Tout le bonheur du monde, Claire Lombardo, 10-18


Ce roman raconte l'histoire, sur quatre décennies, de la famille Sorenson: David et Marylin, leurs quatre filles et leurs petits enfants. Le premier chapitre est consacré au mariage de Wendy, la fille ainée, en l'an 2000. En quelques pages à peine, on comprend que cette famille est moins parfaite que les apparences pourraient le laisser croire, d'autant que l'arrivée d'un enfant caché va venir encore tout compliquer davantage.
Le livre nous fait allégrement voyager dans le temps, de 1976 à 2016. On passe sans difficulté d'un personnage à l'autre et d'une époque à l'autre. Le récit, bien que non linéaire, est fluide ; la lecture facile grâce à une écriture vive, modeste et drôle.
L'autrice, Claire Lombardo, nous donne une belle leçon sur le couple, et si cet enseignement peut paraitre simpliste voire mièvre, la recette donne envie d'être testée ! Le couple formé par Marylin et David est fondé sur la bienveillance et l'érotisme (ils règlent généralement leurs petits différends à la manière des bonobos).
"Ça peut paraitre étrange (...) mais je pense que le meilleur moyen de faire fonctionner un mariage, c'est de privilégier la bienveillance, même quand on n'en a pas envie. Cela paraît la chose la plus évidente au monde, malgré tout, c'est plus facile à dire qu'à faire, tu ne crois pas?".
Plus généralement, ce roman parle du fait d'être époux, parent, enfant, sœur ou frère. Le récit tire efficacement profit des situations baroques qui ne manquent pas de survenir dans le vase-clos familial.
"Tout le bonheur du monde" parle d'une famille dysfonctionnelle à sa façon ; c'est-à-dire d'une façon assurément sympathique et séduisante.
"Ses parents n'étaient pas normaux, en ce qu'ils semblaient encore terriblement amoureux. Il y avait toujours eu entre eux une adoration réciproque" (page 182) "Il y avait un inconvénient à avoir les parents les plus merveilleux du monde: la culpabilité" (page 381)
On aimerait faire partie de la famille malgré les multiples non-dits, maladresses et autres drames intimes qu'elle recèle. Plus on lit leur histoire et plus on apprécie la compagnie des Sorenson. Ce livre est d'ailleurs très bien fichu, dans la mesure où chaque protagoniste a sa complexité propre et ses parts d'ombre. Alors qu'ils pourraient être horripilants, les personnages sont tous attachants, d'autant qu'ils ne sont jamais caricaturaux..
Sans prétention, ce roman est très agréable à lire et, malgré ses 700 pages, il parait presque trop court !
Paru le 05 mai 2022
chez 10/18 en version Poche (Éditeur originel: Rivages)
716 pages / 10€20
Affamée, Raven Leilani, traduction Nathalie Bru, 10/18


Voilà du rarement lu. Une écriture violente, scindée, brillante, et surtout, nouvelle.
Une jeune américaine, noire, vit une sexualité débridée, trop insuffisante à son goût. Des sentiments forcés comme si elle avait besoin de se prouver que celui-là est le bon, après une pléiade de coup foireux qui lui coûteront son poste. Celui-là, c’est Éric, un homme bien plus âgé qu’elle, marié, mais d’une union libre, parait-il.
A la demande voilée de l’épouse, notre héroïne s’en va squatter chez son amant, et apprendre à connaitre leur fille adoptive, elle aussi afro-américaine. Situation on ne peut plus décalée, qui engendre des conflits non-dits, des silences qui en disent longs.
J’ai aimé la forme, et surtout la forme. Absolument surprenante. Beaucoup d’arrêts sur images, de celles spontanées comme un déclencheur photos en rafale nous offrant un regard sur la rue, un magasin, une chambre à coucher, Raven nous colle les pieds là où elle se tient, nous oblige à dupliquer son regard de fureteuse. C’est d’autant plus facile qu’elle emploie la première personne, et nous invite dans sa nébuleuse crânienne.
Pour le fond, mieux vaut être armé d’une certaine culture américaine, new-yorkaise, et même « Manhattanaise ». En apprécier les codes, les principes, la pensée, savoir les traduire et les interpréter.
Je comprends que ce texte ait réalisé un carton à sa sortie, dans sa ville, mais pour moi, provincial du vieux pays de Gaule, il me manque un interprète.
