No Geography

Ils étaient les stars des dance floors dans les années 90. L'équivalent techno de Blur ou Oasis. Aujourd'hui ils remettent une fois de plus leur titre en jeu... et bon courage aux prétendants!

Il est vrai que ca explose de partout. Plus de géographie. Plus de frontière. Plus rien. Plus de limite pour les frères chimiques. La potion était plus ou moins amère depuis quelques années.

Elle reprend une belle saveur cette année avec ce neuvième disque qui montre surtout la vitalité d'un duo discret mais redoutable. Ils sont la bande son des années 90 et les voilà, en 2019, en passe de bien comprendre leur époque avec des morceaux bouillants qui vont vous retourner.

Tom Rowlands et Ed Simons ont les mains dans le cambouis. A la violence suggérée sur leur pochette, ils dépensent une énergie folle à combiner les rythmiques, les beats, les voix et les textes!

Les deux dj de Manchester se moquent de tout, de la politique, des guerres ou du succès. No Geography est une oeuvre féroce qui vous cherche constamment. Sans vous agresser. Mais les suggestions sont nombreuses dans ce disque: notre esprit divague sur des hymnes imparables.

C'est un disque qui aide à refaire le monde. Il ne va pas le transformer. Mais on se surprend à y revenir souvent. L'electronique laisse pas l'humain et une vraie démarche artistique.

Les deux hommes font bien le lien entre l'histoire de leur musique (ce sont un peu des dinosaures tout de même) et le monde d'aujourd'hui. Leur présence impressionne. Leurs titres nous enchainent à une qualité incroyable. Les papys font de la résistance et c'est tant mieux!

Virgin EMI - 2019

Jive Me

De l'electro swing... du savoir faire à la française!

De Caravan Palace à C2C, l'influence du vieux jazz, des sons datés et des guitares libres a tout de même une place de choix dans l'electro, fer de lance de la création made in France.

Dernier exemple en date: Jive Me. La petite fille de Pierre Henry, spécialiste vénérable de l'expérimentation musicale, pousse donc la chansonnette avec un trio d'artistes qui aiment les beats et les guinguettes! La liberté musicale, c'est une tradition familiale visiblement!

Il y a donc une voix soul, qui rappelle un peu l'espièglerie de la Belge Selah Sue. Et du joli groove tout autour d'elle. On se sent chez soi en écoutant ce premier effort. On a peut être l'impression d'avoir déjà visité l'endroit mais on est à l'aise.

On a rapidement l'envie de danser et de chanter. On profite de rythmes trépidants. La guitare apaise les bidouilles et les boucles qui apportent un décor moderne à un jazz aux origines manouches.

On entend surtout la belle voix chaude et capricieuse de Tara. Le groupe fait lui aussi ce lien entre l'ancien et le récent! Leur musique est modeste mais s'écoute avec un plaisir certain. Une bande son idéal pour accompagner la renaissance de la nature, ce doux printemps que l'on attend tous!

L'autre distribution - 2019

El Reino

Corruption. Fraude. Malversations. Tout ce qu'on aime dans ce thriller palpitant et terriblement réaliste.

Pas besoin d'avoir beaucoup d'imagination pour penser El Reino, chronique d'un politicien véreux, pris la main dans le sac. Il suffit de penser à quelques faits divers pour se rappeler que le pouvoir donne des suées à certaines personnes qui oublient très vite le sens de la politique...

Bref, on ne va pas refaire le monde mais ici, on va le découvrir de l'intérieur, ce monde opaque où les pratiques douteuses se cachent derrière de jolis mots.

Que dios nos perdone, le précédent film de Rodrigo Sorogoyen, était un polar. Un vrai. Un couillu. Un noir de chez noir. Un film vraiment trouble où brillait déjà le comédien Antonio de la Torre en policier aussi borderline que l'assassin qu'il recherchait.

Cette fois ci il joue (avec une énergie passionnante) un conseiller régional promis à un grand avenir dans une Espagne qui ne connait pas la crise! Bien sous tout rapport, son image se ternit lorsqu'une discussion louche entre lui et un employé sort dans la presse.

Il devient le plomb que le parti veut faire sauter. L'homme se révolte et se rend compte que l'amitié en politique, ca n'existe pas. Petit à petit, son monde s'écroule et le désespoir le mène à accomplir des actes de plus en plus dangereux.

