Whiplash

Du jazz et de la passion, rien de plus pour réaliser un beau film! Quand le jazz est là, c'est la véritable java!

Tout est question de rythme! Andrew s'acharne sur sa batterie. Il est hanté par les grands noms du jazz. Andrew a dix neuf ans mais tout tourne autour de son instrument massif et bruyant. Dans une prestigieuse école de musique, il sue pour être le meilleur. Peut être attirer l'attention du tyrannique Fletcher. Un professeur qui pourrait faire passer l'instructeur de Full Metal Jacket pour un lapin de Pâques!

Un leader fascinant mais d'une cruauté inouïe. Avec son big band, il se comporte de la pire manière: il veut obtenir le meilleur de ses musiciens. Il semble s'acharner sur le tout jeune batteur, pour trouver le rythme de quelques classiques du jazz.

L'instruction va tourner au duel. Le jeune homme va tout sacrifier pour être au niveau. Fletcher lui gâchera dès qu'il peut son plaisir. Andrew voudrait être un géant. Fletcher l'oblige à être un simple musicien. Irréprochable. Andrew se perd dans cette quête de perfection, du rythme idéal, avant de se retourner contre son mentor...

Le duel est superbement filmé. Le jeune réalisateur, Damien Chazelle, scrute les deux hommes et leur affrontement autour de notes, de tempos et de mesures parfois futiles. C'est un combat dérisoire pour une issue qui pourrait être héroïque ou pathétique.

Il filme cela comme une mécanique violente et sans compromis. Andrew se coupe de tout (de son père, sa petite amie, de toute amitié) pour se rêver parmi les plus grands. Les plans sont secs, rapides, parfaitement cadrés. La caméra à l'épaule et un montage nerveux nous font comprendre l'angoisse des musiciens face au spectaculaire Fletcher, offrant enfin un grand rôle à JK Simmons, habitué aux seconds rôles.

Le rythme s'emballe au fil des cours, le frisson monte et on frise l'hystérie dès que les deux jazzmen se mesurent l'un à l'autre. C'est too much à certains moments mais on reste passionné par ce souci halluciné de l'excellence, la peur d'être médiocre, l'entêtement d'Andrew ou la violence de son professeur. Autour d'une simple batterie, filmé sous tous les angles, Damien Chazelle montre tout ce qu'il peut se cacher derrière une création. Les difficultés. Les douleurs. Pourquoi pas la folie!?

Hommage à la musique, puissante mise en scène, élégant récit d'apprentissage, Whiplash impressionne. Tout est question de rythme. Au cinéma comme en musique!

Avec Miles Teller, JK Simmons, Paul Reiser et Mekissa Benoist - Ad Vitam - 24 décembre 2014 - 1h45

Grace

Un seul disque. Dix chansons. La trace que Jeff Buckley a imprimé sur la route du rock semble bien légère. Mais son intensité persistante et troublante bouleversera longtemps pourtant ceux qui auront su s’y attarder.

Jeff Buckley était plus qu’un rocker, plus qu’un compositeur, plus qu’un poète, plus qu’un chanteur : c’était un petit ange tendre et solitaire, habité par la musique qu’il faisait jaillir autour de lui en grandes salves émotionnelles .

Scotty Moorhead n’a rencontré son père qu’une fois, en 1975 ; il avait 9 ans. Moorhead c’est le nom de son beau père, Ron, sympathique mécanicien spécialisé dans les Volkswagen. Sa mère chérie s’appelle Mary Guibert ; elle est violoncelliste, elle l’endort le soir en lui chantant des chansons des Beatles.

Le cerveau de Scotty ne retient que la musique, ne fonctionne que pour la musique, traduit tout en musique : dès six ans il se met au piano et à la guitare. Inadapté au reste, il décide de marquer son indépendance et récupère son vrai nom : Jeffrey Buckley, fils de Tim Buckley, poète, chanteur folk-rock mythique et extrême qui finira overdosé à l’âge de 28 ans.

Fini Scotty : Jeff trace la route, perfectionne sa guitare à Los Angeles, cachetonne par-ci par-là pour gagner sa vie. Puis il s’installe à New-York et se produit seul dans les bars (en particulier un café irlandais, le Sin-é), en reprenant Bob Dylan, Van Morrison, mais aussi Edith Piaf qu’il adore...La maison de disques Columbia finit par repérer ce jeune rocker atypique, à la voix extraordinaire qui s’accompagne à la Telecaster.

