îLel

La ritournelle est très moderne. Un riff de guitare qui pourrait se réclamer des idées géniales de Vampire Weekend. Cela éveille l'intérêt pourWilfried Hildebrandt, ce drôle de barbu qui nous fait du charme, à sa manière, sur la pochette bien rouge de son album, qui se révélera sanguin.

Le garçon, la quarantaine heureuse, est un pur produit de La Rochelle. Un artiste qui a la musique au sommet de sa passion. Qui ne veut pas se vider de sens dans un système un peu trop impersonnel.

Les premières chansons de son disque nous séduisent par ce sentiment d'épanouissement. Il tente des choses. L'expérience a transformé le bonhomme en musicien étonnant. On se surprend à apprécier ce mélange de pop et de chanson française.

Ca cogite dans les textes tout comme les musiques... La maturité est assez saisissante. Les paysages sonores sont anglo saxons mais les embruns qui caressent l'auditeur sont bel et bien franchouillards. Et ce n'est pas déshonorant.

Non, franchement, on adore la personnalité complexe de Hildebrandt. Il s'assume totalement sur un disque qui aspire tout ce qu'il aime. Deux titres se nomment Cannibale et Travesti. Effectivement cela pourrait bien représenter l'esprit original de ce disque sensible, à rougir de plaisir.

at(h)ome - 2019

Fear Inoculum

On n'attendait plus Tool. Depuis leur dernier disque en 2006, le metal a bien changé et les délires mystiques n'ont pas vraiment leur place désormais. Autant dire que ce cinquième album va vous rendre nostalgique! Et heureux!

Dans notre petit monde formaté où tous les succès sont interchangeables, les chansons nouvelles de Tool surprennent. C'est un très gros disque avec de gros morceaux qui pour beaucoup dépassent les dix minutes.

Aller au bout de ce cinquième effort n'est pas facile. On n'est pas aidé par notre époque à se concentrer, attendre et surtout apprécier. Connectés à tout, on n'entend plus grand chose.

La singularité de Tool va vous exploser à la figure. C'est du rock transgressif parce qu'il se veut intelligent et volontaire. Les Californiens de Tool ne sont pas éloignés des grands illuminés de cette même région. Ils sont bien perchés comme un Jim Morrison et exigeant comme Brian Wilson.

Ils sont un poil plus énervés. Pourtant ils ont pris leur temps pour ce Fear Incolum qui nous rappelle qu'il y a autre chose que des vikings musculeux dans le monde stéréotypé et graphique du Metal. Là, c'est construit et nébuleux.

Maynard James Keenan, le leader du groupe, n'a pas vraiment vieilli pour nous diriger dans le style alambiqué du groupe, sorte de labyrinthe sonore dans lequel on se perd avec plaisir. Parce que c'est plutôt le cerveau qui travaille que les muscles. Ca ne va pas vous empêcher de suer sur ce très long album.

Avec son style progressiste, on pense à une version énervée de Pink Floyd. La musique se veut le reflet d'une pensée. Dans un monde cynique, où la dérision mène la danse, cette croyance ressemble presque à une bouée de sauvetage. Un bonheur musical. Pas toujours facile d'accès mais minutieux.

Au delà de tout cela, le disque défie le Monde. Trop long. Trop complexe. Trop tout. Et à la vue des ventes du disque, Tool avait trop manqué à beaucop de monde. Une bonne nouvelle.

RCA - 2019

Une fille facile

La fin de l'été est proche. La cinéaste Rebecca Zlotowski  prolonge le plaisir avec une idée simple et lumineuse: célèbre la liberté féminine.

Dès le début de son film, elle exclut toute forme de voyeurisme. Effectivement, la réalisatrice a eu l'étrange idée de prendre la sulfureuse Zahia Dehar pour jouer une poupée qui dit pas forcément non! Ancienne escort girl, elle est filmée sur la plage dès les premières minutres, nue. Et voilà, on oublie déjà toute l'excitation que provoque la jeune femme.

Très vite, on devine le projet de Rebecca Zlotowski: sonder la féminité extrême, célèbrer toute forme de liberté, accabler un peu le pouvoir et la société sur le sort des femmes dans notre monde.

Un constat louable. A l'époque de metoo, il n'est pas surprenant. L'enjeu néanmoins est politique: la réalisatrice compose un portrait de femmes qui échappe aux clichés. Elle se jette sur les stéréotypes et les abat sans vergogne. Son histoire: quelques semaines de vacances entre une bimbo lettrée et sa cousine encore innocente, qui s'ouvre aux sentiments en faisant une riche rencontre.

