Au lac des bois

Un candidat malheureux en politique et pas plus en amour. Voilà l'étrange portrait de John Wade, anti héros perdu dans la nature!

John Wade aurait pu être président. Il devait gagner les élections sénatoriales. Sa femme était là pour le soutenir. Discrète et forte, elle faisait le job.

Puis un beau matin, après une amère défaite, Kathy disparait. Totalement. Elle était parti se promener dans la belle campagne. Ils possédaient une jolie maison isolée.

Envolée. L'enquête démarre et la police s'interroge sur ce politicien déchu, grand passionné des tours de magie. Cela commence donc comme un polar. Tout tourne autour de la personnalité ambigue de John Wade.

L'auteur Tim O Brien veut nous piéger grace au passé et au présent de Wade. On sent la toile se tisser. On devine les éléments douteux de la vie privée. On comprend le scandale qui a couté une élection.

Puis la dernière partie déroute. C'est inventif mais on s'éloigne terriblement du thriller. Au point d'être déconcerté et on ne sera pas trop quoi penser à la dernière ligne. C'est une sorte de balade sauvage dans un esprit dérangé, obsédé par le mensonge et la nature... Bizarre vous avez dit bizarre!

Gallmeister - 310 pages

Tout le monde ne peut pas être orphelin, les Chiens de Navarre, MC93

Dans « Tout le monde ne peut
pas être orphelin », les Chiens de Navarre réservent un chien
de leur chienne à la Famille ! Pudibonds et âmes sensibles
s'abstenir.

Si vous aussi,
vous avez une famille (« Tout le monde ne peut pas être
orphelin » !), allez voir ce spectacle qui vous concerne
intimement. Car, qui peut dire que ses parents, sa fratrie, son
conjoint ou ses enfants ne sont pas parfois un boulet que l'on
traîne, ou au mieux un caillou dans sa chaussure ?

Plutôt que de dépenser votre dernier argent liquide chez le psy, courez-donc voir ce spectacle construit comme un immense psychodrame*, mais en plus drôle.

Placés au milieu des spectateurs qui
sont disposés de chaque côté de la scène (dispositif
« bi-frontal »), les acteurs se foutent à poil devant
nous, au sens (pas toujours propre) comme au figuré.

A travers plusieurs saynètes, les
Chiens de Navarre incarnent des familles qui déjantent, qui
dérapent, qui délirent lors d'événements familiaux dont Noël
représente l'acmé. Dans ce spectacle basé en partie sur de
l'improvisation, on va de surprise en surprise (même le décor s'en
mêle).

Bien que totalement foutraque, la
performance des Chiens de Navarre ne se limite pas à l'humour
pipi-caca, Si le spectacle est hilarant, il est surtout intense et
par moment émouvant, ce qui fait de « Tout le monde ne peut
pas être orphelin » un petit bijou qui reste agréablement en
tête.

Car si le spectacle part dans tous les
sens, c'est pour mieux balayer un large spectre de sujets liés à la
famille (boomers vs génération
Y, violence des rapports filiaux, règlements de compte pendant les
réunions de famille...). La violence se fait jour là où
nous voudrions de l'affection. A la fille qui dit à ses parents
« J'ai l'impression que, quoi que je dise, quoi que je
fasse, vous n'êtes jamais fiers de moi
 », sa mère répond
« Alors là, tu me déçois ! ».

Il y a forcément un moment où l'on se reconnaît, que ce soit en tant que parent ou comme enfant. Et putain, ça fait du bien de ne pas se sentir seul !

* le psychodrame est une forme de thérapie utilisant la théâtralisation dramatique au moyen de scénarios improvisés

Jusqu'au 18 janvier 2020
MC93, Bobigny
Durée estimée 1h30 – Salle Oleg Efremov

Tout le monde ne peut pas être orphelin – Les Chiens de Navarre – teaser from charleshéloïse on Vimeo.

La Princesse de Clèves

Sage mais intense adaptation du célèbre livre. C'est la rentrée!!

Bien entendu, il y a le livre de Mme de La Fayette mais bon on a aussi le droit de s'amuser un peu. La bande dessinée lorgne de plus en plus sur la littérature et n'a plus peur de se mesurer aux monuments!

