The little stranger

Le docteur Faraday est champion du Monde du faisage de gueule. Il va trouver d'autres concurrents pour bouder. Et hop ca fait un film de terreur... molle!

On se sent que le garcon ronge son frein. Le petit rouquin de la classe laborieuse a trimé pour devenir un honnete médecin juste après la Seconde Guerre Mondiale. Il travaille dans son village d'enfance. Il se plait dans son travail: il est droit comme un piquet et rigole quand il se brule. Le docteur Faraday est tout sauf un joyeux drille.

Mais on le sent tout de même intrigué lorsqu'il doit s'occuper d'un grand brulé qui habite dans un grand demeure bourgeoise qui a perdu de sa superbe. La famille est ruinée. Le fils souffre. La soeur se sacrifie. Et la mère n'a pas vraiment la joie de vivre. Dans la pluvieuse campagne anglaise, ce trio est plutot sombre.

Ce qui semble bien aller au docteur Faraday qui aime bien faire la tronche lui aussi. Cela tisse un lien particulier entre le médecin et ses patients. Tellement bizarre, que leurs mornes ondes provoqueraient des événements mystérieux dans la maison décrépie.

Mais avant d'en arriver là, il va falloir se taper des acteurs compètents, obligés d'éliminer toute expression de joie, de bonheur ou de surprise. C'est amusant au début puis on sent que le réalisateur Lenny Abrahamson a un peu de mal à adapter le livre de Sarah Waters.

On devine que le combat social sous jacent est ce qui intrigue le plus le cinéaste mais ce dernier doit aussi faire un virage épouvante qu'il ne maitrise pas très bien. Il le gache presque en expédiant le final avec des rebondissements successifs. Avant il a tout filmé de manière grise. Les paysages bouchés. Le village sale. Les corps déformés ou malheureux.

Donc finalement tout le monde fait la tronche. Le réalisateur. Les comédiens. Le spectateur. Pas sûr que ce soit complètement voulu!

Avec Domhnall Gleeson, Ruth Wilson, Charlotte Rampling et Will Poulter - Pathé - 26 septembre 2018 - 1h50

Un sunday Delahousse et au lit !

Si les avis divergent en famille entre potes entre collègues entre frères entres sœurs entre cousins entre amoureux entre tous, payes ton patchwork d’avis, sur le « et toi c’est quoi ton moment préféré de la semaine », ou de qui aimera tantôt la saveur jolie du vendredi soir en sortant du taf, un petit déj' en terrasse d’un samedi matin de mai, la sortie fofolle d’un samedi soir arrosée, le footing énergétique du dimanche matin, du mercredi aprém' entre copains au foot quand on a 10 ans, j’en passe, il y en a bien un, moment, sur lequel tout le monde converge ou presque dans sa quasi détestation unanime, c’est bel et bien le dimanche soir, sur ce créneau tout bien pourri pas beau qui pointe le bout de son nez vers 18h, un peu plus tard en été, un peu plus tôt en hiver.

Après un après-midi de sieste de lendemain de fête, la joie dissimulée ou pas d’un repas à rallonge chez mamie, d’un cocooning au coin du feu, d’un vagabondage dans les rues urbaines désertes ou les pieds mouillés d’une forêt de province, voilà qu’à 18h, tout bascule.