Les hommes insultent ou mentent: ils construisent une petite entreprise de démolition pour que les femmes ne jouent pas à jeu égal. Le film glisse étrangement vers le discours politique avec une élégance assez évidente.

Il y a certes Zahia Dehar, objet curieux de désir. Tout en décalage controlée. Diction délicate. Physique trafiquée. Attitude faussement nonchalante. Mais il y a aussi Mina Farid, personnage principal qui sera justement notre lumière dans ce monde fait de faux semblants et d'inégalités sociales (génial duel entre Zahia Dehar et Clotilde Coureau) qui décident de tout.

La démonstration est sévère, juste mais un peu trop appuyé. Heureusement Zlotowski soigne le décor et le style. Le film de plages. Ou de vacances. ou d'adolescence. Pas Les Sous Doués mais plutôt les films de Rohmer ou les premiers Diane Kurys. Les souvenirs du cinéma hantent ce film aussi. Bardot et les grandes actrices qui se cachent dans des robes hallucinantes et cinématographiques. Même Magimel, acteur abimé en quête de rédemption, semble revivre et donner quelque chose de Robert Mitchum à ce spectacle assez fascinant.

Jamais parfait, Une fille facile évite tous les pièges et prolonge cette douce période estivale.

Avec Mina Farid, Zahia Dehar, Benoit Magimel et Nuno Lopes - Ad Vitam - 28 aout 2019 - 1h32

Wedding Nightmare

PETIT FILM D'HORREUR INTIMISTE A PETIT BUDGET MAIS AUX GRANDES AMBITIONS.

INCLASSIFIABLE SI CE N'EST PARMI CEUX QUI MÉLANGENT HUMOUR ET GORE TRÈS AISÉMENT. ÇA COMMENCE GENTIMENT POUR FINIR EN BOUQUET FINAL EXPLOSIF ET C'EST EXACTEMENT CE QU'ON ESPÈRE QUAND ON VA VOIR CE GENRE DE FILM CRESCENDO.

UN PEU DE REBELLION ET DE COURAGE POUR CELLE QUI N'A PLUS RIEN A PERDRE. LES ACTEURS SONT CONVAINCANTS ET CETTE DOUBLURE DE MARGOT ROBBIE A TOUT DE LA PROCHAINE SCREAM QUEEN.

ON RESSENT BIEN SA PEINE, LA PAUVRE. CETTE SCÈNE DANS LA BERGERIE, BREEEE. ÇA RESTE TRÈS PLAISANT A REGARDER MAIS ÇA AURAIT PU ÊTRE TELLEMENT PLUS. C'EST PROBABLEMENT LA MISE EN SCÈNE QUI NE REND PAS HOMMAGE À TOUT CE DÉCOR.

LE MANOIR EST SUPERBE, MAIS LE TOUT EST SURVOLÉ. ON NE S'ATTARDE PAS SUR LES DÉTAILS ET C'EST CE QUI ME FRUSTRE LE PLUS. IL Y A TOUS CE QU'IL FAUT, MAIS IL FAUT DU TEMPS POUR QUE LE TRUC CE PASSE ENTRES EUX ET MOI. J'AURAIS AIMÉ ÊTRE UNE CHASSEUSE COMME
LES AUTRES ET PARTICIPER A CETTE NUIT DE NOCE MACABRE PLUTÔT QUE DE RESTER LA DANS UN COIN CACHÉE A ATTENDRE QUE L'ON TROUVE LA PROIE.

UN SIMPLE DÉTAIL QUI AURAIT APPORTÉ UN GRAND PLUS À CE FILM D'HORREUR QUI A TOUT POUR PLAIRE. MAIS ON PEUT DÉJÀ SE CONTENTER DE CE SPECTACLE DÉCALÉ ET ULTRA VIOLENT AVEC DES SCÈNES BIEN GLAUQUES, ET GORES. DES COURSES POURSUITES HALETANTES (PAS TRÈS BIEN FILMÉES C'EST DOMMAGE) ET DES PERSONNAGES HAUT EN COULEURS. DÈS QUE L'ON POURRAIT TROUVER UN PASSAGE GROTESQUE, IL EST IMMÉDIATEMENT CONTREBALANCÉ PAR UN TRUC AUQUEL ON NE S'ATTEND PAS ET ÇA C'EST C'EST LE SUREMENT LE MEILLEUR POINT DU FILM.

