Tout est bon dans le Macron, Théâtre des deux ânes


Les Deux Ânes se mettent en Marche... et le paysage politique qui défile fait bien rire.
Pas si simple de caricaturer Emmanuel Macron mais comptez sur la fine équipe pour trouver des traits à tirer. Avec leur humour décapant et leur ton incisif, Jacques Mailhot, Michel Guidoni, Florence Brunold, Gilles Détroit et Emilie-Anne Charlotte s’amusent et nous amusent. Leurs chansons, sketchs, scénettes revisitent les thèmes de politique et de société à la sauce chansonnier.
Les rires fusent. Tout y passe : les JO 2024, la vente de Solferino, l’ascension fulgurante d’En Marche. Des jeux de mots bien trouvés, un sens de la dérision remarquable, ils ne reculent devant rien pour faire rire. Nos chers politiques, des anciens aux actuels, en prennent tous pour leur grade. Les oreilles doivent siffler à l’Elysée, comme à Matignon ou à la Mairie de Paris.
Vous comprendrez pourquoi il y a du monde au guichet de La Poste. Vous ne lirez plus vos livres de cuisine avec le même œil. Et vous n’écouterez plus les grands classiques de la chanson française avec les mêmes paroles en tête. Mention spéciale à Michel Guidoni et son talent d’imitation. Il fait livrer à Aznavour des confessions épilation et à Vianney un tour d’horizon des ministres disparus.
100 ans de scène, de culture politique, un vrai sens des mots. Bravo.
« Arrêtez de faire les beaux avec nos impôts »
jusqu’au 17 décembre 2017
Du mardi au samedi, 20h30, samedi 16h, 20h30, dimanche 15h
F(l)ammes, Ahmed Madani, Maison des métallos


Dix femmes sur scène, dix femmes qui ne répondent pas à la vision de la « française de souche », dix femmes qui questionnent notre rapport à l’identité. A travers des anecdotes, des contes, des histoires, ces femmes nous démontrent que nous sommes des êtres mosaïques.
En effet, nous ne sommes pas nécessairement ce que nous représentons visuellement pour les autres. Nous décidons de montrer certains aspects de notre personnalité. Le jeu du cache-cache identitaire est complexe, d’autant plus quand nous en apprenons parfois les règles en cours de jeu. Pour ces femmes, le poids du visible prend très souvent le pas sur l’identité individuelle. Elles sont d’origines maghrébines, africaines, antillaises et se revendiquent d’ici et d’ailleurs.
Entremêlé au questionnement de l’identité, le questionnement lié à la féminité est tout aussi grand et important. Le rapport à la féminité est différent selon les cultures, les combats rencontrés également. Certains sujets sont tellement tabous qu’ils n’ont pas le droit d’être cités. Certains sujets sont lourds et pesant. Mais entre toutes ces femmes, une même force les unies. On les voit s’épanouir sur scène, elles crient, elles débâtent, elles sont vivantes. Elles nous électrisent !
En tant que public, ces témoignages sont perçus comme véridiques. La frontière entre le jeu et la vie réelle est difficile à percevoir tant les comédiennes sont touchantes par leurs récits. Si on pouvait être lassé par la monotonie de dix histoires qui s’enchainent, on peut compter sur la mise en scène qui nous réveille. Je ne peux vous en dire plus !
Jusqu'au 29 octobre 2017
Maison des Métallos
Jolly New Songs

