Yves

Un rappeur sans ambition rencontre un frigo plus intelligent que lui… Farce loufoque, Yves manque cruellement d’ambition. Restent les acteurs !
Il s’appelle Jerem. Il se voit en rappeur glorieux. Il squatte la maison de sa grand-mère décédée. Un beau jour, il voit débarquer un beau frigo intelligent et sa responsable, So. Le frigo change la vie du garçon qui mange mieux donc améliore ses performances. Il n’est pas non plus insensible au charme de So, qui admire l’intelligence artificielle d’Yves. Oui, Yves est le nom du frigo : ce n’est pas la dernière loufoquerie de cette comédie qui se moque de nos mœurs.
Car le discours est assez classique. Plus on communique, plus on est seul. La technologie nous aliène. Le discours de la performance nous détruit en tant qu’individu. Benoit Forgeard refait le coup de Her, le film de Spike Jonze. Ce n’est jamais une mauvaise chose de soulever des débats. Mais encore faut il se donner les moyens
Hélas la bonne idée de départ ne tient pas totalement la route. S’il nous amuse avec son anti héros, lâche, vantard et finalement très heureux de solitude moderne, le réalisateur a bien du mal à tenir le rythme avec des scènes parfois cocasses, parfois génantes.
Ce qui marchait à l’époque des Monty Python Flyin’ circus n’a plus le même intérêt maintenant. Voir deux frigidaires se défier pour plaire aux hommes autour d’un apéritif, ce n’est pas très efficace. Un passage avec un procès est un peu lourd. Le film laisse souvent une impression de maladresses autour d’un montage qui aurait gagné à être plus ciselé, plus dans le détail. On se demande bien ce qu’aurait pu faire les créateurs du Message à Caractère Informatif et de La Personne aux 2 Personnes avec un tel sujet.
C’est finalement la mise en scène qui nous endort un peu alors que les acteurs sont d’une fraicheur incroyable. William Lebghil confirme qu’il est bien un acteur comique. Doria Tillier a un charme inhabituel à l’écran. Philippe Katerine et Alka Balbir sont des seconds rôles parfaitement décalés. Loin du frigo, les personnages sont plus intéressants. Le produit d’appel est finalement un peu trop encombrant.
Avec William Lebghil, Dora Tillier, Alka Balbir et Philippe Katerine – Le pacte – 26 juin 2019 – 1h47
Child ‘s play: la poupée du mal

