Rendez vous avec le crime

C'est une mode anglaise: le crime typiquement british. Avec toute une ambiance qui va du pub rempli de lads jusqu'à l'odeur du thé en passant par les campagnes bien arrosées. Dépaysement garanti!
Samson O'Brien revient à Bruncliffe. Un village perdu dans le Yorkshire. Parce qu'il a eu l'imprudence de quitter ce bled, la rancune colle aux baskets de cet ancien flic, au passé douteux. Qui a en plus l'idée saugrenue d'ouvrir une agence de détective privé.
Et comme dans tous les petits villages, il y a forcément des secrets et même des meurtres! Curiosité pour toute la communauté de Bruncliffe, Samson va devoir s'allier à la belle et revancharde Delilah pour faire la lumière sur de drôles de mystères...
Il y a donc du paysan bourru, du commercant jovial, du rival violent, du flic un peu endormi et tout un village que l'on imagine sans problème. Julia Chapman nous fait visiter un lieu typique de l'Angleterre.
C'est très amusant. Les personnages sont charmants et certains, très ambigus. A commencer par le héros qui ne manque pas de charisme et de son amie, Delilah, forte personnalité assez séduisante. Pour eux, on veut bien se promener dans les maisons de retraite ou les fermes abandonnés.
C'est la qualité de ce roman qui glisse avec aisance sur le genre "cosy mystery". Il ne se passe pas grand chose mais tout est dans le détail. Pas besoin de violence pour faire monter la pression. On est entre Agatha Christie et les excellents thrillers de Louise Penny.
Très loin des décors urbains ou d'ultra violence glauque: une moto rouge, un chien sympa et des séances de speed dating en pleine campagne suffisent à notre bonheur!

La bete noire - Robert Laffont - 384 pages
Godzilla 2 le roi des monstres

Comme une vraie icone de la pop culture, ce bon vieux Godzilla continue d'être le héros de films maladroits, un peu ratés mais très sympathiques!
Car s'il faut chercher un authentique chef d'oeuvre dans la longue filmographie de la créature atomique, il faut aller à la source, le tout premier film d'Inoshiro Honda en 1954. Ensuite on a une succession de séries B plus ou moins agréables. Le monstre a connu des hauts et des bas.
A Hollywood, on a mis Roland Emmerich sur le coup mais il ne comprenait rien au mythe (et au cinéma d'une manière générale mais c'est aussi pour cela qu'on l'aime notre teuton hollywoodien). On a eu droit à un nanar qui lorgnait plus sur Jurassic Park.
Des années plus tard, aidé par le succès des Gamera au Japon, le retour de King Kong par Peter Jackson et le passionné Pacific Rim de Guillermo del Toro, Godzilla s'est remis à parler anglais en 2014 avec un film louable mais très maladroit.
Cette fois, le réalisateur Michael Dougerthy (l'excellent Krampus) ne fait pas dans le détail: on rentre dans le vif du sujet. Il sacrifie les personnages et le scénario. Ce qui compte c'est le roi des monstres et ses gros adversaires qui cassent tout sur leurs passages!
Donc notre dinosaure nucléaire va affronter de sacrés grosses bestioles. Dougherty et son équipe sont très respectueuses des faits passés de Godzilla. Ils ne tentent pas de dépasser ce qui a été fait. Les monstres ressemblent à leurs ainés, même si on frole le ridicule (Rodan est assez rigolo à ce niveau). L'univers de Godzilla n'est pas mixé à la sauce américaine. Non, il y a cette saveur un peu aigre autour de ce spectacle de désolation et de destruction!
Godzilla représente toutes les ambiguités de la toute puissance. Ca y va fort à ce niveau. Les monstres attaquent et ratiboisent toutes les capitales. C'est très bête. Mais excessivement jouissif. Godzilla a de la gueule. Les quelques humains autour de lui sont des pantins qui servent d'excuses pour mettre en scène des combats de catch entre créatures gigantesques.
Ce sont des bons comédiens mais ils nous font bien rire avec leurs dialogues sans queue ni tête pour justifier la présence de titans sur notre petite planète, dans un gros blockbuster qu'il faut prendre pour ce qu'il est: un plaisir coupable!
Avec Kyle Chandler, Vera Farmiga, Millie Bobby Brown et Charles Dance - Warner Bros - 29 mai 2019 - 1h50
Atlas shoulders

Ils ont un physique de rugbymen mais un petit coeur tendre qui leur fait écrire de jolies chansons qui mériteraient beaucoup de succès...
Et ca semble pas mal marcher pour les frangins Pierce. Jack et Pat sont très costauds. La musique, ils l'ont joués dans la rue. A Melbourne et dans de nombreux pubs australiens. Comme de vrais Wallabies, ils ont de larges épaules mais ils savent surtout raconter de belles histoires avec quelques instruments qu'ils s'échangent avec joie et bonne humeur.
Toute personne qui voit les deux lascars en concert sera conquis par le sourire permanent et la complicité réel des Jack et Pat Pierce. En Australie, ils se sont faits un solide réputation. Ils comptent bien faire la même chose un peu partout dans le Monde.
Après des EP impressionnants, ils sortent leur premier album et la déception pointe un peu. Ca sent la redite. Ils axent sur les refrains entêtants et multiplient les chansons aigres douces mais généreuses.
Cela donne un disque qui se répéte un peu. Heureusement ce n'est jamais mauvais. Au contraire, ca nous réconcilie un peu avec le fameux terme "pop rock" si cher à nos radios commerciales. On est dans un esprit cool avec la volonté de faire le bien. Ce sont deux grands et farouches rêveurs. C'est mignon tout plein. Comme si les deux musculeux étaient simplement des bisounours mélomanes. Ca peut suffir à notre bonheur.
Rocketman