"D'apparence cela ressemble à un truc un peu dépressif mais finalement ils ressemblent à des cousins lointains de Deus, le groupe belge. Ils veulent s'échapper des conventions et tentent tout, à tout prix. Leur inconfort est finalement la richesse de l'album." Voilà ce que l'on disait il y a un an tout juste de Trupa Trupa. Le nouvel album confirme cette idée que l'on tient là une pépite.
Les Polonais de Trupa Trupa sont aujourd'hui l'incarnation la plus farouche du rock indé, émotionnel et captivant. Difficile de ne pas craquer pour ces petits gars qui se sont fabriqués un son rien qu'à eux du coté de Gdansk!
L'année dernière, Headache avait fait son petit effet et aujourd'hui Jolly New Songs montre que les barrières et les frontières s'estompent. Ils sonnent comme un groupe belge en pleine biture ou un groupe américain de chemises à carreau. Ils n'ont pas peur des disonnances. Ils travaillent même dessus.
Entre tradition et modernité, le coeur de Trupa Trupa balance. Comme leur pays toujours entre réflexes réactionnaires et envies de liberté. Ici on reconnait les grandes régles harmoniques du post rock mais il y a un petit quelque chose en plus. Les musiciens distillent une insolence assez sympathique.
Ils s'aventurent sur des plages électriques sans connaitre vraiment le chemin. Ils aiment bifurquer le plus souvent souvent possible. Ils ne s'interdisent rien. Mais ne perdent pas de vue la direction générale: un rock libre et pénétrant.
A l'image de la pochette, c'est rocailleux, pas toujours accessible mais c'est un vrai affranchissement qu'offre ce disque de toutes les conventions. Après Solidarnosc, on voit que la libération est toujours un sujet important pour nos voisins Polonais!
Ici d'ailleurs - 2017
The Babysitter

Merci Netflix pour ta production de nanars sympathiques qui n'ont plus leur place dans la salles de cinéma. C'est regrettable mais c'est comme ça!
Puisque désormais ce sont les grosses productions qui squattent les grands écrans. Les distributeurs ne veulent meme plus du concept à fort caractère. Parce que là, le décevant McG nous fait rêver avec sa baby sitter qui est aussi dangereuse qu'elle est belle. Hugh Efner a dû quitter notre Monde en découvrant cette amoureuse des enfants à la blondeur incroyable et à la silhouette affolante!
Elle conduit une super bagnole, adore les films de science fiction, et couve un jeune gamin, Cole: brimé à l'école, elle n'a pas peur de prendre sa défense. Tout le monde l'aime. Les parents décident de partir en week end et de confier leur progéniture à la belle blonde. Mais évidemment, trop parfaite, elle va révéler sa véritable nature à Cole...
Et ce dernier va connaitre la fièvre du samedi soir et avoir de sacrées suées. Car la baby-sitter a de l'imagination pour le meurtre et l'hémoglobine. Oeuvre de série B totalement assumée, The Babysitter ne vole pas haut et recycle sans vergogne les films d'horreur des années 80. La tranquille banlieue est donc mise à mal par une blonde féroce face à un gamin futé. C'est totalement idiot mais assez rigolo.
McG est peut être l'un des pires yesmen de la production hollywoodienne. Ses citations sont eighties donc savoureuses. Le film vaut ce que vaut le scénario et rien d'autres. C'est débile mais ca n'a aucune prétention. En période d'Halloween, ce teen movie d'horreur pourra vous aider à passer une bonne soirée, vite oubliée aussi.
Avec Samara Weaving, Judah Lewis, Hana Mae Lee et Bella Thorne - 2017 - Netflix - 1h25
The oath (le serment d’Hippocrate)

The Oath sort directement en dvd et n'aura pas droit à une sortie sur grand écran. Dommage car la mise en scène de Baltasar Kormákur est d'une emphase absolument réjouissante.
En France, la critique trouve que le cinéaste anglais Kenneth Branagh en fait trop. Depuis son premier film, ce fan de Shakespeare ne sait pas faire dans la demi mesure et aime les grands plans épiques, les monologues héroïques, le souffle grandiose et les décors gigantesques. Franchement, son cinéma met le coeur en émoi et c'est une très grande qualité. Ici, on le défendra!
Comme on a l'envie de protéger le travail de l'Islandais Baltasar Kormákur, équivalent de Branagh: venu du théâtre, le bonhomme s'est mis au cinéma avec une production impressionnante, visuelle, émotionnelle et presque arrogante. Il ne plait pas trop à la critique française.
Comme Branagh, Hollywood adore ce metteur en scène qui a refait l'un de ses films (Contrebande), réalisé un gros buddy movie pétaradant (2 Guns) et un drame sportif enneigé (Everest). C'est du cinéma physique mais pas décérébré. Ses films les plus intéressants restent ceux qu'il a réalisé en Islande. Il adapte très bien les polars froids venus du grand Nord Européen. Il est l'équivalent 7e art des auteurs scandinaves qui font des succès en librairie.
Ce que prouve The Oath, thriller assez glacial où un père de famille s'inquiète pour sa fille qui fréquente une petite racaille de Reykjavik. Petit à petit,cela va tourner à la psychose et le médecin va organiser une piège bien tordue pour remettre sa famille dans le droit chemin.
Il écrit, joue, produit et réalise. Baltasar Kormákur est omniprésent mais sert une histoire d'intelligence sournoise et de vengeance sociale. Au delà du récit, il y a une description clinique de la société islandaise. Ca fait froid dans le dos (oui c'est facile mais bon).
Avec sa ville enneigée et sa nature sauvage, le film est exotique mais il n'oublie pas d'être un polar haletant, étouffant et finalement assez réussi. Ca a du bon de temps en temps, un égo démesuré!
Avec Baltasar Kormákur, Hera Hilmar, Gísli Örn Garðarsson et Ingvar Eggert Sigurðsson - Universal - 2016
Unpeeled