Et le film partira d'un triste constat à un nouveau polar angoissant et désespérant. Filmant au plus près de son (anti) héros, le réalisateur nous étouffe entre les infos et l'immédiateté. C'est voulu. C'est très bien fait.

Ca ressemble beaucoup à de la virtuosité. On se demande si le cinéaste n'en fait pas un peu beaucoup mais il fait discrétement un détournement de style, plongeant notre véreux personnage central dans des eaux de plus en plus sombres.

L'air de rien, le discours politique et dénonciateur sert un projet narratif plus intéressant car les apparences sont évidemment trompeuses. Parce qu'un film noir aujourd'hui, ce n'est plus une femme fatale que l'on croise ou désire mais une journaliste élégante.

Le film de genre réinterpréte une certaine réalité que l'on déplore. Le regard devient différent. On se met à aimer un vrai ripou sans scrupule. La morale disparait petit à petit. Le piège n'est pas qu'à l'écran mais le cinéaste nous met en face de notre propre ambiguité. C'est captivant. Un peu long. Mais il ne faut pas louper ce polar qui rappelle la nécessité d'un art pour appréhender le réel!

Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Barbara Lennie et Nacho Fresneda - Le pacte - 17 avril 2019 - 2h11

Close

Noomi Rapace est un mystère. Ses choix artistiques sont dignes d'un Christophe Lambert ou un Steven Seagal. Femme à poigne, elle casse du vilain moustachu avec panache dans son dernier film!

Découverte dans la saga Millenium, Noomi Rapace n'est pas une actrice comme les autres. Spectaculaire et fascinante, la comédienne suédoise a évidemment surfé sur le succès des films noirs pour arriver à Hollywood et faire des choix de plus en plus étonnants.

Les films d'action, elle adore cela! Alors elle les accumule. Au début cela avait un peu de classe comme le Prometheus de Ridley Scott puis c'est parti un peu vers le grand n'importe quoi. Mais ce n'est pas grave: du moment qu'elle donne et prend des coups, la comédienne s'éclate!

Elle est donc très à l'aise dans Close, production Netflix, où elle joue la garde du corps d'une peste milliardaire. Au début, elles ne peuvent pas se blairer. Après des tirs et des bastons, elles s'adorent!

Cette thérapie musclée se passe au Maroc. Jolis paysages et vilains poilus sont au programme. Noomi, elle, se prend pour un Expendable de Sylvester Stallone. Elle y aurait tout à fait sa place. Elle se bat comme un lion et n'a pas peur des puissants ou des terroristes. Bref, elle pique le boulot de tous les gros bras d'Hollywood et ce n'est pas si mal.

Ce style MeToo ne sauve pas l'ensemble du nanar d'action. Ca défouraille un peu dans le vide. L'égo de l'actrice lui gonfle au film des rebondissements. Mais il y a toujours quelque chose de fascinant à voir une carrière de saborder!

En attendant son prochain film!!

Avec Noomi Rapace, Sophie Nelisse, Indira Varma et Eoin Macken - 2019 - Netflix.

V

Des rockeurs qui font dans le jazz... ou l'inverse. Perdez vous avec The Budos Band!

Quand on les voit, on a bel et bien l'impression d'être en face de gros vikings qui ne rêvent que de gratter très fort sur des six cordes en faisant un maximum de bruit.

Pourtant cette bande de poilus fait plutôt dans le jazz. Pas celui qui se joue dans les cadres feutrés des clubs new yorkais. Pas celui qui se joue en costumes. Non, le jazz de The Budos Band est plutôt libre.

Il court sur les crétes de tous les genres. On les imaginerait bien jouer un bout de musique avec Frank Zappa, plus grande tête chercheuse de l'histoire du rock'n'roll.

Ils ont dévié vers quelque chose de plus psychédélique et les pochettes de leurs oeuvres témoignent effectivement d'un amour pour les sons mystiques et les titres barrés.

Ce cinquième album n'échappe pas à la règle. On est dans un style qui pratique joyeusement la fusion. Le rock le plus brut vient se confronter à des textures jazzy. Le saxophone se prend pour une guitare électrique du Grateful dead. Les ambiances empruntent aux premiers Genesis.

C'est cinématographique en diable. On voyage avec The Budos Band. Etrangement, on reconnait trop souvent les contrées visitées mais elles ne sont pas désagréables pour autant. On vous les recommande même, si vous cherchez un peu d'originalité...

Daptone records - 2019

L’été suivant

Nous sommes pour des combats justes et forts, c'est pourquoi il est important aujourd'hui de soutenir la musique d'ambiance!

