Stubby

Un chien qui sauve des vies américaines... il y a tout pour le pire cauchemar de l'animation. Chouette: Stubby est sauvé par une étonnante mélancolie.

On devine à chaque instant ce qu'aurait pu être ce dessin animé si Disney ou un autre gros studio s'étaient emparer de cette histoire vraie de la Première Guerre Mondiale. Les trompettes de la gloire. Des scènes spectaculaires. Un chien tout mignon pour vendre des figurines et des peluches.

Divine surprise: Stubby est un film simple. Les finances ne sont pas colossales. Cela oblige à beaucoup d'astuces et de volonté pour raconter la grande guerre à travers les yeux d'un chien, courageux et qui se comportera comme un chien.

Nouvelle idée assez rassurante: pas d'anthropomorphisme. Pas de clin d'oeil avec un public cynique ou une envie de détendre l'atmosphère. Non, rien de tout ça: Stubby est un chien abandonné qui deviendra la coqueluche d'une troupe d'Américains perdus au milieu de nos tranchées. Il aboie. Il court. Il se comporte comme un toutou. Il cabotine tout de même. Il tente de survivre comme son maitre.

C'est là le point fort de ce dessin animé pour les enfants: il aborde un sujet peu traité, la guerre. La mise en scène prend alors bien soin d'enlever toute violence. Pourtant le drame n'est pas edulcoré. Il est personnalisé par une voix off qui nous offre une jolie note de nostalgie et par l'amitié entre le maître et un soldat français qui semble donner de la vigueur au morne Gérard Depardieu qui prète sa voix.

Constamment le film apporte des touches mélancoliques qui nous permettent d'oublier une production un peu chiche mais qui a du coeur, à l'image de Stubby. On est vite désarmés. On oublie l'affreuse affiche et les préjugés. Stubby est une belle découverte pour les petits et les grands, heureux d'échapper à l'ogre industriel aux grandes oreilles.

Eurozoom - 22 mai 2019 - 1h28

Young & dangerous

Des petits Anglais se prennent pour les Guns ou Aerosmith... le big barnum du rock'n'roll continue pour notre plus grande joie!

Depuis 2014, The Struts évitent soigneusement de ressembler à d'autres groupes anglais de leur époque. Les quatre garçons dans le vent prennent le large. Ils convoquent plutot Gary Glitter ou Freddie Mercury.

Ils aiment jouer du rock comme des divas. On devine chez eux, la folie des grandeurs. Ils ont tapé dans l'oeil de Rolling Stones et les Foo Fighters. Rien de surprenant: ils semblent écrire pour les stades et chercgent à emporter les foules.

Leur détermination est louable. Leur gout pour le kitsch fait rire franchement. Mais il est vrai que ces clowns semblent vouloir être pris au sérieux. Ce deuxième effort détaille tous les talents de ces joyeux drilles du rock'n'roll!

On roule donc sur les routes poussièreuses de ce rock qui crache et fait des flammes. The Struts sont bien les descendants de The Darkness et tous ses artistes qui ont mis des paillettes pour se prendre pour des gros rockeurs bien baveux.

Les lignes sont claires. Les riffs sont bruyants et Luke Spiller, leader à la voix criarde, fait le show. Le petit plus du disque, c'est cette introduction d'éléments bien groovy dans le moteur crasseux du rock. Ce n'est pas du meilleur gout mais le quatuor est habile et arrive à nous convaincre qu'il pourrait être l'avenir du rock, genre qui n'a plus la cote du coté des charts du Monde entier... wait & see.

Interscope records - 2019

Longtemps

Effectivement cela faisait très longtemps que Constance Verluca était silencieuse. 12 ans de réflexion pour un second joli disque très sixties.

Longtemps. Il faut monter loin dans le temps pour trouver la source d'inspiration de la parisienne endormie. On entend bien dans ses chansons l'influence de Françoise Hardy avec ce sens de la ritournelle éthérée mais vite essentielle.

Constance Verluca vient à la musique de temps en temps donc elle va effectivement vers des refrains délicats au propos doux amer. Elle entretient cette fausse naïveté qui fait le charme de la pop des années 60.

Longtemps. Cela faisait effectivement un bail que l'on n'avait pas entendu un disque aussi joliement ficelé. Aidé par le discret mais solide Julien Baer, les notes se fredonnent et les instruments se lovent avec une infinie souplesse.

