Projet Almanac

Que faire lorsque l’on peut voyager dans le temps ? Si vous posez cette question à une bande de lycéens américains, ils iraient simplement faire la fête dans un festival de musique trop cool et chercheraient à se rouler des pelles !

Voilà le beau sujet de Projet Almanac, qui va nous en dire beaucoup sur les mœurs bizarres des adolescents d’aujourd’hui. Produit par MTV et Michael Transformers Bay, ce petit produit de consommation vous demande de déposer vos neurones à l’entrée de la salle. Il ne vous servira à rien.

Un brillant lycéen découvre ainsi que son papa a conçu une machine pour voyager dans le temps. Il a deux copains geek, une sœur canon et sa découverte va attirer la bombasse du lycée dans ses filets. Comme Michael Bay produit la chose, nous avons droit à deux jolies actrices, aussi crédibles dans un lycée qu’un bon mot d’esprit dans notre fameux Almanach Vermot ! Leurs cuisses fermes et bronzés soutiennent l’intérêt car les autres têtards sont transparents !

Le film aurait pu être un hommage aux années 80 (type Explorers de Joe Dante ou Retour vers le Futur) avec un peu de poésie et de psychologie. Non, c’est un bon gros found footage de gueule, qui n’arrive même pas à respecter le principe de la réalisation à la première personne !

C’est, hélas, juste un film pour consommateurs de boissons énergisantes et de hits commerciaux. Ils sont assez désespérants. On devine un concept marrant mais à la fin, on se demande si la lecture du Vermot ne serait pas plus divertissante. C’est dire…

Avec Jonny Weston, Sofia Black D’Elia, Michelle de Fraites et Allen Evangelista – Paramount – 25 février 2015 – 1h40

Viet Cong: Silhouette

Judith Chemla aux 3 Baudets

Concert privé d’une comédienne à la voix d’or qui a surjoué sa partition devant un public d’amis.

Avec un cheval à la batterie et un berger allemand à l’accordéon, l’entrée en scène des musiciens masqués au Trois Baudets promettait un concert singulier... qui s’avéra raté.

La comédienne Judith Chemla, ancienne pensionnaire de la Comédie française, a une voix. Tantôt puissante. Tantôt douce, lyrique et jazzy. Aux Trois Baudets elle l’a forcé, s’est agitée. On l’a vu minauder et on s’est ennuyé.

La déception est d’autant plus grande que Judith Chemla a un talent fou. Elle chante en araméen, en anglais comme en français ou en arabe. Ses voyages comme ses rencontres l’inspirent. Elle transporte au gré d’un répertoire sans frontières.

Dans L’annonce faite à Marie de Paul Claudel aux Bouffes du Nord, Judith Chemla nous avait émus par son interprétation de Violaine. Elle avait repris avec beaucoup d’humilité la musique de la pièce signée Camille Rocailleux au Festival Madame Lune. On avait alors vu une chanteuse sur scène. Alors qu’aux

Alors qu'aux Trois Baudets elle s’est donnée en spectacle et l’on a vu la comédienne chanter. Dommage. Ce soir-là aux Trois Baudets Judith Chemla a chanté pour elle et pour ses amis mais pas encore pour le public. Une prochaine fois.

www.lestroisbaudets.com et en mai juin aux Bouffes du Nord

American Sniper

Le grand Clint Eastwood est en petite forme pour nous raconter les douleurs de la guerre.

On ne va pas lui en vouloir. A plus de 80 ans, papy Eastwood a le mérite de travailler comme un chef d’orchestre. Il fait des films régulièrement et il ne les bâcle jamais. On reconnait l’humaniste désabusé et le libertaire forcené dans ce nouveau film de guerre et un auteur au classicisme assumé.

Figure mythologique du cinéma, surnommé le dernier des géants, Clint Eastwood filme donc une authentique histoire américaine : le destin de Chris Kyle (joué par un Bradley Cooper massif et expressif comme une poutre), légende des snipers et héros de l’armée. Ce dernier s’est illustré en Irak. Il a sauvé des vies en tirant sur un nombre très conséquent d’ennemis. Même quand ces derniers sont des enfants.

Eastwood n’est pas un béni oui oui. La guerre, c’est traumatisant et Chris Kyle est un homme hanté par ses démons, qui lui demandent de revenir sur le terrain. Sage, le réalisateur d’Impitoyable, joue sur toutes les ambigüités de la guerre.

Il ne juge jamais. Conservateur mais ouvert, Clint East s’est déjà fait taxé de fasciste. Il a bien souvent montré qu’il voulait à travers ses films regarder au-delà du bien et du mal. Mais ici, il n’arrive pas à se libérer d’un patriotisme texan, un peu lassant.