Finalement la musique peut être un parapluie aux petites misères, aux grands titres de la presse qui nous engueulent, aux angoisses qui collent à nos baskets!

La musique peut nous consoler de tout et nous plonger dans une autre atmosphère, un ailleurs bienveillant ou tout simplement différent. C'est un souffle de liberté!

Les membres de Limousine sont très libres: ils osent la musique d'ambiance. Musiciens parisiens, très demandés, ils s'échappent sur des plages instrumentales, décalées ou d'un autre temps.

L'été suivant, c'est donc l'éloge de l'évocation. On s'imagine dans un polar lumineux et poisseux. Ils prennent l'air au bord de la mer au fil de chansons étranges et suggestive.

Le quatuor parisien organise un détournement d'easy listening et de jazz. Il est chaleureux. Effectivement, on ressent le farniente et le doux ennui de l'été. Il pointe alors une sorte de spleen, assez agréable à découvrir.

On entend effectivement la bande son idéal pour s'évader. Limousine a une classe discrète mais folle. Imaginons un hommage au guitariste jazz Bill Frisell par des popeux aventureux. Cet été promet d'être chaud. Avec eux, il est beau en plus! Et finalement Limousine nous conduit vers cet ailleurs si agréable!

EOS Records - 2019

Ouvre la porte

A Toulouse, on trouve des Gilets Jaunes en colère et des rugbymen qui performent! Ca bouge beaucoup là bas et cela donne des idées remuantes à El Gato Negro!

Ce globe trotteur a déjà fait preuve d'une belle énergie venue d'Amérique du Sud. Cumbia, Cha cha, rythmes cubains,l'exotisme était au rendez vous pour ce Francais curieux et fantasque!

Son second album a effectivement ouvert des portes comme le dit le titre de ce nouvel effort! Axel Matrod a trouvé des inspirations ailleurs. Il est allé sur le continent africain. Le disque est un coktail endiablé de secousses afro-beats et envies de salsa.

Son oeuvre est celle d'un révolté. Les sons chauds ne cachent pas un constat froid sur la situation en Europe. Les migrants. Le racisme. Le couplet habituel et désespérant mais le bonhomme tend un piège avec des musiques qui viennent elles aussi de très loin!

Mais dans chaque morceau, le jeune homme et ses amis (on y trouve le batteur de Bumcello ou le producteur Alex Gopher) défend avec un mordant réjouissant un humanisme assez lucide et élégant.

Roublard, doué, osant les chants en français, El Gato Negro passe un cap avec cet album franc et protéiforme. Il ouvre la porte; nous, les oreilles!

Que buen momento - differ ant - 2019

Le vent de la liberté

Whoua le meilleur de Steven Spielberg depuis longtemps! Hein? C'est pas lui? Un film allemand? Bah whoua quand même!

Effectivement le cinéaste Michael Bully Herbig connait bien son petit Spielberg illustré. Tout fait penser au père de Indiana Jones. La reconstitution. Les décors. La lumière. Et même la narration.

C'est bien là où se trouve la force de ce récit historique, qui raconte une histoire vraie tout simplement incroyable. Deux familles, dans l'Allemagne de l'Est en 1979, décident de quitter la dictature socialiste de manière surprenante. Ils fabriquent une mongolfière. Un premier essai raté éveille les soupçons de la Stasi. Une course contre la montre s'engage alors...

Et c'est parti pour un thriller haletant qui emprunte beaucoup à l'efficacité des films américains. Et Le Vent de la Liberté prend le meilleur en développant des personnages très touchants. L'excellent idée c'est cette introduction fracassante où l'on nous jette dans l'action.

On pourrait penser à une erreur de bobine. Michael Bully Herbig, humoriste allemand, maintient une tension jusqu'à la fin de son métrage en jouant avec les doutes, les erreurs et les espoirs de nos deux familles qui n'en peuvent plus de sourire aux préceptes soviétiques.

Comme Spielberg, l'ordinaire et l'extraordinaire se mélangent dans un suspense qui ne lache pas le spectateur. Tout comme l'impressionnante paranoïa autour de la Stasi. Entre les gilets jaunes et Julian Assange, la Stasi a quand même tout d'un vestige qui permet de relativiser le monde d'aujourd'hui.

