MamboPunk

Il a perdu son statut de DJ. Il s'appelle désormais Zebra. Il oublie un peu les bootlegs pour faire du rock énergique, presque naïf et profondément sympathique!
Ses bidouillages sont connus et célèbres. Il fut le bassiste des légendaires Billy Ze Kick et les Gamins en Folie. Au début des années 2000, il fait le succès de Oui FM avec ses bootlegs efficaces qui font rencontrer les classiques du rock et les beats sauvages. Zebra a une idée très libre de la musique et du rock en particulier.
Ce breton impétueux cherche au fil de ses aventures sonores, une émancipation et une liberté de voler sur différents territoires musicaux. On voulait le caser comme DJ: il décide de s'acoquiner avec un bagad, un groupe de musique typiquement breton. Une drôle d'idée bien farfelu. Il est appréciable de voir en tout cas un artiste oser des aventures loufoques et plutôt convaincantes.
Il refuse donc de s'arrêter à un style: aujourd'hui il fait du mambo punk. Zebra se livre sans détour. Il écrit et chante en français. Ce sont des compositions originales. C'est un rock français sans fioriture. Il s'éclate comme un petit fou derrière son orchestration classique et l'apport de cuivres dont il a toujours eu le secret.
C'est bien électrique comme il faut. Ca file la patate. C'est beaucoup moins surprenant qu'avant mais le technicien se voit désormais en vrai chanteur. Les paroles sont parfois un peu trop légères ou simplettes mais Zebra est resté un Gamin en Folie, un éternel adolescent qui a besoin de se dépenser ou se défouler. Il se lache sur un rock primitif et continue sa mue. Son épopée musicale reste passionnante, pleine de rebondissements!
Zebramix - 2015
Anna Christie, Eugene O’Neill, Atelier

Port de New York dans les années 20, Anna Christie tangue entre son père et son amant et donne au public le mal de mer.
Anna Christie c’est l’histoire d’une rencontre entre un père et sa fille, deux êtres qui voudraient bien refaire le passé mais doivent s’en accommoder. A l’aube des retrouvailles, le père se nourrit d’espoir pour sa fille. Il se l’imagine fraiche, saine, vivifiée du bon air de la campagne. La voici qui arrive au port de New York, de rouge vêtue, fatiguée, aigrie des hommes. Elle rêve d’une cure de repos - qu’on peine à se représenter entre les vagues de la mer et l’alcool qui coule à flot-, elle va rencontrer Burke un marin au long cours.
Mélanie Thierry est lumineuse même si son personnage d’Anna Christie est sombre. Tiraillée entre deux hommes habités de l’appel du large, elle s’affirme dans sa liberté et les erreurs de son passé. Elle constate la lâcheté de l’homme capable de profiter des femmes de port en port mais de dénigrer la sienne sitôt qu’il apprend son passé sulfureux.
La langue et l’univers d’Eugene O'Neill sont rudes. Même si derrière l’âpreté de la vie en mer, se cache une certaine tendresse. Entre deux grossièretés et paroles violentes, quelques envolées lyriques apaisent l’oreille : «Dieu m’a fait rouler la terre entière pour me faire te rencontrer», « De t’aimer m’a rendu belle».
Mais dans le brouillard sur le pont du bateau comme dans la fumée dérangeante de cigarette d’une taverne new yorkaise, le plateau tangue. Et le public a hâte de larguer les amarres. Dommage.
jusqu’au 26 avril 2015
Les Arpenteurs du Monde

Un roman intelligent, léger et drôle sur le destin croisé de deux des plus éminents génies scientifiques Allemands de leur époque : Gauss et Humboldt.
Gauss et Humboldt, ça vous dit quelque chose ? Probablement rien si vous n’êtes pas mathématicien ou, à tout le moins, scientifique de bon niveau. Pourtant, Gauss et Humboldt présentent deux qualités rares : être à la fois de purs génies et les héros, au sens plein du terme, du nouveau roman de Daniel Kehlmann.