HA CETTE BONNE VIEILLE POUPÉE CHUCKY, MOINS TRAUMATISANTE POUR L’ÉPOQUE QUE D’AUTRES FILMS MAIS QUI AVAIT QUAND MÊME MARQUÉ SON TEMPS!
ELLE FAIT SON GRAND RETOUR DANS CE REMAKE CONTEMPORAIN. ON OUBLIE TOUTES LES SUITES DIVERSES ET VARIÉES ET ON RECOMMENCE TOUT EN TRANSPOSITION: CHUCKY DANS LE MILLÉNAIRE CONNECTÉ.
EXIT CHUCKY ET WELCOME BUDDY, VOTRE NOUVEAU COMPAGNON MADE IN CHINA. A DÉFAUT DU TRUC MYSTIQUE OU L’ESPRIT D’UN DANGEREUX CRIMINEL ENTRE DANS LE CORPS DE LA POUPÉE. CETTE FOIS C’EST LA PROGRAMMATION ÉLECTRONIQUE QUI A ÉTÉ ENTIÈREMENT REFAITE ET QUI REND LE PRODUIT DÉFAILLANT ET LIBRE.
VOTRE COMPAGNON POUR LA VIE EST DÉJÀ UN PSYCHOPATHE QUI NE SUIT AUCUNE RÈGLE ! LES PERSONNAGES SONT ATTACHANTS ET CONVAINCANTS. L’HISTOIRE SE MET DOUCEMENT EN PLACE COMME UN CONTE DE NOËL, AVANT DE VIRER AU CAUCHEMAR.
LE CÔTÉ HORRIFIQUE RÉSIDE SURTOUT DANS LE VISUEL DE CHUCKY, IL FAIT CARRÉMENT FLIPPER LE TRUC SÉRIEUX IL EST DEGUEULASSE ! LE THÈME ABORDÉ A DU SENS, CE QU’ON VOIT À LA TV OU AU CINÉMA INFLUE MÊME SUR LE COMPORTEMENT D’UNE POUPÉE MÉCANIQUE COMME CELA INFLUE SUR UN HOMME.
LE FAMEUX CERCLE DE L’ART IMITANT LA VIE IMITANT L’ART. HA CETTE BONNE PART DE RESPONSABILITÉ QU’ON RENIE SOUS COUVERT D’ÊTRE INFLUENÇABLE PAR CE QUI NOUS ENTOURE. UN PEU À LA BLACK MIRROR, DES QUE LA TECHNOLOGIE ENTRE EN COMPTE, ON NE RÉPOND PLUS DE RIEN. PAREIL POUR TOUTES LES NOUVELLES SOURCES D’ENREGISTREMENT VOCALES TELLES QUE GOOGLE OU ALEXA, QUI ENREGISTRE À NOTRE INSU...
A CE NIVEAU LÀ LE MESSAGE EST BIEN AMENÉ, LA RÉALISATION AUSSI. ET LE TOUT APPORTE UN PEU DE FRAÎCHEUR À CETTE HISTOIRE. BIEN ÉVIDEMMENT ON PENSE À L’ORIGINAL. TOUT N’ÉTAIT PAS PARFAIT, TOUT NE L’EST PAS ENCORE MAIS LE SUJET PRÊTE DIFFICILEMENT À FAIRE MIEUX. L’EFFORT EST BIEN LÀ, AVEC DES SCÈNES SYMPATHIQUES POUR UN FILM D’HORREUR DIVERTISSANT ET AU FINAL TRÈS FAMILIAL... BIZARRE NON?
Avec Aubrey Plaza, Gabriel Bateman, Mark Hamill et Tim Matheson - Paramount - 19 juin 2019 - 1h32
Bird songs of the killjoy

Dans la continuité de la coupe de Monde de football féminin, on vous propose de rester en bonne et belle compagnie avec une sélection bien à nous, des femmes moins athlétiques mais tout aussi performantes!
Arméno américane, venue de Syrie, Bedouine nous emmène dans son monde, loin de tous les bruits et de toutes les fureurs. Loin de toutes les frontières. Elle possède dans son bagage le Moyen Orient mais aussi les chansons traditionnelles américaines.
Le cocktail ne plairait pas à l'actuel président des Etats Unis car la belle trouve surtout un équilibre fascinant et évident dans sa musique marquée par ses diverses racines. On sent chez elle la chaleur du désert mais aussi l'influence d'un Océan qui permet de voir loin. La musique faussement anodine montre un gout pour la subtilité et la nuance.
On devine chez elle une passion pour les grands de la folk comme Leonard Cohen ou Nick Drake mais les arrangements sont riches et ne veulent pas s'éteindre pour un dépouillement salutaire. Non, le style de Bedouine est séduisant. Discrétement, on est hypnotisé par cette jeune femme qui réserve des petites surprises tout le long de son disque.
Installée à Los Angeles, Bedouine a ce gout très californien pour des orchestrations exquises. La générosité ne se confond pas avec la lourde emphase. Elle n'en finit pas de nous avoir avec sa grace et son élégance d'écriture.
On appréciera tout particulièrement la guitare, venue d'un son jazzy, qui évite l'impression d'une redite, d'une répétition ou d'un ton monotone. Au contraire, ce disque est d'une force assez incroyable avec cette force tranquille qui embarque avec un raffinement que l'on entend si rarement.
C'est ce que l'on appelle du soft power!
Spacebomb - 2019
Quelqu’un de bien