La nostalgie du samedi pourtant vieux seulement de 24h t’arrive en pleine poire, comme par hasard le soleil se barre en loosedé comme pour t’annoncer « voilà mon pote, c’est fin de week-end je migre », c’est à cette heure-ci que la mauvaise note de la semaine d’avant à l’école t’est apportée par une main fébrile pour être vue et signée, que tu fais la liste des trucs que t’aurais bien fait mais que finalement t’as pas fait alors que pourtant t’avais prévu de les faire alors que tu reportes au week-end d’après mais que le week-end d’après bah ça sera pareil t’auras pas eu le temps de les faire, que ton planning de la semaine arrive en boomerang dans ton disque dur crânien alors que cela faisait 48h que tu te croyais à l’abri, qu’une vieille tante a justement attendu ce foutu moment pour t’appeler et te tenir la jambe 45 minutes à base d’un point bilan météo des 3 dernières semaines et de l’été dernier, que poli tu écoutes et tu veux écourter mais que dans ton esprit, mine de rien, le temps d’appel va venir ronger le peu de minutes de week-end qu’il te reste, tu maudis la planète entière, ton envie d’écouter du Barbara pour t’ancrer dans le spleen se pointe alors que tu as passé la nuit à t’électrifier sur de l’électro fofolle, que ton Betclic multiple 12 match à 150€ cote 2500 foire en grand alors qu’il pouvait te faire ambitionner une annonce de démission le lendemain à la 1ère heure au taf, mais non, t’avais prévu victoire de Nîmes sur le 1er des 12 matchs et que ces cons-là ont paumé lourd, donc bah zob la dem' et la petite joie du pari gagnant, et ça fait bien longtemps que ta mise hebdo de 2€ sur l’Euromillions, bah c’est un enfoiré de Portugais qui chaque semaine ramasse les 75M€ de super jackpot alors que tu sois t’avais des idées claires sur ce que tu allais faire du pognon alors que lui t’es sûr qu’il va être paumé avec tout ce fric, bref dimanche soir ! Merrrrrrrdddeeeeeeeeee !!!

Alors du coup, tu trouves refuge, tu monacales, c’est le jour, tu pardonnes tout, tu as envie de pardonner ton fils de sa mauvaise note et surtout qu’il te l’apporte à cette foutue heure, tu regardes s’il ne reste pas un peu de bon vin de la veille pour t’en jeter un petit derrière les oreilles histoire de passer le blues, tu n’en veux finalement pas à Nîmes de s’être pris 3-0, t’avais été sans doute trop ambitieux pour eux, tu embrasses ta femme, tu caresses le chat, ou l’inverse, ou les deux, ou… merde mais je vais où là…

…et puis, à 20h, alors que quelques heures avant, égoïstement la situation du monde t’importait peu, que les résultats d’une élection en Grèce te touchaient autant que ton amour pour la langue de bœuf, que même tu ne voyais pas l’utilité de revoir en image le résumé des faits marquants sportifs du w-e puisque tu étais au courant de tous les résultats puisque tu avais juste parié l’inverse de tous ces foutus scores, et bien à 20h, comme un pote comme un frère comme le dernier survivant d’un repas du dimanche trop arrosé, arrive en Guest dans ton salon, Laurent Delahousse.

Et là le mec déroule et tout glisse crème, tsunami, faim dans le monde, impôt à ta source pauv' con, encore une école qui brûle en Syrie, sommet du G7 ou G8 ou G29 à venir semaine prochaine, enquête sur des coulisses d’une fabrique de cornichon, marronnier à base de vendange en septembre et de Noël à Noël et de Pâques à Pâques, de l’aube à l’aube et les vacances abstinence (oui je glisse du Bashung dans a rubrique et hop) mais avec ce petit truc en plus, du gars que t’écoutes, qui a su mettre une interview à la cool à la fin de son JT qui, et ce même si tu n’aimes pas l’artiste, glisse crème aussi, décidemment, le Laurent depuis 12 ans, au fil du temps, t’as aidé à surmonter cette épreuve du créneau 18h-21h, et rien que pour ça tu lui gardes une petite part de quiche lorraine sur un coin de ta table de salon au cas où le mec voudrait traverser l’écran pour venir faire le débrief de son interview art pop rock ciné avec toi.

Le point météo se lance, il est loin le temps du dimanche où le film rassemblait 25 millions de péquins, de toute façon tu l’as déjà vu au ciné, sur canal et sur ta tablette en redif streaming, donc tu éteins tout, tu te fous dans ta bulle du dimanche soir post spleen, tu t’annonces comme un guerrier déchu que tu vas pas te coucher trop tard, vœux pieux du pieu trop peu usité tôt d’habitude, une dernière gorgée de bon vin. Au lit.

Allez, vivement le week-end prochain pour pas faire tout ce que nous avions prévu de faire en étant persuadés que nous ne pourrions pas tout faire.