C’est au tournant des XVIIIe et XIXe siècles que les deux hommes, qui ne se connaissent absolument pas, vont faire parler d’eux et aligner les avancées mathématiques pour l’un, les découvertes scientifiques pour l’autre.
Ils ne se rencontreront finalement que sur leurs vieux jours et c’est ce prétexte que choisi Daniel Kehlmann pour nous brosser un tableau saisissant de leurs vies extraordinaires.
Carl Gauss (1777-1855) est un pur esprit mathématique. Génie absolu, il résout dès son plus jeune âge des problèmes jusque-là restés sans solution. Se rendant vite compte que, pour une raison qui lui échappe, les gens qui l’entourent sont d’une désespérante lenteur intellectuelle, il apprend tout petit à "faire comme eux" et à ne précipiter ni ses questions ni ses réponses. Casanier et tyran domestique, il passera sa vie penché sur son écritoire ou l’œil collé à sa lunette astronomique à scruter les étoiles et calculer distances et orbites…
Alexander von Humboldt (1769-1859) est tout le contraire de Gauss. Doté également d’une intelligence supérieure, sa curiosité insatiable le pousse à quitter la vie bourgeoise pour explorer le monde inconnu le plus inhospitalier. C’est ainsi qu’il s’embarque pour l’Amérique du Sud pour y étudier, mesurer et répertorier tout ce qui lui tombe sous la main : flore, faune, sommets inaccessibles, volcans, fleuves, populations cannibales… rien n’échappe à son besoin maladif de voir, compter, classer.
Succès éditorial phénoménal en Allemagne en 2008, Les arpenteurs du monde est un roman enlevé et proprement jubilatoire. L’auteur nous y fait longuement côtoyer le quotidien aventureux de deux hommes totalement immergés dans leur folie monomaniaque et absolument étrangers aux modes de fonctionnement de leurs semblables. Sous la plume légère et irrésistiblement drôle de Kehlmann, Gauss et Humboldt sont d’extraordinaires personnages dont le comportement provoque sans cesse l’étonnement et l’amusement.
Un beau roman historique qui réconcilie définitivement les chiffres et les lettres !
298 pages - actes sud
Ivanov, Anton Tchekhov, Odéon

Ivanov est le nom de famille le plus commun en Russie. Nicolas Alexéevitch Ivanov c’est donc un peu notre Bernard Dupont. Un homme commun, mais qui souffre d’un terrible mal, une fatigue de tous ses membres, tellement inexplicable pour lui et ceux qui l’entoure, qu'elle en est encore plus culpabilisante.
Écrite en 1887, la pièce est d’une modernité intacte. Les dialogues de Tchekhov, incroyablement percutants et son analyse des comportements humains, d’une justesse presque effrayante.
Mais la représentation d’Ivanov, actuellement à l'affiche du Théâtre de l’Odéon, ne convainc pas complètement. Surtout portée par l'excellent jeu de Mischa Lescot, elle souffre d’une scénographie trop statique et froide, nous tenant presque à distance alors que, sur scène, les comédiens s’agitent.
Rien ne bouge à part un changement à vue, dirigé par les acteurs eux-mêmes, à la tête desquels on trouve Christiane Cohendy, en superbe Mme Lebedev. Pas une porte ne claque, pas un lustre ne se balance, pas un rideau ne se froisse et la troupe de comédiens se démène au milieu d’une scène froide et lointaine.
Était-ce pour donner à voir toute la pièce à travers le prisme angoissé et sombre d’Ivanov ?
C'était sans compter sur l'excellente performance de Mischa Lescot. Car tout, dans sa démarche, sa silhouette, sa diction, ses interminables bras ballants et ses jambes trop encombrantes, exprime sa souffrance. Le moindre mouvement lui est une fatigue, toute envie l’a quitté. Tout en lui n’est plus qu’apathie, nonchalance. Il avance écrasé par le poids de ce cafard inexplicable, de sa "faiblesse ridicule".