ON A EN PRIME UNE JOLIE SATIRE SUR CES "FUCKING RICH PEOPLE" QUI ONT VRAIMENT LE MONOPOLE DES EXTRAVAGANCES FUCKED UP ! ILS TUERAIENT PÈRES ET MÈRES POUR GARDER LEUR STATUT DE LA HAUTE. TRADITION OBLIGE, ON AURA JAMAIS VU AUSSI SANGLANT COMME ÉPOUSAILLES. READY OR NOT, LE JEU COMMENCE.

AVIS AUX AMATEURS

Avec Samara Weaving, Adam Brody, Mark o'Brien et Henry Czerny - 20th century fox - 28 aout 2019 - 1h36

Good Boys

Seth Rogen (et ses copains producteurs) continue de sonder la libido de la société américaine. En trainant avec des enfants, il finit par tourner en rond...

Le comédien produit tout ce qui tourne autour du sexe. Et le tourne aussi à la dérision. Cela marche très bien avec Superbad et ses adolescents pathétiques. Cela devient lassant lorsque l'on est obligé de suivre trois autres gamins, beaucoup plus jeunes.

Ils rentrent en 6e mais ils entendent et constatent bien des choses étranges autour d'eux. Ils glissent doucement vers le terrible changement de l'adolescence mais ils restent encore innocents. Le trio va néanmoins être confronté au monde des adultes en tentant de se rendre à une soirée...

Du cul, du cul, du cul! Le film se veut une comédie trash avec des enfants mais ce n'est pas très drôle. Il y a bien deux ou trois moments où l'on retrouve l'impertinence de ce type de productions. Même quand c'est raté cela reste intéressant. Cette comédie en dit long sur l'hypocrisie américaine, la sexualité déviante et le terrible décalage entre le fantasme et la réalité.

Nos trois bambins ont encore un regard d'enfants sur les moeurs pour le moins curieuses des plus grands. C'est complètement crétin mais hélas, les héros n'ont pas beaucoup de charisme et tombent dans le piège du scénario particulièrement paresseux, au point lui même d'être assez hypocrite. Tout ceci n'est pas si trash. C'est juste ennuyeux et ca sent la redite ! Va falloir grandir un peu!

Aevc Jacob Tremblay, Brady Noon, Keith L Williams et Molly Gordon - Universal - 21 aout 2019 - 1h30

Soul jazz rebels

La rentrée vous déprime. Le blues du quotidien... allez un peu de révolte, très lisse et agréable, ave ce quatuor magique qui entend bien vous faire groover!

A la manière d'un groupe de jazz bien entendu. On entendra donc un gros orgue hammond qui vous fera remuer le popotin et vous donnera la nostalgie d'une époque révolue.

On sera surpris par la guitare qui s'éloigne tout de même des sentiers battus et lorgne sur le blues. La batteur aiguille les autres instruments et les cuivres sont assurément spectaculaires.

Ce quatuor français fait la révolution douce. C'est orchestré avec une virtuosité qui vous permet de vous évader en quelques notes. C'est calibré pour faire vibrer les aficionados de la radio FIP. Vous allez apprécier le style au coeur d'un embouteillage.

Hé oui c'est la rentrée des classes et ce n'est pas une bonne nouvelle forcément pour tout le monde. Ces rebelles du jazz vous aideront à transformer un peu vos mornes habitudes et oublier les soucis... Allez courage!

Black stamp story - 2019

L’œil et l’oreille – Théâtre du Rond-Point – L’ADAMI

L’intelligence musicale et sociale en ouverture

Ce soir c’est l’ouverture de la saison du Théâtre du Rond-Point. Pour l’occasion, le Théâtre, en partenariat avec l’ADAMI, fête le duo Rota-Fellini. Seul en scène et en italien, le personnage Fellini a ouvert le bal. Puis la musique de Nino Rota est née, progressivement, emportant dans un déroulé chronologique le spectateur dans la spirale des succès musicaux :

O Venezia, venaga, venusia
La poupée automate
Impazzivo per te
I Vitelloni
Gesolmina (de La Strada)
Le Blues de la Dolce Vita
La dolce vita
Otto et mezzo
Medley Amarcord
Canto de la Buranella
L’uccello magico
I gemelli allo specchio
Galopp
Svalutation
Risattine maliziose

Le plateau est généreux. Les musiciens nombreux. Une table digne d’un banquet familial côté jardin accueille l’Orchestre de Spectacle du Nouveau Théâtre de Montreuil. Un groupe de musique type Quartet est à cour. L'ensemble est harmonieux et nous fait basculer inévitablement dans l'univers de Fellini. La narration portée parfois par le personnage Fellini, parfois par d’autres comédiens, rythme le spectacle. Pas de nostalgie. Juste la classe naturelle du talent.