Ici, il faut le talent de deux femmes pour dépoussiérer le destin tragique de Mlle de Chartres qui fait l'erreur d'épouser un homme bon mais qu'elle n'aimera jamais.

Cate Muller et Claire Bouilhac décryptent avec un style moderne les moeurs et les conventions du XVIe Siècle, à la cour du roi. Le trait est simple mais permet de montrer l'essentiel: le souci des apparences, la rigueur morale et l'effacement des sentiments.

Il y a beaucoup d'élégance dans le style des dessinatrices qui nous permettent de voyager dans le temps et de redécouvrir un classique avec un regard nouveau.

C'est finalement une lecture assez vivante. Ce qui n'est plus trop le cas du livre, classique qu'on ne peut plus remettre en questions. Pourtant c'est bien ce qu'ont fait les deux femmes. Elle profite de 216 pages pour rendre un personnage plus complexe que la solide intrigue amoureuse qui restera à la postérité. On est touchés par les hommes qui tombent amoureux de cette femme magnifique.

Remis au gout du jour, la bande dessinée nous rendrait la vie (scolaire) plus facile...

Dargaud - 216 pages

Rachael & Vilray

Faut se remettre des festivités. Le disque de la belle Rachael et son guitariste Vilray seront un puissant médicament contre tous les excès.

Vous avez la gueule de bois? Vous avez dansé jusqu'au bout de la nuit? Vous être trop vieux pour ces conneries? Le blues du lendemain de fête vous guette?

Plongez vos oreilles dans le premier album de Rachael & Vilray, duo qui joue du jazz joyeux et soyeux! Elle a déjà l'habitude de faire du jazz, un moment plus heureux et jubilatoire avec son groupe Lake Street Dive. Lui est un compositeur à l'ancienne.

C'est à dire qu'il aime les arrangements simples et les orchestrations boisées. On remonte le temps avec ces deux là. Elle, définitivement, prouve qu'elle est un secret trop discret de la musique américaine. Sa voix est toujours aussi envoutante.

Le duo propose donc une sorte de jazz, qui pourrait avoir sa place dans la bande son d'un Woody Allen. On imagine tout le bien qu'aurait pensé le très regretté Leon Redbone, disparu il y a peu.

On n'est pas dans la nouveauté mais dans l'enthousiasme évident. Ce n'est pas sophistiqué mais c'est d'une élégance rare. Dans des habits vieillots, le duo réinvente le vintage et la candeur que l'on aime tant dans la musique de nos (grands) papas! Parfait pour se refaire une santé!

WEA - 2019

2020

Bienvenue dans une nouvelle décennie et pour commencer, avec une certaine cohérence, on débute l'année avec un album qui porte bien son nom!

Vous avez encore des bulles dans la tête? Préparez vous au choc avec le dernier disque de Richard Dawson, azimuté lunaire que l'on trouve évidemment dans la charmante contrée de Newcastle, en Angleterre!

Ce dernier est donc un étrange troubadour qui ne sait pas trop dans quel monde il pourrait vivre. Pour vous situer le personnage, ca serait un rondouillard clone de Robert Wyatt ou le cousin bourré de Peter Gabriel.

Le type est en plus fan de Mike Patton, le hurleur de Faith No More. Vous devez le savoir depuis quelques heures: faut toujours se méfier des mélanges. Mais en musique, c'est plutôt intéressant.

Donc vous allez surtout écouter une musique unique en son genre. Effectivement, le poilu personnage a tout du barde sorti bien cuité d'un banquet festif. Il bricolerait alors des instruments personnels pour une sorte d'opéra soulographique!

2020 joue donc sur des rythmes atypiques, des orchestrations dignes d'un Tom Waits bien arrosé et surtout le disque a de l'ambition. Il regarde bien devant lui et nous emporte dans une tempête sonore où les dissonances ont une certaine classe.

