Maya une voix, Eric Bouvron, Théâtre Essaion

 

« MAYA, UNE VOIX » illustre comment – par quelle alchimie ou quelle opération de magie blanche – une petite fille traumatisée restée sans voix, cultive son point de vue intérieur pendant des années avant de l’affirmer haut et fort, devenant une voix qui compte, finalement une grande voix de l’Amérique contemporaine.

« MAYA, UNE VOIX » est une harmonieuse mise en abyme (un spectacle en chansons inspirée de la vie d’une chanteuse et poétesse) et une création originale collective née de la rencontre de deux compagnies : Eric Bouvron dirige BAREFOOT, il raconte des histoires du monde entier (de l’Afrique du sud où il a grandi au Groenland qui lui a inspiré « Thé sur a banquise » et crée notamment des ponts entre la France et l’Afrique) ; THE BIG FUNK COMPANY, de son côté, est à l’origine de spectacles bilingues qui font entendre des auteurs américains à des publics anglophones et francophones et privilégie l’échange culturel franco-américain. Une alliance se noue, pour faire entendre en français la voix de Maya Angelou, poétesse américaine et militante pour les droits civiques, de son vrai nom : Marguerite Annie Johnson.

Maya Angelou est née en 1928 dans l’Arkansas, un Etat ségrégationniste. Elle est attirée tôt par la scène et les voyages : elle chante dans des clubs à San Fransisco, tourne en Europe dans « Porgy and Bess », enregistre l’album « Miss Calypso », voyage en Egypte, s’installe au Ghana, côtoie Malcom X et Martin Luther King. C’est à la mort de ce dernier (le jour où elle fête son quarantième anniversaire) qu’elle décide de s’installer à New York et de se consacrer à l’écriture. Elle écrit des œuvres autobiographiques et des poèmes qu’elle met en voix. Par son courage et son engagement, elle a influencé de nombreuses personnalités noires américaines, mais sa voix résonne bien au-delà des Etats-Unis, grâce notamment aujourd’hui au spectacle « Maya, une voix ».

A l’étranger, les mots de Maya Angelou résonnent aussi fort que ceux de Martin Luther King ou de Nelson Mandela. Mais en France, leur diffusion reste confidentielle. Même si on l’a vue déclamer un poème le jour de l’investiture de Bill Clinton, invité par ce dernier, en Europe Maya Angelou est davantage connue, il me semble, comme un exemple de résilience. Car son histoire est celle d’une petite fille qui subit un traumatisme à l’âge de 8 ans et décide de se taire définitivement, persuadée que ses mots ont tué un homme : « Les mots sont puissants. Je crois que les mots sont vivants. Ils ont le pouvoir de guérir mais parfois ils ont le pouvoir de tuer. » C’est la rencontre avec un tuteur de résilience, la charmante et érudite Mrs Flowers, qui la décide à user de sa voix, à expérimenter son pouvoir et sa singularité. Elle ne s’arrêtera jamais, jusqu’à sa mort en 2014.

C’est justement autour de ces deux moments que se développe le spectacle musical « Maya, une voix ». Maya Angelou s’apprête à monter sur scène et à s’exprimer devant le nouveau Président des Etats-Unis et devant des millions de téléspectateurs ; elle s’arrête et se rappelle son enfance, cette époque où elle a perdu sa voix, puis l’a reconquise. Flash-back musical dans l’Arkansas des années 30 : les cinq comédiennes en scène interprètent tous les rôles masculins et féminins (Ursuline Kairson seule interprète Maya Angelou) en excellentes comédiennes et chanteuses. Dès la première minute, ce chœur de femmes nous cueille et nous fait frémir sur un air de gospel. Certaines mélodies sont enregistrées (comme le thème de Maya créé par Nina Forte), mais la plupart des chants (gospel, jazz et blues) sont interprétés a capella. Les changements de costume à vue (enfiler un chapeau, un foulard, des gants blancs) permettent de passer d’une situation et d’un lieu à un autre rapidement. La mise en scène d’Eric Bouvron (qui a reçu en 2016 un Molière pour sa mise en scène des « Cavaliers ») évite les grands effets de style et préfère la simplicité et l’efficacité. Les cinq comédiennes chanteuses nous embarquent avec générosité, insufflant un élan assez irrésistible à ce spectacle musical qui nous touche profondément. Grâce à cette équipe inspirée, les mots de Maya Angelou passent enfin la barrière de la langue et nous invitent à nous laisser inspirer à notre tour par cette femme libre, poétesse et militante au cœur éternellement sensible, modèle d’une forme de reconquête personnelle  au féminin.

Venez vous ressourcer de musique et d’espoir au Théâtre Essaïon les vendredis et samedis à 19h45 (jusqu’au 15 juin) puis à 21h30 (du 28 juin au 27 juillet). Réservations au : 01 42 78 46 42 www.essaion.com

 

Pour les curieux, de nombreux enregistrements de Maya Angelou sont disponibles sur Youtube (entretiens, poèmes déclamés…)

 

Jusqu’au 27 juillet 2019

« MAYA, UNE VOIX », un spectacle musical inspiré de la vie de Maya Angelou ; une création collective  de Eric Bouvron, Julie Delaurenti, Tiffany Hofstetter, Sharon Mann, et Elizabeth Wautlet, mis en scène par Eric Bouvron, sur des musiques originales de Nina Forte et des standards de blues et de jazz.

Avec Ursuline Kairson dans le rôle-titre, Julie Delaurenti ou Sharon Mann, Vanessa Dolmen, Tiffany Hofstetter ou Elizabeth Wautlet et Audrey Mikondo.

 

 

 

 

 

 

 

Auteur: Audrey Bigel

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