Tu es une vieille star! Tu as du mal à remplir les salles! Tu veux soigner ton ego? He bien Hollywood t'attend pour faire un joli film coloré à ta gloire!
Après Queen, c'est au tour d'Elton John de frapper à la porte des grands studios avec une version romancée de sa vie tumultueuse, entre les drogues, l'alcool, le sexe et les ordonnances un peu trop chargées. A la différence de Bohemian Rhapsody, Rocketman a le grand mérite d'affronter les vrais soucis de la star anglaise.
Mais Elton John a vu sa vie épargnée par cet amour sûr pour la musique, qu'il a partagé avec son ami de toujours, Bernie Taupin. Alors son biopic ressemblera à une comédie musicale. Bonne idée: le réalisateur, qui a dépanné sur le biopic de Queen, Dexter Fletcher, brouille les pistes. La réalité sera tordue autour des chansons du binoclard rigolard mais toxico!
La biographie d'Elton John joue donc avec la vérité. L'égo de la star est soigné par l'essence de son talent, qui sauvera la vie plus d'une fois à l'artiste qui a explosé à l'âge de 23 ans, aux Etats Unis.
Rocketman devient donc une comédie musicale qui ne brise pas les tabous, qui contourne avec habileté tout ce qui fache et qui fait le boulot avec une rigueur presque britannique. La vie d'Elton John est une grande fiesta qui va l'entrainer au bord du gouffre mais lui offrir une gloire unique en son genre.
Ca manque clairement de caractère et de personnalité. Elton John produit donc aucune remise en question. Mais le traitement cherche à surprendre. Ce qui est déjà pas mal quand on a droit à l'habituel discours autour de la figure du génie incompris, de la folie du succès ou de la dangerosité des drogues!
Le jeune Taron Egerton fait le job pour interpréter le solitaire et excentrique héros. Le reste du casting est excellent. La vie de la star méritait certainement un long métrage. Et les numéros musicaux sont un ravissement pour tout cinéphile. Mais ces élans de folie sont trop controlés. Trop sages. Quand on compile tous les excès d'Elton John, un punk aurait pu et du faire le film...
Avec Tara Egerton, Bryce Dallas Howard, Jamie Bell et Richard Madden - Paramount - 29 mai 2019 - 2h01
La poule aux œufs d’or, Claude Izner, éditions 10-18


Après les douze volumes des aventures de Victor Legris, libraire rue des Saints-Pères à Paris à la fin du XIXe siècle, les deux sœurs Laurence Lefèvre et Liliane Korb (alias Claude Izner) ont opté pour un autre personnage, tout aussi intéressant, Jeremy Nelson, un jeune pianiste américain. Cette fois, si les intrigues se passent toujours à Paris, elles ont lieu durant les Années folles.
La poule aux œufs d’or est le troisième opus de cette saga. On retrouve bien sûr Jeremy, mais aussi le jeune Sammy, qui prend davantage d’importance et l’accompagne désormais dans ses aventures, tout en se découvrant une passion pour le cinéma. Si celui-ci n’en est pas à ses balbutiements, il ne connaît pas encore le parlant. Et voici les deux amis immergés dans le monde du septième art, avec sa magie, mais aussi ses - gros- défauts. Personnages aux egos surdimensionnés, midinettes-starlettes avant l’heure- qui rêvent de gloire, réalisateurs insupportables et à la limite de la caricature, bref le décor est planté.
Après la scénariste qui disparaît mystérieusement, d’autres suivront et des cadavres seront trouvés : il se passe décidément des choses étranges pendant le tournage ! Chacun des personnages est haut en couleurs, de la jeune kleptomane au magicien, décrit avec précision, d’une écriture fluide, et tellement réaliste qu’on s’imagine le voir si l’on ferme les yeux. C’est un élément récurrent dans les ouvrages de Claude Izner : grâce à leur utilisation du langage recherché ou de la gouaille, les descriptions vestimentaires, les improbables aventures d’inconnus et les clins d’œil à d’autres -plus connus- on pourrait se croire au cinéma. Leur univers est en effet très visuel. Et toujours extrêmement bien documenté.
Ici, l’intrigue est menée de façon haletante et, de la matriochka cachée dans le piano de Jeremy au conseiller artistique mystérieux, tout est mené tambour battant. Mais qui est l’assassin ? Vous le saurez en lisant ce livre…
Amyl & the sniffers