Car le rustre a une âme de chevalier. Avec toute la démesure qui va avec. 2020 diffuse une poésie complétement détraqué mais surtout il assume tous les excès. C'est du prog rock mélangé à des styles divers et variés. Ca peut ressembler à du grand n'importe quoi mais ca ne manque pas de charme... un peu comme ce qu'il risque de nous arriver dans les prochaines années.

Weird world - 2019

L’aventure

Vacances de Noel! On est dans l'esprit famille! En 2019, toute la smala Chedid a fait parler d'elle. Aujourd'hui on demande la fille!

Elle aussi veut vivre son aventure musicale. De tous les enfants de Louis, seule Emilie n'a pas embrassé une carrière comme son papa. Anna veut aussi chanter et composer. Elle le fait plutot bien. Toujours à l'ombre du grand et prestigieux grand frère.

Mais on devine chez elle, une ambitieuse. Elle n'a pas froid aux yeux. La variété ne lui fait pas peur. La chanson lui permet de s'exprimer pleinement. Elle met souvent son expérience en avant. Ici, elle s'inspire de son existence pour raconter l'histoire d'une vie.

La grande aventure, c'est donc cela: les étapes d'une vie et des morceaux qui racontent ces moments forts. Pour des titres forts! Disons simplement que cela commence très bien puis cela finit un peu dans l'anecdotique ou la redite.

On aime vraiment cette voix enlevée de Nach. Consensuelle, elle ne va pas nous surprendre mais plutot noous caresser dans le sens du poil avec des mélodies aussi imparables que mécaniques.

Elle raconte une vie. C'est souvent joli. Mais c'est parfois un peu fade. Elle nous emporte puis de temps en temps, on reste à coté. Malheureux d'être insensible. On n'est néanmoins au dessus de la moyenne. Car il y a cette voix. Qui hante. Qui habite. Qui réchauffe. C'est déjà ca!

Polydor - 2019

Source

Vacances de Noel! On est dans l’esprit famille! En 2019, toute la smala Chedid a fait parler d’elle. Aujourd’hui on demande le fils discret!

On l'a découvert durant la tournée familiale qui a donné lieu à un disque oecuménique et charmant. Joseph est le troisième enfant de Louis Chedid. Il a bossé avec Arthur H, avec le grand frère et surtout avec Johnny Hallyday.

Il a écrit des chansons. Il a sorti un disque sous le nom de Selim et de tous les artistes de la famille, Joseph est le plus gaillard. Il ose. Il s'affirme au point d'être le plus indépendant.

Aujourd'hui il sort son premier album sous son véritable nom. Son disque se nomme Source parce qu'il a un besoin d'authenticité qui n'est pas forcément la marque de fabrique de la famille Chedid. Ses chansons ne sont pas faciles à appréhender. Il a une vraie sincérité qui ne plaira pas forcément aux radios.

Mais il a un petit univers à nous présenter. Ses titres sont un peu détraqués mais l'aspect atypique fait bien le charme de cet album foutraque mais vraiment plaisant.

Il ne joue pas le vilain petit canard. Joseph Chedid se présente tel qu'il est et assume ses particularités. C'est donc de la chanson française qui ne se réduit pas à quelques punchlines ou deux trois mélodies entêtantes. Lui, préfère un doux psychédélisme avec un fond d'esprit rock qui perdure.

Maison rock - 2019

Lettre infinie

Esprit de Noel...sens de la famille... avec leurs chansons toujours sympas, les membres de la famille Chedid ont tous sorti un disque cette année. Passons un peu de temps avec eux!

Et on commence par l'illustre ainé. Le roi de la guitare. La bête de scène. Celui qui a su se faire un prénom. Ou une lettre. Bien entendu voici M, et son nouveau look avec de belles nouvelles chansons!

Matthieu est donc parti en Afrique pour se laver la tête et surement trouver une toute nouvelle identité pour ce sixième album une fois de plus protéiforme, mais très éloigné du précédent épisode. Visiblement, les déguisements avaient un peu lassé ce clown poéte et virtuose.

Lettre infinie marque donc un retour aux affaires, solide et assuré. Effectivement M, le double fantaisiste est bien là et il recommence ses farandoles pop et ludiques. Cela marche un temps.

