Colorado

La Bretagne ca vous gagne!
Robin Foster réalise là bas des albums fabuleux et maintenant ce sont deux petits bidouilleurs de St Brieuc qui décident de se lancer dans le disque le plus cool de la planète.
Ils font donc absolument tout pour que vous vous sentiez bien dans l'univers assez balisé de la techno planante. On les a obligatoirement remarqués du coté des Vieilles Charrues mais les deux Bretons semblent avoir de grandes ambitions.
Leur disque est une visite guidée sur toutes les pistes de danse de la planète. Et à toutes les époques. Il y a des choses vintage comme des idées plus avant gardistes.
On est en tout cas très loin des titres désincarnés qu'offrent la musique électronique. Il y a de l'implication dans chaque morceau et cela s'entend à tout instant. La densité de l'oeuvre est impressionnante. Surtout quand il s'agit d'un coup d'essai.
Ils n'ont pas peur de faire dans la mélancolie. Il savent être efficaces quand c'est opportun. La maîtrise des deux musiciens soulèvent de grands espoirs. Leur disque est peut être le début du renouveau pour la fameuse french touch et ses duos de légende... Colorado, le nouvel Eldorado?
EAC records - 2019
The Wandering Earth

Le rejeton de Roland Emmerich et de Michael Bay est chinois! Attention les yeux!
The Wandering Earth a battu tous les records dans son pays, la Chine. Le box office lui a offert la première place et un succès incroyable. Et chez nous, ce sera Netflix. Au moins, on peut regarder un blockbuster pour le moins exotique!
Mais le film de science fiction a été fait pour vaincre les produits américains et le style n'est pas aussi asiatique. Le réalisateur Frant Gawo n'est donc pas un esthéte chinois mais un gros bourrin qui a dévalisé tous les tics et les tocs de Michael Bay et Roland Emmerich.
Ca peut faire peur. Ca peut fonctionner car le cinéaste assume tous les délires et les rebondissements les plus attendus. Et puis il y a le sujet, pas évident à assumer!
L'énorme succès de 2019 est donc basé sur une jolie idée de science fiction: la Terre doit s'échapper du système solaire car le soleil va exploser. On installe des réacteurs sur la planète et celle ci part dans en voyage vers l'inconnu.
Lorsqu'elle passe à coté de Jupiter, le projet part en sucette: l'attraction de la planète géante peut anéantir la Terre. Heureusement quelques hommes valeureux vont trouver une solution.
Mais on aura droit avant à de la destruction massive, des sacrifices à faire chialer un légionnaire et des explosions nucléaires à tout va! Le budget est le salaire d'un acteur Marvel mais l'efficacité est totale.
Certaines images sont vraiment troublantes. Il y a bien un respect d'une science fiction sérieuse et humaniste. Pourtant il faut plaire au plus grand monde et le film fait dans la redite du gros spectacle qui veut en coller plein les mirettes. C'est certes bien fait mais c'est assez limité. La réfléxion n'est pas celle d'un Stanley Kubrick qui regarde vers les étoiles. Loin de là. Mais l'exotisme subsiste malgré tout. L'influence américaine (et pas la plus glorieuse) fait rire. Bref, dans l'espace on ne vous entend pas crier mais on peut bien rigoler!
Avec Wu Jing, Qu Chuxiao, Li Guangjie et Ng Man-tat - Netflix - 2019
Les oiseaux de passage

A quoi ressemble un gros dealer de drogue en Amérique centrale? Il a normalement une grosse moustache drue, un pantalon patte d'ef, une grosse villa, des bimbos qui sentent la tequila et un système de valeurs pour le moins étrange...
Ciro Guerra et Cristina Gallego en ont peut être un peu marre de cette image d'épinal qui va de Scarface à toutes les fictions sur Pablo Escobar. Les deux metteurs en scène voudraient expliquer autrement la situation des cartels.
Les traditions. Les racines du mal. Appelons cela comme vous voulez mais le film nous envoie sur une toute autre histoire, celle ou se percute l'ancestrale mythologie et la modernité plus crue. Les coutumes vont se rompre sur le capitalisme le plus sauvage.
De passage, les oiseaux sont sauvages dans ce film. Ils observent tranquillement les hommes tomber, dans la facilité et dans la médiocrité pour quelques pesos de plus.
Un Colombien, mutique et discret, fasciné par ses racines Wayuu, peuplade qui vit isolé, profite "du commerce avec les étrangers". Il épouse une fille attachée aux traditions. Petit à petit, la petite entreprise ne connait pas la crise mais doit faire des choix cruciaux et le destin sera forcément tragique.
Finalement le film retrouvera le cahier des charges des films de gansters, entre grandeur et décadence. Avec trahisons malheureuses et tueries sanglantes.
Comme dans La Cité de Dieu, le petit cour d'eau devient un fleuve de drames en succession. Les rites cachent la démence et la démesure. Les prétentions brulent la raison. La croyance est un garde fou. Le film nous emporte dans un torrent de violence que l'on ne peut soupconner après une introduction quasi anthropologique.
La drogue, issue de la nature, fait tourner les têtes. Le style naturaliste du film n'empeche pas l'emphase et une volonté de divertir. Les oiseaux de passage aime surprendre. Un peu trop peut être. Le film manque d'honnéteté en se rattachant à des conventions plus hollywoodiennes. Il n'empêche: voilà un thriller franchement exotique!
Avec José Acosar, Carmiña Martínez, John Narvaez et Natalia Reyes - Diaphana - 24 avril 2019 - 2h05
Les crevettes pailletées

