En eaux troubles

Abyssal !
The Meg fut un gros succès littéraire en 1997 mais un cauchemar pour tout producteur attiré par l’odeur du sang des victimes d’un requin préhistorique aux dimensions incroyables ! Ainsi 20 ans plus tard, avec une alliance entre les Chinois et les Américains, le monstre aquatique peut enfin montrer ses grandes dents sur grand écran.
Gros budget. Casting mondial. Réalisateur impersonnel. Tout y est pour que En eaux Troubles (le titre en francais) reste une série B friquée, estivale et pour tout le monde. Car le film est programmé pour être vu par toutes les plages de la planète.
La coproduction américano-chinoise est devenue une habitude et cela donne des œuvres encore plus lisses que d’habitude. Donc ici Jason Statham montre ses muscles mais il doit partager l’affiche avec la star asiatique Lei Bingbing. On sent que ca lui fait tout drôle au gros costaud, fan de la castagne !
Il joue quand même le type mal aimé, qui savait que la catastrophe allait arriver et qui a toutes les solutions pour transformer le squale ancestral en sushi ! Autour de lui, gravitent des plus jolis clichés, entre le milliardaire crapuleux, la scientifique héroïque, la geek bonasse, la petite fille sympa et le noir qui ne sait pas nager…
Tout ce petit monde se retrouve au milieu de la mer de Chine dans une crevasse où vit le Megalodon, qui réussit à remonter à la surface pour manger plein de petits Chinois grassouillets. On irait donc au delà du concept (assez fun pour la saison) Jason Statham versus requin géant? Le film ne prend pas de risque : il reprend les règles du genre suggérées dans les années 70 par Spielberg et les Dents de la Mer.
Jon Turteltaub, réalisateur transparent, dans une scène de panique sur la plage, semble pourtant mettre un peu de méchanceté autour de la bétise de la société de consommation. On se demande même si l’appétit de notre grosse bestiole ne nous débarrasserait pas de la connerie humaine. Mais bon, l’ambiguité ne dure pas longtemps et En eaux Troubles restera dans la crasse du produit flou pour toutes les eaux internationales !
Avec Jason Statham, Lei Bingbing, Rainn Wilson et Cliff Curtis - Warner Bros - 22 aout 2018 - 1h50
Skycraper

Le capital sympathie de Dwayne Johnson est incroyable. Le solide gaillard joue dans n'importe quoi et on continue de le trouver adorable et trop cool! Analyse avec son dernier nanar vertigineux!
Dwayne Johnson est le symbole des bonnes vieilles valeurs. Son physique nous montre bien que l'on peut se forger un mental d'acier dans un corps massif. Son passé de catcheur est sa réussite avant sa transformation en acteur mammouth. Il est un énorme exemple de la victoire du capitalisme américain. Un peu comme Stallone et Schwarzie à leur époque. C'est aussi pour cela qu'on l'aime: il est un peu le descendant de cette école du cinéma d'action où l'ega a le droit de citer.
Car Johnson aime les défis. Il fout des coups de tatanes, gonflent ses énormes bras, projetent des corps dans tous les coins de l'écran... mais il semble vouloir montrer qu'il a aussi un petit coeur qui bat et qui veut dire je t'aime.
Skycraper est un ersatz de Piège de Cristal (qui fete ses trente ans cette année et qui reste le maitre étalon de l'action). Il y a donc des crapuleux cambrioleurs qui mettent le souk dans un immeuble high tech et au milieu, il y a Dwayne qui veut tout simplement protéger sa femme et ses enfants. Rien de plus. C'est un gentil, Dwayne. C'est une arme fatale avec le cerveau d'un bisounours.
Ici il veut sauver donc Neve Campbell, ce qui est tout à fait louable: cette actrice américaine est fascinante mais a connu une carrière médiocre si on excepte les Scream de Wes Craven.