Il entrera en studio fin 1993 pour créer cette perle magique, l’album « Grace », qui sortira lors de l’été 1994, avec sa pochette émaillée de pendules et de réveils bloqués sur 8h20 (ou 20h20).

Un véritable choc en France (l’album y sera récompensé par le très sérieux Grand Prix International de l’Académie Charles Cros) puis ailleurs. Dix morceaux d’une intensité, d’une fragilité et d’une force émotionnelle bouleversantes : les coeurs et les âmes sont chamboulés. Jeff Buckley a extrait de lui même quelque chose d’extraordinairement beau, simple, riche et universel .

Un album miraculeux, mystique et profondément humain. Peu de production : des guitares brutes, vivantes et une voix splendide, d’une variété étonnante mais toujours chargée de sincérité, d’authenticité et d’une pureté presque irrationnelle.

Ecoutez Grace, le morceau-titre au tempo de valse : c’est un joyau de composition et d’interprétation. Ecoutez cette reprise du païen Hallelujah de Léonard Cohen ou cette céleste version du Corpus Christi Carol de Benjamin Britten (compositeur classique anglais). Et la hargne soudaine de Eternal Life. Et cet époustouflant Dream brother qui ferme la marche.

Un enfant du rock digne de ce nom ne pouvait qu’en tomber par terre, rester bouche et oreilles bées et les yeux embués de larmes.

Et puis Jeff Buckley s’est enfermé malgré lui dans un piège pernicieux : celui du succès, celui d’un système à l’affût de nouvelles stars. Sa maison de disques l’embarque dans une inhumaine tournée de concerts qui durera deux ans et au cours de laquelle il s’épuise. Beau gosse et artiste à potentiel, il est surexploité, alors que sa seule ambition reste de gagner juste assez pour vivoter de sa musique .

Fin 1996, il se remet à la composition et prépare un album en compagnie de Tom Verlaine. Et il reprend les petits concerts dans les petits cafés à New York , puis à Memphis où il s’installe en mars 1997 pour peaufiner ses nouvelles chansons .

Jeudi 29 mai 1997 : la journée a été chaude. Jeff est descendu en soirée (20h20 ?) sur les rives du Mississipi, avec sa guitare. Il s’est jeté dans l’eau tout habillé et il a chanté comme un fou en faisant la planche. La pluie a commencé à tomber, à verse.
Et il riait et il chantait sous les trombes.
- « Well it’s my time comin’ I’m not afraid / Afraid to die...And the rain is falling and I believe my time has come/..And I feel them drown my name/.../I’m not afraid to go but it goes so slow ».

Tu avais l’air heureux, tout à coup, Petit Prince. Comme délivré d’un poids, tu nageais, tu chantais, tu riais. Où allais-tu comme ça ?

Le croisement de deux bateaux a provoqué des vagues et du courant.
On retrouvera le corps cinq jours plus tard.

Columbia - 1994

Fragments, Peter Brook, Samuel Beckett, Bouffes du Nord

fragments

Deux grands noms (Beckett/ Brook) pour un beau spectacle qui interroge notre fragile humanité.

"FRAGMENTS" me fait penser à l'archéologie; "fragments" comme une pièce détachée, un morceau arraché, une simple trace d'une histoire, à partir duquel l'archéologue tente de reconstituer un contexte et le cours de l'Histoire.

Ici on ne tente pas de créer un récit, mais on assume présenter une suite de sketches. Oui de sketches, car Peter Brook et Marie-Hélène Estienne donnent à redécouvrir l'humour de Samuel Beckett. En solo, duo ou trio, les trois interprètes et vieux complices (Jos Houben, Kathryn Hunter et Marcello Magni) donnent vie aux personnages se débattant dans l'absurdité de l'existence.

Eh oui, comme chez Tchekhov, la comédie est douce-amère: vous avez déjà eu cette impression que votre regard ne porte pas assez loin? Dans le grand dessein de l'univers, comment savoir quels sont la place et le rôle de l'Homme, espèce parmi les autres espèces? D'ailleurs, l'Homme a-t-il un rôle ou créé-t-il sa propre Histoire? Quand on croit atteindre un but et que tout vole en éclats, quand on entend des armes lourdes répondre aux sarcasmes, peut-on encore soutenir que la vie a un sens? Bref, à la chute des dogmes succède le doute permanent et ne survit qu'une certitude: la vie est absurde mais il faut vivre!