Pédales douces et aquatiques, voilà le programme de cette comédie jamais réussi mais très attachante.
C'est un film plein de défauts. On ne va pas les énumérer parce que bizaremment, il s'agit là d'une comédie française que l'on n'a pas détesté malgré ses raccourcis paresseux, sa mise en scène de téléfilm et son humour de bas du front.
Pourtant, à plusieurs moments, les Crevettes Pailletées commencent à sentir mauvais. Les auteurs réalisent un film à vue. On n'est pas loin de l'amateurisme mais les gars ont une vision et pas seulement dans les chorégraphies dans l'eau!
Le film s'inspire donc d'une histoire vraie, celle d'une équipe gay de Water Polo. Parce qu'il a éructé une belle insulte homophoble, le vice champion Matthias le Goff doit entrainer "une bande de tapettes" qui a une notion assez vague de l'effort collectif si ce n'est dans la blague potache. Pourtant le professionnel doit entrainer Les Crevettes Pailletées pour les prochains Gay Games en Croatie.
D'un coté, un beauf égoïste et de l'autre, une belle brochette d'homos tous stéréotypés. Il y a tout ce qu'il faut pour que l'on s'agace. Et bien non! La charme agit malgré les maladresses et les clichés. Les comédiens se donnent à fond. Le coté road movie tient ses promesses même si ce n'est pas d'une originalité folle!
De Paris à la Croatie, tout le monde va faire son petit chemin vers une certaine forme de tolérance et de liberté. C'est très joli, un peu attendu mais le film tient bien sa fonction de comédie tendre et volontaire. Il n'y a rien de démonstratif. Ce n'est pas le film champion de la nuance. Loin de là. Mais on comprend et apprécie bien l'amitié et la gaillardise des personnages qui deviennent rapidement attachant.
L'aspect manifeste et l'engagement des auteurs ne plombent pas le film qui ose même un final assez déroutant puis hilarant. Dans la morne plaine de la comédie française, cette comédie a du caractére. Juste pour cela, Les crevettes Pailletées devient un plat presque gourmet.
Avec Alban Renoir, Nicolas Gob, David Baiot et Michael Abiteboul - Universal - 08 mai 2019 - 1h40
The Father of the Bride

2 grands albums, un disque dispensable, un départ important... Vampire Weekend n'aurait pas dû survivre. Et pourtant...
Un beau jour, ce sont les petits étudiants de Columbia qui connaissent la gloire, le succès et les dollars. Les tatoués se taisent devant une bande de barbus qui feraient passer des hipsters pour des moyenageux. Vampire Weekend en profite pour réinventer la pop avec deux albums définitifs et indispensables.
Evidemment tout ce complique pour le quatuor. Le troisième album décoit et le fondateur et producteur Rostam Batmanglij se barre. On ne donnait pas cher de la peau de ce groupe toujous sympathique pour son ouverture d'esprit.
Ezra Koenig et les survivants reviennent donc après six ans d'absence. Ils sont plus grands et plus matures. Le reconnaissance, elle a été digéré. Ils se contentent de faire ce qu'ils savent: de savants cocktails.
The Father of the bride est un album réjouissant. Comme les autres, les musiciens s'amusent à fusionner les genres et les styles dans le même morceau. Ici, il y en a beaucoup: dix huit!
On a donc de tout et on pense au fil de l'écoute à Peter Gabriel, David Byrne et bien sûr Paul Simon. Comme lui, c'est le capital sympathie qui sauve tout et fait échapper les chansons à toute critique.
Avec des idées aussi ouvertes sur la pop, on est bien obligés de les aimer ces gars là! Ils font entrer avec une aisance les cultures de tous les pays, les sons de toutes les contrées dans une pop toujours exigeante mais jamais prétentieuse.
On retrouve cette incroyable légèreté de l'être. C'est une bouffée d'air frais. Un joli moment euphorique. Loin des angoisses d'un père qui amène sa fille à l'église, c'est certain!
Beat my distance