Skycraper ne va pas l'aider tellement le scénario est grotesque, bourré d'idioties et de raccourcis inconcevables. Ca en devient drôle car notre ami Dwayne veut tellement gratter l'amitié avec le spectateur que l'ensemble est tourné vers un second degré qui détruit toute tension, toute action... tout, simplement.
C'est pour cela que l'on aime Dwayne, comme on aimait le coté veau perdu de Stallone: le costaud est un grand maladroit. Il a de la tendresse à donner, peut être un vrai talent à montrer, mais il est perdu dans le monde impitoyable et ultracalibré de l'action. Avec sa musculature incroyable, il n'est pas à sa place, nulle part, que ce soit contre Vin Diesel, un tremblement de terre, un loup géant ou une tour en flamme. On lui souhaite qu'il y arrive un jour... juste un bon film!
Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han et Roland Moller - Universal - 11 juillet 2018 - 1h43
Hive Mind

Ha l'été, ne me dites pas que le funk n'est pas le son de cette saison! Je vais me mettre en colère!
Car j'espère de tout mon coeur que cette fois ci l'été sera propice à The Internet, groupe de funk qui mérite un peu plus que le succès d'estime en 2015. Ce groupe a une haute estime de son art et cela s'entend depuis pas mal de temps. Bon d'un autre coté, leur nouveau disque est signé chez Columbia ce qui devrait leur faire du bien en terme de reconnaissance.
Ils ne l'ont pas volés. The Internet forme un collectif assez intéressant qui mélange le classicisme et des choses plus modernes. Il y a du hip hop et de l'electro dans leurs efforts assez suaves dans l'ensemble.
Ce n'est pas nouveau mais c'est bien fait: le groove de The Internet est assez original. C'est un vrai effort de groupe. Les personnaliés s'effacent pour un son particulier, qui veut être identifié. Ils empruntent pas mal à l'acid jazz anglais des années 90.
Ce qui n'est pas du tout une mauvaise chose. Au contraire, je trouvais que l'on dénigrait pas mal cette époque où le jazz empruntait une voie populaire, urbaine et mélodique. The Internet retrouve ce chemin là, chaud et velouté, avec de belles harmonies, des boucles lyriques, des vocales féminines et des envolées électriques.
Je ne suis pas en colère en fait: The Internet me chauffe agréablement les oreilles.
Columbia - 2018
JAN FABRE – Ma nation : l’imagination – Fondation MAEGHT

My only nation is imagination. Avec cette phrase qui ouvre l'exposition, Jan Fabre vient célébrer l'imagination et le pouvoir du cerveau, icône récurrente et mystique de l'artiste. Un territoire sans limite.
Jan Fabre appartient à la liste des artistes contemporains les plus renommés à travers le monde. L'artiste est polyvalent. Il oeuvre aussi bien dans le théâtre contemporain, que la danse ou l'opéra. Si vous n'avez jamais traversé son univers, l'exposition de la Fondation Maeght est une excellente entrée en matière. Celle-ci axe le parcours du spectateur sur trois formes de production de l'artiste : les sculptures, les esquisses qui montrent le cheminement de la pensée de l'artiste et ses oeuvres au stylo BIC. L'exposition, spectaculaire, surréaliste, iconoclaste comme souvent, est facile d'accès pour le profane, seul ou en famille.
Vous rêverez, sourirez-ou pas- devant ses magnifiques Pietàs qui avaient fait un petit scandale à la Biennale de Venise de 2011 et qui siègent enfin dans leur totalité dans la cour de la Fondation à la place des habituelles statues de Giacometti. BHL avait réussi à faire venir une des Piétas (Pietà 5) pour son exposition Les aventures de la vérité, mais sans l'estrade dorée et ses 5 sculptures qui participent à la sacralisation de l'oeuvre. La présence de cette oeuvre monumentale dans le paysage solaire de la fondation mérite à elle seule la visite. Superbe.