Son héros se rêvait cowboy mais la figure du militaire courageux a depuis bien longtemps été égratigné au cinéma depuis la guerre du Vietnam et plus récemment dans le dépouillé et oscarisé Démineurs, film un peu jumeau d’American Sniper.

Pourtant Eastwood s’y attache et perd un peu de sa superbe. Lucide sur le conflit, il s’égare dans l’éloge du devoir accompli et du sacrifice du soldat. Il est moins critique que dans Mémoires de Nos Pères et Lettres d’Iwo Jima. Son film devient répétitif et s’enferme dans la logique du héros. Dommage car Chris Kyle fut tué par un vétéran de la même guerre. Ici, c’est une anecdote qui conclut le film, alors que c’est le vrai sujet de ce type de films : que faire des soldats, abimés par la violence et la guerre ? Eastwood s’est peut être trompé de film. Entre nous, on vous conseille de revoir l’exacerbé Maitre de Guerre. Beaucoup plus fun et moins pompeux !

Avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Jake McDorman et Luke Grimes – Warner Bros – 18 février 2015 – 2h12

Lacrimosa

Roman épistolaire dans lequel l’auteur entame un dialogue post mortem avec une amante suicidée, Lacrimosa est l’un des romans importants de la rentrée littéraire.

“Chère Charlotte. Vous êtes morte sur un coup de tête d’une longue maladie. Le suicide a déferlé dans votre cerveau comme une marée noire, et vous vous êtes pendue.”

Ainsi débute la correspondance que le narrateur va entretenir avec sa chère morte qui, de l’au-delà, prendra la peine de toujours lui répondre. Non pour le remercier de ses épanchements ou de ses souvenirs attendris, mais pour lui dire sans ménagement qu’elle n’est dupe de rien et surtout pas de ses tentatives d’embellir la vérité.

Avec ce roman intimiste qui flirte “dangereusement” avec l’autofiction, Régis Jauffret se livre à un exercice auquel il ne nous avait pas habitué. Mais il est des circonstances où la vie oblige à certaines compromissions. Ou, à tout le moins, à certaines obligations. Celle de rendre un hommage sincère à une femme aimée, trop tôt disparue, par exemple.

En choisissant la forme épistolaire, il évite toutefois l’écueil du pensum bouffi de nostalgie larmoyante. Sans rien renier, ni rien céder au pathos, il reconstitue une histoire en pointillé qui n’a sans doute pas été la plus intense de son existence, mais qui l’a bouleversé profondément.

On est touché par la sincérité du propos, par les tatonnements de la narration, par la volonté de reconstituer ces instants de vie disparus. On est aussi reconnaissant à l’auteur de la crudité de ses mots, de son ironie, de sa fantaisie et de son absence d’indulgence envers lui-même. On ne lit d’ailleurs pas Lacrimosa comme une oeuvre tendant à la perfection formelle, mais comme une déclaration d’amour post-mortem : humaine, entière et désespérée.

Fallait-il pour autant l’écrire ? Tout comme Charlotte en fin d’ouvrage, on ne peut éviter de se poser la question : “Ton chagrin, tu ne pouvais pas le garder pour toi ? C’était un triste trésor quand même et tu l’as dilapidé ! [...] Ton chagrin, tu voulais que tout le monde le goûte !”

218 pages - Gallimard

Luce: Polka

Birdman

Grand vainqueur des derniers Oscars, Birdman a toutes les qualités et les défauts de son cinéaste, auteur de Babel, 21 Grammes et autres drames qui ne font pas dans la demi-mesure.

Son style va pourtant bien à la folie qui habite Riggan Thomson, ancienne star d’Hollywood qui décide de monter une pièce de Raymond Carver à New York. Le bonhomme est hanté par son personnage de super-héros et il doit ainsi se découvrir acteur plutôt que star has been.

Un long faux plan séquence va donc nous conter la lente mutation de ce type torturé qui doit en plus subir les foudres de twitter, de comédiens mégalos, d’une fille droguée et d’un producteur un peu cinglé. Dans son théâtre de Broadway, la comédie lorgne souvent avec le tragique sur scène comme en coulisses.

Alejandro Gonzalez Inarritu est un virtuose. Sa caméra est omnisciente. Elle se promène dans le temps, l’espace, dans un unique élan qui effectivement impressionne. Il mérite son Oscar. Il a bien bossé et nous en met plein les mirettes.

Cependant cette extraordinaire talent possède lui aussi un ego qui finit par gêner : que raconterait Birdman s’il n’était pas filmé avec cette vitalité hors norme ? Peut-être une comédie dramatique sur la déchéance ! Ou une critique méta amusante sur le statut de star ou de comédien ! Mais rien de transcendant.