Pour les amateurs d’outre-Atlantique, et les curieux d’écriture qui secoue.
PS: pour un autre regard sur ce livre : cliquer ICI
Cherche Midi Éditions
Paru en poche chez 10/18
le 03 février 2022
237 pages, 7,50€
Traduction Nathalie Bru
Rifkin’s Festival, Woody Allen, Appolo Films


D'un autre temps, le vieux Woody Allen disserte toujours et encore... et conserve cette vivacité qui fait tout le charme de cette comédie ibérique.
Un cinéma de dinosaure. Woody Allen rend hommage à ses héros. Son nouveau film est un catalogue de références aux grands maîtres du septième art. Bergman, Godard et tous les autres. Effectivement son dernier film ne fait pas preuve de modernité. Mais à quoi bon?
Dans le monde de Me-too, détesté par la presse américaine, banni des grands studios, Woody Allen se recroqueville sur son vieux monde et offre un joli petit film en forme de comédie ensoleillée.
Mort Rifkin est un écrivain raté et rabougri. Il voyage jusqu'en Espagne pour accompagner son épouse, une plantureuse attachée de presse. Très vite, il se demande si elle n'a pas une aventure avec ce cinéaste ambitieux et prétentieux, donc français.
Il désespère d'avoir raison mais la ville de San Sebastian réserve bien des surprises à ce new-yorkais perdu en Europe. C'est un thème récurrent d'ailleurs chez Woody Allen: l'Américain perdu sur le vieux continent, région aux mœurs étranges. Mort Rifkin va donc découvrir la vie rabelaisienne et la réalité débridée de quelques espagnols.
Et cela va révéler bien des choses sur son existence. Toujours éclairées par le génie Vittorio Storaro, les pérégrinations des alter egos de Woody Allen sont toujours aussi charmantes car tout cela est fait avec classe. Les acteurs se régalent. La musique est douce et caressante. Les dialogues fusent de constats toujours aussi judicieux et l'amertume se brise sur l'art.
Allen pourrait être un vieux monsieur aigri qui ne comprend plus son époque. Il fouille dans ses souvenirs de cinéma et dans la comédie quasi de boulevard, des petits bouts de vérité sur la vie, l'amour et la mort.
Allen, à contre courant, filme la crise conjugale comme un révélateur et surtout montre tout cela sans hystérisation, syndrome de notre époque. Il ne fait pas la morale non plus. En bon américain, il prône finalement un bonheur individuel et réservé. A 86 ans, après tout ce qu'a vécu ce personnage controversé, on ne va pas jouer les effarouchés.
Son humour juif, son amour du cinéma et son cynisme quasi romantique résistent au temps. Shawn Wallace, acteur sous-évalué (inoubliable méchant dans Princess Bride) est un excellent comédien pour reprendre toutes les mimiques de Woody Allen. Le casting est savoureux. Au crépuscule de sa vie, Woody Allen sourit encore face à ses contemporains. Il sait qu'il ne pourra plus faire de chefs d’œuvre. Alors il se limite à ce qu'il sait faire. Du cinéma. Et il le fait encore plutôt bien.
Sortie le 13 juillet 2022
Avec Shawn Wallace, Elena Enaya, Gina Gershon et Louis Garrel
Appolo Films
L’héritage de la villa aux étoffes (Tome 3), Anne Jacobs, 10-8


L’après-guerre, celle dont on s’était juré qu’elle serait la dernière, l’absurde (comme s’ils en existaient de logique…) la grande, la première mondiale.
Cette fois, vue du côté des assaillants, des vaincus, dernière nos frontières, l’Allemagne.
Peu ou prou de différence avec la France à genoux, même désastres, même deuils, même anéantissement du contingent des hommes, mort pour la patrie, mort pour rien, pour une poignée de galonnés.
Pourtant il faut vivre, reconstruire, investir, innover, bâtir.
Une fresque phénoménale, sur quatre tomes.
L’histoire donc d’une dynastie dans le milieu de la filature, de la couture, une histoire de gens aisés de la haute bourgeoisie, contée en parallèle à celles des domestiques. En cela, on se plait à se rappeler la saga de Downton Abbey.
Des élans romantiques, des disputes et des aigreurs souvent réparés par amour et beaux sentiments. Un joli conte.
Je n’ai lu que le troisième, et je m’arrêterai là. Une belle écriture, un foisonnement de renseignements et d’évènements, et je crois sans mal à un public avide de ce type de lecture, mais je n’en fais pas partie, trop long pour moi et du coup, un poil insipide.