"Fragment de théâtre I": un estropié sort de son trou, attiré par le violon grinçant d'un aveugle: qui va guider l'autre? Vont-ils coopérer ou s'entretuer, eux qui n'avaient pas entendu une voix humaine depuis longtemps? Ce fragment fait penser au théâtre d'Edward Bond, qui interroge aussi notre humanité dans sa nudité.
"Rockaby / Berceuse": une vieille femme soliloque, pour reculer le moment où elle s'abandonnera dans son rocking-chair / tombeau.
Malgré de tels sujets, et parce qu'ils sont évoqués avec grâce, on rit aussi beaucoup, surtout dans les deux derniers sketches.
"Acte sans Paroles II": une journée ordinaire dans la vie de 2 hommes, résumée par les rituels du lever et du coucher. Le premier commence et finit sa journée en priant (de plus en plus frénétiquement et désespérément), espérant et râlant. Le second accueille le jour avec joie, le célèbre physiquement et l'achève dans une reconnaissance émue. Cette scénette révèle un Beckett New Age, disant en substance: tout est dans le regard, votre esprit crée votre réalité...

Peter Brook et Marie-Hélène Estienne recréent ce spectacle de 2008 avec leurs compagnons si talentueux, au jeu physique précis et décomplexé, si caractéristique des héritiers de Jacques Lecoq (c'est le cas de Jos Houben et Marcello Magni, formés à l'école Lecoq; Kathryn Hunter, elle, a étudié entre autres, les techniques de Grotowski).

Un auteur toujours intéressant à redécouvrir et un formidable jeu d'acteurs à applaudir au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu'au 24 janvier, du mardi au samedi à 20h30 (également les samedis 17 et 24 janvier à 15h30).
 
Sous le charme et complètement accros, vous pourrez retrouver Jos Houben et Marcello Magni dans leur création, "MARCEL", également au Théâtre des Bouffes du Nord, du 29 janvier au 14 février, à 19h.

Storytone

Il va désormais trop vite pour nous. En vieillissant, face au temps qui passe, le Canadien Neil Young ne veut plus perdre la moindre minute et propose encore un disque en forme de gourmandise.

Car Neil Young tente de nouveau une nouvelle expérience. Il y a peu il sortait un disque enregistré dans les conditions primaires et primitives des premiers 45 tours. Cette fois ci, il part dans le sens inverse: il fait dans l'emphase avec un orchestre de 90 musiciens.

Neil Young était connu pour sa bipolarité éclectique: il aime les ambiances campagnardes avec sa guitare sèche comme il aime converser avec la fée électrique par le biais de sa guitare survoltée. Pape de la folk et du grunge en même temps: c'est pour cela qu'on l'aime notre papy Neil!

Ici, il fait donc une pause un peu luxueuse. Sa voix se coince parfaitement entre les accords mélodiques et les effets orchestrales. Toujours aussi, généreux, il donne aussi une version acoustique. Depuis 2012, il a sorti cinq disques et tous sont très différents.

Ce n'est pas toujours de bon goût. On le sent maladroit lorsqu'il fait le crooner avec un big band. Le militant est un peu mielleux dans ses textes mais son aventure orchestrale n'est pas à négliger. Le lyrisme y est plus classique dans la forme mais c'est aussi une marque de fabrique de Neil Young: son incandescente douceur.

On se sent donc bien avec lui (excellent final All those Dreams). Il y a toujours son harmonica pour nous consoler de quelques facilités. Il y a toujours cette voix si atypique et libérée qui nous élargit les idées. Ce 35e album représente une pause inattendue chez Neil Young qui s'imagine en producteur hollywoodien. C'est distrayant et surtout on se demande ce qu'il va nous inventer dans quelques mois. Difficile à suivre, mais c'est passionnant!

Warner - 2014

A Most Violent Year

Un bon film noir américain pour les amateurs, qui privilégie l’esthétique et la psychologie à un véritable suspense

1981, année particulièrement violente à New York, un immigré mexicain qui s’est enrichi dans le commerce très convoité du pétrole, s’efforce de conserver sa place face à des concurrents corrompus.

Abel Morales, l’homme qui s’est promis de réussir sans renoncer à sa moralité – un pari presque impossible à tenir dans un business sans foi ni loi, dans une ville débordée par la criminalité – poursuit avec pugnacité pendant deux heures le fameux rêve américain. Si près d’y parvenir, il refuse de tout perdre : l’empire qu’il a commencé à bâtir, mais aussi la belle maison moderne où il vient d’emménager avec sa famille, où sa très jolie femme invite tout le voisinage pour l’anniversaire de sa fille.

