A star is born

Remake du grand classique hollywoodien, le premier film réalisé par Bradley Cooper se décompose au fil des notes et des minutes. Reste à la fin un mélodrame super kitsch.
Pourtant cela démarre bien. Le comédien qui s'essaie ici à la réalisation, s'est fait une tête de rockeur bien ricain. Il a un bel accent. Et ses yeux bleus sont magnifiques au milieu d'un visage figé par la douleur, l'alcool et le succès. Franchement, Bradley Cooper s'en sort. Il a en plus la bonne idée de prendre comme frère dans le film, Sam Elliott, autre vision légendaire d'un cowboy moderne. Ils en font trop mais c'est bien fait. Rien à dire.
On est aussi convaincu par Lady Gaga, qui loin de son manège coloré, est convaincante en working class hero. Elle interprète avec conviction une jeune fille aveuglée par la gloire et l'industrie. D'ailleurs la direction d'acteurs est juste. Les personnages sont touchants en quelques plans. Cooper filmerait une humanité qui souffre, malgré les paillettes, les concerts et les fans.
Le film pourrait être une observation précise de l'aliénation au succès mais Cooper se fait avoir par son scénario, totalement ridicule dans une deuxième partie. On peut accepter l'aspect "bigger than life" et les effets "too much" de la star et sa protégée mais le film se perd dans le grotesque dramatique et les effets les plus ringards.
Cooper, plutôt intelligent dans sa mise en scène, assumant les contradictions de ses héros, étudiant les mythes du show business, se vautre lentement dans un mélo impossible à accepter à notre époque. En plus, entre country braillarde et pop radio, on faisait déjà des efforts: au bout d'un moment on craque totalement.
Avec Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott et Andrew Dice Clay - Warner Bros - 3 octobre 2018 - 2h15
Aucun homme ni Dieu

Cela a beau se situer en Alaska, le nouveau film de Jeremy Saulnier est très très très noir. Et intense.
Russell Core est au bout du rouleau. Ecrivain spécialiste des loups, il débarque au fin fond de la morne Alaska pour rencontrer une jeune femme endeuillée par la mort de son fils. Tué par un loup. L'ambiance est pesante mais le vieux romancier tente de commencer une enquête même si tout le monde agit bizarrement autour de lui depuis son arrivée dans le grand Nord.
A des milliers de kilomètres de là, le père de l'enfant est sergen en Irak. Après une blessure, il doit rentrer au pays mais il n'est plus tout à fait le même. Et sa présence va envenimer les choses assez rapidement.
C'est le moins que l'on puisse dire car les révélations vont bon train dans ce thriller bien plus que sombre, pas loin de la dépression totale. Sam Peckimpah aurait apprécié: l'âme humaine n'est qu'une grosse poubelle d'angoisses et de violences. La folie hante chacun des personnages.
Remarqué pour ces deux films déjà violents, Blue Ruin et Green Room, Jeremy Saulnier confirme qu'il est un sérieux faiseur de polars bien glauques et qu'il veut clairement nous rentrer dedans. Une intention finalement honorable. Car son film nous secoue dans tous les sens.
Il commence par un faux rythme puis nous détourne de tout espoir pour nous faire plonger dans un marasme psychologique, social et intellectuel. Le titre indique bien qu'il n'y a plus d'espoir dans ce coin reculé de l'Alaska. Mais on pensait pas à ce point.
Les poussées de violence sont spectaculaires mais la dignité des quelques héros est remarquable tout comme le magnétisme du mal incarné par un Alexander Skarsgard, absolument fabuleux, mais ca, on l'avait déjà remarqué.
Petite pépite noire, Aucun homme Ni Dieu est peut être le film qu'il faut absolument voir ce mois ci... avant de rentrer dans la saison froide!
Avec Jeffrey Wright, Alexander Skarsgard, James Badge Dale et Riley Keough - Netflix - 2018
Operation Finale

L'auteur de American Pie s'intéresse à la capture du Nazi Eichmann... tout est dit.
Car Chris Weitz est un auteur touche à tout. Il a connu la gloire avec la célébre saga liée à la libido culinaire des jeunes Américains. Mais il s'est ensuite diversifié. Il a réussi une comédie anglaise (Comme un Garcon). Il a tenté de mettre sur pieds une franchise sans y arriver (La Boussole d'or). Il a assuré le succès commerciale d'une autre franchise (Twilight 2). Il a surtout écrit des blockbusters dont le Rogue One de Star Wars.
Donc il ne faut s'étonner de le voir finalement derrière la caméra pour un récit historique, plutot sérieux. Opération Finale décrit la traque incroyable de Aldof Eichmann par des agents du Mossad, qui se sont bien compliqués l'existence pour le transporter de Buenos Aires, en Argentine, jusqu'à Jérusalem où le premier ministre Ben Gourion voulait qu'un Nazi de haute importance soit jugé.
Les conditions de la capture de l'ancien officier sont connues depuis des lustres et surtout étaient totalement rocambolesques. Le film lui décrit scrupuleusement la planque du Nazi, les motivations des agents puis enfin le coup de filet.
Hélas tout ceci est filmé avec une platitude qui défie l'ennui. Les comédiens sont tous bien sages à leur place. Ben Kingsley fait du Ben Kingsley. On est entre le cabotinage et le génie. Oscar Isaac est aussi fade que Mélanie Laurent.
La musique d'Alexandre Desplat est sans saveur. Tout comme la lumière. Les décors. Les dialogues. Chris Weitz se limite à une illustration désuète, comme figé par l'enjeu et l'ambition du film. Car, à cette époque de populisme aigu, le message n'est pas si anodin et le film a une utilité publique. Reste que tout ceci a gommé le moindre effort artistique.
Avec Oscar Isaac, Ben Kingsley, Mélanie Laurent et Lior Raz - Netflix - 2018
The Blue Hour