La présence de la mort sous forme d'installation reviendra plus tard dans l'exposition, notamment dans la salle Giacometti, sanctuaire iconoclaste dédié aux Gisants figés dans le marbre de Carrare blanc que sont E.C. Crosby et K.Z. Lorentz. Impressionnantes sculptures funéraires dédiées aux sciences de la vie. Les insectes statufiés parcourent comme dans les Pietàs les corps des scientifiques.
Deux matières sont particulièrement exposées, le marbre blanc qui apporte une pureté à chaque sculpture et contribue à la sacralisation de l'objet et la silicone qui accroît le réalisme de cerveaux ou de parties corporelles. Il suffit de faire vibrer légèrement le piédestal des jambes cérébrales pour comprendre l'influence de la matière gélatineuse sur le sujet. L'aspect gélifié des jambes produit une répulsion-fascination digne des écorchés de Fragonard.
L'ensemble agit comme un cabinet de curiosités, un entre-deux mêlant sujet et objet, vivant et mort, dans lequel le cortex de Jan Fabre entre en résonance avec celui du spectateur. Un effet miroir égocentrique qui ne peut laisser indifférent et vient rappeler avec talent à tous que l'imagination reste un potentiel unique, pour l'artiste comme pour le spectateur. Jan Fabre en ce sens se place dans la droite lignée de toute la réflexion déjà portée en son temps par Diderot qui plaçait l'imagination au fondement même de notre humanité : "l'imagination voilà la qualité sans laquelle on n'est ni un poète, ni un philosophe, ni un être raisonnable, ni un homme" se plaisait à écrire Diderot dans son Discours sur la poésie dramatique.
Le site de la fondation Maeght reste un lieu habité par les nombreuses présences des artistes, de Miro à Rebeyrolle en passant par Giacometti ou Fabrice Hyber. Si vous êtes dans les parages de Saint-Paul-de-Vence, ne manquez pas cette exposition.
https://www.fondation-maeght.com/
Contre toute attente

Avant Sharon Stone, avant Glenn Close, l'objet de désir ultime au cinéma c'était...Jeff Bridges. L'interprète du Big Lebowski n'a jamais été aussi beau que dans Contre toute attente, polar lent mais haletant.
L'histoire: on peut se demander si le scénario complexe et absurde du Big Lebowski des frères Coen ne serait pas un clin d'oeil à l'intrigue tortueuse de Contre toute attente, remake de La Griffe du Passé, film noir de 1947 avec Robert Mitchum. Cette fois ci, c'est un vieux jouer de football mis sur la touche qui se voit payer pour rechercher une jeune femme au fin fond du Mexique. Bien entendu il en tombe amoureux et c'est le début des ennuis pour cet homme blessé...
Le réalisateur: Taylor Hackford est le yes man par excellence à Hollywood. Il est compétent. Ses films sont souvent bien faits. Il n'a pas peur de diriger des stars et ne manque pas d'ambition. Il réalise Contre toute attente juste après son premier succès populaire, le cultissime Officier et Gentleman. Passionné par la musique, on lui doit aussi le très eighties Soleil de Nuit et surtout il se rappellera à notre bon plaisir avec la bio de Ray Charles en 2005. Signe particulier du bonhomme: ses films sont souvent trop longs et ce n'est pas toujours justifié!
L'anecdote: Taylor Hackford a souvent célébré la musique dans ses films. Cela a une place importante dans l'oeuvre du réalisateur de Hail Hail Rock'nroll, documentaire sur Chuck Berry. Contre toute attente n'a pas laissé une grande trace dans l'histoire du cinéma mais a délivré l'un des premiers tubes sirupeux de Phil Collins, échappé de Genesis et futur roi du pop rock.
Les acteurs: Bon bah voilà, il y a juste un duel sous le soleil californien qui vaut son pesant d'or. D'un coté, il y a le beau Jeff Bridges, mauvais garçon barbu mais grand sentimental. Face à lui, il y a le machiavélique James Woods, vénéneux à souhaits, en admiration devant Richard Widmark qui fait ici sa dernière apparition au cinéma.
