An Irish Story, Kelly Rivière, Théâtre de Belleville


Véritable caméléon à l'humour décapant, Kelly Rivière est une troupe à elle toute seule: un régal!
On redemande de la quête obstinée de Kelly Rivière à la recherche de son grand père disparu sans aucune explication. L'agilité avec laquelle elle interprète non seulement son propre personnage mais également la dizaine d'autres qui peuplent son récit, est impressionnante. Quel talent pour changer de voix, de langue (elle jongle sans effort entre l'anglais et le français), de gestuelle, bref de corps et d'esprit, avec autant d'aisance! D'avoir su donner à chacun de ses personnages, des traits si fins, si uniques qu'on ne peut que s'y attacher et se délecter de chaque dialogue! Kelly Rivière est la démonstration qu'il n'est point besoin de multiplier les comédiens, les décors, le effets lumineux ni sonores pour faire du théâtre. Que celui-ci, pour peu qu'on s'y efforce (1h25 seul et à une telle allure est assurément un exercice physique!), peut naître du seul talent d'un écrivain-comédien capable de se démultiplier et de nous emporter dans son imaginaire, qui plus est avec un humour finement aiguisé. En un mot
En un mot : "COUREZ !" voir "An Irish Story" ; Kelly Rivière est épatante.
Jusqu'au lundi 30 décembre 2019
De et avec Kelly Rivière
El Baile, Mathilde Monnier, Alan Pauls, Rond-Point


D'abord, le Tango.
Ensuite, l'Argentine.
Puis, une salle de bal.
Une salle de bal en Argentine.
Des danseurs, pour danser.
Des danseurs avec beaucoup
d'ardeur.
Sensuels.
Jeunes aussi.
Leurs âmes qui nous tiennent du
regard.
Tout le temps.
Qui s'expriment.
Par des danses animales.
Des voix animales.
Et des pleurs d'animaux.
Déchus.
Fatigués.
Joyeux.
Heureux.
Fous.
Complètement fous.
L'âme d'une jeunesse.
L'âme d'une civilisation.
L'Argentine, son Tango, sa mémoire et son avenir.
EL BAILE
du 5 au 15 septembre 2019
Mathilde Monnier et Alan Pauls
The big picture

Ca marche peut être au charbon et ca rend compte de gros progrès en matière d'electrique! Last Train est enfin lancé!
Le premier album avait fait son petit effet avec ces quatres jeunes qui se prenaient pour un Oasis surpuissant. A l'heure où cette tête à claque de Liam va sortir son second essai personnel, Last Train lui grille la priorité et montre bien qu'il est sur les rails du rock'n'roll!
Car les Alsaciens sont bel et bien le futur du rock en France. Ils ont une ambition qui impressionne et surtout ils sont capables de batir des murs de son que les Anglo saxons pourraient nous envier!
Last Train démarre donc là où on l'avait laissé. La station Oasis qui se rend vers la direction des Smashing Pumpkins. Tout cela semblait connu. Les musiciens savent y faire pour reproduire cette énergie noire et spectaculaire.
Pourtant ce second album accélère la cadence. Les références sont toujours là mais produisent un magma énergique plus complexe, moins révérencieux. Les gaillards sont un plus sombres et sincères sur leurs morceaux. Surtout ils continuent leur trajet assez fulgurant vers un rock décharné mais il faut le dire assez bandant!
Parce que finalement le disque nous rappelle que la synthès de deux guitares, une basse et une batterie, cela peut donner quelque chose de fantastique, de labyrinthique et même enivrant!
De toute façon, le quatuor fait la démonstration renversant qu'ils sont bien l'avenir d'un rock que l'on présente trop facilement comme has been. Il y a une sève riche et clinquante. Last Train n'est pas là pour sucrer les fraises. C'est la grande (première) classe!
Deaf rock records - 2019
Pompier(s) – Jean-Benoît Patricot – Catherine Schaub- Théâtre du Rond-Point