Trente ans après leurs premiers accords, Suede sort un huitième album où même les défauts ont du charme. Fortiche!
Brett Anderson a 51 ans. Il chante toujours aussi bien. Comme à l'époque d'Animal Nitrate? Non, il a modifié son style au fil des albums, des séparations et des coups du sort. Aujourd'hui, il reste un animal fascinant à observer... ou plutot écouter!
Dans leur huitième album, le groupe Suede se remet à espérer: en réalité, le ton est assez lugubre et déprimant. Le groupe retrouve toute l'ambiguité de leur pop aussi séduisante que étrange. Ils font leur pop à leur sauce.
C'est le cas de The Blue Hour où les arrangements sont fastidieux. Le ton est solennel. Le groupe n'est plus une vieille parodie mais une réunion de musiciens assez ambitieux et créatifs. On adore la guitare de Richard Oakes, qui fait enfin oublier le mythique Bernard Butler.
Rien à dire sur la voix, envoutée de Brett Anderson, qui lui comme le bon vin, se bonifie. Mais loin du retour discret et un peu ringard, le groupe voit les choses en grand de nouveau. Les fautes de gout sont nombreuses dans The Blue Hour mais elles sont gommées par l'inspiration.
Ils sont allés chercher Craig Armstrong, le philamornique de Prague et le fidèle ingénieur de Nine Inch Nails, Alan Moulder. Ils en font des tonnes. Cela fonctionne parfaitement. C'est de la pop lyrique, conceptuelle et identifiée.
C'est un disque concu comme un grand mélo, avec des larmes, de la sueur et du sang. Le groupe met en scène son style quasi architectural. On devine que tout a été travaillé et que rien ne peut les décevoir sur ce huitième album.
Le lyrisme et la grandiloquence ne sont pas toujours les armes plus propres de la pop music mais il faut avouer que Brett et ses vieux copains des nineties donnent une petite lecon que pourrait retenir Muse et autres remplisseurs de stades sans âme. Ici, ca pulse. Ca vit. Ca grouille. Ca rate et ca recommence! Un disque et un groupe très vivant! L'heure bleue ou l'heure de gloire??
Warner - 2018
Il était fou

Le rock de tréteaux fait son grand retour avec cet album heureux, passionné et passionnant.
Je vais m'adresser aux jeunes d'aujourd'hui. Il fut un temps où un rockeur ce n'était pas le gars qui remplissait les stades. Le vrai rockeur ne portait pas de cuir et avait depuis longtemps débrancher sa guitare d'un ampli. Le véritable rockeur indépendant et farouche défenseur de la liberté aurait plutôt tendance à respirer sa force avec un accordéon!
Et des copains. Pour la scène, deux trois trucs farfouillés ainsi que des brics et des brocs. Ce qui compte c'est la farouche conviction. C'est le plaisir de partager. C'est les nuits sans sommeil mais avec de la joie. Ce sont les amitiés artistiques. Le chagrin, c'est quitter cette scène justement ouverte à tous.
Il y a des années, les héros du rock ce furent les Têtes Raides ou La Tordue. Des punks au grand coeur. Dont on découvre seulement aujourd'hui la petite soeur. JUR. C'est une chanteuse catalane qui a fait sa carrière et des rencontres autour du cirque.
Elle a débordé sur tous les supports. L'art n'est pas compartimentée pour elle et ses amis. Les musiciens ne s'imposent aucune frontière. La musique de JUR est donc théâtrale et très expressive. C'est du théâtre de tréteaux et JUR respectent la grande tradition des saltimbanques.
La voix nous subjugue avec une aisance déconcertante. Les genres sont visités avec subtilité. La complicité s'entend sans cesse. La musique est complexe, riche d'expériences mais elle est évidemment populaire dans le bon sens du terme. Celui des Têtes Raides ou de la Tordue.
L'autre distribution - 2018
All Good wishes