La chanteuse nous embarque dans un petit univers simple et direct. Il y a quelque chose d'enfantin. L'épanouissement de Constance Verluca se ressent et elle nous donne de l'énergie avec des chansons souvent courtes mais délicieuses par leur sincérité.

Longtemps. Longtemps, cet album va rester sur votre platine. Parce la chanteuse a un charme incroyable, parce que la musique cache des arrangements comme on n'en fait plus. Parce qu'il est la chose la plus futile et formidable du moment, Longtemps est un retour assez grandiose d'une artiste un peu trop discrète.

Varenne Varenne - 2019

BIGRE – Pierre Guillois – Théâtre du Rond-Point

Bigrement drôle !

Deux hommes, une femme : trois voisins de palier. Ils vivent chacun d’entre eux dans des boîtes aux allures de chambres de bonne. Chaque personnage, chaque chambre a son identité. Les trois habitations mitoyennes en coupe longitudinale sont face au spectateur, comme trois diapositives, trois vignettes d’une pellicule cinématographique en mouvement permanent.

Les personnages sont singuliers. Mon premier est un Hardy moderne à perruque vivant dans un 9 m2 hyperconnecté. Mon deuxième est un Laurel Robinson vivant dans un fatras de boîtes empilées et dormant dans un hamac. Ma troisième est une Baby Doll vivant dans un 9 m2 "Girly". Mon tout est un enchaînement de gags burlesques rappelant les gestuelles de Keaton, le silence musical des films muets. Les tableaux se succèdent autour de rapports de séduction, de voisinage, et de relations sociales, chaque personnage évoluant en interaction avec les autres. Une cohabitation forcée qui donne naissance à une polyphonie colorée de sens et d'esprit.

Molière de la meilleure comédie en 2017, Bigre emporte rapidement le spectateur dans la mécanique du rire, du comique de situation, en passant par le comique de répétition, de gestes et de caractère. L’humour se veut grinçant, voire "trash". Appuyé par une technicité de haut vol et des enchaînements millimétrés, le spectacle défile à un rythme visuel et sonore qui maintient les zygomatiques du spectateur en haleine. Une farce folle à ne pas manquer.

 

https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/bigre1/

Tournée :
3 ET 4 DÉCEMBRE 2019 SCÈNE NATIONALE / ALBI (81)
13 ET 14 DÉCEMBRE 2019 LE CARRÉ / SAINTE-MAXIME (83)
17 ET 18 DÉCEMBRE 2019 THÉÂTRE D’ESCH / LUXEMBOURG
15 MAI 2020 LES BORDS DE SCÈNES / JUVISY-SUR-ORGE (91)
DU 2 AU 27 JUIN 2020 LE QUARTZ – SCÈNE NATIONALE / BREST (29)

Parasite

Comédie acide, satire sociale, huis clos angoissant et Palme d'or mérité, le nouveau film du génial Bong Joon Ho est un spectacle plein!

Le prix prestigieux remis à Cannes est une nouvelle fois la preuve de l'effervescence du cinéma sud coréen. Depuis Pulp Fiction, la Palme est enfin remise à un film qui cherche autant le divertissement que la réflexion. Ce n'est pas une bête à concours ou un film exotique. C'est tout simplement un sacré bon film.

Pour simple rappel, Bong Joon Ho est un cinéaste qui touche à tout. Avec un génie incroyable. Memories of Murder est une pépite noire. The Host revisite le film de monstre avec malice. Mother crêve le coeur. The Snowpiercer montre que son talent s'exporte. Okja (oeuvre pour Netflix) souligne l'intelligence de l'auteur. Tous ses films nous mènent à Parasite, farce politique et théâtrale d'une incroyable virtuosité.

Le papa picole. La mère plie des boites de pizza. Les enfants s'accrochent au portable pour oublier leur condition. Les Ki Taek survivent dans un sous sol sordide. Un ami du fiston propose un job de professeur particulier dans une famille riche de la ville. Le fils accepte en trompant la mère aisée avec de faux diplomes. C'est le début des nombreux mensonges qui va sauver la famille Ki Taek du naufrage social.

Les outrances sont des coups portés à la société coréenne. La charge impressionne. Bong Joon-ho n'a jamais été tendre avec son pays en scrutant le Monde d'en bas. L'ascenseur social est foutu en Corée du Sud et le réalisateur s'installe souvent au sous sol. Les Bas fonds. Et ne vous inquiétez: le réalisateur atteint souvent l'universalité d'un discours déçu par le monde qu'il décrit.

