Parasite

Comédie acide, satire sociale, huis clos angoissant et Palme d’or mérité, le nouveau film du génial Bong Joon Ho est un spectacle plein!

Le prix prestigieux remis à Cannes est une nouvelle fois la preuve de l’effervescence du cinéma sud coréen. Depuis Pulp Fiction, la Palme est enfin remise à un film qui cherche autant le divertissement que la réflexion. Ce n’est pas une bête à concours ou un film exotique. C’est tout simplement un sacré bon film.

Pour simple rappel, Bong Joon Ho est un cinéaste qui touche à tout. Avec un génie incroyable. Memories of Murder est une pépite noire. The Host revisite le film de monstre avec malice. Mother crêve le coeur. The Snowpiercer montre que son talent s’exporte. Okja (oeuvre pour Netflix) souligne l’intelligence de l’auteur. Tous ses films nous mènent à Parasite, farce politique et théâtrale d’une incroyable virtuosité.

Le papa picole. La mère plie des boites de pizza. Les enfants s’accrochent au portable pour oublier leur condition. Les Ki Taek survivent dans un sous sol sordide. Un ami du fiston propose un job de professeur particulier dans une famille riche de la ville. Le fils accepte en trompant la mère aisée avec de faux diplomes. C’est le début des nombreux mensonges qui va sauver la famille Ki Taek du naufrage social.

Les outrances sont des coups portés à la société coréenne. La charge impressionne. Bong Joon-ho n’a jamais été tendre avec son pays en scrutant le Monde d’en bas. L’ascenseur social est foutu en Corée du Sud et le réalisateur s’installe souvent au sous sol. Les Bas fonds. Et ne vous inquiétez: le réalisateur atteint souvent l’universalité d’un discours déçu par le monde qu’il décrit.

Cette dénonciation n’est pas nouvelle mais le réalisateur sait mener sa barque avec une dextérité qui fait de lui un des metteurs en scène les plus passionnants. En limitant l’intrigue à une sublime maison d’architecte, le cinéaste nous promène dans des pièces magnifiques et raye petit à petit le vernis d’une réussite éclatante.

Un jeu du chat et de la souris s’organise. Le mensonge entraine le danger. la beauté cache des régles troublantes. C’est Claude Chabrol qui se met à cohabiter avec David Fincher. Le film se met sous tension: sans cesse, le réalisateur taquine par des idées de réalisation le spectateur.

Une toile se tisse. Le parasite n’est pas celui que l’on croit. L’opportunisme nous entraine vers un drame inéluctable. Parasite est un excellent thriller. Et la dénonciation est assez drôle. Le rire est jaune mais omniprésent. Amoureux du 7e art, le cinéaste jongle avec les genres. C’est souvent très beau. Peu de défauts. Pas de déchet. Voilà une Palme d’or qui a une classe folle!

Avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong et Jang Hye-jin – Les bookmakers – 5 juin 2019 – 2h12

Auteur: Pierre Loosdregt

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