Souvenirs de Marnie

De l'émotion et des sentiments... Les studios Ghibli redeviennent fréquentables.

Car les ardents défenseurs de Hayao Miyazaki sont devenus aveugles: les dernières productions étaient profondément soporifiques à force de soigner les ambiances et les personnages. Les récits n'avaient plus grand chose de dramaturgique. La beauté était là pour cacher des faiblesses de plus en plus inexcusables. Surtout quand on connaît le niveau du studio et de ses chefs d'oeuvre comme Porco Rosso ou Princesse Mononoke, l'univers de Miyazaki ne faisait plus rêver.

Souvenirs de Marnie arriverait ainsi à la fin du studio. Crise de foi ou de confiance? Les créateurs se demandent si ca vaut le coup de continuer. Souvenirs de Marnie porte peut être les dernières volontés du studio Ghibli et ses artistes qui ont littéralement renversé notre conception du film d'animation.

En apparence le film serait plutôt tourner vers les petites filles et leurs angoisses existentielles. Dans la production actuelle, le film surprend: il parle d'une amitié étrange entre deux jeunes filles qui supportent mal leur solitude. Avec un peu de sarcasme, on pourrait se demander s'il ne s'agit pas d'une version sage, animée et niaise de La Vie d'Adèle.

Plus d'une fois, l'ambiguïté s'invite dans la rencontre entre une petite fille asthmatique venue de la grande ville sur une petite cité balnéaire et une petite blonde délaissée par ses proches. Entre les deux, la liaison est bien curieuse. Heureusement la fin remet tout en place et nous sommes bien dans le romantisme très apaisé du studio Ghibli.

En effet le réalisateur Hiromasa Yonebayashi fait taire toute forme de cynisme. Il profite de la marque de fabrique du studio: une célébration de la nature constante, une musique lyrique, une féminisation de l'émotion et une discrète pointe de fantastique... Le film est un concentré de Ghibli. Le film refuse les grands effets, les raccourcis larmoyants et les facilités narratives.

Moins éthéré que les précédents films, plus contemporain, à la poésie mélancolique et au plaisir évident dans chaque plan, Souvenirs de Marnie est un vrai délice. Un retour aux sources inspiré d'un livre britannique mais dépaysant en diable car conté avec le savoir faire si agréable du studio. Le studio va peut être fermé mais ce film ressemblerait presque à une résurrection.

Walt Disney - 14 janvier 2015 - 1h43

Le Revizor, Gogol, Lucernaire

revizor

Une adaptation fine et réussie de la délicieuse satire de Gogol

Quand Anton Antonovitch, gouverneur corrompu d’une province de la Russie centrale, apprend d’un de ses amis résidant à Saint-Pétersbourg, qu’un haut fonctionnaire du Gouvernement a été envoyé inspecter sa province « incognito » et « avec des instructions secrètes », son sang se glace, l’émoi est total. Que faire des trop nombreux malades se mourant dans les lits miteux de ses hôpitaux crasseux? de l’état lamentable de la voirie ? de la saleté de la ville ? des chantiers payés par le Gouvernement qui n’ont jamais vus le jour ? de l’haleine putride du juge alcoolique et de la cravache qui trône dans la grande salle du tribunal? Car, comme le décor l’incarne simplement (trop?) mais efficacement, tout va à vau-l’eau dans cette province. Que ce soit dans le bureau du Gouverneur, son appartement ou l’auberge de la ville : tout périclite. Ni les meubles ni même la fenêtre ne tiennent plus droit mais aucun habitant ne semble s’en inquiéter, habitués depuis trop longtemps aux détournements à la corruption.

Les comédiens du collectif Voix de Plume (VdP) sont excellents dans les rôles des provinciaux hébétés à l’annonce de la nouvelle, et benêts ensuite devant celui qu’ils pensent être le Revizor, maladroits à point, avec des soupçons de grossièreté et de naïveté qui les rendent touchants et comiques. Jean-Benoît Terral est particulièrement savoureux dans le rôle du Gouverneur qui, malgré tous les éléments l’accablant, tenter de passer pour un ascète. Face à lui, Ronan Rivière (le Révizor) impressionne par son interprétation audacieuse de l’affabulateur perfide et sans scrupule profitant de l’incroyable méprise. Seul immuable, sur le côté de la scène, le pianiste (Léon Bailly) accompagne subtilement l’intrigue. Un ensemble épatant.