Ode à la persevérance, suspense maîtrisé, chronique familiale, film historique, Le Vent de la Liberté est un spectacle total donc recommandable. A ce niveau, la réussite est stratosphérique! Manque plus que la musique de John Williams!

Avec Friedrich Mucke, Caroline Schuch, David Kross et Thomas Kretschmann - ARP - 10 avril 2019 - 2h02

Simetierre

Stephen King et le cinéma c'est une longue histoire d'amour... pour le meilleur et souvent pour le pire.

Quelques chefs d'oeuvre: Carrie, Shining, Les Evadés ou The Mist. Sinon pas mal de séries B ou carrément Z avec en référence ultime (et sympathique), Maximum Overdrive, unique tentative de l'écrivain, de réalisation. Depuis le milieu des années 70, Stephen King a marqué la production horrifique américaine.

Là dessus on est tous d'accord. Depuis le succès de Ca, l'année dernière, ce les remakes des premières adaptations qui reviennent (vous suivez). Cette fois ci il s'agit du saisissant Simetierre de connaitre une nouvelle version.

Le bouquin était terrifiant. Le film avait des défauts mais avait su mettre sur pied une ambiance glauque. Le remake de Kevin Kolch et Dennis Wydmier relève plus de la bonne blague!

On tente de rentabiliser le nom et la notoriété du premier film pour servir un petit spectacle d'épouvante qui aurait évidemment mérité beaucoup mieux. Cela dit, Simetierre a le très grand mérite de poser des questions qui font mal comme la perte d'un enfant, pierre angulaire de cette descente aux enfers pour un petit couple bien sous tout rapport.

Le meilleur du récit, c'est bel et bien cette lente décomposition de l'idéal familial. Le papa travaille. Maman s'occupe de la maison. Les enfants jouent dans le jardin. Mais la mort rode tout autour avant de pénétrer la sacro sainte famille.

Le discours subversif subsiste à la sage réalisation et à l'interprétation un peu trop polie. Autrement on se dit qu'en 1989, Mary Lambert allait bien plus loin dans l'horreur et osait un peu plus.

Si les obsessions de King restent là, elles ne sont pas mises en valeur par un spectacle qui éviterait de trop contrarier le spectateur. On a l'impression que les auteurs ne veulent pas trop s'encombrer de psychologie pour aller à l'essentiel. Mais ils se trompent. Attachants malgré tout, les personnages sont schématisés. Les raccourcis sont voyants. L'émotion ne passe pas. Et ne justifie pas la partie fantastique, troublante aussi. Un comble pour un film d'horreur!

Avec Jason Clarke, Amy Seimetz, Jeté Laurence et John Lightow - Paramount - 10 avril 2019 - 1h38

Unicorn store

Ha les Américains et leur innocence perdue, c'est toute une histoire!

Depuis Spielberg et ET, nos voisins d'Amérique ont bien du mal à assumer leur part d'enfant. Le monde adulte est cruel. La vie est rude. Il ne faut pas oublier sa petite âme d'enfant, ses premiers rêves et l'amour inconditionnel...

C'est ce que défend Kit, grande blonde qui voudrait être une artiste et qui doit rentrer dans le moule bien gris de la vie active. Intérimaire, elle débarque dans une compagnie qui s'occupe d'aspirateurs. Ses parents sont ravis. Mais elle pense toujours à ses licornes. D'ailleurs un jour elle recoit une mystérieuse invitation d'un magasin pour le moins surprenant...

Brie Larson, nouvelle mascotte de l'Amérique défend donc l'enfance à tout prix. Révélée et récompensée par un Oscar dans le film Room, starifiée par le sympathique mais oubliable Captain Marvel (où elle retrouve Samuel L Jackson), la comédienne devient réalisatrice avec elle aussi une certaine candeur.

Unicorn Store n'est pas un chef d'oeuvre, mais sa simplicité a le mérite de faire des merveilles et va très bien au sujet. Brie Larson s'amuse beaucoup à imaginer cette adulte qui ne veut pas grandir. Cela donne des scènes assez drôles et elle gère assez bien l'amertume de cette Amérique qui s'oblige à devenir responsable dans une société qui materne en permanence.

On pourra regretter une réalisation sans grande imagination (un comble presque à la vue du thème) mais il y a un vrai charme dans ce petit film mignon comme une licorne et qui de toute façon célèbre l'imagination, première source de plaisir du Septième Art!

Avec Brie Larson, Joan Cusack, Mamoudou Athie et Samuel L Jackson - Netflix - 1h30

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