Nouvel album de Pulp? Hein? Ce n'est pas ça! L'album de Gulp? Ha non je ne connais pas: Vas y mets le!
Ha bah j'aime bien. On pourrait presque trouver une parenté avec le groupe culte de Jarvis Cocker. Ok! Ils sont britanniques eux aussi. Comme eux, ils semblent aimer les ambiances à la Austin Powers. En tout cas, ils semblent connaitre le swinging' London sur le bout des doigts.
Comme Pulp, Gulp a ce coté boule à facettes qui continuent de tourner malgré la fatigue. Derrière le nom peu glamour, on trouve pourtant l'un des leaders de Super Furry Animals et son épouse, la chanteuse Lindsey Leven, qui a un nom à jouer les copines de John Steed dans Chapeau Melon et Bottes de cuir.
En plus de cela, elle a surtout une belle voix qui évidemment convoque toute la white soul britannique.Même plus: elle défend cette pop féminine, construite et élégante. Elle nous entraine dans une ambiance ouatée et sexy. Les mélodies sont pointues et simples en même temps. On aime beaucoup ce voyage à travers le temps.
Hélas, on s'ennuie un peu. C'est un poil répétitif. Les impressions vintage sont un peu trop appuyées. Mais il ne faut bouder le plaisir quand il est là: la machine à remonter le temps fonctionne!
ELK Records - 2018
Un coeur simple, Gustave Flaubert, Xavier Lemaire, Poche Montparnasse


Dans le cadre intime du Théâtre de Poche, Félicité, la bonne de Madame Aubin, se confie et nous raconte ce qu’a été sa vie. Ayant toujours été au service des autres, elle partage toutes les joies et les peines de la famille qui l'emploie. Elle élève leurs enfants comme les siens, sans jamais manifester aucun sentiment de jalousie ou d'envie. Cet esprit, d'une extrême pureté mais sans naïveté, s'émerveille des menus plaisirs qu'elle glane au milieu d'une vie de labeur : la beauté de la nature normande, la découverte de la mer, les mystères et les rites de la religion et, à la fin de sa vie, le compagnonnage d un perroquet, Loulou, qu'elle apprivoise. Elle nous démontre comment, sans éducation mais avec beaucoup de simplicité, on peut avoir une vie riche d'émotions et d'authentiques joies.
Le jeu d'Isabelle Andréani accompagne Félicite à tous les âges de sa vie. Une performance exceptionnelle d'actrice qui restitue le texte de Flaubert dans toute sa force et son authenticité.
L'adaptation du texte de Flaubert par Isabelle Andreni est une réussite de même que la mise en scène de Xavier Lemaire qui, tout en étant dépouillée, met l'accent sur les personnages principaux du texte: Félicite, les enfants, le perroquet.
Un cœur simple
De Gustave Flaubert
Adaptation Isabelle Andrėani
Mise en scène de Xavier Lemaire
Avec Isabelle Andréani
Au Théâtre de Poche Montparnasse
Depuis le 2 octobre 2018, du mardi au samedi à 19h
Forces

Mind travels poursuit sa collection de sons contemporains, désarmants et profonds. Forces est un constat glacial. Rien de plus. Rien de moins.
Car le dépouillement est au centre de projet de Joan Cambon et Sylvain Chauveau, deux artistes qui aiment bien donner du sens aux mélodies. Le sujet de Forces n'est pas évident: treize titres autour des conflits tout autour de la mer méditerrannée.
Quel joyeux programme! Pourtant il faut l'avouer, les samples et le minimalisme des deux musiciens font un travail remarquable sur notre réflexion. On divague. On comprend. On entend les maux et les dangers.
Ce n'est pas un article critique sur le Monde tel qu'il est. Ni un reportage de guerre. Non, les deux hommes transforment une matière douloureuse, en quelque chose de plus étrange, ambigue et surtout envoutante. Ils s'adressent à nos oreilles, mais tous nos sens semblent convoquer. Ils sont une fois de plus aidés par la formidable photographie de Francis Meslet qui travaille sur la collection Mind Travel avec un sens de l'évocation hors norme.
Les artistes nous déposent en zone de guerre mais le traitement est si différent. La répétition, le choix des instruments et le bidouillage nous font découvrir une facette différente de l'actualité. On devine l'émotion, le sentiment et la crainte évidemment. Mais c'est beau. Les subtilités ne sont pas toujours facile à appréhender mais Forces est un disque impressionnant par son courage et sa démarche. Costaud!
Ici d'ailleurs - 2018
Clean

Le disque d'une jeune fille en fleurs. Soccer Mommy est une toute jeune musicienne qui atteint à peine la vingtaine mais qui s'est fait connaitre depuis un bout de temps sur Bandcamp.
Dans sa chambre, elle a écrit de jolies chansons tristes. Depuis l'age de six ans, elle joue de la guitare. Elle vit à Nashville, donc, comme tout le monde là bas, elle touche sa bille pour écrire un titre avec un certain talent!
Elle avoue adorer Avril Lavigne et d'autres surdouées blondes de la pop mondiale. Elle veut leur ressembler. Heureusement avec ses moyens plutot limités, elle transcende sans problème sa passion. Ses chansons sont touchantes entre rêves adolescents et tristesses du quotidien.
Elle rappelle un peu le romantisme grunge des années 90 et de ses stars féminines. Elle est toute fragile mais assure au niveau de ses textes et de ses riffs entêtants. La gamine possède de sacrées armes pour affronter le monde de demain et le futur pas encore écrit.
Elle s'en inquiète dans son disque mais on ne se fait de souci pour elle: elle est douée et on gardera une oreille attentive à ses oeuvres en devenir!
fat possum - 2018




