Twin Fantasy

Il a la tronche d'Elvis Costello, les envies de Neil Young et le talent de Jason Lytle! Ca fait beaucoup pour un seul homme. Après deux mois sur la route, il était tout à fait logique de vous présenter le conducteur du groupe indie Car Seat Headrest!
Il s'appelle Will Toledo. Il s'est fait tout seul sur le net, sur son bandcamp. Il fut l'une des stars du circuit. Il a logiquement fini par signer avec un label, Matador, connu pour ses signatures indépendantes.
Il fait donc ce qu'il veut. Heureusement il suit une bonne direction. Il suffit de lire les trois noms à l'entrée de cet article. Will Toledo et ses camarades forment un groupe de rock, qui aiment les longues plages mais aussi les raccourcis.
Twin Fantasy n'est pas un nouvel album. C'est la reprise de l'une des ses oeuvres adolescentes. Il a désormais 26 ans et pas mal d'expérience et de succès. En se confrontant à sa jeunesse perdue, Will Toledo renforce le propos et surtout lui amène une force sonore assez impressionnante. Une fois encore, vous avez vu les trois noms au début de la page!
La vulnaribilité est devenu un magma électrique maîtrisé d'un bout à l'autre par le jeune auteur. On est absolument étonné par ses chansons qui dépassent les dix minutes ou les rapides hymnes où l'humour et la douleur se partagent le territoire.
Il écrivait et réalisait tout cela dans sa chambre ou sa voiture. Désormais Will Toledo a un studio pour l'accueillir et il se redécouvre dans un remake impossible de ses efforts passés. On assiste à une petit exploit: transcender l'émotion passée! Les chansons sont superbes et ambitieuses. On quitte la route rassurée avec un tel gars aux commandes du rock indie. Allez bonne rentrée à tous!
Matador - 2018
22 Miles

Peter Berg dépasse ses maîtres. Le réalisateur américain s'émancipe de plus en plus d'Hollywood pour un cinéma audacieux, violent et ambivalent.
Peter Berg a commencé comme comédien puis a signé des séries B sympathiques. Hollywood lui a fait de l'oeil et il est venu réaliser de gros produits couteux et ratés. Alors, le cinéaste semblait être l'homme à abattre, après Michael Bay et... Luc Besson.
Il a connu un beau succès critique avec la série sportive et rurale, Friday Nights Lights. Et ses films, toujours musclés et violents, sont devenus très âpres. Ce qui était pénible pour nous, est devenu de la rudesse.
En quelques films, souvent inspirés de la réalité, Peter Berg est devenu plus pertinent. Il ne flatte plus le spectateur mais préfère le maltraiter et l'interroger. Les ambiguités de la violence hantent désormais son cinéma depuis le rugueux Du sang et des Larmes avec déjà Mark Whalberg.
Le comédien porte chance au réalisateur. Deepwater (sur une catastrophe pétrolière) et Traque à Boston (sur l'attentat de 2013) sont de formidables films un peu oubliés. Ce sont des oeuvres américaines et 22 Miles n'échappe pas à la régle! Il y a du patriotisme et des attitudes de cowboys.
Mais au final, tout ceci sera fortement nuancé après une expérience violente pour les héros de ce nouveau thriller dont le scénario tient de l'épure! Dans une ambasssade, des agents très secrets doivent exfiltrer un mercenaire d'un pays lointain qui possède des informations sur une menace mondiale!
Mark Whalberg est le chef des opérations. Il serre les dents, bande les muscles, se bat comme un beau diable mais surtout possède en lui une hystérie quasi bipolaire qui fait de son personnage, une étrange créature de cinéma. Un héros qu'on adore et déteste en même temps.
Il va promener son discours pessimiste sur le Monde et sa situation sur des images d'une violence inouïe, qui monte crescendo dans l'hémoglobine et qui ne va pas vous épargner. C'est parfaitement chorégraphié. Berg ne réussit pas toujours ses scènes d'action mais il se passe quelque chose au fil des scènes. Une tension sourde. Berg ne veut pas nous lacher et nous confronte à un vrai jeu de massacre, qui risque d'en dérouter plus d'un.
Il y a de l'audace dans ce film qui l'on a vite jugé sur des critères de film d'action. Et même de l'incorrection. Le film n'est pas produit pas un grand studio. Peter Berg peut se laisser aller à ses penchants violents mais il n'est jamais irresponsable dans ses choix et ne veut pas nous épargner. Inattendu et généreux, 22 Miles est une sorte de vestige d'un cinéma belliqueux, malpoli et peut être même, osons le dire, politique!
Avec Mark Whalberg, John Malkovich, Lauren Cohan et Iko Uwai - Metropolitan filmexport - 28 aout 2018 - 1h30
Detective Dee: la légende des rois célestes