Cette dénonciation n'est pas nouvelle mais le réalisateur sait mener sa barque avec une dextérité qui fait de lui un des metteurs en scène les plus passionnants. En limitant l'intrigue à une sublime maison d'architecte, le cinéaste nous promène dans des pièces magnifiques et raye petit à petit le vernis d'une réussite éclatante.

Un jeu du chat et de la souris s'organise. Le mensonge entraine le danger. la beauté cache des régles troublantes. C'est Claude Chabrol qui se met à cohabiter avec David Fincher. Le film se met sous tension: sans cesse, le réalisateur taquine par des idées de réalisation le spectateur.

Une toile se tisse. Le parasite n'est pas celui que l'on croit. L'opportunisme nous entraine vers un drame inéluctable. Parasite est un excellent thriller. Et la dénonciation est assez drôle. Le rire est jaune mais omniprésent. Amoureux du 7e art, le cinéaste jongle avec les genres. C'est souvent très beau. Peu de défauts. Pas de déchet. Voilà une Palme d'or qui a une classe folle!

Avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong et Jang Hye-jin - Les bookmakers - 5 juin 2019 - 2h12

X Men: Dark Phoenix

HALALA QU’EST-CE QUE JE NE FERAIS PAS POUR JESSICA CHASTAIN (MAIS EN BLONDE C’EST PAS PAREIL) ! ON VA PAS SE LE CACHER: LES X-MEN C’EST QUAND MÊME DE PIRE EN PIRE.

DANS LA SAGA NOUVELLE GÉNÉRATION, Y’A « LE COMMENCEMENT » (LE SEUL PAS RÉALISÉ PAR BRYAN SINGER JE DIS ÇA ....) ET PUIS APRÈS (« DAYS OF FUTURE PAST » ET « APOCALYPSE » QUI PORTAIT BIEN SON NOM). C’EST DU GRAND N’IMPORTE QUOI QUAND MÊME ET A TOUS LES NIVEAUX, Y’A RIEN A GARDER.

MAIS BON COMME IL PARAIT QUE C’EST LE DERNIER DE LA BOUCLE (IL PARAIT MAIS COMME ILS SONT CLAIREMENT CAPABLES D’EN PONDRE UN EN UN RIEN DE TEMPS MAINTENANT QU’ILS SONT RACHETÉS PAR DISNEY ET QUI ADORE TOUT REFRANCHISER). AUTANT TOUT VOIR COMME ÇA ON PEUT CRITIQUER EN CONNAISSANCE DE CAUSE.

C’EST TOUJOURS CONSTRUIT DE LA MÊME FAÇON. COMME LES MARVEL OU AUTRES ME DIREZ VOUS. MAIS 7 FILMS X MEN SANS COMPTER LES SPIN OFF SUR WOLVERINE ONT FINI PAR ME LASSER. IL N’Y A PLUS D’ENJEU, PLUS D’ENGOUEMENT. ON LE REGARDE PARCE QU’IL FAUT ALLER JUSQU’AU BOUT MAIS POUR MA PART LE PLAISIR N’EST PLUS.

J’AI L’IMPRESSION DE VOIR LE MEME FILM ENCORE ET ENCORE ET JE ME FAIS BIEN CHIER ! LE PLUS GROS PROBLÈME C’EST SCÉNARISTIQUEMENT PARLANT. C’EST SIMPLE Y’EN A PAS: AUSSI BATEAU TU MEURS, MÊME POUR DU SUPER HÉROS ! OUI, NON, POUR OU CONTRE, LE BIEN ET LE MAL, BLA-BLA-BLA, ÇA TOURNE EN ROND POUR PAS GRAND CHOSE. XAVIER ME SAOULE DE PLUS EN PLUS AVEC SES BONNES PAROLES ...

ALORS LA BONNE NOUVELLE C’EST QUE C’EST PEUT-ÊTRE LE MOINS PIRE DES 2 DERNIERS. ON EST PAS AU MEILLEUR DU «COMMENCEMENT » MAIS ÇA SE REGARDE. LES EFFETS SPÉCIAUX SONT PAS DECONNANTS: LA SCÈNE D’INTRO EST TRÈS AGRÉABLE MAIS ÇA ILS SAVENT Y FAIRE!