Le défilé chronologique revient sur le lien permanent entre le septième art et le contexte social du pays. Un esprit libertaire et démocratique souffle sur la scène et les spectateurs théâtreux pensent à Dario Fo. En fond de scène, l’écriture musicale et picturale du duo Fellini-Rota est représentée par une production graphique de dessins colorés croqués en situation par Brecht Evens. Une forme de néoréalisme. L’ensemble est festif. Le discours est centré sur la magie du duo Fellini-Rota, sur cette complicité constitutive du cinéma de Fellini. Une joie.

L’œil et l’oreille sont là, pour un cinéma et un théâtre vivant en devenir.

Une très jolie ouverture de saison.

L’œil et l'oreille

le 03 septembre 2019

Théâtre du Rond-Point

Coralie Akiyama

1)   Parle-nous
un peu de toi et de ton parcours

Je
vis depuis plus de 10 ans au Japon, mon pays d’adoption. Je suis née à
Montpellier, une ville à laquelle je suis très attachée et où j’espère revenir
un jour. Mon parcours est une fuite. C’est une malheureuse mais belle échappée
au cours de laquelle j’ai beaucoup appris.

2)
 Tu as commencé à écrire à quel âge ? Le déclic ?

Vers
16 ans. Le déclic a été le sentiment d’être en danger. J’écrivais pour me
recueillir, me retrouver et préserver mon intégrité. J’essayais de mettre des
mots sur une souffrance diffuse et partagée, des mécanismes que je ne
comprenais pas. Mon professeur de lettres en hypokhâgne énonçait souvent cette
formule : « la maladie, c’est du mal à dire ». C’est le nénuphar du
poumon de Chloé dans « L’écume des jours » de Boris Vian.
Symboliquement, et même parfois physiquement, le corps exprime ce qui ne l’a
pas été par des mots. Dans « Mars », le jeune auteur suisse Fritz
Zorn issu d’une famille bourgeoise de la Rive Dorée de Zurich écrit alors qu’il
se sait condamné par un cancer qu’il attribue en partie à son éducation.

3)
 Avant ton roman, tu as publié autre chose ?

Non,
« Féérie pour de vrai » est le premier ouvrage que j’ai publié.

4)
 Quels livres lis-tu ? Tes ouvrages préférés?

« Mort
à crédit » de Céline, «La Métamorphose» de Kafka, « Les Nourritures
terrestres » de Gide, et l’oeuvre de Boris Vian. Parmi mes lectures
récentes, j’ai particulièrement aimé « Rage Mue » de Jean Palomba.

5)
 Pourquoi avoir choisi les éditions Moires ?

Pour
la diversité des genres, des formes, et la place qui est faite aux écritures
émergentes. L’éditrice Virginie Paultes est une personne toute frêle, nourrie
de passion pour des textes à lire, à écouter ou jouer. Elle les publie au coup
de coeur, parfois contre une logique de rentabilité. Je trouve la démarche
courageuse. Cette authenticité se ressent dans les choix éditoriaux.

6)
 Ton livre ne ressemble à aucun autre : moitié réaliste moitié
fantastique. C'est un choix ou ça t'est venu comme ça ?

J’ai
voulu écrire de la manière la plus libre possible. Les frontières entre le
possible et l’impossible y sont poreuses comme dans un rêve, j’aime cette
élasticité. Le fantastique et la dérision sont des moyens de mettre le monde à
distance. Sans cette distance, je n’aurais pas été capable d’aller jusqu’au
bout de la « Féérie ».

7)
 On y sent nettement l'influence des mangas japonais ou je me trompe ?

Oui,
on me dit souvent que l’influence se ressent dans la narration. J’affectionne
particulièrement les anti-héros des mangas japonais. Un lecteur y a également
vu l’influence de la science fiction. Une partie de l’histoire lui a fait
penser aux "Répliquants" du film de Ridley Scott "Blade
Bunner", d'après Philip Dick ("Les androïdes rêvent-ils de moutons
électriques ?").