J’vous embrasse.

Club 12345

Musique de club existentielle. Bah oui ca existe!!

J'ai découvert Bagarre dans la salle à coté de mon concert. Je partais voir Brett Dennen, barde californien qui vit avec sa guitare et l'amour de la nature. A la Cigale, à coté, les gens sortaient d'un concert, épuisés et heureux.

Notre troubadour a lui aussi entendu quelques beats bien vivants qui sont passés à travers les murs de la Boule Noire, petite salle vétuste. Bagarre est donc venu nous chercher. Il s'agit en réalité de cinq musiciens qui font de l'électro énervé et tragique.

Ils soignent leur look proteiforme mais cela représente bien le groupe, incapable de choisir une étiquette: en tout cas, ils font tout pour que l'on mette une étiquette, trop réductrice. Chaque chansons est bien différente de l'autre.

Le gout pour les paroles est étonnant. Car le groupe défend de l'électro pour danser, avec des beats lourdement efficaces et des refrains cinglants. Bagarre sont des animaux de nuit en réalité et ils rendent hommage à leur lieu de villégiature, le club.

Ils transcendent l'exercice car exactement, ils sont bavards et aiment décrire par les mots les ambiances nocturnes, les petits nuits d'excités, les grosses transes et toutes les pensées qui passent par la tête du joyeux teuffeur de Paris.

C'est visceral, amusant et décomplexé. C'est effectivement de la musique qui cogne. Ce n'est pas toujours raffiné mais on doit reconnaitre que ce collectif ne manque pas de punch et d'énergie. Ils ont tout pour nous mettre KO!

A+LSO - 2018

A better life

Comme beaucoup de groupes anglais, Spring King a fait une entrée fracassante dans le petit monde du rock avec une nonchalance légendaire. Comme peu de monde, ils réussissent leur second essai avec une aisance quasi adolescente.

C'est à dire qu'il n'y a pas grand chose de nouveau dans ce groupe venu de la ville méconnue de Macclesfield, au milieu du Royaume Uni. Depuis les quatre dadais ont conquis leur pays. Ils ont l'air de sortir de l'adolescence et leurs compositions conservent cette étrange naïveté.

Ils ne s'essaient pas à la pop. C'est le point fort de ce groupe atypique. Spring King joue vite et fort. Un punk mainstream mais loin des délires californiens et tatoués. Ils font cela parce qu'ils en ont les moyens. Leur volonté est simple et exubérante!

C'est joyeux et bordélique. Pourtant comme ils sont anglais, c'est naturellement mélodique. Les titres se plantent dans votre mémoires comme des fléchettes. Ca sent bon le délire dans un pub sale et l'optimisme un peu forcé. Un pied de nez aux grises mines!

Moins brut que le premier opus, A better life profite un peu du confort. Les quatre musiciens se font plus légers. Ils recherchent l'hédonisme électrique et très souvent ils y arrivent. Ils suent pour vous emmener sur un son épicurien, heureux dans ses baskets sales et poussiéreuses. C'est beau la jeunesse!

Island records - 2018

Plaidoiries, Eric Théobald, Matthieu Aron, Richard Berry, Théâtre Antoine

 

Incarnant les grandes figures du barreau, Richard Berry vous fait revivre ces grands procès qui révèlent des faits de société majeurs ayant marqué l’histoire judiciaire de ces quarante dernières années.  À Bobigny, Gisèle Halimi défend l’avortement. En 1976, c’est à la peine de mort que Paul Lombard s’attaque, en voulant éviter la peine capitale à Christian Ranucci. A Clichy-sous-Bois, Jean-Pierre Mignard défend les familles de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un poste électrique pour avoir tenté d’échapper à un contrôle de police. En 2006, l’acte infanticide de Véronique Courjault lève le tabou du déni de grossesse. À Bordeaux, le procès de Maurice Papon revisite les heures sombres de l’histoire de France. 