En dehors de quelques moments où il savoure sa réussite, l’ambiance est d’emblée sombre et tendue ; on ressent la tension nerveuse d’Abel qui, tel un athlète au moral d’acier, lutte jour et nuit pour garder à flot son activité – la livraison de pétrole par camion, menacée par de mystérieux agresseurs – sans céder à la tentation de la violence.

J.C. Chandor, jeune cinéaste déjà remarqué pour le thriller financier Margin call en 2011, signe là un film de genre – il se réfère au film noir américain des années 1980-1990 – magistralement mis en scène et interprété. C’est donc un plaisir pour les cinéphiles qui en reconnaîtront les codes : les tractations avec la clique des patrons du pétrole, tous plus ou moins véreux, la femme du businessman, Jessica Chastain, fille d’un truand notoire, un brin vulgaire avec ses fringues de luxe et ses ongles peints, la ville grise, ses terrains vagues et ses bâtiments d’usines désaffectés, les courses-poursuites en voiture ou dans le métro crasseux…

Il ne s’agit pas cependant d’une simple imitation : dans ce film, pas de véritable méchant ou de parrain à affronter, pas de meurtre ou de bagarre spectaculaire, mais une violence urbaine banale dont les auteurs ne sont pas vraiment identifiés. Le réalisateur semble s’amuser à déjouer nos attentes après nous avoir menés sur des pistes qui semblaient connues.

Il faut donc chercher l’intérêt du film ailleurs que dans le suspense et les méandres d’un scénario machiavélique : dans la psychologie des personnages – les époux Morales, dont les caractères se révèlent peu à peu face à l’adversité, les motivations troubles du procureur qui leur intente un procès, la relation presque paternelle entre Abel et son jeune chauffeur mexicain, qui admire et envie son ascension – dans la beauté épurée des plans de New York enneigée, baignée dans une lumière froide ou offerte de nuit à la contemplation d’Abel qui y place toutes ses ambitions, dans la beauté aussi des scènes d’intérieur, souvent plongées dans l’obscurité.

Seuls bémols dans ce sans-faute : quelques longueurs, peut-être, et un Abel Morales un peu agaçant à force de belles formules moralisatrices.A moins que, par cette insistance délibérée, Chandor ne se moque des louables intentions de son personnage

Avec Oscar Isaac, Jessica Chastain, Albert Brooks et David Oyelowo - Studio Canal - 31 décembre 2014 - 2h05

Discours à la nation – Ascanio Celestini – Théâtre du Rond-Point

discours 2

L’art du rire de résistance

Quelques caisses de bois en fond de scène, une guitare, un globe terrestre lumineux, un comédien, un musicien et une pièce composée de textes très habilement écrits. Discours à la Nation d’Ascanio Celestini est un texte pamphlétaire sur notre société moderne et les régimes sociaux-démocrates. Les mots ne pourraient être que pamphlétaires, ils sont de surcroît littéraires. Avec une plume intelligente, ironique, l’auteur italien nous entraîne dans des paraboles saisissantes pour dénoncer les travers de chacun.

La technique, digne d’un Ron Mueck ou d’un Jeff Koons, est d’une redoutable efficacité et amuse. En procédant à un changement d’échelle –l’auteur choisit d’incarner et de grossir à l’extrême la mauvaise conscience- l’ensemble des faits décrits par le conteur produit sur le spectateur un effet de miroir déconcertant. Les horreurs extrêmes, grotesques et cyniques prononcées par le conteur renvoient directement à nos petites lâchetés quotidiennes, nos pensées inavouées. Pire, elles renvoient à de nombreuses réalités médiatiques actuelles.

L’homme au parapluie et Camarades sont des philo-fables qui devraient être enseignées dans toutes les écoles de France pour montrer ce que ne devrait pas être l’économie. Dans la droite ligne de Dario Fo et de ses textes critiques sur l’absurdité de nos sociétés occidentales, Ascanio Celestini fustige l’inaction et l’endormissement consenti de nos sociétés démocratiques individualistes en perte d’idéaux et de combats utopiques collectifs. « Le monde ne change pas, c’est juste ta place dans le monde qui change ». La solidarité économique sonne faux, la lutte des classes n’a plus de nom.