CE N’EST QU’APRÈS QUE ÇA SE GÂTE DANS LE 3EME ACTE, ÇA PART EN CACAHUÈTE AVEC LA SCÈNE DU TRAIN. PAR PITIÉ NE JAMAIS FAIRE DE SPIN OFF SUR CYCLOPE OU TORNADE, CETTE SÉQUENCE EST TELLEMENT MOCHE AVEC CES DEUX PERSONNAGES QUE L’ON SE CROIRAIT CHEZ DC (VANNE DE GEEK). MAIS EN DEHORS DE CE PETIT ACCRO, JE SUIS PLUTÔT SURPRISE DANS LE BON SENS DES EFFETS SPÉCIAUX.

MERCI À QUICKSILVER QUI AMÈNE UNE BONNE DOSE DE CRÉATIVITÉ ET DIABLO AUSSI. PAR CONTRE, DÉSOLÉE MAIS SENSA STARK N’A PAS LA CARRURE D’UNE JEAN GREY (TOUT COMME DAENERYS N’AVAIT PAS CELLE DE SARAH CONNOR). LE FILM AURAIT DU S’ARRÊTER À L’HISTOIRE DE JEAN ET DU PHŒNIX ET ÇA AURAIT ÉTÉ LARGEMENT SUFFISANT MAIS NON IL Y A L’AJOUT DES EXTRATERRESTRES, DE LA MÉCHANTE,(STORY LINE QUI SORT DE NULLE PART) ET DES VARICES LOL (LORD VARICE ? BON OK JE SORS) C’EST BIEN DOMMAGE !

2H C’EST LONG A MEUBLER MAIS ON PEUT S’ATTENDRE VU LE BUDGET À UN PEU PLUS QU’UNE FEUILLE DE PQ ! BON PAR CONTRE Y A UN GROS PROBLÈME DANS LA CHRONOLOGIE NON ? SANS SPOILER Y A QUAND MÊME UN TRUC QUI CLOCHE GRAVE. ET IL ME SEMBLAIT QU’À LA FIN DE APOCALYPSE JEAN AVAIT DÉJÀ SES SUPER POUVOIRS. OU ALORS ÇA VEUT DIRE QU’ILS FONT ENCORE PLUS FORT ET RETOURNE DANS LE PASSÉ À CHAQUE FILM?

DÉJÀ QUE C’EST COMPLIQUÉ MAIS ALORS LÀ: IL FAUT ARRÊTER. BREF C’ÉTAIT PAS L’EXTASE MAIS C’ÉTAIT BIEN MIEUX QUE CE QUE J’AVAIS PRÉVU. FORCÉMENT Y AVAIT MATIÈRE À FAIRE BIEN MIEUX ET LA BONNE MORALE CULCUL, ON S’EN SERAIT BIEN PASSÉ. EN ATTENDANT MOI J’ATTENDS « LES NOUVEAUX MUTANTS » SI ÇA SORT UN JOUR. AU MOINS ON CHANGERA UN PEU DE DISQUE.

AVIS AUX AMATEURS

Avec Sophie Turner, Jessica Chastain, James McAvoy et Michael Fassbender - 20th century fox - 5 juin 2019 - 1h50

Aller retour

Un trio qui fait de la musique comme de la brocante... pourquoi pas?

Ce sont encore des bidouilleurs qui vont nous faire danser l'été. Comme beaucoup de leurs camarades,Nicolas Boisseleau, Arnaud Bonet et Pierre Della Monica ont de jolis petits ordinateurs puissants pour stocker des tonnes de musiques trouvés dans la discothèque de leurs papas ou des grands parents.

Bon Entendeur remixe à tour de bras. Il va chercher très loin ses inspirations. C'est leur marque de fabrique. Il bricole autour de vieilles chansons ou de superbes textes de PPDA ou Beigbeder! Bah oui, pourquoi pas après tout...

Ils font du neuf avec du vieux. Ils font le buzz avec un art certain du kitsch. Mais il est vrai que leur musique a une classe folle, donne la fièvre et envoie de belles vibrations. Avec eux, on est sur que l'été arrive et que le plaisir sera de la partie.

Le trio dépoussière pour que la musique d'antan retrouve un éclat moderne et inédit. Ca fait un peu racoleur. On peut toujours se poser des questions sur l'esprit créatif et la véritable valeur ajoutée des trois mixeurs propres sur eux.

Ils sont à la pointe de la tendance. On a en face de nous une démonstration de "cool" qui sera absolument la bande son de l'été. Bon Entendeur pratique l'équilibre avec un sens précis de la mélomanie.

Ils sont agacants tellement ils sont irrésistibles! So 2019!