Richard Berry incarne ces avocats.  Sa performance est remarquable. On en oublie qu'il est seul sur scène défendant l'inconcevable. Tellement convaincant, il place le spectateur dans la tête des jurés. Son jeu fait transparaître l'ardeur d'un avocat pouvant parfois être seul contre tous et prêt à tout pour défendre ce qui lui semble être légitime : tout le monde a le droit à être défendu.

Avec une mise en scène sobre mais subtile, le spectateur comprend le contexte historique. 

Il ressent toute l’importance de ces plaidoiries qui ont marqué l'histoire de la justice française. Dans la lignée du documentaire, A voix haute on prend un extraordinaire cours d’éloquence et d’humanité.

 

 À partir du 12 septembre 2018

Avec Richard Berry 

Mise en scène : Eric Théobald

D’après Les grandes plaidoiries des ténors du barreau de Matthieu Aron

Théâtre Antoine

Sicario la guerre des Cartels

Est ce bien nécessaire de faire une suite au polar noir et  solaire de Denis Villeneuve?

L'élément féminin du premier film a disparu. Il reste le sombre tueur (Benicio Del Toro) et l'agent manipulateur (Josh Brolin). Les deux hommes doivent de nouveau copiner lorsque la frontière mexicaine est de nouveau le coeur des violences les plus abjectes.

Ce n'est plus de la cocaïne qui passe la frontière mais des hommes et des femmes... mais aussi des terroristes.  Ca ne peut plus durer. Donald Trump n'a plus le temps de construire son mur en béton. Les barons des Cartels font dans le trafic humain et ce n'est pas du gout du duo de justiciers, qui ne connaissent aucune loi pour faire régner l'ordre.

La frontière mexiciaine est donc le symbole de cette ambiguité des lois, de la violence, de la justice. Le bien et le mal s'entremèlent. Les maux de la Terre se compriment sur cette ligne. Et le spectateur est une nouvelle fois interrogé sur son rapport à la violence, l'action et le "fun"!

Villeneuve n'est plus à la barre. Stefano Sollima se débrouille lui aussi pour nous jeter de la poussière dans les yeux et nous demander ce que l'on pense de la violence. Moins évaporé que Villeneuve, ce second volet reste avant tout un néo western toujours crépusculaire.

Del Toro est toujours charismatique et Brolin a toute son énergie pour nous embrouiller dans un projet de vengeance nationale plus que casse gueule. Le film avance sans se retourner, se permet quelques facilités agacantes, mais continue de creuser une apreté que l'on connait peu. Et juste pour cela, cette suite est loin d'être indigne et vaut un petit détour...

Avec Benicio del Toro, Josh Brolin, Isabella Moner et Jeffrey Donovan - Sony - 2018

Le Poulain

Joann Sfar, Riad Sattouf et maintenant Mathieu Sapin: ils sont nombreux les auteurs  (ou les stars) de BD à se confronter au grand écran. Et il faut l'avouer: le passage est plutot réussi.

Parce qu'ils ont l'habitude du "cadre" et du "point de vue". La bande dessinée est finalement un très bon moyen d'apprendre tout sur l'elipse et la narration. Et les auteurs de BD se sont bien débrouillés ces dernières années. Ils sont ambitieux et déterminés pour des projets indépendants, des comédies souvent drôles et satiriques. Plus que les adaptations de séries dessinées au cinéma. Catastrophique!

Eux, ils font le boulot, à la différence de nos simples faiseurs qui produisent de la comédie pour les prime time des grandes chaines. Allez on se calme et on boit du petit lait avec le premier film de Mathieu Sapin, auteur de la Salade de Fluits ou des Sardines de l'Espace.

Ce n'est pas un film extravagant. La mise en scène est assez sage. On n'est pas loin du téléfilm mais ce qui est montré est plutot culotté et assez rare au cinéma. La politique. Celle des coups de fil assassins, des tweets qui font le buzz et des retournements de situation qui ne font plus au cinéma depuis bien longtemps.