Mais il est vrai aussi qu'entre temps, on a découvert Matthieu Chedid avec la tournée en famille et un disque tourné vers l'Afrique. Et la formule du double héroïque ne fonctionne plus totalement. Les artifices deviennent un peu caricaturaux même s'il réussit à nous convaincre avec une expérience de vieux routard désormais.

Il y a donc de belles choses dans Lettre infinie et des trucs un peu honteux. On aime le personnage passionné mais on se demande si l'économie de moyens ne lui irait pas mieux. On devra attendre une autre mue de la part d'un artiste qui reste de toute facon intéressant à suivre...

Wagram / 3e bureau -2019

One alone

Vous n'avez pas fait votre cadeau de Noel? Achetez ce cd! Ca ne se fait plus d'offrir des cd mais bon qu'est ce que vous voulez, si c'est vraiment bon?! Vous passerez pour un gros has been qui aime toujours et encore la musique!

Parce que ce disque est vraiment fait de peu de choses mais elles sont toutes bonnes. Une voix et une guitare. En plus il y a une histoire. Celle de William Duvall. Un musicien tatoué qui a eu la difficile épreuve de reprendre le micro de Alice In Chains, groupe mythique des années 90.

Avec les survivants, il a remis le train sur les rails au point de faire du groupe, de nouveau, l'une des meilleures formations à écouter dans le monde délicat et pointilleux du metal et autre gros son binaire.

Si on excepte AC DC, rares sont les groupes qui réussissent un tel exploit. Faire oublier l'original. Créer un lien entre les deux époques. Bien entendu, Alice in Chains c'est d'abord Jerry Cantrell, guitariste génial qui défie les modes.

Mais il faut avouer que l'apport de William Duvall, c'est du solide. Une voix virevoltante et une présence impressionnante. Effectivement on a à faire à un gaillard sûr de ses forces. Layne Staley, torturé et grandiose chanteur de la scène grunge n'a pas trouvé un imitateur. Duvall va un peu plus loin.

Et il montre qu'il est un bon chanteur avec cet album solo, où il s'arme souvent de sa seule guitare. C'est toujours intéressant d'écouter des habitués du gros son, mettre la sourdine et se mettre à nu.

A ce niveau, One alone offre ce plaisir coupable mais réel d'envisager les chansons comme des racines de gros hits potentiels bourrés de testostérone et d'électricité. A la place, on a droit à de belles chansons chantées avec justesse et hargne en même temps. C'est cette différence, cette sensibilité qui fait l'évidente réussite de cet album.

Ce genre d'expérience, on n'avait pas entendu cela depuis le Unplugged d'Alice in Chains justement.

DVL recordings - 2019

Community Inn

Moi, je vous aurais bien fait un best of de l'année. Tout ce qui fut assez enthousiasmant. Mais bon y a d'autres choses qui arrivent et qui vont nous faire aimer 2020 !

Parce qu'il y a toujours des petits gars qui découvrent le rock et tous ses artifices pétaradants. Il doivent tomber amoureux de Led Zep et de toute la descendance pour enfin se mettre à jouer comme des mystiques perdus au milieu d'une société terre à terre.

Donc le storytelling de Community Inn est tout tracé: trois cousins qui grandissent à Nashville. Ils pourraient faire des bétises d'adolescents débilisants. Ils révisent leurs classiques et se mettent à jouer ensemble pour créer un groupe qui ne croit qu'aux gros riffs, les voix perchés, les batteries maltraitées.

Bonne pioche donc que ce groupe qui pourrait profiter de l'engouement autour de Greta Van Fleet. Effectivement, ils remettent au gout du jour, les bons vieux effets du hard rock de papy.

Il y a donc des petits tics bien psychédéliques. Le trio réussit même à revisiter quelques crétineries bienvenues des années 80. Ils s'amusent énormément avec tout un héritage plus ou moins respectable.

Tout se joue dans l'osmose entre les trois cousins. Comme au rugby, il y a de la percussion et du soutien. Ca n'hésite pas à se rentrer dedans. C'est du rock viril, vintage à souhait mais souvent généreux. De la belle énergie et de belles promesses!

earache - 2019

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