Chanson du jour: the soul searching

Lamp Lit Rose

Bienvenue dans le catalogue Ikea de la rentrée... euh non, bienvenue dans l'univers compulsif et passionnant des Dirty Projectors et leur nouvel album au titre de bric à brac qui résume bien la situation.

Car une chanson de Dirty Projectors assemble des notes, des sons ou des instruments. Right Now impose l'idée avec une grace que l'on ne connait peu. Pas d'emphase. Juste des idées et des bidouillages très précis. Un pur bijou de patchwork sonore. Bon comme cela, ca peut ne pas donner l'envie d'aller plus loin.

Mais le quatuor de Brooklyn a souvent des idées géniales. Break thru augmente un peu le rythme mais continue de fabriquer des chansons sans fiche de montage. Juste avec de l'inspiration. That s a lifestyle confirme la douce construction d'un disque bien dans ses baskets, très à l'aise dans son époque.

David Longstreth tient son groupe depuis sept albums et celui là a quelque chose de particulier. C'est un groupe remuant. Les départs fracassants ne se comptent plus. Mais Longstreth semble avoir trouvé une certaine sérénité.

I Feel Energy est un morceau blanc de funk assumé. Zombie Conqueror montre que le groupe a encore un pied dans l'indie rock. D'ailleurs les invités sont prestigieux. De Fleet Foxes à Rostam en passant par les midinettes californiennes de Haim.

Cependant Dirty Projectors assume sa place particulière dans le rock indépendant, presque que avant gardiste! Blue Bird rappelle une pop proche des Beatles. I found it in U est une intrusion amusante dans le garage rock. On remercie le groupe d'avoir abandonné tous les tics de l'electro actuel. Leur mutation est une preuve d'intelligence.

What is the time propose une pause glam et chaude. You're the one s'oppose à la précédente avec des airs folk assez ensoleillés puis I Wanna feel it all se termine comme un hommage à King Crimson, pionnier dans le genre "musique baroque mais abordable" ou "free jazz mélangé avec tout et n'importe quoi du moment que cela sonne bien"!

Le disque ne dure que 37 minutes, mais, avec ses dérapages controlés, ses sorties de route inhabituelles et ses envies de liberté, il vous aura offert un grand espace d'amusement, de folie et de joie. En ce moment, vous voulez quoi d'autres?

Domino - 2018

Haunted by you

Image au mur

Image au mur, deuxième album de Grand Blanc, nous scotche!

On a le droit de les regarder de travers, les quatre de Grand Blanc, groupe qui vient de Metz! Ils appartiennent à cette gigantesque comète qui est apparu dans la galaxie francaise avec La Femme, Feu Chatterton etc. Tous ces groupes qui profitent de l'electro ou du rock pour enchanter le bitume et mettre la poésie dans une génération qui a la tête dans les réseaux sociaux.

On aime bien leur prise de risque! Effectivement le groupe n'a pas peur de faire des grands écarts entre les styles. Il n'y a pas de barrière chez Benoit, Camille, Vincent et Luc. Tout est ouvert. Leur disque est effectivement truffé de petites surprises, de virages inattendus et des idées folles

Ca, les autres le font aussi. Mais Grand Blanc donne l'impression d'être totalement libre. On adore le coté punk de Belleville et l'aspect sophistiqué de Los Angeles, la chanson qui suit. On est sensible aux échanges vocaux, masculins et féminins, simples ou tout en échos sixties. Il y a de la science dans ce quatuor

Finalement, ils vivent pleinement leur musique. Il y a quelque chose d'organique dans chaque morceau. C'est habité et beaucoup moins posé que certains groupes à moustaches taillées, casquettes dépareillées et filles au milieu.

Les chansons sont des évocations justes sur les fanstasmes, les envies contemporaines. Ils percent au milieu d'un monde un peu bancal, des réalités sensibles et des vérités assez poétiques. La complexité musicale n'empêche pas la construction d'une chambre avec vue, au calme, qui nous fait aimer le présent. Ce qui est déjà beaucoup!

A+LSO - 2018

High Water 1

C'est la guerre des clans ou quoi? D'un coté, Chris Robinson a monté son brotherhood pour défendre son blues de gentil allumé en sortant des albums tous les jours quasiment. De l'autre coté du rock sudiste, on croise Rich Robinson, le frangin qui se cache dans plusieurs projets pour sortir lui aussi des chansons comme un robinet qui fuit.

Les deux hommes sont toujours inspirés mais ne travaillent plus ensemble. L'ombre des Black Crowes ne fait que planer dorénavant. Pourtant Magpie Salute ressemble beaucoup au groupe des frères Robinson. D'abord il réunit des anciens comme le vénérable Marc Ford et le bassiste Sven Pipien. Eddie Harsch, pianiste des Crowes, est décédé au tout début de la formation.

Ensuit le chanteur, John Hogg, est un hurleur digne de Chris Robinson. La texture de voix. La façon dont il colle aux guitares, le bonhomme a du talent mais pas vraiment le charisme du céleste chanteur.