Jusqu’au 25 janvier 2015
Mise en scène de Ronan Rivière et Aymeline Alix
Réduction de Roland Rivière d'après la traduction de Prosper Mérimée

Les Vieux Fourneaux

Les vieux ont encore de la ressource! La preuve avec ce succès en librairie qui devraient faire sourire tous les retraités de l'hexagone!

Car Pierrot, Mimile et Antoine ne sont pas vraiment de vieux grabataires qui bavent et qui s'oublient. Loin de là. Ces trois là sont bien vivants et nous font sentir vivants aussi. On reconnaît assez facilement la fibre humaniste du scénariste Lupano.

Ces trois là, ils pourraient être les héros vieillissants de comédies d'Yves Robert ou des joyeux paillards du Quatrième Age échappés d'un film de Joel Seria. Ils célèbrent l'amitié autour d'une anarchie gentillette et une idée bien précise du jemenfoutisme.

Pour eux, le bonheur se trouve dans les petits plaisirs même s'ils se cachent derrière de grands idéaux du monde ouvrier. Ils sont les vestiges d'une autre époque. Mais il ne faut les enterrer trop vite. C'est ce qu'explique cette bande dessinée, bien "française" dans le bon sens du terme.

Le trio d'amis vont donc d'abord tenter une virée en Toscane pour empêcher un crime passionnel et dans un second tome, ils soutiennent le militantisme plus ou moins agressif. L'envie de faire chier le monde est irrépressible chez ces gais lurons. Des empêcheurs de tourner en rond. Des râleurs. Mais aussi des poètes et des amoureux de la vie.

Immédiatement, grâce aux dessins chauds de Cauuet, on se sent bien avec eux et on n'aime pas arriver à la dernière page. Il n'y a pas de mélancolie. Ils font preuve d'une belle vitalité. Ils nous réconcilient presque avec les dérives en tout genre de notre temps. Les papys font de la résistance et c'est tant mieux!

2 tomes - Dargaud

Les Nouveaux Sauvages

Affreux, bêtes et méchants, les hommes sont capables du pire. Petits sketchs pour désespérer de tous et de tout. Est ce bien le moment?

Depuis une semaine, l'actualité nous le rappelle: les hommes sont des crétins et en plus, ils sont violents! Ce n'est pas du tout un truc typiquement français: en Argentine, on a aussi toutes les chances de voir la société craquer dans une dépression défaitiste et des actions désespérées.

De l'autre coté de la planète, le moral n'est pas vraiment au beau fixe. Depuis une crise financière au début des années 2000, les Gauchos de tout bord doivent avaler des couleuvres et supporter des inégalités de plus en plus insupportables.

La corruption, l'insécurité, la guerre des sexes ou des classes sociales, cela donne un cocktail explosif qu'exploite le réalisateur Damian Szifron dans une demi douzaine de sketchs d'une cruauté poussée à l'extrême. Produit par Almodovar, Les Nouveaux Sauvages est une vaste farce, grotesque et réjouissante de temps en temps.

C'est du burlesque exacerbé sauf que le réalisateur ne cherche pas vraiment d'équilibre: il s'inspire de la comédie sociale mais aussi du western et de ses cousins espagnols: Le Crime Farpait semble être l'influence majeure du film. Mais il maîtrise moins bien l'ironie mordante et la radicalité de la mise en scène.

C'est un peu provocant mais pas assez. C'est tout de même un gros studio qui distribue. Pas de révolution en route. Juste un coup de folie inégal, à cause de son format. Les premiers sketchs sont désopilants. Mais l'énergie se perd en route et l'aspect démonstratif du sketch devient franchement envahissant sur les deux derniers coups de sang qui démontrent à tout prix nos lâchetés sanguinaires et la misère humaine.

Le film fait dans l'esbroufe. Cela marche dans un premier temps avant de perdre de sa consistance, de son aspect iconoclaste. Il faut dire que cela commence très fort avec un avion en folie, une vengeance sociale au fin fond d'un vieux restaurant et un duel en voiture dans la pampa!

Le portrait de la société argentine est exagéré mais il finit aussi par fatiguer. C'est dommage car l'ambition est là. Il n'y a rien de nouveau dans ce film. Rien de sauvage non plus.

Avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Erica Rivas, Rita Cortese - Warner Bros - 14 janvier 2015 - 2h02

Uptown Special

Mark Ronson est une tête à claques. Son disque lui ressemble: sexy mais agaçant.