En Australie, on aime le rock à l'ancienne.
Elle s'appelle Amy Taylor. Blonde, elle a partagé un appartement à Melbourne avec quelques joyeux rockeurs. Ensemble, ils ont dû faire surchauffer la patience des voisins en découvrant les joies du bon vieux rock'n'roll.
Celui qui casse les oreilles. Le rock qui se joue vite et pas toujours bien. Le rock des Ramones et des punks primitifs. La belle Amy Taylor bavarde avec un entrain que l'on entend pas depuis longtemps. C'est vintage.
Pourtant on est saisis ces dernières semaines par ce retour à un rock qui balance grave sans contrainte et avec une envie certaine d'en découdre. Tout récemment, les DC Fontaines ont remis la rue au milieu de la scène musicale anglaise. Les petits bourgeois vont pouvoir rougir de plaisir sur des riffs furieux de ce groupe australien au mauvais gout original.
Et en plus, Amy Taylor a le sex appeal et la voix de ces gonzesses qui n'ont peur de rien dans le milieu viril du rock. Elle a une énergie que tout homme jalouserait. Son trio de potes, tout droit venus des années 70 (avec une petite passion pour la coupe mulet), reproduisent ce rock rageur et populaire avec un sens de la fraternité qui devrait faire son petit effet sur scène.
Rough trade records - 2019
Yours to keep

On poursuit notre périple de l'autre coté du Monde avec un groupe assez gonflé et très attachant: Sticky Fingers!
Il faut dire qu'il faut une certaine dose de folie ou de jemenfoutisme pour prendre le nom d'un des plus fabuleux albums des Rolling Stones. Les doigts gluants. La grande classe pour un groupe au look assez fantaisiste, qui ne déplairait pas aux Nordistes de Marcel et son Orchestre.
Dylan Frost et ses copains ont une touche impossible mais ils défendent bien une idée. La musique n'est qu'une question de fusion. Leurs chansons se promènent sur un spectre aussi large que l'Australie.
Leur musique est mainstream mais elle est d'abord ludique puisque les musiciens ne sont jamais là où on les attend. Le chanteur semble avoir une vie aussi dissolue que Keith Richards. Ses soucis se concentrent dans sa musique.
On entend donc un rock poli, qui glisse vers des choses plus urbaines de temps à autres. On pourrait parler de musique psychédélique puisque le groupe a clairement la bougeotte et change de registre dix fois, et parfois plusieurs fois sur la même chanson.
La sobriété de l'album surprend un peu mais ce disque donne de l'espoir pour la pop. Elle peut échapper aux standards. Elle peut avoir un aspect réellement populaire, vivant, qui nous réconcilie en quelques chansons avec le genre!
Sureshaker & Sticky Fingers - 2019
Douleur et Gloire

Pedro Almodovar se livre. Le filtre est plus mince que jamais. Il retrouve Antonio Banderas, double malicieux du cinéaste. Les retrouvailles sont sincères mais un peu vaines.
Que c'est beau, un film d'Almodovar! Comme un Woody Allen, c'est un rendez vous. Dont on ressort rempli et heureux. Raffiné, le cinéaste parle de lui pour toucher à l'universel. Ses coquetteries cachent une profondeur qui fait aimer son cinéma et le septième art du manière générale.
Douleur et Gloire n'échappe pas à la régle. Les décors sont chiadés. Les femmes sont fanstasmées. Le scénario se vend au dieu cinéma. Les entourloupes de Almodovar sont finalement louables car tout est tourné vers cet art qui a fait d'Almodovar, une référence internationale. Les jeux de miroir ont été sa marque de fabrique.
Cette fois, il se regarde frontalement. La seule astuce: il retrouve son complice d'Attache Moi, Antonio Banderas. Le comédien jubile à se faire la tête de Pedro. Il embrasse tous ses angoisses et toutes ses drôles d'habitudes.
Salvador Mallo est donc un réalisateur sans idée et sans scénario. Il n'est que douleurs. Il vit avec ses médicaments, sa secrétaire et sa bonne. Il doit pourtant sortir de sa retraite lorsque son plus grand succès doit être célébré par la cinémathéque. Le passé refait surface...
Et notre homme est submergé, entre un comédien faché, des habitudes toxiques, un ancien amant et surtout des souvenirs prenants de sa maman. Et au milieu de tout cela, il y a le cinéma. Cette passion dévorante. Ce recul nécessaire. Cette clef de voute à l'existence dans le cas du héros et du véritable Almodovar.
Douleur et Gloire est un film sur le cinéma, véritable colonne vertébrale d'un anxieux défaitiste un peu misanthrope. C'est le bilan de santé d'Almodovar. Le cinéma construit et nourrit les souvenirs. Il s'en inspire. Pour Almodovar, c'est une grande lessiveuse de sentiments.
C'est donc très beau. Mais peut être un poil convenu. Le couplet personnel sur la mère ressemble à une redite de certains de ses films précédents. Il n'y a pas de surprise. Mais il ne faut pas bouder son plaisir quand un grand comédien retrouve un grand cinéaste, il y a forcément un fascinant spectable à admirer! Ce n'est pas douloureux, ne vous inquiétez pas!
Avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia et Penelope Cruz - Pathé - 17 mai 2019 - 1h50