C'est ce que découvre l'innocent Arnaud Jaurès, qui doit partir dans quelques semaines au Canada mais qui voit ses plans contrariés lorsqu'il rencontre Agnès Karadzic, une femme politique sans scrupule. Il entre comme assistant de cette arriviste blonde dans une campagne présidentielle qui s'annonce folle...

Et on n'est pas déçu par le lot de coups bas, de petites phrases ambigues et de personnages iconoclastes. Mathieu Sapin, connu pour avoir croqué la vie politique sous Hollande, s'inspire de la réalité pour un récit d'initiation simple, carré et souvent moqueur.

Il réussit à rendre attachants tous ses personnages, un peu idiots, un peu mégalos, beaucoup décevants. Il doit à un casting judicieux et des dialogues souvent truculents. On regarde avec bienveillance le petit monde médiatico politique. On pourrait désespérer de cette comédie mais comme le ton n'est jamais acerbe. Ce n'est pas la petite soupe populaire du "tous pourris". Le film est assez enthousiaste et réjoui. C'est simplement une bonne comédie sur le pouvoir. Ce n'est pas frileux. Ca fait du bien!

Avec Alexandra Lamy, Finnegan Olfied, Gilles Cohen et Valérie Karsenti - Bac Films - 19 septembre 2018 - 1h30

Le Procès, Franz Kafka, Krystian Lupa, Odéon Théâtre de l’Europe

Le Procès de Kafka et de Lupa, où comment la vie se rompt, et avec soudaineté et violence s’engage dans un labyrinthe d’angoisses et d’interrogations jamais résolues.

Au moment où notre monde bascule en son entier dans la dictature, où la Pologne, comme l’Europe, se reprend à éructer des discours gammés, où le directeur du théâtre même où travaillait Lupa est évincé pour laisser place à une marionnette conservatrice, notre époque comme jamais se définit kafkaïenne. C’est à n’y rien comprendre, à n’y rien supporter, à ne plus savoir, à endurer, à entrer absolument en clandestinité pour préserver la liberté.
Liberté de penser de créer de parler d’exister.

K., lui, ne jouit plus d’aucune de ces libertés. Encadré par la ligne flambant rouge de la scène, par des gardiens, des proches, des lointains, il traverse le plateau et les heures, réclamant justice et réponse, ne recevant rien, rien d’autre que plus de ténèbres, plus d’interdiction, plus de médiocrité, plus de bêtise.
Ce poids immense de la bêtise.
Ne dira-t-on jamais assez comme elle pèse, comme elle dirige, comme elle nourrit le pouvoir.
Entre ses mâchoires le pouvoir, monstre sans visage, broie l’humanité, la liberté et la réalité.
L'angoisse kafkaïenne est celle d'un monde qui a perdu son âme, celle d’un homme égaré dans le labyrinthe, sans fil conducteur.
Krystian Lupa tend un fil ténu, il relie l’hier et les demains, les comédiens et le public, les niveaux de narration et de représentation auscultés par tous les côtés, il n’y plus guère d’endroits vides, d’intimité, de replis possibles.

Au commencement quelqu’un est sur scène et le public toujours à s’installer toutes lumières allumées. Nous faisons partie. L’a-t-on-vue cette femme, cette comédienne ? Quelle étrange solitude, la solitude sociétal que nous trainons derrière nous, tandis que les écrans s’allument, que les actualités polonaises énoncent des discours extrêmes, que K. commente son procès en regardant l’écran. Sans cesse nous allons d’une époque à l‘autre puisque la réalité historique est répétition, lassante et épuisante répétition.