Avis aux amateurs de ce genre, pour eux, de beaux moments de lecture en perspectives.
PS: retrouvez un autre regard sur ce livre en cliquant ICI
La Villa aux Étoffes - Tome 3 : L'héritage de la Villa aux Étoffes
Paru le 03 février 2022
chez 10-18, Collection Domaine Étranger
646 pages / 9,60€
Une éducation, Tara Westover, JC Lattès


Tara Westover grandit dans une famille de Mormons, dans les années 1990 - 2000. Son père, complotiste et millénariste, refuse catégoriquement que ses enfants fréquentent l'école où leur serait dispensée une éducation socialiste non conforme à ses croyances. La fréquentation des médecins est également proscrite car il mieux vaut s'en remettre à Dieu - qui agit par l'intermédiaire de leur mère, herboriste-guérisseuse et sage-femme. C'est à peine si le patriarche consent à fréquenter le temple et les autres Mormons qui se comportent comme des Gentils.
"Je n'avais jamais appris comment m'adresser aux gens qui n'étaient pas comme nous - ceux qui fréquentaient l'école et consultaient le docteur. Qui ne préparaient pas, tous les jours, à la Fin du Monde. Worm Creek était plein de ces gens-là, des individus dont les propos semblaient venir d'une autre réalité." (page 158)
Peu importe la religion, ce qui importe, c'est le côté dysfonctionnel de la famille Westover et, surtout, l'incroyable façon dont Tara a réussi à prendre le large.
Quelle formidable énergie meut Tara dès l'enfance? Comment elle qui ne sait rien - pas même sa véritable date de naissance (en témoigne cette scène incroyable où sa mère lui soutient qu'elle a vingt ans, alors qu'elle en a à peine seize !)- a pu développer l'envie de tout apprendre?
Tara Westover nous apporte ses réponses, toute en nuance et avec une telle rigueur intellectuelle qu'elle prévient le lecteur lorsque ses souvenirs diffèrent de ceux d'une autre témoin. Car Une éducation n'est pas un roman mais le récit fait par Tara Westover de son enfance et de son entrée dans l'âge adulte.
La vie auprès de son père est à la fois extraordinaire et insupportable. Ce type est un genre de génie autodidacte, capable de résoudre des équations complexes d'une façon toute personnelle. Il est dans le même temps un ferrailleur qui travaille comme un sagouin, mettant constamment son équipe (c'est-à-dire ses propres enfants) en danger. Et lorsque l'accident survient, il refuse qu'ils aillent à l’hôpital. Pire, il reproduit les mêmes erreurs, qui conduisent inévitablement aux mêmes effets catastrophiques.
Pour sauver sa peau (au sens littéral du terme!) il est donc vital de lui résister. Mais toute velléité de désobéissance déclenche les foudres du maître de maison, et cause chez Tara et ses frères et sœur d'intenses conflits de loyauté. Au fond d'elle-même, Tara reste la petite fille qui rechigne à désobéir à son père. Un père n'est-il pas censé être là pour la guider et la protéger?
Quel que soit l'amour qu'elle porte à ses parents, Tara est dotée d'un fort instinct de conservation et d'une ambition exceptionnelle: celle d'apprendre. Lorsqu'elle se tourne résolument vers le monde extérieur, sa famille fait bloc pour tenter de la convaincre qu'elle est une dévergondée, qu'elle est en train de se perdre. Son frère Shawn, particulièrement, exerce son emprise sur elle, soufflant à sa guise le chaud et le froid. Comment dans ces conditions trouver la force de briser les liens, comment échapper à ce qui s'apparente à une secte familiale ?
"Aussi loin que je m'en souvienne, j'étais convaincue que les membres de ma famille étaient les seuls vrais mormons que j'aie jamais connus, et cependant, pour une raison qui m'échappait, ici, dans cette université et dans cette chapelle, je ressentais pour la première fois l'immensité du fossé. A présent, je comprenais: je pouvais me ranger du côté de ma famille, ou du côté des Gentils, dans un camp ou dans l'autre, mais il n'y avait pas d'entre-deux." (page 284)
Au delà du cas personnel de Tara Westover, ce livre traite bien évidemment de la question de la condition des femmes dans les sociétés traditionnelles. Dieu et le Diable sont utilisés pour les museler. Leurs talents ne sont pas reconnus ni valorisés ; ils ne leurs sont pas propres mais ils sont des dons de Dieu, ou des manifestations diaboliques lorsqu'ils pourraient les conduire à s'émanciper. Il leur est même interdit de s'habiller de façon pratique ou confortable (le père en est encore à considérer qu'une femme montrant ses chevilles est une tentatrice, une dévergondée !).