Le texte agit comme un habile électrochoc comique qui égratigne. Un brin anarchiste, un brin caricatural et transgressif. L’objectif théâtral d’éveil des consciences est atteint. Un très jolie liberté d'expression à découvrir. « Et si un jour les Martiens atterrissent, espérons qu’ils seront plus sérieux et plus fâchés que vous. Espérons qu’eux, ils la feront, votre utopique et magnifique révolution. Celle dont vous ne réussissez même plus à rêver. »

 

http://www.theatredurondpoint.fr/

6 janvier – 1er février 2015, 21h
dimanche, 15h30, relâche les lundis
plein tarif salle Roland Topor 28 euros
tarifs réduits : groupe (8 personnes minimum) 21 euros / plus de 60 ans 26 euros
demandeurs d’emploi 18 euros  / moins de 30 ans 15 euros  / carte imagine R 11 euros
réservations 01 44 95 98 21

Confusa

Confusa, le disque du lendemain de fête. Quelques euros pour voyager loin et en toute tranquillité.

Voilà le genre de disque qui vous remet doucement en forme après les repas trop gras de fin d'année, les bonnes résolutions qui vous ne respecteraient jamais et les excès qui font la magie de Noël. En quelques notes, avec un dépouillement total, le groupe Klonk vous offre une digestion légère, facile et délicate.

Vos soucis s'en iront aussi tellement les musiciens font attention à l'harmonie. Ce sont des artistes allemands qui ont gagné un concours et le droit d'enregistrer leur disque dans un prestigieux studio de Cologne: ils ont faim de bien faire et se lancent vite dans des accords qui les passionnent.

On entend parfois des guitares dissonantes mais la force du collectif fascine et repose. Bien entendu il y a quelques expérimentations qui devraient troubler la plénitude mais le guitariste Andreas Volk et ses trois amis n'oublient pas qu'ils sont écoutés et qu'il s'agit de leur premier et peut être unique effort.

Il y a donc de la vitalité sur chacun des morceaux. Les petits jeunes veulent en découdre et prouver leur fraîcheur tout autant que leur virtuosité. C'est un album plein de surprises, qui jouent habilement entre le classicisme et les expériences. Il y a de la jeunesse et du sérieux. Il y a du respect et de l'ambition.

Ils ont bien raison de tout confondre. Leur disque permet une belle élévation, une étonnante contemplation du jazz, la vie, l'amour et les emmerdes. Un disque qui vous emmène loin!

Meta records - 2014

Punk Rock & Mobil Homes

Après Mon ami Dahmer, Derf Backderf confirme qu'il est un très grand dessinateur indépendant, américain, soucieux de défendre la contre culture et la douce anarchie. En période d'intolérance et de violence, cela rassure!

Otto Pizcok, alias Le Baron, est un marginal. C'est un grand costaud qui n'a pas vraiment sa place dans le lycée. Les sportifs l'humilient et il est incapable de se comporter normalement. Mais c'est justement sa singularité qui va faire de lui un héros hors catégorie, entre révolte et fin d'adolescence.

Avec l'aide de deux amis, Otto va découvrir le rock et le punk. Nous sommes au début des années 80 et Otto ne sait pas qu'un trésor se cache dans sa vie un peu pourri, entre son mobil home, sa voiture fantasque et son évidente solitude et la médiocrité qui lui pend au nez: The Bank.

Un temple de la musique. Le jeune homme croise d'abord Klaus Nomi puis les Ramones et beaucoup d'autres figures du sacré et putain de rock'n'roll. Parce qu'il est bizarre, Otto devient une figure de The Bank. La musique va changer sa vie.

Comme dans sa précédente bande dessinée, l'anguleux Derf Backderf observe le petit peuple, l'adolescence cruelle et fragile, l'angoisse existentielle qui peut terrasser des existences. Entre Larry Clark et Robert Crumb, Derf Backderf est un fin scrutateur de l'Amérique pauvre, blanche et un peu réac. Le dessin en noir et blanc est drôle, inhabituel et iconique. Otto impressionne par son charisme naissant et sa loufoquerie plus ou moins candide.

La bédé célèbre la passion face à la petitesse, spécialité américaine selon l'auteur. Il dépeint avec un humour ravageur la sauvagerie et la révolte du rock'n'roll à l'aube des années Reagan. Il retrouve parfaitement l'esprit punk et nous fait sentir les émotions, les vibrations et même les notes agressives de musique.