Il est l’incarnation de la dépression à une époque où les psychanalystes ne parvenaient pas encore à la définir, et atteint des extrêmes tellement touchants et désespérants qu’il en devient parfois comique. Le reste de l’épatante troupe d'acteurs (on se régale particulièrement de Christiane Cohendy, Chantal Neuwirth et Yannik Landrein), dépeint également avec brio la médiocrité de la petite bourgeoisie de campagne, sa vanité ridicule et ses cruelles bassesses.
Dans ce monde de vils hypocrites, Ivanov ne peut être qu’un intrigant. Alors, cet Ivanov, brave Mr Dupont ou Tartuffe ? Allez en décider au Théâtre de l’Europe.
Les 400 Coups

MP1point2 pourrait réconcilier les rappeurs et les bidouilleurs d'électro. Un son frais qui annonce l'énergie des saisons plus chaudes.
Car au milieu de ce morne hiver, les chansons scintillantes de MP1point2 font du bien aux oreilles et au coeur. Voilà donc un petit rap sans prétention et adepte des mélodies plutôt que des beats ultra-usés des radios commerciales. On ouvre ici le petit paragraphe pour dire que le rap français aujourd'hui ce n'est pas la gloire. Les bardes de la banlieue s'engluent dans leurs propres clichés. Trop de bling bling. Trop d'idioties sexistes. Trop de réflexions d'arriérés. Trop de flows réactionnaires. Le beaufitude ronge souvent le rap made in France. Fin du paragraphe.
Les 400 coups donne de l'espoir. On appréciera donc les deux rappeurs de MP1point2, avec leurs accents chantants qui rappellent les voix d'IAM et qui semblent avoir la même vision satirique et nuancée que le groupe marseillais. Ils ne se limitent pas à quelques préjugés. Ils cognent sur tout avec une légèreté qui fait plaisir à entendre.
Ils ont sûrement fait les 400 coups mais les deux MCs et leurs deux DJs réalisent presque un coup de maître. Ils passent certes après Java ou M.A.P mais leur style est rafraîchissant. C'est intelligent car la facétie sonore permet de suggérer quelques vérités sur la société sans être dans l'attitude rebelle et révoltée. Leur mentalité est bonne et réjouissante!
Favo, MM, Riot et Le Z sont des garnements, assez lucides et des vrais musiciens. On apprécie la qualité des mélodies et le sens de la musicalité. Les beats ne sont pas martelés et se glissent des instruments délicats et des refrains entêtants. C'est un hip hop coloré et libre. Les 400 coups simplifie les musiques urbaines sans les abîmer: c'est le mix idéal des cultures. C'est le genre de disques que l'on peut entendre au moins 400 fois!
Bajo el Mar - 2015
Les 7 Fous

Une incroyable épopée au cœur de la misère. La flamboyance est spectaculaire et nous entraine dans une tempête des mots qui donne le tournis. Vent de folie!
Ca se passe en Argentine. Erdosain est un minable employé accusé d’être un voleur par ses patrons. Le même jour, il voit sa femme se barrer. Il devrait être au fond du trou mais il a d’étranges fréquentations qui vont lui redonner espoir.
Il est proche de l’Astrologue, un vieux monsieur qui a un projet secret qu’ils imaginent grandiose. Cela ressemble effectivement à de la folie. Le livre date de 1929. Roberto Arlt, son auteur, a défié les conventions de l’époque en observant avec une liberté totale les bas fonds de Buenos Aires.
Autour de ce héros médiocre vont se bousculer d’étonnantes ombres, parfois grotesques, souvent inquiétantes. Ils ont des noms bizarres comme le Major, le Ruffian Mélancolique ou L’homme qui a vu l’accoucheuse.