Voyage dans le temps, en bonne compagnie!
On your own, premier morceau de Beat my distance est une machine à remonter dans le temps. En quelques minutes, nous sommes bien dans les années 60 avec des effets de voix, des pédales de distorsion ou des superpositions d'instruments.
Le second, Daffodils, lui, va sortir une nappe de synthétiseurs et les musiciens vont installer un pique nique assez pop, toujours psychédélique. Ca butine entre les Beach Boys ou Jefferson Airplane.
Après ce duo de chansons, on peut l'avouer: Anemone est un groupe très fréquentable. Et cela se confirme au fur et à mesure des titres. Anemone ressort les pattes d'ef, les grandes robes blanches et les couronnes de fleurs. Le petit tambourin et un vieil orgue vintage. Ca sent bon le soleil Californien ou l'expérimentation anglaise.
On remonte le temps et Anemone prouve que cette musique n'a pas pris une ride. En mid tempo, le groupe cherche le petit trip musical, raffiné et hédoniste.
Les chansons se ressemblent peut être un peu trop mais c'est essentiellement agréable. On retiendra d'ailleurs la voix assez envoutante de Chloé Soldevida, effet spécial à elle toute seule.
Jolie découverte de printemps.
Luminelle records - 2019
Eau chaude à tous les étages, Le Quatuor Ariane, Auguste Théâtre


1955. Nous sommes à la veille du Salon des Arts ménagers avec quatre jeunes femmes, employées à l'hôtel Moderne, à Paris. Demain, l’hôtel sera complet.
Elles doivent s’activer pour que tout soit prêt pour accueillir les clients. Mais en l’absence du patron, elles prennent le temps de bavarder, chanter et danser…
Mais les femmes ne se limitent pas au bavardage léger, le quatuor réfléchit également sur la condition féminine et rêve d’émancipation. Se rêver indépendante, est-ce renoncer aux hommes ? S’émanciper, est-ce se pervertir ? Le quatuor se questionne avec les mots d’hier sur la place de la femme des années 50 mais ce questionnement résonne encore aujourd’hui.
Après le spectacle d’opérette Bruit de couloirs, le Quatuor Ariane engage une réflexion sur un travail plus théâtral en faisant un travail de réécriture musicale d’opérettes (principalement de la première moitié du XXème siècle) en s’ adaptant aux timbre des voix du groupe. Chacune a son empreinte, son style propre mais le tout s’articule dans un univers musical cohérent.
Le pari était de pouvoir réunir un public varié allant des connaisseurs aux néophytes, en alternant sujets graves et piques légères. Le quatuor passe avec simplicité et spontanéité du texte parlé aux chansons.
Entre rire et réflexion, cette comédie hôtelière nous permet de faire le plein de bonne humeur. Le quatuor Ariane nous offre une interprétation pétillante grâce à leur énergie et à la mise en scène qui swingue.
Mai 2019
Eau chaude à tous les étages
Le Quatuor Ariane – Eléonore Sandron, Morgane Billet, Agathe Trébucq, Flore Fruchart
Auguste Théâtre Auguste Théâtre
6, impasse Lamier
75011 Paris
www.augustetheatre.com
ANOUK, Asja Nadjar, Théâtre La Flèche