Savoir pouvoir dire non... A voir !
Nombreux sont les moments de petits bonheurs au théâtre. Pompier(s) au Théâtre du Rond-Point vous en fera vivre, assurément. Et pourtant le texte écrit par Jean-Benoît Patricot aborde un sujet furieusement complexe et condamnable. En 2001, Libération fait état du viol collectif d’une bande de pompiers sur une jeune femme handicapée. L’auteur reprend le fait divers et met en scène La Fille - jeune femme avec une déficience mentale - et l’Homme - pompier- quelques temps avant d’entrer dans la salle du tribunal. L'exploration de la complexité de l'âme humaine débute... Quand un sujet aussi grave et lourd parvient à faire émerger de jolis moments, c'est que la mise en scène, le jeu des comédiens et le texte, sonnent magnifiquement juste.
Elle est assise le long d’un mur sur un banc côté jardin. Il est assis le long d’un mur sur un banc côté cour. Les deux murs séparés par un rai de lumière émanant de la cour plongent vers le fond de scène. Ils ne devaient pas se rencontrer à nouveau. Chacun devait resté isolé avec ses questions et ses peurs. Mais la rencontre a lieu.
La Fille a appris grâce à des consultations chez un psychologue à poser les mots sur les événements, à les catégoriser, à les ordonner, à comprendre les limites de ce qu’elle croyait être une situation amoureuse. L’Homme apeuré par le procès et le jugement présumé à venir, tremble devant son langage et le récit qu’elle en fait. L’Homme prend conscience des écarts de langage et de représentations. Un univers les sépare. L’Homme fuit en avant et aimerait que la Fille se taise. L’Homme ne veut pas aller en prison. Il essaiera de manipuler la chronologie des événements et de détourner les mots qu’elle utilise.
Tout pourrait paraître caricatural, il n’en est rien. Le duo Antoine Cholet et Géraldine Martineau porte un texte d'une grande sensibilité. La déficience mentale de la Fille est évoquée au travers d’une écriture ciselée qui ne manque jamais sa cible. Les mots et les phrases fusent avec cette étrangeté poétique qui caractérise la langue de ceux qui regardent le monde autrement. Comme avec le fou shakespearien, une grande part de vérité sort de la bouche la Fille qui emmène avec elle le spectateur dans le monde des singulières évidences. « Ils disent que je suis limitée. Ils disent : c’est une fille limitée. Ils se croient infinis alors ? Est-ce que dans leur tête à eux il y a de grandes prairies et moi, moi je suis comme une chèvre attachée à un piquet, une chèvre qui ne va pas plus loin que son bout de ficelle et eux ils croient qu’ils courent, qu’ils galopent jusqu’à tout là-bas ? »
De nombreuses émotions traversent un spectateur qui suit avec empathie le cheminement d’une relation complexe entre une victime qui croit en l’amour et un homme qui martèle à qui veut l’entendre qu’elle ne s’est jamais opposée à aucun moment aux situations vécues. Avant le procès et après… Au-delà du fait divers, le texte met en évidence l’écart entre l’implicite et l’explicite des mots, des sentiments. On navigue à vue en accompagnant le langage verbal et non verbal d’une Géraldine Martineau touchante et percutante. Un très joli moment de théâtre qui mêle en huis clos humour, amertume, pulsions, désirs, incommunicabilité, dégoût, admiration, questionne l’amour et véhicule un simple mais magnifique espoir contre les violences de toutes sortes : celui de savoir dire non. A voir.
Pompiers
Jusqu'au 13 octobre 2019
See you around

Avant de quitter l'été brulant, voici quelques hymnes folk qui réchauffent le coeur et font du bien aux oreilles.
Encore des filles. Toujours des filles. Cette fois ci Sara Watkins, Sarah Jarosz et Aoife O'Donovan opèrent dans un style plus acoustique. Elles chantent ensemble et produisent sans surprise des harmonies vocales qui font trembler de plaisir.
Les demoiselles sont copines depuis leurs 9 ans. Elles découvrent ensemble la guitare, le piano puis la mandoline, le banjo ou le violon. Ensuite, le trio se fait rapidement remarquer dans le milieu du bluegrass.
On baigne dans l'Américana. Le plus classique. Pas le plus désagréable. Bien au contraire. Les intéractions entre les trois femmes amènent une douce tranquillité avec ce qu'il faut de modernité sans que cela ressemble à de la nostalgie mal placée.
Ce premier disque est donc une oeuvre parfaitement mesurée et maîtrisée. Il faut effectivement apprécier les ambiances boisées . C'est joli comme tout. La nature. Les amis. Les soirées d'été... on veut bien entendre tout cela. L'album donne l'envie de reprendre la route des vacances.
Rounder - 2018
Le Cours Classique – Yves Ravey – Joël Jouanneau – Sandrine Lanno – Théâtre du Rond-Point