Columbia - 2019

Gece

Si vous cherchez du dépaysement encore, voici le disque idéal pour soigner vos idéaux et vos r^ves cet été. Le rock turc ou une nouvelle façon de s'évader.

Bon on a fait un tour du coté de l'Australie, on va revenir chez nous mais d'abord on fait un petit arrêt en Turquie. C'est là bas que vous pourrez vous offrir un beau moment de liberté et d'évasion.

En voulant faire revivre le rock des années 70, le septet d'Altin Gun (l'age d'or en tur) fait dans psychédélisme total. Il mélange avec une habileté incroyable les traditions et la modernité. On entend bien les vieux rêves de 68 dans leur musique souvent planante mais on devine une énergie bien actuelle, qui renvoie aux espoirs de la jeunesse turque.

En tout cas les utopies d'hier (très belle pochette vintage) rejoigne le monde d'aujourd'hui sans aucun problème avec ce groupe heureux d'être perdu dans le temps. Car les doux rêveurs peuvent facilement vous entrainer sur une piste de danse avec des refrains accrocheurs et des vieux synthés décidement à la mode.

Distribué par le très américain Dave Matthews, ce disque pourrait vous convaincre de danser tout l'été. En tout cas, cela ressemble très fort à la bande son idéal pour la saison chaude!

ATO Records - 2019

Maya une voix, Eric Bouvron, Théâtre Essaion

 

« MAYA, UNE VOIX » illustre comment - par quelle alchimie ou quelle opération de magie blanche - une petite fille traumatisée restée sans voix, cultive son point de vue intérieur pendant des années avant de l’affirmer haut et fort, devenant une voix qui compte, finalement une grande voix de l’Amérique contemporaine.

« MAYA, UNE VOIX » est une harmonieuse mise en abyme (un spectacle en chansons inspirée de la vie d’une chanteuse et poétesse) et une création originale collective née de la rencontre de deux compagnies : Eric Bouvron dirige BAREFOOT, il raconte des histoires du monde entier (de l’Afrique du sud où il a grandi au Groenland qui lui a inspiré « Thé sur a banquise » et crée notamment des ponts entre la France et l’Afrique) ; THE BIG FUNK COMPANY, de son côté, est à l’origine de spectacles bilingues qui font entendre des auteurs américains à des publics anglophones et francophones et privilégie l’échange culturel franco-américain. Une alliance se noue, pour faire entendre en français la voix de Maya Angelou, poétesse américaine et militante pour les droits civiques, de son vrai nom : Marguerite Annie Johnson.

Maya Angelou est née en 1928 dans l’Arkansas, un Etat ségrégationniste. Elle est attirée tôt par la scène et les voyages : elle chante dans des clubs à San Fransisco, tourne en Europe dans « Porgy and Bess », enregistre l’album « Miss Calypso », voyage en Egypte, s’installe au Ghana, côtoie Malcom X et Martin Luther King. C’est à la mort de ce dernier (le jour où elle fête son quarantième anniversaire) qu’elle décide de s’installer à New York et de se consacrer à l’écriture. Elle écrit des œuvres autobiographiques et des poèmes qu’elle met en voix. Par son courage et son engagement, elle a influencé de nombreuses personnalités noires américaines, mais sa voix résonne bien au-delà des Etats-Unis, grâce notamment aujourd’hui au spectacle « Maya, une voix ».

A l’étranger, les mots de Maya Angelou résonnent aussi fort que ceux de Martin Luther King ou de Nelson Mandela. Mais en France, leur diffusion reste confidentielle. Même si on l’a vue déclamer un poème le jour de l’investiture de Bill Clinton, invité par ce dernier, en Europe Maya Angelou est davantage connue, il me semble, comme un exemple de résilience. Car son histoire est celle d’une petite fille qui subit un traumatisme à l’âge de 8 ans et décide de se taire définitivement, persuadée que ses mots ont tué un homme : « Les mots sont puissants. Je crois que les mots sont vivants. Ils ont le pouvoir de guérir mais parfois ils ont le pouvoir de tuer. » C’est la rencontre avec un tuteur de résilience, la charmante et érudite Mrs Flowers, qui la décide à user de sa voix, à expérimenter son pouvoir et sa singularité. Elle ne s’arrêtera jamais, jusqu’à sa mort en 2014.