Son récit s'articule sur des anecdotes et des faits d'armes souvent hilarants. C'est aussi touchant, une célébration pétaradante de la différence et une vision rugueuse de la vie adolescente. En deux bédés, Derf Backderf pourrait devenir un grand nom de la bande dessinée.

Ca&La - 154 pages

Le clochard stellaire, Manufacture des Abbesses

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Comme il se fait rare d’écouter de la poésie en plein Paris. Pablo Neruda, René Char, Aragon ou Alain Leprest se trouvent ici réunis par la gouaille d’un clochard solitaire. Allez voir !

C’est l’histoire d’un poète passé sur l’autre rive de la vie. C’est l’histoire d’un homme qui se pensait maudit de Dieu et qui se découvre son préféré. C’est le dialogue d’un solitaire bouleversé dans l’au-delà par un message d’espoir.

Cet être rustre et si délicat à la fois nous parle de nos lumières et de nos ombres, de nos courages comme de nos peurs. Il interroge le libre arbitre, la confiance en Dieu, la complexité de notre être. Sa grandeur autant que sa misère.

Clochard stellaire entrelace les poèmes de Pablo Neruda ou de Louis Aragon avec ceux de Georges de Cagliari, l’auteur de la pièce. Chaque poème parle différemment au spectateur, il le rejoint dans son humanité.

Loin d’être une simple lecture, la pièce est interprétée avec sincérité par Pierre Margot. Même s’il nous perd un peu parfois dans des envolées ésotériques ou métaphysiques et une voix de Dieu digne de Dark Vador, son charisme et sa diction capte notre attention. Et toutes nos émotions.

Par ce voyage en mots, l’auteur nous invite à accueillir le poète qui sommeille en nous. A tisser des liens d’amitié avec cet « ennemi du monde ordinaire, qui devient le gardien de notre seul vrai bien : la beauté. »

Jusqu'au 28 février 2015

La Manufacture des Abbesses

http://leclochardstellaire.fr/

7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03

D’un 07 janvier 2015

charlie esteban

07 janvier 2015, 16:29.

De mon bureau j'aperçois une grande roue, des enfants à vélo, un coin de soleil orangé bleuté, un paysage calme d'un jour de janvier, un peu froid, je pense à mes enfants, me demande ce qu'ils font...pensées furtives...

Je n'ai pas déjeuné ce midi, trop "pris" par des trucs du quotidien, par des emmerdes de mec dans son truc, sa chemise clean, les chaussures cirées, observateur juste là quelques instants d’un moment de vie d’un jour quelconque, d’un jour comme tant d’autres auquel on ne prêtera plus attention dans quelques années, voire dans quelques jours.

16 :31, j’ai envie d'une clope, je n’ai pas relevé la tête, je n'avais pas vu, pas lu, pas entendu, et pourtant.

16 :32 Je prends mon téléphone je vois des "Je suis Charlie", m'interroge, ne comprends pas, regarde alors le feed de mes pages Instagram et Facebook, mets l’appli d’I-TV pour comprendre…et je comprends…que ce jour ne sera pas banal…

16 :33 Je glisse un peu, coule, une vague de nausée, de peur, de gris, je me demande si ce n'est qu'un début, m'inquiète lourdement, me glace, repense alors à mes enfants, à mes neveux, aux enfants de France, aux familles, de Charb de Cabu, d’Ahmed, simple flic, mort, pour la France ? Pour la liberté de pensées, la liberté d’expression, notre liberté, votre liberté.

17:02, il fait vraiment très froid. Je n’ai plus l’envie de bosser, plus l’envie de grand-chose, sauf de me battre, de gueuler peut-être, de diffuser humblement une photo, un texte, un cri, des larmes là où je peux.

17 :27, je rejoins une grande place blanche où sont jonchées des carcasses de cabanes de Noël en démontage, je rejoins une petite foule qui deviendra de plus en plus en plus grande au fil des heures.

Tard, après avoir passé la soirée devant les témoignages et les images en boucle sur toutes les chaînes infos, je tente de m’endormir, me dit que la connerie humaine, l'arrogance infâme des êtres petits recroquevillés sur leur fanatisme, leur fausse croyance, leur jeu de vies infâmes et le cerveau nourri de préceptes avides de sang et d'intolérance se résument en 1 phrase "On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo"...pauvres connards, pauvres idéaux d'un autre temps...comment ont-ils pu ?

Ce soir, aujourd’hui, demain et après-demain, la France s’appellera désormais Charlie.

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