Flow State

Allez cette semaine, on fait un tour du coté de l'Australie et on se met la tête à l'envers avec des petits disques bien dépaysants, qui donne l'envie de voyager à l'autre bout du Monde.
Honneur aux dames avec Tash Sultana, grande musicienne qui a le cv révé pour être une star ultime. Car, le storytelling de la jeune femme de 23 ans pourrait inspirer un excellent biopic avec grandeur et décadence. Calvaire et renaissance.
La drogue. La psychose. L'adolescence douloureuse, Tash Sultana a été sauvé par la musicothérapie. Elle est devenue une touche à tout sûre d'elle. Elle a joué dans la rue. Elle y a trouvé l'assurance et l'expérience. Un beau jour, le miracle de Youtube se produit. Une vidéo la révèle à son pays et au monde entier.
Le succès est fulgurant et la jeune femme s'y accroche avec un professionnalisme incroyable. Elle monte son label. Engage une tournée mondiale. Son premier disque est une oeuvre pop mais jamais formaté. On sent bien l'esprit libre des Australiens, les bagnards devenus des personnes respectables.
Son univers n'est pas décalé. Il est d'une cohérence impressionnante. Elle joue de tous les instruments dans son disque mais surtout elle impressionne par des compositions directes et s'amuse avec tous les genres. Les plages instrumentales sont d'une générosité totalement inattendue.
On devine bien chez elle, le désir de féminiser le principe du guitar hero mais Flow State est d'une richesse qui nous fait tout oublier et nous embarque pour un très joli voyage sonore...
Lonely lands records - 2018
Deluxe hotel room

Deluxe Hotel Room est une adresse conseillée et bien agréable.
C'est le second album de la jolie Lucette, chanteuse du Canada mais qui ne tentera pas à faire exploser les fenêtre avec sa voix et une bonne dose de mauvais gout. lucette ne cherche pas la lumière. Son premier album affirmait que le noir était une couleur.
Cette fois ci elle nous donne un rapide rendez vous (28 minutes). Mais elle fait rêver avec la promesse d'une adresse prestigieuse. Il faut se laisser tenter. Quand on sait que Sturgill Simpson qui gère le lieu, on est plutot rassuré.
Pour ceux qui ne connaissent pas le bonhomme (ou qui n'ont pas vu le dernier film d'horreur de Jim Jarmusch), il s'agit d'un artiste de country très indépendant qui n'a pas peur d'emprunts à d'autres genres et qui sait mettre les tripes sur la table. La jeune femme ne triche pas. Ses chansons sont courtes et incisives.
Elles vont à l'essentiel. Il y a beaucoup d'émotions. Dans les paroles ou les instruments. On reconnait la sensibilité de Simpson mais le talent est bien celui d'une chanteuse qui a retranscrit tous les spleens qui peuvent se cacher dans une chambre d'hotel. Même luxueuse.
Cela donne un disque étrange qui place la demoiselle dans une suite que peut fréquenter une Marianne Faithfull ou Fiona Apple. Juste pour la réhabilitation du saxophone dans une chanson, Deluxe hotel room mérite le maximum d'étoiles!
Rock creek - 2019
Môa, Sacha, Christophe Barbier, Théâtre Poche Montparnasse