Ils sont sept et vont rêver de créer une société secrète sur le modèle du Klu Klux Klan. Elle serait financée par des maisons closes. Elle leur permettrait de prendre une revanche sur la société et surtout réaliser leurs rêves frustrés.
Ces hommes sont des dingues et le texte se nourrit de cette folie, de cette hargne. Les phrases sont longues et glissent sur les névroses de chacun. Très vite, la réalité décolle de la déchéance et la pouillerie.
Le lyrisme transcende le malheur et la méchanceté. Les convenances sont bousculése. Les sept fous adopte tous les styles et tous les langages. Le travail de traduction fut redoutable. Les traducteurs offre une introduction qui explique la particularité de l’écriture de Roberto Arlt, qui lui aussi ne fut pas gâter dans sa vie.
C’est un texte énervé mais terriblement vivant, une sorte de tango verbal obsédant et délirant. La décadence se donne des allures de grandeur. C’est aussi exotique qu’incandescent. Moderne, ce livre est aussi irracontable que jouissif. On finit lessiver mais heureux. La folie chatouille le romantisme et l’écriture surréalisme. C’est tout simplement beau… et fou bien évidemment !
le film adaptation des années 60:
Belfond - 371 pages
Jupiter: le destin de l’univers

Jupiter Jones contre le Capitalisme Galactique… ca sent bon le nanar italien mais non, c’est le nouveau gros machin bruyant des auteurs de Matrix.
Lana et Larry Wachowski n’ont plus de chance à Hollywood. Depuis la trilogie Matrix, c’est dur pour eux. Cloud Atlas, leur dernier et ambitieux projet indépendant n’a pas trouvé son public (et c’est bien dommage). Et Jupiter : Le Destin de L’Univers a connu une production houleuse pour un résultat assez bancal.
Ca sent terriblement le remontage à la va vite. Nous découvrons donc à toute allure, la charmante Jupiter Jones qui nettoie avec acharnement les toilettes des nantis de Chicago. Un body buildé avec les oreilles de Spock déboule dans sa vie car elle est la réincarnation d’une reine de la galaxie.
Ca vous chamboule pas mal l’existence ce genre de révélation ! Car des têtes couronnées ultra libéralistes d’une autre planète veulent vous assassiner. Des aliens veulent vous autopsier. Des gros lézards virils cherchent la baston. Des mercenaires sortis d’un sous Mad Max des années 80 sont à vos trousses. Des vaisseaux spatiaux se promènent un peu partout autour de votre tête.
Avec tout ce foutoir au-dessus de notre petite planète, ça devient le foutoir pour les deux réalisateurs, incapables de supporter ce monumental programme même si tout cela est bien fichu. Ils savent réaliser de belles scènes d’action mais l’apparente et sincère naïveté (on pense même à Flash Gordon, le magazine Metal Hurlant et le délires graphiques de Moebius) est aspirée par la lourdeur de la production, des dialogues explicatifs à rallonge et un scénario confus. Les kitscheries ne semblent pas toujours assumer. Le second degré n’est pas du tout maîtrisé.
Est-ce du nanar ou du cochon ? On ne sait pas trop. Les ambitions sont claires mais une fois de plus, l’entreprise visionnaire des Wachowski ne fait pas le poids face à la réalité de l’industrie hollywoodienne, qui a bien saucissonné le film pour un spectacle standardisé !
Avec Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean et Eddie Redmayne - Warner Bros - 4 février 2015 - 2h01
Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi

Hommage et témoignage d’un grand nom de la littérature africaine, la pièce résonne avec force dans l’actualité comme un appel à l’audace et à l’engagement.
« Métier : homme, fonction : révolté, nationalité : afro-humaine. » C’est ainsi que Sony Labou Tansi voit son identité projetée sur la scène du Tarmac à l’occasion des 20 ans de sa mort. Crée par Bernard Magnier, son ami et fidèle lecteur, la pièce rassemble des textes et éveille la curiosité autour de l’œuvre et de la personnalité du poète romancier.