C’est justement autour de ces deux moments que se développe le spectacle musical « Maya, une voix ». Maya Angelou s’apprête à monter sur scène et à s’exprimer devant le nouveau Président des Etats-Unis et devant des millions de téléspectateurs ; elle s’arrête et se rappelle son enfance, cette époque où elle a perdu sa voix, puis l’a reconquise. Flash-back musical dans l’Arkansas des années 30 : les cinq comédiennes en scène interprètent tous les rôles masculins et féminins (Ursuline Kairson seule interprète Maya Angelou) en excellentes comédiennes et chanteuses. Dès la première minute, ce chœur de femmes nous cueille et nous fait frémir sur un air de gospel. Certaines mélodies sont enregistrées (comme le thème de Maya créé par Nina Forte), mais la plupart des chants (gospel, jazz et blues) sont interprétés a capella. Les changements de costume à vue (enfiler un chapeau, un foulard, des gants blancs) permettent de passer d’une situation et d’un lieu à un autre rapidement. La mise en scène d’Eric Bouvron (qui a reçu en 2016 un Molière pour sa mise en scène des « Cavaliers ») évite les grands effets de style et préfère la simplicité et l’efficacité. Les cinq comédiennes chanteuses nous embarquent avec générosité, insufflant un élan assez irrésistible à ce spectacle musical qui nous touche profondément. Grâce à cette équipe inspirée, les mots de Maya Angelou passent enfin la barrière de la langue et nous invitent à nous laisser inspirer à notre tour par cette femme libre, poétesse et militante au cœur éternellement sensible, modèle d’une forme de reconquête personnelle  au féminin.

Venez vous ressourcer de musique et d’espoir au Théâtre Essaïon les vendredis et samedis à 19h45 (jusqu’au 15 juin) puis à 21h30 (du 28 juin au 27 juillet). Réservations au : 01 42 78 46 42 www.essaion.com

 

Pour les curieux, de nombreux enregistrements de Maya Angelou sont disponibles sur Youtube (entretiens, poèmes déclamés…)

 

Jusqu'au 27 juillet 2019

« MAYA, UNE VOIX », un spectacle musical inspiré de la vie de Maya Angelou ; une création collective  de Eric Bouvron, Julie Delaurenti, Tiffany Hofstetter, Sharon Mann, et Elizabeth Wautlet, mis en scène par Eric Bouvron, sur des musiques originales de Nina Forte et des standards de blues et de jazz.

Avec Ursuline Kairson dans le rôle-titre, Julie Delaurenti ou Sharon Mann, Vanessa Dolmen, Tiffany Hofstetter ou Elizabeth Wautlet et Audrey Mikondo.

 

 

 

 

 

 

 

Armistice day: live at the domain

Attention nous sommes encore en Australie et on a retrouvé un vieux vestige qui tient encore debout!

C'était fini. Vous n'auriez jamais du revoir le groupe Midnight Oil, auteur de quelques succès dans les années 80. Des hymnes écologistes qui passaient bien entre du Johnny Clegg et du U2. Un cauchemar pour certains mélomanes.

Le groupe s'est séparé en 2002. Le charismatique chanteur, l'impressionnant Peter Garrett, se lançait dans la politque. Heursuement il est revenu à la musique. Après un album solo, le chanteur rappelle ses copains et c'est parti pour une tournée mondiale.

Cela donne donc un album qui réunit des années et des années de carrières. Et une grosse méprise. Midnight Oil n'a pas fait que la soupe dans les années 80. Il s'agit d'un solide groupe de rock. A l'ancienne.

Les premiers disques étaient un peu punk. Les musiciens assurent toujours et encore. Le répertoire est riche en pétarades électriques et en refrains efficaces. Diesel & Dust, l'album de tous les succès, en 1987, était une erreur.

Pacifistes, écolos et tout ce qui ferait vomir un conservateur de chez nous, Midnight Oil est un vrai groupe d'énervés qui n'a pas vraiment perdu avec sa parenthèse politique. Garrett chante encore très bien. Les instruments se répondent parfaitement. L'ivresse du "jouer ensemble" persiste.

Ce résumé live de leur longue carrière offre des moments datés mais souvent divins car le quintet s'accroche à ses convictions, musicales et philosophiques. Ils semblent dire que les idéaux ne meurent jamais ou sont terriblement d'actualité. Midnight Oil a été enterré un peu trop vite. Ce live est une preuve d'une certaine vivacité d'esprit et d'exécution que l'on ne semble plus connaitre dans le rock. Nos stades font résonner des musiques bien fades aujourd'hui!

Sony - 2019

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?