femelles de son collège quand il était jeune, bah j’suis marron, donc Pizza ! Bah non, elle est pas Kasher puis y’a du jambon ! Oh mais merde !!!

Bon, hormis la bouffe, j’vous explique pas l’emploi du temps que je me tape et le blé que ça me coûte ! Entre mes heures à la mosquée, mes dimanche matin à l’église, mon séjour à la Mecque, mon crochet par Jérusalem, mes détours à la Synagogue, mon budget kipa, mon budget chapelet, mon abonnement à « Coran Magazine Junior », inviter la famille pour mon baptême, mes potes à ma bar mitzvah, mes nuits sans sommeil avec Laylat al-Qadr, sans oublier que du coup comme je suis PS-UMP-UDI-MODEM-FRONT de GAUCHE-EEVL, j’ai toutes les cartes des partis et à l’approche des élections départementales je me dois de soutenir tous les meetings de tous bords confondus, bah oui, vous l’aurez compris, j’ai pas un soir de libre non de dla (oui je ne dis plus nom de dieu du coup, j’ai trop peur de me prendre un pruneau par un fanatique d’une de mes 8 religions ou partis) !!!

Bref, j’suis content d’être Charlie, j’vais continuer de l’être, mais on aurait pu y réfléchir avant car pas mal de charlie de dimanche dernier pourraient, à terme, revenir en arrière vu ce que ça implique !

En vous remerciant mes frères et sœurs Charlie !

Amen, Shalom, Salam aleykoum et puis tout ça,

La Réserve

Ce roman de Russell Banks est une histoire d’amour et de mort, où le mensonge et la folie ont une part importante. Banks en profite pour nous rappeler que les sociétés sont structurées sur l’inégalité. Est-ce démodé ?

La scène inaugurale de La réserve se situe dans un lieu sauvage et préservé des Adirondacks où quelques personnes riches et célèbres ont consitué une "réserve" dans laquelle les gens du coin sont à leur service domestique.

Dans ce lieu paradisiaque, ils se retrouvent le jour de la fête nationale. Les Cole donnnent une réception. Leur fille Vanessa s’est éclipsée dans le jardin et c’est là qu’elle voit l’avion personnel de Jordan Groves se poser.

Jordan Groves est un peintre, renommé autant pour ses toiles que pour ses récits de voyage et pour ses sympathies avec l’idéologie Marxiste. La rencontre entre cet homme-là et Vanessa Cole, fille de bonne famille dévoyée et bordeline, va avoir des retombées qui vont irriguer le dernier roman de Russell Banks.

L’histoire d’amour qui va se jouer entre eux, va mettre plus de trois cent pages à aboutir et elle n’est pas l’enjeu premier de l’écrivain. Ou plutôt ce roman décrit magnifiquement comment une histoire amoureuse, même inaboutie, entraine dans son sillage les proches dans un procesus de destruction.

Banks arrive à un âge respectable, pose son écriture, lui donne une patine classique. Il inclut l’être humain dans la nature et prend autant de temps à décrire la luxuriance des arbres ou des lacs qu’un mouvement de l’âme, une analyse psychologique poussée.

A vrai dire, ce n’est peut-être pas ce que Banks narre qui est fascinant (quoique…), mais la narration elle-même. Il nous emporte sur un fleuve tantôt majestueux, tantôt tumultueux.

Et puis l’on retrouve dans ce roman, de manière assez forte, la famille vécue comme un carcan et comme un nid de mensonges.

Dans de courts passages qui alternent avec le récit principal, l’auteur nous montre Jordan ou Vanessa après que leur histoire ait eu lieu. Il nous fait sentir combien les parcours individuels cotoient l’Histoire et combien parfois, ils peuvent s’y perdre.

En lisant La réserve, on comprend qu’un bon - un grand - écrivain, c’est avant tout une main tendue qui attrape la vôtre et ne la lache plus, et qui fait passer son point de vue autant en contrebande qu’avec des mots et des phrases.

 

Trauma

La petite Béatrice Martin aime bien les gros poilus du rock qui ont tout fait et tout vu. Elle rend pourtant un hommage un peu mou !

On n’en doutait pas une minute : Cœur de Pirate a bon goût. Avec sa tronche de midinette un peu trash (ho les gros tatouages), la Canadienne a rencontré le succès avec des chansons simples mais singulières, un peu loin du lissage commercial.

Francophone, elle a malgré tout une solide culture américaine ce qui a peut être provoqué cette différence plutôt agréable. Pour son album de feignasse, euh de reprises (pardon, ce n’est pas vrai ses titres ont servi pour la BO d’une série canadienne), elle convoque donc des noms prestigieux comme les Stones, Lee Hazlewood ou Bill Withers. Pas mal.

Femme de son époque, elle est aussi branchée sur les stars ombrageuses qui hantent le rock. La blondinette se veut farouche. Elle reprend Amy Winehouse et Pete Doherty, deux joyeux drilles de la descente aux enfers.

Mais tout cela reste étrangement sage. Ca devrait dépoter. L’âme damnée du rock’n’roll aurait dû s’installer dans cet album à la pochette mortuaire. Elle aime les monstres sacrés, un peu toxiques, qui abordaient le rock d’une manière radicale. Sa nostalgie, qui fait son charme, ramollit un peu les reprises, finalement trop apaisées par sa voix si douce. Elle choisit le dépouillement pour célébrer ses idoles mais cela finit par un peu ennuyer. Une certaine saveur un peu crade finit par manquer. Reste le charme de l’interprète…

Barclay - 2014

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