Pourquoi on aime: Los Angeles est peut être l'enjeu de ce film qui joue entre polar et romance de manière maladroite. Hackford n'est pas un grand cinéaste mais sa description de la ville californienne est franchement fascinante entre les clubs de foot, les collines sauvages ou Sunset boulevard, lieu plus sauvage qu'il n'y parait. La ville porte toutes les ambiguités d'un monde qui ne tourne qu'autour de l'argent et du pouvoir. Dans sa partie noire, le film est passionnant et vieillit bien grâce à ses acteurs. Pour la partie sentimentale, ca se gate un peu avec des scènes stéréotypes, faussement érotiques et pas toujours crédibles. Mais le mélange ne manque pas de saveurs et c'est souvent un régal à revoir!
Isaac Gracie

Ami troubadour, voyage donc avec nous et conte nous de belles ritournelles!
Quand vous découvrez la tête de Isaac Gracie, vous avez le droit de vous demander s'il ne vit pas à une autre époque: celle des bardes célestes qui découvrez le patchouli, la guitare et les cheveux longs!
On est en 2018 mais quand on écoute le jeune Isaac Gracie, on pense évidemment à Richard Thompson, champion du Monde des menestrels modernes, folk et britanniques, mais aussi à nos héros locaux comme Moustaki. Si, si je vous jure: c'est dire si le voyage que propose le jeune homme de Londres est très champêtre.
Et pourtant il jongle avec les tourments comme Jeff Buckley ou plus récemment, Nick Mulvey et Damien Rice. Mais effectivement il a des tics qui viennent des années lointaines: des choeurs féminins et des petits plaisirs bien bien folk.
Mais il n'a pas peur de l'electricité. Il le démontre avec deux trois chansons assez impressionnantes et qui doivent prendre de l'ampleur sur scène. Le Londonien ne craint rien et c'est tout le charme de ce premier essai, qui picore des idées un peu partout sans que cela s'apparente à du plagiat! Il a le look d'un jeune Assurantourix mais on pourrait voir un apprenti Springsteen (running on empty pourrait être une déclaration d'amour au Boss).
Il ne renouvelle pas vraiment le genre folk rock mais sa potion est magique, car les titres s'enchainent comme des hits imparables et il y a fort à parier qu'il s'installe durablement sur nos ondes et dans nos mémoires. En tout cas, il a bien le pouvoir de prétendre au titre de bande son de l'été avec son style passe partout mais pas anodin.
All that reckoning

Bon okay ca fait pas mal que l'on fait la route, durant les vacances. On fait un break. On prend une pause. On retrouve de vieux copains qui n'ont pas changé!
Les Cowboys Junkies! Vous vous souvenez ou pas? Un reprise sombre de Lou Reed, Sweet Jane, et surtout un album, The trinity Sessions, sorte country décalé et ambiance diaphane avec une voix féminine envoutante. Ca vous dit rien?
Pourtant le groupe a continué de vivre depuis ce succès incroyable et unique en 1988. Après le groupe a plongé dans le succès tout juste d'estime mais n'a jamais baissé les bras. Le groupe est toujours le même depuis sa création en 1985. La famille Timmins et leur meilleur pote. Margo chante avec sa morne voix de belles histoires et des aigres récits.
Le style ne bouge pas. C'est toujours assez lent. Mais c'est très beau. C'est épuré mais ca ne manque jamais d'efficacité. La tristesse se cache derrière des accords lancinants et des quelques guitares qui s'énervent de temps à autres, histoire de se rappeler les racines roots et country.
Les Canadiens de Toronto aiment les ambiances. Ils les soignent et cela s'entend encore sur ce 17e album. Tout de même! Ils atteignent désormais la cinquantaine mais la musique leur semble viscerale.