New York. Ses femmes. Ses fêtes. Ses clichés!
Jenny vient de se séparer. Elle ne s'en remet pas. Elle habite à New York et son nouveau boulot se trouve à San Francisco. Elle s'est battue pour l'avoir mais son coeur lui dit que la raison peut se tromper dans certaines circonstances...
L'amour lui joue donc des tours. Et lui fait essuyer quelques cuites monumentales. Heureusement pour Jenny, il y a ses deux copines. Elles sont très différentes. Elles ont de gros défauts. Mais ce sont ses copines et c'est important au moment de prendre de grandes décisions.
C'est magnifique comme un dossier Biba ou les pages cultures de Public. Jennifer Kaytin Robinson, aime ses héroïnes et surtout le décor new-yorkais. C'est une publicité géante pour la vie nocturne de Big Apple.
C'est assez bien photographié mais autrement, cela ventile des clichés assez exaspérants entre la lesbienne qui a du mal à s'investir dans une relation et une blonde friquée qui veut échapper à sa condition... Les sitcom font cela mieux que dans cette comédie romantique qui a tout de même le mérite de parler sans détour d'excès en tout genre. Mais bon, cette visite de New York avec un trio féminin est tout à fait dispensable.
Avec Gina Rodriguez, DeWanda Wise, Brittany Snow et Lakeith Stanfield - Netflix - 2019
Le Daim

Jean Dujardin aime son blouson en daim... cela suffit à Quentin Dupieux pour nous plonger une fois de plus dans son univers absurde, qui pourrait tourner en rond.
Mais la plus belle idée du film, c'est Jean Dujardin. Depuis quelques mois, ces choix de rôles sont très courageux. Le box office ne rend pas hommage à sa prise de risque et ca ne va pas s'arrêter avec le film du prolifique Quentin Dupieux.
Le cinéma de ce dernier est si loufoque qu'il en est déconcertant et même hermétique. Une fois de plus, tout son système semble anti commercial: un film court et austère autour d'une idée folle et simple à la fois.
Georges a 44 ans. Il s'est fait plaqué par sa femme. Il ne trouve son salut que dans l'achat couteux d'un vieux blouson en daim. Ca suffit à son bonheur: non, il voudrait que tout le monde stoppe le port d'un manteau...
Et il devient apprenti cinéaste, avec la complicité d'un serveuse monteuse qui s'ennuie dans un bar au fin fond d'une montagne triste. Dupieux fait de Dujardin, un étrange double, barbu, maladroit et un peu dangereux aussi.
Ce jeu de miroir n'est pas toujours convaincant. Le réalisateur instaure une fois de plus une ambiance étrange, qui joue le contre pied en permanence. Il s'amuse avec la déconcertation voulue. Mais c'est justement ce recul pris par le réalisateur qui gène. On connait la méthode et le style du cinéaste depuis longtemps (Steak date de 2007 tout de même): on n'est plus surpris. On attend juste les excès et les incongruités. Sagement. Avec un peu de paresse aussi.
Reste un Jean Dujardin, génial dans le solitaire qui perd la boule. Le costume lui va très bien. Effectivement il a assez de charisme pour remettre le daim à la mode.
Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Albert Delpy et Pierre Gomme - Diaphana distribution - 19 juin 2018 - 1h17
Not somewhere

On parlait il y a peu du génial Neil Young, Canadien perdu dans les grandes prairies musicales américaines. Voilà un autre Canadien qui bidouille de la musique à sa manière. Old school.
Le groupe Siskiyou réunit deux échappés de Great Lake Swimmers. Leur musique est assez aride mais le duo aime le lyrisme malgré tout. Avec eux, on retrouve le charme de ce son lo-fi, un peu sale mais tout à fait fréquentable.
En tout cas, le premier titre de leur quatrième opus nous charme avec une économie de moyens désarmante. Une douce voix, un piano de bar et une guitare douce. Stop Trying est une opération de séduction. Le reste qui va suivre sera du même niveau.
L'extrème sincérité de l'écriture nous attrape par les oreilles. Le disque ressemble à une confession. Les musiciens se livrent sans détour. Les cris d'enfants, les intrusions incongrues, la voix douce amère, la guitare qui rappelle les premiers Beck...
On a rapidement l'impression de connaître ce groupe qui tout en mid tempo réussit à nous toucher, comme si Leonard Cohen rencontrait des musiciens de Pavement. Comme Neil Young, Colin Huebert branche ses instruments à son âme et en livre les tourments.
Ce n'est pas un album agréable et poli. Mais c'est un disque qui se livre au fil des écoutes. Souvent le signe des grands songwriters...
Constellation - 2019





