Hunter

Aretha Franklin est partie mais elle a ouverte la voie à des milliers d'artistes engagées. Anna Calvi se montre comme une guerrière face à la connerie masculine et offre au rock, une salturaire féminisation... ou tout autre chose!
Le rock est taillé pour l'Anglaise Anna Calvi. Elle a fait monter la température il y a quelques années et tout le monde était tombé sous le charme de cette incendiaire rockeuse, armée de sa guitare et d'une voix incroyable qui ne semble pas se laisser aller aux grognements uniquement.
Spectaculaire, elle a pris son temps. One Breath date de 2013. Les critiques et le public étaient amoureux d'elle. Elle disparait. Abandonné, on la redécouvre en guerrière féministe qui s'en prend à une société qui ne se remet pas de l'affaire Weinstein.
Ca fera chier certains qu'elle se politise, mais l'artiste ne veut pas être une prêtresse d'un genre. Elle est dans son époque. Elle a du souffle et l'envie de crier. Les chansons de la dame sont toujours autant habiter. Elle observe sa sexualité et justement interroge les genres. Elle a effectivement cette théâtralité des grands artistes. Le rock n'est qu'une cape élégante à ses réflexions.
Elle tente plus de choses désormais. Le succès, elle connaît déjà. Elle se fait donc plus personnelle et son ton est beaucoup plus combattif. Les titres s'enchainent dans une étrange ambiance et sa voix expérimente sans cesse. Les guitares sont toujours là mais il y a des éléments un peu plus planants. On pense beaucoup à Kate Bush.
C'est effectivement un album qui chasse. Les vieilles habitudes. Les régles établies. Et le meilleur des années 80. On pense à cette période mais la pop n'endort pas la hargne de la chanteuse. Hunter est un manifeste. Un coup de gueule. C'est un disque d'utilité publique avec ses qualités et ses défauts: critique salutaire mais un peu trop dans la pose!
Domino - 2018
Eclosion et Comment j’ai fait cent films sans perdre un centime

On dépoussière un peu cette partie du site et on chasse les quelques araignées qui se sont installées...

Mais l'écrivain Ezekiel Boone lui a la bonne idée de réactiver cette bonne vieille peur des arachnides, bestioles moches mais si utiles. On lui a fait un nombre de procès incalculables. Certaines d'entre elles sont des machines à tuer. Mais l'araignée reste une source de frissons partout sur la planète.
Que se passe t il d'ailleurs sur notre bonne vieille Terre. Visiblement les Chinois se sont lancés sur eux mêmes une bombe nucléaire? Dans la foret sud amèricaine, les oiseaux ne chantent plus et le silence a laissé la place à un bruit inquiétant de mandibules...
Un peu partout des phénomènes étranges se produisent et une spécialiste des araignées trouve un jour un nid qui date de 20000 ans et qui semble se réanimer en quelques heures. A l'intérieur, se trouve une réponse à l'apocalypse qui s'annonce.
Bien entendu, les araignées vont envahir le Monde. Elles sont dégoutantes avec un appétit vorace et ne vont épargner aucun continent. Boone a le sens du rythme. On dirait vraiment un scénario catastrophe et comme les araignées, on dévore!
En tout cas voilà un récit qui plairait beaucoup à l'héroïque Roger Corman, producteur ultra réactif et réalisateur volontaire. On lui doit des milliers de titres. Des séries B et des séries Z. Il y a du bon et du mauvais. Il y a des films cultes et des choses indignes.
Roger Corman a traversé des décennies en produisant des films à petits budgets, avec une détermination tout simplement incroyable. Il se raconte dans un bouquin fou où il multiplie les anecdotes sur ses oeuvres singulières et ses idées folles de production. Il se vante joyeusement d'être à l'initiative du nouvel Hollywood et de nombreux cinéastes qui sont passés par son école de l'économie...
Comme les araignées d'Eclosion, il semble effectivement avoir levé une armée de talents! A dévorer aussi!
Actes sud - 368 pages
Capricci éditions - 412 pages
I’m all ears

Il y a deux ans, ces deux adolescents faisaient preuve d'une maturité monstre. Une fois de plus, elles confirment qu'elles sont des fées de la musique actuelle!
I Gemini, premier effort du duo Let's Eat Grandma, avait fait l'effet d'une claque avec deux ados qui compose une sorte de conte musical, angoissant, fascinant, diaphane. Un truc unique en son genre.
Le deuxième essai est du même acabit. Rosa Walton et Jenny Hollingworth sont encore des créatures bizarres, deux anglaises qui auraient trop écouté Bjork et tous les artistes expérimentaux de la planète. La bonne idée c'est qu'elle percute ce savoir à leur adolescence et leurs tendances pop.
Le résultat est pour le moins suprenant. Une fois de plus, la machine modifie les émotions mais les rend belles. Une fois de plus, on a un peu l'impression d'être dans un conte hard boiled où l'innocence cache et révèle un peu sa perversité. L'album est produit par David Wrench, un électron libre de la pop anglaise, amateur de curiosités.
Le trio nous sert donc des morceaux pop mais jamais standardisés. On entend tout ce que l'on reverait d'écouter à la radio. C'est intense, bien monté, bien senti. L'inspiration est partout. Le disque est un peu moins tête chercheuse que le précédent mais les filles sont plus grandes désormais.
C'est toujours leur imaginaire qui nourrit les chansons. On est donc entre modernité et folk. Les machines cotoient des instruments plus classiques. Le rêve se confond avec le cauchemar. Les ambiguités forment les contours d'une pop biscornue et passionnante. Mangeons grand mère! Festoyons avec ces deux chaperons rouge de la pop avant gardistes!
Transgressive - 2018
The Guilty

Un type assis, coincé au téléphone pendant une heure vingt: voici la grande réussite de The Guilty, habile thriller danois qui va vous donner de bonnes sueurs froides!
Un coup de téléphone. Une urgence. Une réponse. Celle d'un flic désabusé, qui doit obligatoirement répondre aux appels, désespérés ou insolites d'une population danoise en état d'ébriété généralement.
Asger Holm est un policier fatigué, qui a bientot fini son service et une femme va l'appeler pour signaler son kidnapping. Le flic ne pourra pas lacher cette affaire et va bizarrement se passionner pour cette affaire étrange.
On ne va pas entrer dans les détails: Le film est justement passionnant par toutes les petites découvertes que l'on va faire entre Asger, le flic taciturne et ce kidnapping inquiétant. Et tout va se faire par la parole et les conversations téléphoniques.
Gustav Moller, le réalisateur, tente le minimalisme extreme. Tout se passera autour de l'appel d'urgence. Le héros est bloqué à son bureau et ne peut que recevoir ou donner des coups de fil. Et vous savez quoi: la regle du polar est respectée. La tension va apparaitre et augmenter.
Habile dans sa réalisation, se concentrant sur le corps et le visage de son comédien, l'excellent Jakob Cedergren, le cinéaste parvient à fabriquer un suspense prenant et même flippant. Il en appelle à notre imagination pour apporter nos images aux appels téléphoniques.
C'est habile. C'est diabolique. Avec des moyens limités, Moller arrive à tirer le maximum de son concept. Si vous avez trop chaud, tentez ce film: il va vous glacer le sang!
Avec Jakob Cerdergren - Arp - 18 juillet 2018 - 1h20