Il a la trentaine rayonnante. Mark Ronson, connu pour avoir produit quelques chansons d'Amy Winehouse, est devenu le producteur chéri de toutes les stars qui veulent se hisser au sommet du hit parade! Il est beau, élégant, riche, très riche, trop riche!

Mark Ronson fait dans le clinquant. Il ripoline avec un vrai talent de vieilles formules du rock et de tous les genres qui se vendent bien et qui hantent les grandes ondes et les chaines musicales. Il aime bien les coquetteries et le bling bling musical.

Pour son quatrième album, il s'offre donc la plume d'un ancien prix Pulitzer, Michael Chabon. Il accueille aussi des tas d'invités plus ou moins connus. On reconnaîtra le sympathique Bruno Mars et la caution historique, Stevie Wonder. Son disque se tourne donc vers le funk et le vieux R&B des années 80. Son disque pourrait être une bande originale  d'un vieux film avec Eddie Murphy.

Il y a donc des lignes de basse qui feraient danser Huggy les bons tuyaux. Il y a des synthés qui pourrait ressusciter pour de vrai Prince. Mark Ronson, le dandy milliardaire de l'industrie musicale, se fait plaisir en préparant une bande son pour une fête un peu rétro ou un peu ringarde.

Tout cela est recréé artificiellement. Ronson regarde un peu trop vers le passé et ne prend pas beaucoup de risques. Cela s'entend sur certains titres. D'autres emportent l'adhésion en quelques notes. Comme dans une soirée, effectivement, l'excitation laisse la place petit à petit à la fatigue ou à l'ennui. Dommage.

RCA - 2015

Contact, Philippe Decouflé, Théâtre de Chaillot

decouflé 

Des Dieux de l’Olympe à West Side story en passant par Charlie Chaplin et Pina Bausch, Philippe Decouflé passe en revue l’univers des comédies musicales. Succès mitigé.

La Compagnie DCA (diversité, camaraderie, agilité) rassemble des jeunes, des moins jeunes, une femme enceinte, un tatoué, un beau noir, en tout seize danseurs, acteurs, musiciens sur la scène de Chaillot. Un monsieur Loyal mi Faust-mi Jean Claude assure la transition entre danse et cirque.

Dans un ensemble décousu sans vraie histoire, des scènes dansées alternent avec l’envolée poétique de la voltigeuse de talent Suzanne Soler. On note des longueurs et des tableaux assez inexpressifs. Maître du déjanté, Decouflé nous perd quelque peu dans son touche à tout.

Ce qui séduit par ailleurs dans Contact reste bien l’alchimie du spectacle vivant et de la vidéo. Des kaléidoscopes décuplent la force des images. Accompagnés de la musique de Nosfell parfois envahissante, les corps se rencontrent, la beauté apparaît.

Sitôt on l’aperçoit, sitôt elle nous ravit, voici le propre de l’insaisissable beauté. Comme en suspension, on prolongerait bien l’émotion alors que déjà elle nous échappe.

Reste la perfection du corps sculpté du danseur Sean Patrick Mombruno qui mérite à lui seul tous les Contacts…

 

Jusqu'au 06 février 2015

Théâtre National de Chaillot

Durée 1h40

 

Chant’Oulipo, Jehanne Carillon, Théâtre Clavel

(c) Jean Sebastien
(c) Jean Sebastien

Au milieu de la scène, une grande table, un meuble de cuisine à placards et un petit four. Autour, un bouquet factice dans un grand pot, un vieux fauteuil, un fil à linge, un piano et une table à repasser qui, par un petit bricolage-maison, porte une flute traversière.

C’est dans ce décor familier et douillet que l’on est accueilli. Alors que le gâteau cuit dans le four, quatre amis communiquent en se jouant des mots et des notes. Crescendo, ils se défient en suivant les règles de l’Oulipo (ouvroir de littérature potentielle) et de l’Oumupo (ouvroir de musique potentielle) c'est-à-dire, en mettant la littérature et la musique sous contraintes, ou plutôt, dans tous leurs états.

Grâce à la mise en scène ingénieuse de Laurent Gutmann, les quatre comédiens se répartissent parfaitement l’espace, utilisant, un par un, tous les objets qu’il contient : le pot de fleurs comme tambourin ; la boîte de haricots verts Daucy (do-si !) comme instrument à percussion ; le fil à linge comme pupitre à partitions...