Petit cour d'histoire pour les jeunes: avant, du coté de HongKong, il y avait des artistes qui changeaient la style et l'image du film d'action. Il y avait bien sûr Bruce Lee et Jackie Chan. Puis Tsui Hark a rabattu les cartes avec ses productions Workshop et ses films. Sa collaboration avec John Woo restera un moment de l'histoire du cinéma! C'est comme ça!
Mais la carrière de Tsui Hark pourrait faire l'objet d'un film qui serait dynamique. car il a connu des hauts et des bas et le bonhomme, aujourd'hui, dernier vestige de la HongKong Connection, semble s'éclater depuis que la 3D est à la mode.
On le sait: Hark est un passionné. Il tente tout. Il s'imprègne de tout. Il fabrique des films à la chaine. Rarement il fait dans la banalité. Un film de Hark ne laisse pas indifférent. Même quand il est raté. Et Dieu sait que Tsui Hark n'a pas toujours été inspiré, obsédé par la technologie et les nouveaux effets spéciaux. On vous le dit: Tsui Hark est un amoureux de son art, un défenseur de l'artisanat. Une sorte de James Cameron asiatique, inégal mais attachant!
Avec Detective Dee, il fait des spectacles pyrotechniques et colorés. L'histoire importe: ce qui compte, c'est le mouvement, la couleur et le rythme. Le troisième volet des aventures de Dee et ses sbires ressemble à un album de Tintin. Des rebondissements tout le temps. Sans arrêt. Jusqu'à l'épuisement. Il faut l'avouer
Pour un occidental, Detective Dee c'est le blockbuster exotique pour l'été. C'est frais. C'est divertissant. On est largué entre les mythes chinois, le bouddhisme héroïque et les guerres de clan mais on s'amuse aussi car Tsui Hark innove et invente des images ludiques, des combats saisissants et les idées semblent fourmiller dans chaque nouveau plan.
Le scénario n'est qu'un prétexte pour des pirouettes visuelles incroyables. Le film célèbre l'art du faux et des illusions. C'est un peu le boulot de Tsui Hark qui aura même profiter de son long film pour terminer sur une note pessimiste et inhabituelle. Etrange saga, Detective Dee montre aussi les bienfaits du monde moderne et l'accomplissement fou d'un artiste qui ne baisse jamais les bras!
Avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Gengxin lin et Carina Lau - Les Bookmakers Jokers - 8 aout 2018 - 2h12
Go to school

Bientôt la rentrée! Pour accompagner cette difficile épreuve, applaudissons tous ensemble les deux cancres du rock'n'roll!
Ca y est! On reprend la route du quotidien qui se répète sans fin. On va retrouver le bruit des klaxons, les enfers des transports en commun, l'attente devant les écoles... prenez ce qui vous embête le plus dans votre vie et mettez le à la suite.
Surtout n'oubliez pas d'écouter le second opus des décalés Lemon Twigs. Michael et Brian sont deux frangins, qui devaient surtout s'ennuyer au fond de la classe dès le début de l'année. Ils ont en tout cas une connaissance du rock'n'roll assez pointue pour le jeune âge.
Pour le second essai de leur courte carrière, ils voient les choses en grand. Go to School sera une comédie musicale et on croisera dedans de vieilles gloires qui inspirent les deux frères: Todd Rundgren ou des membres de Big Star, décidément la grande réfèrence secrète du rock américain. The student become the teacher comme dirait le titre d'une des chansons.
En tout cas, les voilà tous les deux dans un mode héroïque. On pense à Bowie et tous les heureux savants de cette époque où le rock était une affaire de récit et de concept. Les deux gamins s'amusent comme des petits fous. On a l'impression de découvrir des enregistrements du Rocky Horror Picture Show ou des inédits de Broadway dans les années 60 et 70. C'est assez jouissif.
L'objet "vintage" est poussé à son paroxysme. Ils en font peut être un peu trop mais ca n'empêche pas d'être ébloui par la débauche d'effets, l'envie de raconter une belle histoire absurde entre un singe et un garçon, de suivre les traces de ses ainés, d'écouter de la musique heureuse. Bref, amusons nous un peu pendant la rentrée. Ca ne peut pas faire de mal!
4 ad - 2018
Le roi de la polka

