22 Miles

Peter Berg dépasse ses maîtres. Le réalisateur américain s’émancipe de plus en plus d’Hollywood pour un cinéma audacieux, violent et ambivalent.

Peter Berg a commencé comme comédien puis a signé des séries B sympathiques. Hollywood lui a fait de l’oeil et il est venu réaliser de gros produits couteux et ratés. Alors, le cinéaste semblait être l’homme à abattre, après Michael Bay et… Luc Besson.

Il a connu un beau succès critique avec la série sportive et rurale, Friday Nights Lights. Et ses films, toujours musclés et violents, sont devenus très âpres. Ce qui était pénible pour nous, est devenu de la rudesse.

En quelques films, souvent inspirés de la réalité, Peter Berg est devenu plus pertinent. Il ne flatte plus le spectateur mais préfère le maltraiter et l’interroger. Les ambiguités de la violence hantent désormais son cinéma depuis le rugueux Du sang et des Larmes avec déjà Mark Whalberg.

Le comédien porte chance au réalisateur. Deepwater (sur une catastrophe pétrolière) et Traque à Boston (sur l’attentat de 2013) sont de formidables films un peu oubliés. Ce sont des oeuvres américaines et 22 Miles n’échappe pas à la régle! Il y a du patriotisme et des attitudes de cowboys.

Mais au final, tout ceci sera fortement nuancé après une expérience violente pour les héros de ce nouveau thriller dont le scénario tient de l’épure! Dans une ambasssade, des agents très secrets doivent exfiltrer un mercenaire d’un pays lointain qui possède des informations sur une menace mondiale!

Mark Whalberg est le chef des opérations. Il serre les dents, bande les muscles, se bat comme un beau diable mais surtout possède en lui une hystérie quasi bipolaire qui fait de son personnage, une étrange créature de cinéma. Un héros qu’on adore et déteste en même temps.

Il va promener son discours pessimiste sur le Monde et sa situation sur des images d’une violence inouïe, qui monte crescendo dans l’hémoglobine et qui ne va pas vous épargner. C’est parfaitement chorégraphié. Berg ne réussit pas toujours ses scènes d’action mais il se passe quelque chose au fil des scènes. Une tension sourde. Berg ne veut pas nous lacher et nous confronte à un vrai jeu de massacre, qui risque d’en dérouter plus d’un.

Il y a de l’audace dans ce film qui l’on a vite jugé sur des critères de film d’action. Et même de l’incorrection. Le film n’est pas produit pas un grand studio. Peter Berg peut se laisser aller à ses penchants violents mais il n’est jamais irresponsable dans ses choix et ne veut pas nous épargner. Inattendu et généreux, 22 Miles est une sorte de vestige d’un cinéma belliqueux, malpoli et peut être même, osons le dire, politique!

Avec Mark Whalberg, John Malkovich, Lauren Cohan et Iko Uwai – Metropolitan filmexport – 28 aout 2018 – 1h30

Auteur: Pierre Loosdregt

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