Et c’est parti pour une heure de jeux de langue et de sons entraînants, où l’on découvre l’histoire de la « Tortu-lipe », celle de « l’étrange « anti-lope » et où l'on est invités à mettre les mots dans « l’ordre le plus aléatoire possible ».

Aussi talentueux chanteurs que musiciens, Jehanne Carillon, Jean-Francois Piette, Olivier Salon et Valentin Villenave, se révèlent également incroyables comédiens, ne ratant pas une occasion de faire sourire ou même rire et leur bonne humeur est assurément contagieuse !

Sur une idée de Jehanne Carillon
Jusqu'au 15 février au Théâtre Clavel

Les amoureux de Marivaux, Shirley et Dino, Théâtre de Poche

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Quatre jeunes comédiens revisitent les duos d’amoureux de Marivaux en sketchs ponctués de chansons contemporaines.

Avec une grande liberté de ton, la troupe prénommée les Mauvais élèves offre une lecture décalée de situations extraites du répertoire de Marivaux. Avec fraicheur et légèreté ils présentent en solo ou en duo l’intrigue de La dispute, La surprise de l’amour, La méprise et La commère.

Après le flottement du début où l’on se demande s’ils vont réussir à moderniser Arlequin sans le dénaturer ni le parodier en tenue sixties, on est emporté dans une succession de sketchs. On salue la variété de personnages. Ils nous offrent quelques grands moments de rire comme l’échange de La mijaurée avec le tombeur ou la vieille fille avec le rustique.

On imagine les heures de lectures, de réflexion, d’essai et surtout de plaisir en coulisses pour marier la langue de Marivaux avec la chanson contemporaine. Bien que la réunion soit souvent plus hasardeuse qu’heureuse, on a plaisir dans l’ensemble à les écouter revisiter quelques grandes chansons françaises comme L’éducation sentimentale de Maxime Le Forestier et Comic Strip de Gainsbourg.

Faire du Shirley et Dino sur la langue de Marivaux, tel était l’écueil à éviter de la part des comédiens mis en scène par le duo d’humoristes. Mais outre certains passages surjoués, la variété de tons met à l’abri du danger. Valérian Béhar Bonnet et Guillaume Loublier, de vrais show men! Des Mauvais élèves à suivre !

 

Jusqu'au 18 janvier 2015

Mise en scène Shirley & Dino

au Théâtre de Poche Montparnasse

Le Ciel au-dessus de Bruxelles

Difficile de parler BD et plus généralement dessin en ce moment...Alors pour rendre hommage à ceux qui sont partis, regardons un peu comment est traité le phénomène terroriste dans la BD traditionnelle.

On se souviendra d'abord de "Tintin au pays de l'or noir": dans cet album, selon l'édition que vous possédez, le traitement de la scène de l'arrestation de Tintin est différente. Une fois Tintin est entouré de soldats anglais, une fois de soldats arabes...Voilà pour la partie anecdotique d'une des premières apparitions du terrorisme dans la BD.

On passera sur une version qui me semble un peu étrange voire nauséabonde, ou alors je n'ai rien compris, ou bien c'est du second degré et en ce moment je ne dois pas être réceptif... Le truc est d'autant plus étrange que Tome puisqu'il s'agit de lui ne nous avait pas habitué à des choses de ce genre. Bizarre pour un ancien scénariste de Spirou.

De quoi s'agit-il? Et bien du dernier Soda. Soda, c'est un flic new-yorkais qui, pour ne pas angoisser sa maman avec laquelle il vit, lui fait croire qu'il est pasteur (jusque là, plutôt pas mal!). Le 13 album évoque l'attentat des tours du World Trade Center (pourquoi pas). Le problème, c'est que l'on est dans la théorie du complot. Le gouvernement ou ses services seraient responsables des attentats (vous commencez à voir le truc). Donc on passe et on regrette.

Après la vision historique et la vision parano, passons à la vision romantique. Thirault et Pagliaro ont lancé en 2011 aux éditions Dargaud, une série intitulée "La Mano" (2 tomes). Il s'agit de retracer l'histoire d'un groupe de jeunes étudiants dans l'Italie des année de plomb. Comment et pourquoi ces jeunes basculeront dans l'action violente, leurs motivations, leurs peurs. Le sujet étant historique et derrière nous, il fait moins peur.