Anouk est une très vieille dame qui vit seule dans sa maison. Plutôt mourir que quitter son intimité pour le collectif d’une maison de retraite. Elle assume plutôt bien sa décision, jusqu’à ce jour pas comme les autres où, voulant épousseter le buste de son défunt mari, elle fait une chute, qui la laisse d’abord sonnée puis délirante.
Asja Nadjar incarne donc sous ses airs juvéniles (elle a 28 ans) une dame très âgée et cela ne choque personne. Au contraire, la proposition est très intéressante, car, sans être réaliste, l’incarnation est forte, crédible et réussie. Le parler fort avec un accent suisse-allemand, quelques expressions verbales caractéristiques, la lenteur du geste, les membres apparemment gourds, la posture, tout y est. Asja campe un personnage, mais dessine aussi son environnement, ses habitudes, ce qui la met en joie, ce qui l’agace, tout un monde intime et une vraie personnalité : « un phénomène ! » comme dit Monsieur le Maire au sujet d’Anouk.
Asja Nadjar est jeune diplômée du CNSAD et trace sa route ici seule en scène, interprétant son propre texte. Inspirée par sa grand-mère et concernée par ce sujet d’actualité sociale (son collectif « Grosses Fleurs » intervient régulièrement en EHPAD), Asja Nadjar campe une vieille dame coquette et gaie, qui parle à l’âme de son mari disparu, fait signe à son voisin et engueule quiconque empiète sur sa propriété privée. De ses années passées au Conservatoire, Asja cite volontiers l’enseignement d’Ivo Mentes et continue avec plaisir à explorer l’art du clown (voir le bel article de Jean-Pierre Thibaudat (1) sur le spectacle de sortie du Conservatoire d’Asja mis en scène par Ivo Mentes, intitulé « Surtout, ne vous inquiétez pas »). L’influence du clown se fait subtilement sentir dans Anouk ; dans la construction physique du personnage, dans le regard et son accroche franche au public et dans la fantaisie à l’œuvre bien sûr, chez la vieille femme énergique et peut-être aussi dans ses délires. Si Asja Nadjar admire l’œuvre de Zouc et de François Cervantès, ce sont surtout Beckett et Ionesco qui l’ont inspirée dans l’écriture d’« Anouk » : « O les beaux jours », et « Les Chaises » notamment. Au Théâtre de la Flèche (77 rue de Charonne, Paris 11, https://theatrelafleche.fr/), c’est une belle version aboutie de 50 minutes que l’on pouvait entendre jusqu’au 27 avril. Mais Asja ne compte pas en rester là ; le projet vit et se fera entendre à nouveau, à n’en pas douter et à surveiller…
En compagnie de ses anciens camarades, Asja Nadjar sera en résidence au Val de Reuil pour 3 semaines de création et 2 jours de présentation publique les 31 août et 1er septembre prochain pour le Festival « LES EFFUSIONS ». Un événement né en 2016, fruit du travail et de l’imaginaire de jeunes talents, à vivre chaque année non loin de Paris juste avant la rentrée (2).
Avant de nous quitter, la talentueuse Asja nous recommande le spectacle de ses camarades de la compagnie Le Pari des Bestioles: « C’est la Phèdre », mis en scène par Jean Joudé, créé aux Effusions en 2017 et à voir du 21 au 25 mai au Théâtre Montfort (3), Paris, 15ème. Une fête des morts tonitruante à ne pas manquer. Par ailleurs, Asja jouera dans « C’est la Phèdre » aux Arènes de Lutèce le 14 juin prochain.
« ANOUK », un spectacle avec et d’Asja Adjar, vu le 26 avril 2019 au Théâtre La Flèche à Paris; prochaines dates à surveiller.
2) Sur l’édition 2018 du festival LES EFFUSIONS, lire le bel article de Jean-Pierre Thibaudat (encore !) https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/030918/theatre-le-vivier-de-val-de-reuil
Not waving but drowning

Retour du petit prodige anglais. Face à la difficile épreuve du second album.
Puisque évidemment on va penser au petit chef d'oeuvre de rap très cool signé Loyle Carner. Yesterday's Gone fait du bien aux oreilles et au moral. La voix sûr et délicate du jeune rappeur surprend et plait. Ses textes sont des histoires douces, amères et souvent spectaculaires.
Pourtant il aime les atmosphères jazzy. Ce mélange de délicatesse et d'efficacité lui a permis d'avoir une nomination au prestigieux Mercury Prize. Mais évidemment il est attendu au tournant.
Ca ne loupe pas: on est un peu déçu par ce deuxième album où l'on est quand même très loin de la noyade artistique comme pourrait le suggerer le titre de ce nouvel opus.
Les ingrédients sont à peu près les mêmes. Les copains qui lui donnent un coup de main sont toujours l'excellent Tom Misch ou Jorja Smith. Son sens de la narration est toujours aussi touchant.
Mais on regrette qu'il n'est pas tenté autre chose. A son âge, avec un seul album, il aurait pu sortir de sa zone de confort, essayer de nouvelles ambiances. On est bien embêté de dire de mal de ce disque parce qu'en plus, il est assez réussi, agréable et on le conseille largement.
AMF - 2019




