Les oiseaux de passage

A quoi ressemble un gros dealer de drogue en Amérique centrale? Il a normalement une grosse moustache drue, un pantalon patte d’ef, une grosse villa, des bimbos qui sentent la tequila et un système de valeurs pour le moins étrange…

Ciro Guerra et Cristina Gallego en ont peut être un peu marre de cette image d’épinal qui va de Scarface à toutes les fictions sur Pablo Escobar. Les deux metteurs en scène voudraient expliquer autrement la situation des cartels.

Les traditions. Les racines du mal. Appelons cela comme vous voulez mais le film nous envoie sur une toute autre histoire, celle ou se percute l’ancestrale mythologie et la modernité plus crue. Les coutumes vont se rompre sur le capitalisme le plus sauvage.

De passage, les oiseaux sont sauvages dans ce film. Ils observent tranquillement les hommes tomber, dans la facilité et dans la médiocrité pour quelques pesos de plus.

Un Colombien, mutique et discret, fasciné par ses racines Wayuu, peuplade qui vit isolé, profite “du commerce avec les étrangers”. Il épouse une fille attachée aux traditions. Petit à petit, la petite entreprise ne connait pas la crise mais doit faire des choix cruciaux et le destin sera forcément tragique.

Finalement le film retrouvera le cahier des charges des films de gansters, entre grandeur et décadence. Avec trahisons malheureuses et tueries sanglantes.

Comme dans La Cité de Dieu, le petit cour d’eau devient un fleuve de drames en succession. Les rites cachent la démence et la démesure. Les prétentions brulent la raison. La croyance est un garde fou. Le film nous emporte dans un torrent de violence que l’on ne peut soupconner après une introduction quasi anthropologique.

La drogue, issue de la nature, fait tourner les têtes. Le style naturaliste du film n’empeche pas l’emphase et une volonté de divertir. Les oiseaux de passage aime surprendre. Un peu trop peut être. Le film manque d’honnéteté en se rattachant à des conventions plus hollywoodiennes. Il n’empêche: voilà un thriller franchement exotique!

Avec José Acosar, Carmiña Martínez, John Narvaez et Natalia Reyes – Diaphana – 24 avril 2019 – 2h05

Auteur: Pierre Loosdregt

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