Si Chris est dans les vapeurs du blues rock, Rich affirme au fil de ses projets, une écriture plus simple, terre à terre. On est donc dans le riff rageur, la mélodie accrocheuse, l'acoustique rassurant et la voix qui porte. Mais ca ne soulève pas non plus l'enthousiasme.

On devine la joie de jouer ensemble mais on ne trouve pas de surprise ou de grande nouveauté. Tout le monde est à sa place. Le boulot est fait mais ca manque une peu de fougue. Le démon du rock est un peu diminué avec ces anciens corbeaux du bon vieux rock'n'roll houleux et dangereux.

Ce n'est jamais mauvais. Mais hélas, pas de surprise. On pourrait attendre un peu plus car les talents sont là. Cela tombe bien: une seconde partie est attendue dans quelques mois!

Provogue - 2018

Solaris, Stanislas Lem, Théâtre de Belleville

 

Un mystérieux message est envoyé au psychologue Kris Kelvin par son ami Gibarian lui demandant de venir le rejoindre sur la station d’observation en orbite autour de la planète Solaris. Une fois sur place, il va rapidement sombrer dans la paranoïa collective de l’équipage suite à d’étranges apparitions dans la station.

« Nous nous envolons dans le cosmos, préparés à tout, c’est-à-dire à la solitude et à la mort. La pudeur nous retient de le proclamer, mais par moments nous nous jugeons admirables. Mais nous ne voulons pas conquérir le cosmos, c’est un mensonge. Nous n’avons pas besoin d’autres mondes. Nous avons besoin de miroirs ».


Serions-nous revenu à l’époque des épreuves de philosophie ? Et pour cause, Stanislas Lem a posé les bases solides d’une science-fiction philosophique en écrivant le roman phare du genre Solaris en 1961. Bien que la toile de fond du récit soit une lointaine planète et l’exploration scientifique dans l’espace, il s’agit avant tout de questionner l’esprit de l’être humain. Dans Solaris, chaque membre de l’équipage se retrouve confronté face à ses contradictions et ses culpabilités via l’envoi de fantômes par la planète Solaris.

La tension psychologique monte au sein de la station au fur et à mesure que les protagonistes se rendent compte qu’il n’y plus de lieu sûr. Leur intégrité physique et psychique est menacée dans ce huis-clos oppressant. Ces apparitions sont-elles envoyées par la planète Solaris ou seraient-elles simplement des productions de leur propre esprit ?L’océan de la planète Solaris force ces scientifiques à basculer entre trouble émotionnel et froideur scientifique afin de trouver un échappatoire salvateur.

La mise en scène de Rémy Prin réussit le pari ambitieux d’adapter une pièce de science-fiction au théâtre. L’association des costumes, des décors et des effets son et lumière est réussie et nous permet d’être transportés dans l’histoire. La simplicité des éléments garantit de ne pas tomber dans une scénographie exagérée, ridicule qui n’aurait eu comme unique effet de faire décrocher le spectateur.

Rémy Prin sollicite l’imagination du spectateur comme en écho à ce que vive les protagonistes. Avec peu de moyens, nous sommes transportés dans ce voyage scientifique qui se révèle être en « rêve » une exploration poétique intérieure.

 

 

Solaris
Septembre 2018

De Stanislas Lem – Adaptation pour la scène de Rémi Prin & Thibault Truffert
Production Cie Le Tambour des Limber

Théâtre de Belleville

I m your man

I ll Pretend

Raw Silk Uncut Wood

Bon on est presque tous d'accord pour remettre le prix du meilleur titre d'album et le titre de plus belle pochette à la jolie Laurel Halo mais est ce que son disque vaut le coup?

La musicienne est un petit cliché à elle tout seule. Une intello de l'electro. Une digne descendante de Brian Eno. Comme lui, l'Américaine trouve l'inspiration dans les soirées berlinoises et cultivent un gout certain pour un son à l'horizontal, proche de l'ambient... qui a dit de l'ennui?

Car la jeune femme est douée. On va vite utiliser les adjectifs, avant gardiste et expérimental pour la présenter. Elle fait effectivement une musique pas facile d'accès, très synthétique, mais il y a de l'envie et une douce recherche d'harmonie.

C'est ce qu'on aime bien dans son quatrième essai, Raw Silk Uncut Wood. Passionnée par la science fiction et particulièrement Philip K.Dick, Laurel Halo nous emporte donc dans un univers où les notes sont angoissantes. La musique est faussement apaisée. C'est ce qu'on aime ici: à la réécoute, on entend de nouvelles choses.

Comme beaucoup de disques expérimentaux, on retrouve si on le veut tous les angoisses existentielles dans des nappes synthétiques et quelques instruments qui se veulent plus organiques. Une fois de plus, cela fait un peu trop stéréotypés mais Laurel Halo a le "je ne sais quoi" qu'il faut pour s'écarter discrétement des sentiers battus.

Il y a une poésie sonore qui se fabrique devant nous. Ce n'est pas facile d'accès mais la douceur et l'humanité, à l'image de sa jolie pochette, trouve leur place dans cette expérimentation minimaliste et fascinante. Si vous avez du courage, sachez qu'il sera recompensé!

Latency - 2018

Miss sarajevo

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