Après quatre années de silence, on apprécie les retrouvailles! Margo Timmins a toujours cette voix folle, qui fait dans la douceur mais pas que! L'originalité n'a plus vraiment le droit de citer mais on s'étonne d'entendre encore de telles ritournelles.
Bref, avant de reprendre la route, cette pause s'imposait!
Latent recordings - 2018
Vampire, vous avez dit vampire?

L'été, on ressort nos vieux dvd, nos films cultes, nos nanars d'antant, on se balade dans les années 80 et c'est sacrément drôle... et ca ne manque pas de mordant!
L'histoire: Charlie est un adolescent ordinaire: il s'ennuie devant des films fantastiques ou rêve de coucher avec sa petite amie. Il habite une charmante maison avec sa maman dans une banlieue sans surprise, sans âme. Un endroit charmant qui le sera un peu moins lorsque Charlie découvre que son nouveau voisin est un véritable vampire...
Le réalisateur: Tom Holland a marqué les années 80 et le genre horrifique avec deux titres. En 1985, il actualise le mythe des vampires avec sa série B mais deux ans plus tard, il fabrique un authentique boogeyman qui va concurrencer Jason ou Freddy: la poupée maléfique, Chucky. Il est effectivement le réalisateur de Jeu d'enfant, premier épisode de ce serial killer un peu spécial. Par la suite, Holland s'est fait discret mais a longtemps oeuvré pour le genre. On lui doit pas mal d'adaptations télé de l'oeuvre de Stephen King. Petit maître de l'horreur, il a aussi été le responsable de l'impensable Psychose 2 comme scénariste. Un tout petit maitre du genre, mais petit maitre tout de même!
L'anecdote: Le film de Tom Holland a obtenu rapidement son statut de film culte malgré des scores sans prétention au box office. Un second épisode fut rapidement mis sur les rails mais Tom Holland était occupé par Jeu d'enfant avec l'acteur charismatique du premier, Chris Sarandon. Un troisième volet fut envisagé mais le producteur intéressé par le projet, Joe Menendez, président de Carolco, fut tué par ses deux enfants. Ce fait divers fut meme l'une des causes de l'echec du second volet. Comme quoi, l'horreur dépasse souvent la fiction!
Les acteurs: Le casting est la force du film de Tom Holland. Les ados sont des tétards qui méritent bien des morsures mais cela laisse la place pour l'envoutant Chris Sarandon et l'impayable Roddy McDowall. Ce dernier restera dans l'histoire du cinéma comme l'extraordinaire interprète de Cornélius dans la saga de La Planète des Singes. Sarandon, premier époux de Susan, lui n'a jamais eu la carrière qu'il méritait. Il est présent dans quelques pépites des années 80 dont Princess Bride où il joue le méchant roi.
Pourquoi on aime: Les comédiens sont hilarants. Ils surjouent sans chercher le copinage avec le spectateur: ce qui fait du film de Tom Holland, un bel exercice horrifique. Il s'agit bien là de faire peur et de faire sursauter le public. Mais on rigole tout de même. On s'étonne même encore de la férocité du film. Beaucoup de critiques adoraient suggérer la frustration sexuelle qui ressortait de la navrante saga Twilight. Tout vient de ce film où le sujet c'est bel et bien, la sexualité! Mais Holland est d'abord un passionné de l'horreur pour tous. Il y a de l'amour dans la description de Peter Vincent, chasseur de vampires un peu paumé dans le monde moderne, ou dans la vie quotidienne de Charlie, où les angoisses se melent aux hormones. Le gothique se mélange avec humour dans l'ordinaire de l'Amérique moyenne, sous valium. C'est un constat qui ne manque pas de mordant que l'on redécouvre avec plaisir!
Sortie 21

Bon on voyage. On prend la route. On découvre de nouveaux espaces. Empruntez la sortie 21 et rencontrez un sympathique cowboy à la française, Sammy Decoster!
