Pompier(s) – Jean-Benoît Patricot – Catherine Schaub- Théâtre du Rond-Point

Savoir pouvoir dire non… A voir !

Nombreux sont les moments de petits bonheurs au théâtre. Pompier(s) au Théâtre du Rond-Point vous en fera vivre, assurément. Et pourtant le texte écrit par Jean-Benoît Patricot aborde un sujet furieusement complexe et condamnable. En 2001, Libération fait état du viol collectif d’une bande de pompiers sur une jeune femme handicapée. L’auteur reprend le fait divers et met en scène La Fille – jeune femme avec une déficience mentale – et l’Homme – pompier- quelques temps avant d’entrer dans la salle du tribunal. L’exploration de la complexité de l’âme humaine débute… Quand un sujet aussi grave et lourd parvient à faire émerger de jolis moments, c’est que la mise en scène, le jeu des comédiens et le texte, sonnent magnifiquement juste.

Elle est assise le long d’un mur sur un banc côté jardin. Il est assis le long d’un mur sur un banc côté cour. Les deux murs séparés par un rai de lumière émanant de la cour plongent vers le fond de scène. Ils ne devaient pas se rencontrer à nouveau. Chacun devait resté isolé avec ses questions et ses peurs. Mais la rencontre a lieu.

La Fille a appris grâce à des consultations chez un psychologue à poser les mots sur les événements, à les catégoriser, à les ordonner, à comprendre les limites de ce qu’elle croyait être une situation amoureuse. L’Homme apeuré par le procès et le jugement présumé à venir, tremble devant son langage et le récit qu’elle en fait. L’Homme prend conscience des écarts de langage et de représentations. Un univers les sépare. L’Homme fuit en avant et aimerait que la Fille se taise. L’Homme ne veut pas aller en prison. Il essaiera de manipuler la chronologie des événements et de détourner les mots qu’elle utilise.

Tout pourrait paraître caricatural, il n’en est rien. Le duo Antoine Cholet et Géraldine Martineau porte un texte d’une grande sensibilité. La déficience mentale de la Fille est évoquée au travers d’une écriture ciselée qui ne manque jamais sa cible. Les mots et les phrases fusent avec cette étrangeté poétique qui caractérise la langue de ceux qui regardent le monde autrement. Comme avec le fou shakespearien, une grande part de vérité sort de la bouche la Fille qui emmène avec elle le spectateur dans le monde des singulières évidences. « Ils disent que je suis limitée. Ils disent : c’est une fille limitée. Ils se croient infinis alors ? Est-ce que dans leur tête à eux il y a de grandes prairies et moi, moi je suis comme une chèvre attachée à un piquet, une chèvre qui ne va pas plus loin que son bout de ficelle et eux ils croient qu’ils courent, qu’ils galopent jusqu’à tout là-bas ? »

De nombreuses émotions traversent un spectateur qui suit avec empathie le cheminement d’une relation complexe entre une victime qui croit en l’amour et un homme qui martèle à qui veut l’entendre qu’elle ne s’est jamais opposée à aucun moment aux situations vécues. Avant le procès et après… Au-delà du fait divers, le texte met en évidence l’écart entre l’implicite et l’explicite des mots, des sentiments. On navigue à vue en accompagnant le langage verbal et non verbal d’une Géraldine Martineau touchante et percutante. Un très joli moment de théâtre qui mêle en huis clos humour, amertume, pulsions, désirs, incommunicabilité, dégoût, admiration, questionne l’amour et véhicule un simple mais magnifique espoir contre les violences de toutes sortes : celui de savoir dire non. A voir.

Pompiers

Jusqu’au 13 octobre 2019

https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/pompiers/

Auteur: Sébastien Mounié

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