De l’indiscipline à l’idéologie.
Ils sont deux sur scène. Philippe Duclos interprète Jean-François Saint-Exupéry, censeur d’études, Grégoire Oestermann, Conrad Bligh, le professeur principal. Ils évoluent à huis clos dans l’espace d’une salle de classe : un bureau, deux portes en fond de scène rehaussées par une estrade en fond de scène qui joue le rôle du couloir de collège Trinité. La scénographie est austère, l’interprétation rigoureuse, le collège en émoi.
Monsieur Pipota, professeur d’anglais, a accompagné les
collégiens à la piscine. A peine dans l’eau les élèves se sont jetés sur lui
pour essayer de le couler. Le professeur est sauvé de justesse par le professeur
d’EPS et le maître-nageur présents. Dès
lors, le censeur d’études va lancer une enquête pour comprendre le fil des
événements, établir les responsabilités et envisager les conséquences de tels
actes.
Mais alors que le spectateur s’attend à ce que des sanctions soient clairement établies à l’encontre des élèves, la rhétorique du censeur d’études, prise dans le contexte systémique des règles de fonctionnement de l’établissement, finit par dériver, doucement mais sûrement vers la mise en cause du professeur mis en danger et la défense des élèves.
Alternativement placé en situation d’élève de la classe ou
de témoin d’une commission disciplinaire, le spectateur assiste impuissant au
naufrage dramaturgique de la vérité et de tout sens moral. L’excès de mauvaise
foi et de zèle génèrent du rire, seul échappatoire possible pour le spectateur.
L’injustice et la médiocrité des échanges, des hochements de tête dans la
salle. L’absurde vient se confronter au réel.
Inspirée d’un fait divers et adaptée d’un roman, la pièce s’attaque avec finesse aux dérives idéologiques impulsées indirectement par des règles qui entrent en conflit de valeurs les unes avec les autres pour atteindre le pire, le déni, le mensonge et la mort. Pris dans le contexte d’un collège et de l’éducation, Le Cours Classique pose le problème de la liberté de conscience à la fois des professeurs ou du censeur d’études prêt à justifier l’impossible mais également celle des élèves exposés à une forme d’idéologie masquée. Cinglant.
Le cours classique
Jusqu'au 29 septembre 2019
https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/le_cours_classique/
Tournée :
4 — 6 DÉCEMBRE 2019 LA COMÉDIE DE PICARDIE / AMIENS (80)
25 JANVIER 2020 LA FERME DU BUISSON — SCÈNE NATIONALE / MARNE-LA-VALLÉE (77)
28 JANVIER 2020 THÉÂTRE DE CHELLES (77)
31 JANVIER 2020 LA PASSERELLE / PONTAULT-COMBAULT (77)
Morning Dancer

Drole de chanteur que ce Matthew accompagné des Atlas. Une pop post moderne, étrange et parfois hypnotisante.
Le souci avec ce genre d'artiste c'est que l'on doute rapidement de la sincérité. C'est trop bien pour être vrai. Morning Dancer est une disque qui a dû murir des années pour sortir avec autant de qualités. Matt Hegarty, James Drohan, Tommy Heap, Alex Roberts & Emma Gatrill sont des génies méconnues qu'il faut vite découvrir! Ce n'est pas possible autrement.
On ne sait pas si c'est du lard ou du cochont. L'Angleterre a l'habitude de nous sortir des nouvelles sensations toutes les semaines. Mais celui ci a tout de même cette capacité à se rappeler à nous. La voix de Matthew Hegarty est vraiment étrange. Pas le charisme du chanteur d'Elbow, mais pas loin! Le niveau est très haut. Et inhabituel.
Parce que les musiciens ont une façon bien à eux de pratiquer la musique. L'exercice n'est pas d'impressionner mais d'accompagner. L'osmose que cette petit équipe bien discrète renvoie dans ses chansons est une découverte rassurante: le rock n'est pas qu'une histoire de muscles. La sensibilité se confond avec le raffinement.
On se sent familier avec eux. La maitrise nous pousse à s'ouvrir à une musique assez folk finalement. On retrouve presque les vertus de la lenteur, notions désormais obligatoires pour survivre dans notre petit monde moderne et capitaliste.
Rien à perdre et tout à gagner ici! Quelques vocalises et des instruments bien utilisés, Morning Dancer est le disque à découvrir absolument.
Mata - 2019
Summer of ’84