Passons à la vision politique où la religion fait déjà une incursion. Il s'agit de l'album "Chien de fusil" (48 pages éditions Vent d'Ouest). En 1996, en solo, Lax explore de façon magistrale le conflit irlandais. L'album retrace 20 ans de conflit entre les années 60 et 80. Le livre est honnête, brillant, intelligent et bien dessiné. Il est beau comme le livre de Sorj Chalandon "Retour à Killybegs" qui traitait du même sujet avec la même profondeur.

En 2006, Bernar Yslaire s'attaque au sujet avec "Le ciel au-dessus de Bruxelles" (2 tomes éditions Futuropolis). Dans cette BD utopiste, Roméo est juif, Juliette est musulmane. Elle est chargée d'un détonateur et ceinturée d'explosifs. Va-t-elle commettre l'attentat pour lequel ses frères extrémistes l'ont désigné? Comme tous les albums d'Yslaire, celui-ci est beau, même si le sujet n'est pas simple et que Yslaire fut pas mal critiqué à sa sortie.

Pour terminer, on évoquera "Le légataire", série en 5 tomes éditée par Glénat. Il s'agit du meilleur des "spin-off" du fameux "Décalogue". Franck Giroud au scénario, Joseph Béhé et Camille Meyer au dessin y reprennent les personnages de l'album qui avait ouvert le "Décalogue".

Le sujet n'était pas simple. Une sourate inconnue retrouvée sur un os de chameau serait capable de faire vaciller les fondements de la religion musulmane. Comme tout ce qui est dit ces jours-ci, Giroud évite les amalgammes et cherche à montrer que foi et fanatisme ce n'est pas la même chose. Cette BD humaniste et pleine d'intelligence et de tolérance est intéressante, à relire aujourd'hui.

La tolérance, c'est bien l'acceptation de l'autre, mais certainement pas le reniement de soi, voilà ce qu'avaient voulu démontrer les dessinateurs de Charlie Hebdo en s'attaquant depuis plus de 40 ans pour certains à tous les sujets avec la même irrévérence et la même passion, cherchant toujours à faire réfléchir sans être donner de leçon, cherchant à faire rire avant tout.Sans espérer les égaler, essayons d'être Charlie en préservant ces valeurs!

Les frères Moustaches

L’ouvrage débute par :

«Les Frères Moustache existent. Dans un pays qui s’appelle la Birmanie, ils symbolisent aux côtés d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, la résistance populaire à l’oppression. Depuis plus de vingt ans, ils défient le pouvoir avec une seule arme : le rire. »

Les frères Moustache ne sont pas forcément frères ! Ils n’ont pas non plus tous, une moustache. Ils ont toujours existé. Ils sont très nombreux, ils sont même de plus en plus nombreux et forment une belle grande famille fraternelle assoiffée de justice et de liberté.

Il suffit qu’un roi, qu’un chef, qu’un général, qu’un « président – Directeur – Galactique abuse de son pouvoir, qu’il soit capricieux, menteur, injuste ou malhonnête, pour que les frères Moustache passent à l’attaque.

Leurs armes ? L’humour, la moquerie, la satire, le spectacle et surtout les rires et le soutien du peuple. Rien ne les arrête et leur force est bien plus puissante que les bombes et la torture, si, si …

Alex Cousseau et Charles Dutertre proposent là un très bel album qui illustre parfaitement l’actualité de ces derniers jours.

Le texte est précis et installe une ambiance certes lourde, mais aussi pleine d’humour et d’espoir. Les illustrations extrêmement minutieuses et détaillées empruntent largement au théâtre folklorique oriental. Elles sont magnifiques et donnent envie au lecteur d’y revenir pour faire encore de nouvelles découvertes.

Voilà un biais formidable pour continuer à expliquer aux plus jeunes que la vraie force est dans l’intelligence, le débat, le respect des opinions de chacun et dans la vigilance contre le fanatisme. On peut rire de tout, c’est constructif et cela fait avancer le monde.

Cet ouvrage est une ode à tous ces clowns si essentiels - qui le paient parfois très cher - qui dénoncent depuis des siècles les excès et les abus des exaltés trop convaincus de leurs vérités.

C’est certain les Frères Moustaches sont tous Charlie et…

Charlie et son équipe sont tous des frères Moustache.

À lire dès 7 ans et le comble du luxe serait de pouvoir ensuite en débattre avec des grands et des petits….

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