C'est qui la première partie des Rolling Stones?
Pour ma part, je ne serais pas à Nanterre pour les concerts des Stones. Pas eu de place. Pas grave. Je les ai vu deux fois. Au parc des Princes pour le Urban Jungle tour en 1990. La première fois de ma vie que je rentre dans un immense stade. Puis en 1995 à l'hippodrome de Longchamp pour fêter l'obtention de mon bac. Plein de souvenirs!
Je ne pensais pas que les Stones continueraient de rouler à la naissance de ma seconde fille. Tant mieux pour eux. Tant mieux pour nous car ils ne sont pas si catastrophiques nos papys du rock. Ils trainent un peu la patte. Ils doivent être bien soutenus par toute une ribambelle de musiciens sur scène. Ca fera d'autres souvenirs à d'autres. On ne va pas être jaloux.
Néanmoins je ne suis pas très content car les spectateurs vont avoir un chouette groupe en première partie. En 1990, j'avais eu droit à Gun, un groupe qui a eu un petit succès avec une reprise. En 1995, j'ai entendu Eric Lapointe avant de me farcir Bon Jovi et son maquillage de peau rouge. Une date avant, à Montpellier, les premières parties des Stones se nommaient les Black Crowes et Bob Dylan.
Pas eu de chance de ce point de vue. Pour les trois concerts, les spectateurs vont donc découvrir les Anglais Cage the elephant qui vient justement de sortir un excellent live, qui résume leur courte carrière et montre l'influence des années 60 sur la production britannique.
Enregistré durant une tournée américaine, aidé par un quatuor de cordes, le disque assèche les compositions jusqu'à une certaine épure et on entend alors de nouvelles choses. On redécouvre des mélodies et pour cela, le groupe est excellent. Il fera la joie des mélomanes et des amateurs de rock tendre et puissant à la fois. Ils ne seront peut être pas dans la grande histoire du rock'n'roll mais ils nous prouvent que dans les petits coins de cette Histoire il y a des petits trésors!
Bref, cela dépasse largement les Bon Jovi et Gun et cela fait de la concurrence meme pour les papys du rock!
RCA - 2017
Democracy in America, Castellucci, Tocqueville,