« L’idée était de présenter les différentes facettes de Sony : ses engagements, son côté farceur mais aussi mystique et parfois grave. Sans édulcorer la réalité de sa vie, le spectacle résonne toute particulièrement dans l’actualité», confie Bernard Magnier, directeur des Lettres africaines dans la maison d’édition Actes Sud et conseiller littéraire pour le Tarmac.
Sony Labou Tansi, né Marcel Nsoni en 1947 en République Démocratique du Congo, a noirci des pages, transmis un savoir, combattu les injustices fragilisant le continent. La pièce porte la voix de cet homme pour qui les frontières se dessinaient par les fleuves et les rivières. Un amoureux des mots, auteur engagé comme engageant, insoumis et farceur. Elle relate sa destinée, ses combats, son attachement à la terre africaine.
Deux comédiens sur scène. Marcel Mankita joue Sony Labou Tansi et porte sa parole. Il nous révèle ses différentes facettes avec malice, intelligence et provocation. Crisse Niangouna incarne un lecteur, autrefois Bernard Magnier lui-même, bouleversé par l’œuvre de l’écrivain.
Mis en scène par Hassane Kassi Kouyaté avec sobriété et esthétique, rythmé par des airs de rumba congolaise, Sony interpelle. « Je ne sais pas obéir », « j’en appelle au rire de sauvetage », « les mots revendiquent leur droit à la parole », « je sais que je mourrai vivant ». Des projections de vidéos et d’images apportent une modernité bienvenue à ses mots.
Titre de l’une des pièces du grand auteur africain d’origine congolaise, Une chouette petite vie bien osée retrace le parcours d’un homme engageant. Sa parole réveille les consciences et mérite une plus grande reconnaissance. Pari réussi dès la sortie, on passe à la librairie du Tarmac pour se plonger dans l’œuvre de l’auteur.
« Qu’elle vous soit laissée sauve, pleine et entière. A une condition : que vous fassiez de votre petite vie une chouette petite chose bien plus louable que la honte de foutre le terrorisme et la conjuration (…) Faites de cet endroit un lieu de prospérité, de culture et de progrès. » Extraits de la pièce Une chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi.
Jusqu'au 14 février 2015
au Tarmac
159 avenue Gambetta - 75020 Paris
Rain Dogs

S'il ne vous faut qu'un Tom Waits, c'est le foisonnant "Rain Dogs", plongée dans le bas ventre de New York, avec en prime la guitare de Marc Ribot.
Après Swordfishtrombones, c'est le deuxième album de sa période Island. On y retrouve les mêmes ingrédients : une musique plus personnelle, plus déjantée, pleine d'instruments incongrus en cette décénnie de synthés et de boîtes à rythme : contrebasses, marimbas, trombones, banjos, et toujours ces percussions d'origine indéterminée : "si on ne trouvait pas le bon son sur la batterie, on ramenait un vieux meuble de la salle de bains et on cognait dessus avec un morceau de planche", raconte Tom.
Mais Rain Dogs couvre plus de territoire que son prédécesseur. Avec ses 19 titres, c'est un faux double-album, un disque-grenier, en quelque sorte son "double blanc". Musicalement, ça part dans toutes les directions, en une exploration des racines de la musique américaine, de toutes ces saveurs musicales apportées par les immigrants volontaires ou forcés qui se retrouvaient souvent dans les culs de basse-fosse de la Grosse Pomme. Accordéon tzigane, jazz New-Orleans, polka, blues, country, on entend un peu de tout cela, passé à la moulinette, distordu, faussé, cabossé mais toujours plein d'une poésie étrange.
Quasiment pas de piano, à part sur le superbe Tango Till They Sore, mais en revanche pas mal de guitares : celle de Marc Ribot qui fait des merveilles à chaque intervention, d'autant plus méritant que Waits ne lui accorde qu'une ou deux prises par titre et lui donne d'étranges instructions du type "joue-la comme à la bar-mitzvah d'un nain". On trouve aussi Keith Richards, qui de passage avec les Stones dans le studio d'à côté, prête sa guitare et sa voix sur trois titres.