8)
 Est-il autobiographique ?

En
partie, oui. Certains sujets me touchent de près ou de loin, comme la violence,
l’anorexie, la boulimie ou la manipulation, dont celle de la perception de la
réalité dite « Gas Light ». Dans la pièce « Gas Light » et
son adaptation cinéatographique du même nom, le mari essaye de faire croire à
sa femme et à son entourage qu'elle devient folle en manipulant des éléments
comme l’éclairage au gaz dans la maison. « Féérie pour de vrai » est
parsemé de faits autobiographiques parfois plus invraissemblables que les
passages imaginés. En écrivant, je ne fais que donner une couleur, un regard
sur une manière de vivre ou de subir un état qui souvent dépasse les
personnages. Chacun reste une mosaïque – une affreuse mixture pour certains –
d’une dizaine de personnes existantes, accompagnée d’un zeste d’imaginaire.

9)
 Tu as d'autres projets ?

Oui, j’écris un roman fantastique dont l’histoire se déroule au Japon ainsi qu' une pièce de théâtre. 

« Féérie pour de vrai »

de Coralie Akiyama,

éditions Moires

http://www.leseditionsmoires.fr/

King’s Mouth

Le groupe trainait dans le sillage de Miley Cyrus, la délurée. Le farfelu collectif Flaming Lips était devenu une marque plus qu'un groupe à suivre. Mais de temps en temps, il est bon d'aller aux nouvelles.

D'autant qu'avec un groupe comme celui ci, les retrouvailles sont toujours bizarres. Tout dépend de l'état de forme de son leader Wayne Coyne. L'envie de dérouter peut être la plus forte et le groupe peut pondre un disque trop étrange, au psychédélisme extrème.

Ce quinzième album a donc la chance d'avoir un solide squelette: il est la bande son d'une exposition qui a eu lieu en 2017. Il y a donc une idée qui tend toute la démarche et les musiciens s'attaquent presque à un album concept.

Les visions éthérées sont moins vivaces. Ce que l'on entend surtout, et de nouveau, c'est la très belle voix de Wayne Coyne, qui se met en tête de répondre à un discours de Mick Jones des Clash. Pourquoi pas?

Cela l'inspire visiblement et le disque se structure. On écoute des belles chansons, toujours imprévisibles mais qui veulent plaire. Ce qui n'est pas toujours le cas avec ce groupe alternatif jusqu'au bout des doigts!

King's mouth rassure sur la santé du groupe, souvent capables de grosses arnaques. On retrouve un peu l'aspect merveilleux, le coté conte bien barré de The Soft Bulletion, la référence absolue en la matière. Les nouvelles sont plutot bonnes. La santé mentale est toujours aussi peu claire mais musicalement, il y a un net regain de force.

Bella Union - 2019

Là Haut

Le rigolo Gérald Genty se prend au sérieux et nous regarde de haut désormais. Nan, l'espiéglerie est conservée mais l'auteur confirme un talent de mélodiste.

Il aimait toujours nous faire rire. Il adorait nous prendre à rebrousse poil. Il ne fonctionnait pas comme les autres. Gérald Genty est un drôle d'hurluberlu qui confondait avec merveille humour et musique.

Là Haut est une oeuvre sérieuse. Un vrai disque d'homme mature en apparence. Onze chansons classiques. Rien de spectaculaire. Pas de courtes mélodies. Pas de pied de nez. Des refrains, des couplets et des harmonies.

Bah qu'est ce qu'il se passe? Il fait la tronche le père Genty? Non rien de tout cela, c'est la logique des choses. Dans ses albums précédents, les blagues avaient le dessus mais on devinait un vrai sens de la ritournelle.

Ce que confirme ce nouvel album. La légèreté arrive à subsister sur des chansons de facture "normale". Les mots le classent dans la chanson francaise. Les jeux de mots et les calembours sont mieux cachés cette fois ci. La musique le fait glisser vers la pop noble, celle que produisent les vieux lascars des Innocents.

On adore en ce début de rentrée, cette candeur délicate, ce sens du décalage astucieux et cette fausse innocence. Genty nous demande de la douceur et de l'attention. Il le fait avec beaucoup d'intelligence. La Haut n'est pas l'album de la maturité: c'est l'album de la rentrée.

Pias - 2019

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