Après les filles avec des boules, voici la série B qui n'a pas encore les testicules descendues!
Summer of '84 a un pitch impayable qui ne peut que forcément plaire: un jeune garçon de quinze ans s'interroge sur la santé mentale de son voisin. Ce dernier pourrait être un serial killer vraiment coriace. Pourtant pour tout le monde, ce voisin est un gentil policier très avenant et très poli...
On avait donc là une version vintage de Paranoiak avec ce lien très fort à Fenêtre sur Cour. En plus on a droit à une bande de potes à la Goonies. Donc tout est réuni ici pour une série B nostalgique, dans l'air du temps...
Mais ca ne fonctionne jamais. L'ennui guette à chaque coin de rue de cette banlieue qui n'en finit pas de cacher des secrets immondes. Tout le monde s'emmerde profondément dans ce récit raide comme un cadavre.
Les auteurs du film ne veulent pas de fausse note. Il récite l'histoire la plus banale du monde avec l'envie farouche de ne pas du tout avoir d'imagination! Ce n'est pas nostalgique. C'est réactionnaire.
Ce n'est pas un film mais un terrain balisé où le spectateur court avec plusieurs longueurs d'avance sur la petite bande à la Stand By Me. Le film montre une fois de plus que la banlieue bourgeoise peut cacher d'affreux secrets mais ca souligne surtout un manque flagrand d'intérêt pour le film de genre. Donc tout l'invers de Girls with Balls, autre série B qui veut rendre hommage.
Ici, on prend soin des décors, des fringues, des brushings, des inévitables BMX et des fameux WalkieTalkie. Pour les personnages et l'histoire, visiblement il y a personne! Pourtant il y a bien trois noms au générique pour la réalisation! A trop s'occuper des détails, on oublie l'essentiel. Dans le genre, on aurait aimé être un tout petit peu effrayé par cet essai vintage très décevant.
avec Graham Verchere, Judah Lewis, Caleb Emery et Teria Skovbye - L'atelier d'images - 2019
Girls with balls

Plus c'est con, plus c'est bon. Un adage qui va bien à cette petite série B franco belge, gore à souhait et finalement assez marrante.
Avec son titre féministe et rageur, le premier long métrage d'Olivier Alfonso vise les tripes, les viscères et les vomis de sang et de glaire. Il cherche aussi à tortuer vos zygomatiques.
C'est le projet de cette comédie horrifique qui promet une confrontation ultime entre une équipe de joueuses de volley et des rednecks déjantés. Il va y avoir du spectacle. Et des morts bien sanglantes!
D'un coté, nous avons donc des petites nanas rigolotes qui se crepent le chignon avant de se transformer en Ellen Ripley du pauvre. En face d'elles, les Aliens sont des chasseurs crétins, tarés et finis au pipi...
Au milieu de ce ce jeu de massacre assez classique, on trouve des blagues de mauvais gout, des apparations de gens connus (Guillaume Canet, Thomas VDB et d'autres) et de spectaculaires bastons. Ajoutez à cela un Orelsan lunaire qui se prend pour le choeur antique qui anticipe le drame qui se précipite dans l'enfer de la série B dégueu, craspec mais fonciérement sympathique.
C'est souvent maladroit mais les actrices donnent tout pour que le survival se mélange à la comédie. Dans les deux cas, ce n'est pas l'éclatante réussite mais les auteurs du film font tout pour la campagne devienne un décor crédible quasi américain. Le surjeu global de l'entreprise profite d'un récit court et efficace.
Ce n'est pas parfait, loin de là, mais on ne peut pas vraiment en vouloir à ce film volontaire, qui fait la nique aux conventions françaises. Le bon gout ne se relève pas de cet effort français, et vous savez quoi? Ca fait du bien
Avec Camille Razat, Manon Azem, Tiphaine Daviot et Denis Lavant - 1h15 - Netflix
The center won’t hold

On a passé une bonne partie de l'été à défendre le rock au féminin. A la mi aout, les représentantes les plus farouches du style riot grrrl sont revenues...
Donc ca ne va pas rigoler. L'art est chose sérieuse. La musique doit se nourrir de tout et de tous. Le combat est une forme de rock, assurément. Le trio féminin se mouille depuis ses débuts pour que la cause féministe ne soit pas un cliché qui agacerait les balourds et les sexistes.
Depuis leurs débuts, elles osent. Elles se construisent un rock volontaire, défiant les us et coutumes. On adore la volonté et la férocité de ce groupe qui ne se laisse pas aller à la facilité. Ce n'est pas une sinécure, un disque de Sleater Kinney.
Ce neuvième album est produit St Vincent, autre étendard du rock féminin. Ensemble, elles réactivent une espèce de disco, crédible, instrumentale et vindicative.
Elles prennent encore une fois parti pour un rock dansant et solide. Le centre effectivement ne tient plus: les choix sont radicaux sans être extrèmes.
Carrie Brownstein et ses deux complices se sont séparées au milieu des années 2000 pour mieux se retrouver presque dix ans plus tard. Leur hargne a muri en une espèce de conscience politique sociale qui résonne sur leur punk de plus en plus raffiné et complexe.
The Center won't hold n'est donc pas une oeuvre facile mais elle est passionnante et se mérite au fil des écoutes. Il est possible d'entendre l'un des groupes les plus intéressants du moment!
mom+pop music - 2019