On s’amuse donc avec les clins d’œil à Hollywood et Broadway. Le « name-dropping » fonctionne à plein régime. Michael Keaton, ancien Batman, se lâche dans ce personnage qui lui ressemble beaucoup. Tous les acteurs sont électriques, proches de l'hystérie. Cela va avec le propos.

Sûr de ses forces, Inarritu se plait à critiquer le narcissisme mais avec sa mise en scène tapageuse tombe aussi dans une position de « m’as-tu vu ». L’énormité de la mise en scène empêche le spectateur de comprendre les personnages et les envies du cinéaste. Reste la spectaculaire virtuosité qui pourrait faire date effectivement…

Avec Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton et Naomi Watts – Fox Searchlights – 25 février 2015 – 2h

Spartacus et Cassandra

Une histoire vraie de deux enfants roms. Sous forme de témoignage, ce premier film du jeune réalisateur Ionis Nuguet touche en plein cœur.

Spartacus et Cassandra sont deux enfants roms. Venus de Roumanie à l’âge de 4 et 7 ans, ils vivent, cahin-caha, avec leurs parents, entre la rue, la mendicité, les expulsions. Camille est une artiste de cirque. Elle a planté son chapiteau et sa caravane non loin de leur lieu de vie. Petit à petit, elle s’attache à eux. Elle commence par les héberger puis devient leur famille d’accueil. Elle les cadre en valorisant l’école tout en leur offrant des moments de légèreté au naturel.

Aller voir Spartacus et Cassandra, c’est entrer dans un univers intime et poétique. Malgré la précarité du quotidien, la saleté, l’isolement, on danse, on chante, on s’aime. Le film mène à l’acceptation de la différence. Il fait découvrir des réalités loin des grands discours. « C'est une histoire d'amour à multiples facettes. D'une famille élargie. Celle qu'on ne subit pas. Celle qu'on se choisit. Sans trop oublier celle de ses origines», comme écrit Claire Rafin sur son blog Mediapart

Les enfants sont narrateurs de leur propre histoire. Tiraillés entre l’amour pour leurs parents au-delà de leurs fragilités, la peur d’être ingrats, ils nous confient en voix off leurs sentiments. Empli de dureté et de créativité, le film ne cache pas les heurts, les errances, les doutes mais il les dépasse.

Pendant 3 ans, le jeune réalisateur Ioanis Nuguet a plongé sa caméra dans le quotidien de cette famille rom. Il signe un premier documentaire prometteur tant par l’intelligence du propos, que le choix des scènes et la façon gracieuse de tourner la complicité frère-sœur, l’univers d’artistes engagés, la vie en équilibre. Allez-y !

Nour film - 11 février 2015 - 1h20

Electrosensible

Electrosensible, un tire bien trouvé pour un disque qui nous rappelle que le rock est une histoire de coeur et de tripes. 

L'aventure de Pat Kebra débute en 1978. Une éternité pour certains. Une époque glorieuse pour les punks, leurs mauvaises manières et leurs hymnes décadents. Pat Kebra fonde avec quelques potes rebelles, Oberkampf, auteur de de quelques titres bien sentis.

Ils hantaient le Gibus et le Bataclan. Ils ont rapidement explosé, comme tout bon groupe de punk qui se respecte. No future pour Oberkampf mais Pat Kebra n'a jamais baissé les bras depuis. Il s'est bonifié avec le temps. Du punk, il a dérivé vers des rives plus calmes mais où il peut conserver son authenticité.

Et lorsque l'on dit plus calme, cela reste du rock musclé, sans fioriture mais avec passion et rage. Pat Kebra aime les pochettes proches de la bédé! Il a tout d'un héros qui se bat seul contre tous, un défenseur noble d'un rock français qui ne se compromet pas.

Electrosensible est un titre bien choisi pour ce troisième album. Il y a du coeur et de l'énergie. Les esprits chagrins diront qu'il n'y a rien de nouveau. Mais il faut reconnaître que ces treize chansons sont écrites avec une détermination qui se conjugue avec une franchise qui électrise.

La première chanson se nomme Confidences. Les suivantes pourraient s'appeler elles aussi confidences. Ce type est un écorché vif mais surtout un amoureux de sa guitare, du rythme binaire et de tous les démons qui hantent le rock'n'roll. Il met tout dans ses chansons. Cela se ressent. On le remercie pour cela! On se sent vivant après l'écoute de son disque. Et c'est une qualité rare qui fait toujours plaisir à entendre.

Rue Stendhal -2015

Oberkampf: La Marseillaise

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