La mère de Tara est talentueuse mais résolument sous la coupe de son mari à qui elle obéit sans faillir. Les femmes doivent se soumettre à la volonté des hommes, fussent-ils complètement fous. En témoigne cette scène incroyable où Tara tente de prévenir la petite amie de son frère, Shawn, instable et violent ; celle-ci lui rétorque:
"Le diable lui impose plus encore de tentations qu'aux autres hommes (...) A cause de ses dons, parce qu'il est une menace pour Satan. C'est pour cela qu'il a des problèmes. A cause de sa droiture si vertueuse. (...) Il m'a avertie qu'il allait me faire du mal. (...) Je sais que c'est à cause de Satan. Mais parfois, j'ai peur de lui, de ce qu'il va faire, ça m'effraie. (...) C'est un homme d'une grande spiritualité" (page 394)
Un jour, l'un de ses professeurs fait à Tara Westover cette magnifique déclaration: "Quelle que soit celle que vous deviendrez, peu importe en quoi vous vous transformerez, vous serez toujours celle que vous étiez. C'était là, en vous, depuis toujours. (…) En vous. Vous êtes de l'or." (page 422)
Et ce livre est une pépite !
576 pages / 8,70€
Date de parution: 14/10/2020
Livre de Poche (éditeur d'origine: JC Lattès)
Parasites, Ben H. Winters, 10-18


Susan se sent un peu à l'étroit dans son appartement new-yorkais. Elle épluche les petites annonces jusqu'à ce qu'elle tombe sur une offre de location pour un duplex bien situé, spacieux et pas trop cher. Il y a même une "pièce bonus" où elle pourrait installer son chevalet pour se remettre à peindre. Heureuse d'avoir trouvé la perle rare, Susan décide sur un coup de cœur d'emménager dans cet appartement avec son mari, Alex, et leur petite fille, Emma.
Bien sûr, on se doute que ce duplex en plein Brooklyn est trop beau pour être vrai. Sadique, l'auteur entretient le suspense et joue avec nos nerfs pendant un bon moment. La charmante vieille dame propriétaire des lieux - qui vit au rez-de-chaussée de la maison - n'est-elle pas trop polie et attentionnée pour être honnête? A bien y bien réfléchir, son homme à tout faire n'est-il pas inquiétant lui-aussi ? Pourquoi les locataires précédents ont-ils quitté un tel bon plan ? Qu'est-ce qui a bien pu piquer Susan ?
Le titre original du roman (Bedbugs, punaises de lit en anglais) nous met sur la voie. Il y a aussi un indice sur la couverture du livre : le titre est écrit en noir, avec des tas de reflets brillants de vilains petits insectes. C'est joli... mais assez flippant !
A force de chercher la petite bête, Susan se retrouve totalement obnubilée à l'idée d'héberger ces fameuses punaises de lit dont tout le monde parle. Son inquiétude vire au cauchemar et son obsession devient maladive. "Elle avait l'impression que les punaises se moquaient d'elle, qu'elles la torturaient, comme si elles avaient décidé qu'elle, et elle seule devait être punie." (page 185)
Lire Parasites, c'est comme regarder un bon vieux film d'épouvante. C'est écrit sans prétention mais c'est redoutablement efficace. On ne s'arrête pas de lire tant on est impatient de voir arriver la catastrophe. On est servi !
Un bon divertissement pour l'été!
Paru le 16 juin 2022
Chez 10-18, collection Littérature étrangère
285 pages / 7,90€
Traduction Pierre Szczeciner (Anglais américain)
Festival Lollapalooza Paris 2022


Après une journée au Lollapoolaza, une chose est sûre: la musique moderne m'emmerde!
On va donc commencer par le pire du pire: la scène électro du festival du Lollapoolaza, rendez-vous de toutes les musiques. Il n'y a rien de plus triste qu'un DJ dans un festival de musique. Il ne peut pas beaucoup se déplacer. Il tournicote et gesticule sur sa musique qui visiblement lui plait bien.