Ce musicien là est en passe de devenir un mythe. Il y a des années, tout le monde louait son talent lors de la sortie de son premier essai boisé et vintage, Tucumcari. Entre temps, il s'est éparpillé dans des projets forts et atypiques (comme Verone, Fredda ou bien entendu les géniaux Facteurs Chevaux). Il a joué à disparaitre!
On se demandait si le garçon voulait vraiment avoir à faire avec la reconnaissance, ou pire le succès. Dix ans après son remarquable et remarqué premier opus, il revient donc avec son blues rétro et étrange, tout en version française. Ce pourrait être une version vinyle de l'émission culte de FR3, La dernière Séance. Il aime les vieux films, les westerns et tous les mythes qui se glissent dans le genre. Il en parle en chansons!
Il a conservé donc cette aspect années 50, ce vieux son vintage et les reverbs comme meilleures amies à des refrains simples et savoureux. Il adapte les paroles en français. Il réadapte le mythe à son esprit franchouillard. Le gars du Nord a des rêves de grands espaces mais connait pas bien ses limites.
Et compte sur son coeur. Sur la pochette, il pose avec sa famille. Dans sa guitare, il y a tous les héros du rock'n'roll qu'il adore. Dans ses chansons, il y a une candeur tout en gravité. Au fin fond de sa campagne, Sammy Decoster se fait son film, son western.
On espère ne pas attendre dix ans pour entendre de nouveau son amour pour le vieux et le vintage. En tout cas, il nous invite au voyage et à la curiosité avec une belle originalité que l'on est heureux de redécouvrir à nouveau.
La grange au belles - 2018
Le jeu de la défense, André Buffard, éditions Plon


Voici un bon livre. Drôle d’entrée en matière, me direz-vous. Mais un texte de qualité, on n’en dévore pas tous les jours. Car oui, je l’ai littéralement dévoré, ce Jeu de la défense. Plus de 400 pages et combien d’heures à m’y plonger…
J’ai été durant quelques années chroniqueuse judiciaire et j’ai tout revu, des images lointaines redevenues soudain bien présentes : les couloirs des tribunaux, les rapports parfois ambigus avec les avocats, les procureurs et les juges, tout ce monde qui évolue dans un lieu extrêmement vivant.
Une jeune femme est assassinée. A Lyon, un soir, battue à mort près d’une porte cochère. Ghislaine était magistrate. Belle, intelligente, secrète et coquine. Mais qui l’a tuée ? Son amant, brillant avocat quinquagénaire ? La femme de celui-ci ? Le compagnon de Ghislaine, qui ne supportait pas l’idée qu’elle le quitte ? Ou un autre, une autre encore ? Car la jeune femme avait, semble-t-il, une vie bien éloignée des apparences…
Très vite, les choses se précipitent, l’amant-avocat est le coupable idéal. Tout est contre lui et il décide de prendre un confrère, David Lucas, pénaliste réputé, pour assurer sa défense. Ce dernier est le narrateur, assez proche dans la description et le parcours, de l’auteur du livre. Lucas entame alors un travail de fourmi, tout à la fois de réflexion et d’observation. Avec la complicité de son assistante et d’une commandant de police, il prépare pas à pas la défense de son client. Tout en essayant de maintenir une distance avec une journaliste intéressée par l’affaire.
Si l’ouvrage évoque assez rapidement un polar, il n’est pas que ça. Autobiographie à peine déguisée, roman au style alerte, c’est aussi une description précise de l’institution judiciaire, de la garde à vue au procès, avec des portraits criants de vérité des différents acteurs que peut compter une affaire criminelle.
André Buffard est un avocat connu du grand public. De Carlos à Pierre Chanal (Les disparus de Mourmelon) en passant par des membres d’Action Directe, il a marqué les prétoires. Et, avec ce livre, les lecteurs.
Le jeu de la défense, André Buffard, éditions Plon, 430 pages