Le blues du rêve américain!
Jan Lewan est une star en Pennsylvanie. Jovial, d'origine polonaise, il défend la tradition en chantant la polka sous toutes ses formes. Avec un orchestre. Un type déguisé en poulet. Une autre déguisée en ours et une volonté farouche surtout de réaliser son rêve.
Il possède une petite boutique dans un bled paumé et pourtant il veut être à la tête d'un empire autour de la célèbre danse. Sa femme l'admire. Sa mère redoute ses magouilles. Ses voisins sont prêts à lui donner de l'argent avec des bénéfices astronomiques. Candide, Jan Lewan va devenir un sympathique escroc qui chante!
Le fisc va donc s'intéresser à ce drôle d'artiste, qui radine sur tout mais qui génère un business dangereux connu sous le nom du schéma de Ponzi. L'embrouille est connue. Elle continue aujourd'hui d'alimenter les pages économiques ou judiciaires.
Mais ce Lewan a fait cela avec un naturel assez désarmant. Maya Forbes, la réalisatrice, ne le juge pas. Elle le laisse face à ses problèmes et observe. C'est la bonne idée du film: ne pas faire dans la démonstration facile.
Lewan est un bon gars mais il ne peut pas s'empêcher de rêver son american way of life, avec l'argent des autres. Jack Black, avec sa rondeur habituelle, rend le personnage encore plus attachant que le vrai, puisque bien entendu tout ceci est une histoire vraie.
Le gout du kitsch est assumé par la réalisatrice, productrice de Larry Sanders et donc fine connaisseuse de l'humour doucement subversif. Le comédien fait son numéro habituel. Il le fait bien et permet quelques ambiguités sur les réalités de l'Amérique et de ses opportunités. Discret, le film est appréciable par son humilité et la tendresse qu'il a pour ses personnages. Loin du Loup de Wall Street, venez découvrir le louveteau de Pennsylvanie!
Avec Jack Black, Jenny Slate, Jason Schwartzman et Jacki Weaver - Netflix - 2018
Performance

Premier choc de la rentrée: le rock décontracté et souriant de White Denim! Pour prolonger les vacances!
Venu du Texas, White Denim aurait dû normalement faire de la country ou du gros rock qui se roule dans la poussière du sud des Etats Unis. Mais les petits gars de ce groupe atypique n'aime pas trop les clichés et les routes toutes tracées.
Au début de leur carrière, le groupe a fait dans le garage rock puis avec les multiples arrivées et départs, le groupe s'est tourné vers un rock plus 70's et surtout White Denim a gagné en assurance. Il n'a pa peur de citer T.Rex et assumer d'autres influences plus ou moins éthérées.
Mais comme tout guitariste du Texas, les instruments sont solidement affutés et prêts pour la révolte! Les compositions sont pop mais l'ensemble est joué avec force et dévotion au Dieu de l'électricité.
Avec White Denim, le plaisir se confond avec la décontraction. Les chansons sont ciselées mais tout tourne autour d'une nonchalance que l'on ne sait vrai ou pas. Le quatuor suit des pistes psychédéliques avec une désinvolture pleine d'imagination. On tombe rapidement sous le charme de leurs orchestrations libres.
Le disque est aéré pourtant le groupe est plutôt adepte des pétarades et d'un son heavy, effectivement proche des années 70 et tous les hurluberlus de cette époque. Le mélange donne un équilibre assez incroyable où les nuances se mêlent à l'efficacité. Il n'en faut pas plus pour faire de Performance, un des grands plaisirs de la rentrée!
Slang - 2018
Equalizer 2

Denzel washington sauve des vies, régle ses comptes et protège la communauté ! Le justicier idéal ! Il dérange personne. Cinéphile y compris !
Le comédien aime les réalisateurs de films d’action. Il suivait Tony Scott dans tous ses projets. Même les plus fous. Il adore travailler avec Antoine Fuqua, yes man d’Hollywood, qui film avec efficacité des histoires plus ou moins intéressantes mais toujours viriles. Donc Training Day dans le meilleur des cas ou La Chute de la Maison Blanche dans le pire.
Mais Denzel lui fait confiance pour faire de lui, un héros cool, positif et violent s’il le faut. En adaptant la série molle Equalizer, le cinéaste a fait un film rageur, un peu réac et complètement à la gloire de son comédien principal.
Dans le second épisode, c’est la même chose. Avant McCall, c’était un type charismatique comme Derrick. Aujourd’hui, c’est la coolitude incarné, le redresseur de torts ultime… Denzel quoi ! Dès qu’il voit une injustice, le gars s’énerve et casse des bras comme le faisait Steven Seagal à sa grande époque.
Cette fois ci, on s’en prend à sa vieille copine de la CIA donc il n’est pas content et le fait savoir en cassant tout sur son passage avec une attitude de badass sûr de son coup. C’est pour cela qu’on l’aime Denzel : pas de chichi et d’atermoiements. Il fonce dans le tas et tabasse le moindre gredin qui sort des clous. C’est un peu sévère mais il est la loi en quelque sorte. Ce n’est pas le premier, ni le dernier. Comme c’est Denzel, il le fait bien avec une nonchalance désarmante.
Oui car il faut dire la vérité. C’est un film d’action pantouflard où le héros joue le chauffeur de vtc pour être au plus près de sa communauté et venir en aide à ceux qui sont dans la détresse. Quand on touche à sa copine, il se vénère et le scénario se met en route, au bout d’une demi heure et pour ne pas aller très loin.
Dans votre fauteuil, vous irez plus vite que le héros dans sa grosse voiture américaine… C’est donc l’été, on ne fait pas la fine bouche et on veut bien croire que Denzel Washington sera un jour l’alter égo de Charles Bronson… en plus cool bien entendu !
Avec Denzel Washington,