Malgré l'apparente hétérogénéité, tout se tient, des morceaux les plus difficiles d'accès (Singapore, 9th and Hennepin) jusqu'à des chansons plus traditionnelles comme les magnifique Hang Down your Head ou la balladeTime. Et puis Jockey Full of Bourbon immortalisé par Jarmusch sur son magnifique travelling dans les faubourgs de la Nouvelle Orléans qui ouvre le film Down By Law.
Ou l'entraînant morceau-titre, ode à tous les chiens de pluie, ceux qui après un orage ne retrouvent plus le chemin de chez eux car l'averse a effacé toutes les odeurs. C'est à ce petit monde de la rue que l'album entier est dédié, à ceux "qui n'on pas de carte de crédit, qui ne vont pas à l'église, qui n'ont pas d'hypothèques". Pas vraiment un disque concept, pas une histoire linéaire, mais d'avantage un grand aquarium ou nagent pêle-mèle clochards (la famille cauchemardesque de Cemetary Polka), fuyards, barmaids déprimées, vagabonds perdus dans ce grand chaudron new-yorkais, ville où tout arrive et où Waits le Californien se sent tout de suite à son aise.
PS : en prime, une très belle pochette, étrange et que je trouve empreinte d'une grande tendresse. Ce n'est pas l'avis de tout le monde : un ami bloggeur texan, m'avouait ne pouvoir s'empêcher de penser que :
- il a 14 ans sur la pochette
- la femme est sa mère
- la femme est une prostituée de quai de marchandises
- la femme s'apprête à lui manger un morceau d'épaule
- toutes les réponses à la fois
The Servant, Robin Maugham, Poche Montparnasse

J’ai un souvenir de The Servant. Un souvenir vénéneux. Une mauvaise influence qui ressurgit parfois, encore, au détour d’une situation, d’une actualité.
Je n’ai jamais oublié Dirk Bogarde, je n’ai jamais oublié Joseph Losey, je n’ai jamais oublié Robin Maugham.
La mignonne adaptation qui s’étire sous mes yeux, je vais l’oublier. J’ai commencé à l’oublier alors même qu’elle jouait.
Les planches ne brûlent pas. Il manque de l’épaisseur. Sally ne cesse de cambrer sa taille fine, de minauder, Sally est en vitrine, est-ce le bon profil, la bonne moue ? Vera aka Kelly bondit, roucoule, dénude un morceau par-ci, un morceau par-là, fraiche et délicieuse, un bonbon. Baret, Tony et Richard flottent dans leurs costumes, au figuré bien sûr, car tout le tissu est bien ajusté, la représentation joue à plein, mais d’incarnation, point.
Ils manquent d’épaisseurs, ils manquent d’expérience, de chair, de tripes, de finesse.
Tout cela est bien lisse, gentil, parfois drôle, ce qui bon à prendre.
Malheureusement nulle tension ne vient inquiéter nos cœurs, ébranler nos esprits, la psychologie est noyée dans les verres de faux alcool dont chacun abuse, aucune ébriété en vue cependant.
Le désir est en berne.
La manipulation, l’insinuation la persuasion, l’érotisme, le lent bouleversement des rôles, les glissements de pouvoir, les inquiétudes, la montée du drame, non, rien.
Qui manipule qui ?
Personne.
Surtout pas les acteurs face au public. Le jeu est plein de compromis, de facilités.
Il ne devrait y en avoir aucun.
THE SERVANT
De Robin MAUGHAM
Mise en scène Thierry HARCOURT
Avec Maxime D’ABOVILLE - Roxane BRET - Xavier LAFITTE - Adrien MELIN - Alexie RIBES
A partir du 3 février 2015 - Du mardi au samedi à 19h, dimanche 17h30
Théâtre de Poche