Une œuvre qui interroge la naissance de la démocratie américaine, et permet de souligner les zones d’ombre de toute démocratie ; un spectacle total inédit.
Comment lois, chartes, compromis, batailles et traités de paix, ont émaillé et figé l’Histoire des Etats-Unis, à partir de l’aventure de pionniers puritains guidés par la foi, contre les Indiens, contre les Noirs, contre une Nature à dompter.
Le récit ici s’intéresse à une famille de paysans puritains, menacée de famine. Le dispositif nous donne à voir, à travers différents filtres (écran de projection, bâche en plastique), une petite communauté de pionniers. Le dos voûté à travailler la terre, les silhouettes nous rappellent les peintures de Millet. Premier tableau : il pleut sur le plateau, il fait nuit, la femme vient échanger (vendre ?) son enfant à un couple, contre un sac d’outils et de semences. Tableau suivant, deux indiens aux aguets évoquent l’échange, auquel ils ont assisté la nuit précédente. Ils s’enseignent des rudiments de langue anglaise ; l’un veut apprendre, l’autre non. Ils débattent et au sujet des visages pâles, disent en substance : « Leur langue ne désignent pas nos choses, mais c’est par leur langue qu’ils désignent ce qu’ils veulent nous prendre. » Tableau suivant : la femme n’arrive pas à avouer l’échange à son mari. Elle blasphème et c’est par une langue inconnue d’elle (la langue des Indiens précisément), que, possédée, elle avoue l’horreur de l’échange. Revenue à elle, elle est capable de décrire le dilemme qui l’a amené à ce choix. On entend le tribunal communautaire la condamner. Tableau final : une danse mystique, sacrificielle. Surgit alors l’opération cruciale, vertigineuse, le fondement de la tragédie : la catharsis. On se souvient ici du rapport étroit, de la gémellité presque, entre théâtre et démocratie.
On rêve éveillé, on admire la danse frénétique (entre derviches tourneurs et prêtres du Ku Klux clan) qui vise au sacrifice de la mère (femme malade, sorcière ?). Surtout on est secoué, saisi physiquement par la bande-son de Scott Gibbons. C’est comme si tout le théâtre vibrait sous les éclats des sabres brandis qui s’entrechoquent. L’œil aussi est fasciné par les images floues, par les reflets des sabres démultipliés, le scintillement de l’eau sur le plateau. On vit donc une expérience de spectacle total qui saisit notre corps et fascine notre esprit.
Ce spectacle de Claudia et Romeo Castellucci est concis (1h45), serré autour de son sujet ; moins orgiaque qu’ « Orestie » vu à l’Odéon en décembre 2015, (spectacle rappelons-le interdit aux moins de 16 ans), il donne encore à voir et à sentir une expérience inédite.
Les représentations de « Democracy in America » sont terminées à la MC 93 mais le Festival d’Automne continue jusqu’au 31 décembre 2017.
Programme en ligne : https://www.festival-automne.com/programme
Le programme de la MC 93 est disponible ici : https://www.mc93.com/saison
« Democracy in America », jusqu’au 22 octobre 2017 à la MC93 de Bobigny, dans le cadre du Festival d’Automne.
Ex Anima, Zingaro, Bartabas


Passée l'entrée du Fort d'Aubervilliers, on est déjà ailleurs. Devant nous, une esplanade de baraques et de chapiteaux, tout de bois, des caravanes et des vieilles voitures, un univers mi-cirque mi-far-west. Le chapiteau principal met immédiatement dans l'ambiance. Les décors et costumes des nombreux précédents spectacles sont exposés. L'histoire de la compagnie, son expérience, sa grandeur, sont annoncés, le voyage peut commencer.
Une fois installés au bord du manège, que des effets lumineux font ressembler à un gouffre ou à des ténèbres, l'expérience débute. Plongés dans l'obscurité, on n'a aucune idée de ce qui nous attend. Tout est possible, les chevaux seront libres à quelques centimètres parfois immobiles à nous regarder fixement, parfois au galop. Il faut rester muets, frissonner en silence et lâcher prise, se laisser porter pour une rencontre intime avec le Dieu cheval, la tête d'affiche. Parce que dans ce spectacle, plus que jamais, Bartabas et sa troupe laissent la part belle aux chevaux et disparaissent, s'effacent. L'homme est à terre, dans l'ombre, vêtu de noir, humble serviteur dédié à son maître dont il ramasse les excréments. Le cheval est en pleine lumière, seul sous les feux des projecteurs, sublimé, élevé, l'objet de toutes les attentions, les crinières magnifiquement peignées, le poil soyeux. Et le pari est là. Donner au spectateur l'illusion que le cheval est le maître, le seul arbitre. Lui restituer une apparente totale liberté et alors, prendre le temps de l'observer, d'un oeil nouveau: vivre, jouer, communiquer, hésiter, décider. Et le charme opère. Les chevaux révèlent une autorité naturelle, un calme et un sang froid supérieurs (surhumains?), une grâce majestueuse et une aura solennelle. Tel des éthologues, on se surprend à imaginer les liens qui unissent les chevaux, les rapports de domination, les sentiments. Une âme animale? sans doute.
Ainsi, avec "Ex Anima", ne cherchez point de cirque, ni de voltige ni même un seul cavalier. Seuls quelques oiseaux de paix sont encore autorisés à se poser sur la croupe royale. Le théâtre équestre de Bartabas ne monte plus les chevaux, il les élève. Dans une sorte de cérémonie presque religieuse, l'humain rend hommage à l'animal. Une expérience de tous les sens.