Les silences qui soudain tombent, la scène qui soudain se démultiplie, les propos et les versions qui se marchent dessus, tout est dispositif scénique et langagier, jusqu’à l’incompréhension parler ou ne pas parler.
Une procédure est en cours, mais laquelle ? Une farce est en cours, mais où ? Et pourquoi tous ces gens se rencontrent-ils et se parlent, et pourquoi mon voisin se lève et s’agite, et pourquoi le comédien descend de scène et s’assoit ailleurs, et pourquoi et quelles sont les raisons de ce procès ?
On a beau filmer, diffuser, en plusieurs tailles, en direct, sous toutes les coutures, les mots les visages les images agglutinés, ce n’est pas par ici que l’on entendra la vérité.
Existe-t-elle ?
Un grommellement vient d’ailleurs, du fond du théâtre peut-être, encore une autre langue, une autre version, il faut être attentif à tout, à tous, à soi. Que dit-il le langage ?
Finalement le procès a lieu, celui de l’auteur, de l’artiste, de l’humain, du personnage, le procès K. avec ces demi-mots ces abrégés ses sens interdits le banal de l’énoncé, des dénouements des renoncements d’identité. La procédure parfois sert à se définir provisoirement. Ce qui nous arrive c’est l’effondrement de la raison, place libre au mal qui nous encercle.
L’organisation du langage est mensonge, et l’opposition est bâillonnée, debout comme des fusillés.
Quelque chose va arriver à notre monde.
Nous sommes tous accusés.
Nous sommes tous condamnés.

Proces
[Le Procès]
d'après Franz Kafka
mise en scène Krystian Lupa
en polonais, surtitré en français — durée estimée 4h30 (avec deux entractes)
jusqu’au dimanche 30 septembre 2018 – Odéon, théâtre de l’Europe, Place de l'Odéon, Paris 6e

Infestation

Bon il y a toujours de la place dans cette partie du site donc je continue avec mes petites lectures à huit pattes, qui font très peur!

Ezekiel Boone a de la suite dans les idées. Eclosion parlait d'une invasion mondiale de petites araignées amatrices de viande humaine. Insfestation parle du choc qu'a provoqué cet événement qui a mis les pays du Monde entier sur les nerfs.

Car nos bestioles carnassières se sont retirés après avoir bouffés copieusement sur tous les continents. Les survivalistes jubilent. Les politiciens se désolent et les scientifiques s'inquiètent. Ils ne comprennent comment les araignées agissent et surtout ils s'interrogent sur leur retrain soudain.

Le pire n'est pas passé. Il est sûrement à venir. Et c'est la réussite de ce second volume d'une trilogie annoncée. Il fait le pont entre deux points et échappe à son aspect fonctionnel. L'auteur nous promène dans tous les coins du Monde pour nous montrer l'horreur et l'angoisse.

Il le fait sans gore et hémoglobine. A la différence du premier livre. Cette fois ci il organise une course contre la montre où la terreur grimpe au fil des pages. Redoutable dans son écriture, Boone va à l'essentiel et construit un thriller addictif. Il joue sur nos habitudes de terreur. Il sait que nous sommes habitués aux scénarios catastrophes. Et il augmente le curseur en nous faisant des relais incessants entre plusieurs personnages, situés à plusieurs niveaux du drame.

Au final, c'est une lecture légère et prenante, qui vous oblige à regarder dans chaque recoin de la pièce où vous êtes et qui définitivement, va vous brouiller avec les petites bêtes qui montent, qui montent...

Actes sud - 384 pages

At Weddings

On continue de s'intéresser aux artistes qui peuvent nous aider à rentrer dans l'automne. C'est le cas de la toute jeune Tomberlin, impressionnante dès son premier album.

Il ne faut pas grand chose: quelques gratouillis sur une guitare et une voix. En une chanson, Sarah Beth Tomberlin vous chope et nous vous lache plus. Un sentiment adolescent. Une émotion crue. Any Other Way est une chanson prenante et parfaite pour introduire la discrète chanteuse.

Venue de Louisville, Tomberlin se sert du folk pour sortir ses tripes, ses doutes et de temps en temps ses joies. Les réverbérations de sa guitare sont liées à ses états d'âme. C'est simple. C'est surtout très beau. Très doux. Très touchant.

Au sortir de l'adolescence, Tomberlin fait preuve d'une grande maturité. Car elle arrive à transmettre des sentiments, des idées et un spleen idéal en cette saison. Certes c'est un peu longuet et ca semble s'étirer. Pourtant c'est maîtrisé: la jeune femme s'épanouit dans ses titres, personnels et tout de même envoutants. C'est un délice, frais et féminin.

saddle creek - 2018

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