Formidable. Voilà qui résume la prestation de Christophe Barbier et des deux autres comédiens (Chloé Lambert et Pierre Val).
Volontairement, le « journaliste qui a un avis sur tout », comme il le précise avec humour dans la pièce, est le grand Sacha, mais également son double. Et différent. Comme son prédécesseur, il réinvente. Loin de l’élégante veste intérieure de Guitry, il a opté pour un peignoir rouge informe. Mince, quand l’autre était imposant, sa coiffure, ses lunettes, tout le rappelle pourtant. Et c’est ça, le miracle. Guitry est là, avec nous, qui ne l’avons pas connu, mais l’imaginons parfaitement ainsi, lorsqu’il est interrogé par un juge en août 1945, pour des soupçons de collaboration, et ne peut s’empêcher de jouer avec les mots.
Mais ce « prélude » n’est qu’un voyage à travers la vie du grand homme : son œuvre, ses amours, ses personnages… Et lui, lui, quel personnage !
Guitry est partout présent ici, dans ses mots, ses opinions, sur la vie, l’argent, la mort. Et surtout, les femmes, qu’il a tant aimées. On songe surtout à trois d'entre elles : Yvonne Printemps, Jacqueline Delubac, Lana Marconi. Bien sûr, elles avaient une vie, voire une carrière, avant Guitry, mais que seraient-elles devenues sans lui ? Sans ce mécène, ce Pygmalion, sensible et cynique à la fois…
Il a aussi permis à l’ineffable Pauline Carton de jouer les bonniches, les gouvernantes effrontées, les concierges… Après lui, d’autres y ont pensé.
Christophe Barbier, qui a conçu le spectacle, a fait le choix d'une mise en scène originale. Par moments, alors qu'on s'y attend le moins, il redevient lui-même et apostrophe ses deux acolytes qui, eux aussi, se transforment. Celui qui joue tout à la fois le juge et le père, l’écrasant Lucien Guitry, c’est le comédien Pierre Val, qui change de peau, de style sans aucune difficulté, avec naturel, humour et aisance.
Quant à Chloé Lambert, elle EST les cinq femmes de Sacha Guitry. « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre,» (Paul Verlaine).
Et dans ses robes charleston, ses manteaux, ses tenues parfois sensuelles et souvent chic, on y croit, à chaque seconde. Ses trouvailles scéniques (choix de l’ombre, paravent ou lumière), les chansons qu’elle fredonne, lui confèrent une touche supplémentaire de talent. Frissonnante à la fin, je fais un rêve : avoir connu Sacha, Lana, Jacqueline, Yvonne et les autres.
Moâ, Sacha !
Théâtre de Poche-Montparnasse, jusqu’au 10 juillet 2019, les mardis et mercredis à 21 H
Nothing great about Britain

C'est le plus grand psychodrame du moment: le Brexit. Un scénario imprévisible. Des rebondissements qui vont jusqu'au grotesque.
Les hommes et femmes politiques sont devenus fous. Les crétins de tous les cotés se sentent importants. Les familles se déchirent sur le sujet. Le Royaume Uni n'a plus grand chose de cohérent. Reste la musique.
C'est la seule bonne nouvelle qui nous arrive de là bas! Des tonnes et des tonnes de bons disques. Et depuis quelques mois, ce sont les rappeurs qui sont les meilleurs élèves d'une musique qui ne tergiverse pas avec l'exigence et surtout la musique.
De la bonne. Pas des beats ou de l'autotune redistribués d'un ordinateur. Des instruments ou des boucles qui revivent le réel. De l'osmose entre artistes. Loyle Carner ou Little Simz nous ont offert de grands disques! Et ca continue avec Slowthai, qui a tout pour être la grande révélation du genre.
Dans cette famille quasi royale, ce jeune de Northampton est le cousin un peu dégénéré ou le bouffon qui se permet de dire la vérité. Le rappeur est d'une clairvoyance sombre et bavarde sur l'état de son pays.
Il va donc puiser son énergie dans ce désespoir et le désenchantement. Ce qui nous revient aux oreilles, c'est un disque rageur comme on n'en fait plus. Effectivement, le bonhomme n'a pas l'air de vouloir plaire à tout prix. Son nihilisme a quelque chose d'épique.
Il mord. Il hurle. Il rigole. Slowthai s'en sort par la musique. Il aurait pu devenir le héros d'un petit fait divers qui aurait sûrement inspiré Ken Loach. Sa crise de nerf peut donc traverser les frontières qui vont bientot se refermer sur le pays. Plus brutal que les autres nouvelles gloires, son rap est redoutable.
Tout doit être dans cet accent anglais, si loin et si proche. Si précis et si stéréotypé. Le charme opère. Car finalement le rappeur sale et méchant n'est que le digne descendant des Sex Pistols et les clowns tristes qui ont secoué la musique et les sociétés!