Il est tout content de voir des jeunes qui s'imaginent sur une plage à Ibiza ou dans une boite de nuit bien trop moite. Pour cela, la canicule parisienne réalise une belle imitation. Je croise deux minettes qui prennent du poppers, il faut bien cela pour supporter les mix d'une banalité assommante de Subtronics ou Joyride. De la musique pour fêtards en manque d'imagination et de subtilités. Même le pauvre Kavinsky a l'air ailleurs avec son blouson trop grand et sa clope au bec.
De loin le show de Megan the Stallion et de Asap Rocky restent aussi sans surprise. Du rap bien ricain avec des gros mots, des gros effets et peu de surprises. Il fallait faire un tour sur les plus petites scènes pour trouver un rap plus sympa et détendu comme celui de la mélomane Little Simz.
Le festival fut inventé par Perry Farrell que l'on croisait ce dimanche du coté du Kidsappalooza, où l'école du rock s'est révélée un moment plus marrant que certaines stars. Ancien chanteur de Jane's Addiction, il a dû se demander où était passé le rock de sa jeunesse. Il y avait bien Turnstile sur la grande scène: du punk assez redoutable mais pas totalement abouti. Des chutes de tension rendent le set inégal mais bon ça a le mérite de coller aux origines du festival qui avait fait les beaux jours du grunge... Pas le cas de Maneskin, groupe de rock italien, vainqueur de l'eurovision, qui fait un glam rock sans grande saveur mais plait beaucoup aux jeunes qui se cherchent et aiment se maquiller avec des paillettes. Les nouveaux Tokio Hotel!
Éloigné de sa garderie, Perry Farrell aurait été frappé par l'énergie des Nantais de Ko Ko Mo. Un duo qui donne tout sur scène. Ils s'amusent comme des petits fous. Ils en font des tonnes mais n'oublient pas de jouer un vieux hard-rock assez bluesy d'une vivacité redoutable. La bonne surprise.
Dans ce festival on s'amuse donc des mélanges des genres. Les midinettes à la recherche de sensations croisent des vieux quadras en bande, venus pour Pearl Jam. Seize ans après leur dernier passage, le quintet de Seattle est venu avec tout son plaisir et son humanisme. Deux heures de rock transpirant et des monstrueux morceaux qui n'ont pas pris une ride, à la différence du groupe qui va sur la soixantaine.
Mais Eddie Vedder est toujours une bête de scène. Le groupe ne perd rien de son charisme et ne cherche rien d'autre que l'énergie et le partage. Avec eux c'est vraiment la grand messe et c'est franchement réjouissant. Évidemment j'étais venu pour eux mais j'espérais beaucoup découvrir de nouvelles choses.
Mais la bande son du monde moderne est aussi chiante qu'un covid sans fin. La nostalgie semble être la valeur refuge, ou l'assurance d'une vraie énergie! D'une volonté certaine de communiquer avec un public. Bref un concert quoi!
Lollapalooza Paris
16 ou 17 juillet 2022
Hippodrome Paris Longchamps
Thor Love & Thunder, Studios Marvel


Taika Waititi avec son humour venu de l'hémisphère sud continue de triturer ce pauvre Thor pour en faire un clown... Est ce triste?
Thor aurait pu être un personnage tragique. Ce n'est pas pour rien que Kenneth Branagh, admirateur de Shakespeare, s'est vu confié la réalisation du premier film. Ensuite il y a eu une suite inutile. Puis est arrivé le rieur Taika Waititi de sa Nouvelle-Zélande azimutée. Le cinéaste a un esprit joyeux et gentiment anarchique. Le troisième Thor était donc un épisode coloré et divertissant. Thor a enfin rigolé!
Pour le quatrième volet, le réalisateur de Jojo Rabbit a donc le contrôle total et cela se voit rapidement. L'esthétisme est bariolé et assume clairement le mauvais goût. L'ironie est mordante. Les blagues sont omniprésentes même lorsque le film aborde maladroitement le thème de la maladie. Waititi n'a pas du tout envie d'être sérieux et notre Thor n'est plus le dieu du tonnerre mais un fan de hard rock qui a une grosse hache pleine de pouvoirs et qui vit un peu à côté de la plaque.
C'est drôle mais ça ne va pas plaire à tout le monde. Car Waititi, parti dans un grand élan comique, va saborder la mythologie du super héros et même des dieux. Ce qui donne lieu à un grand moment de ridicule avec un Russell Crowe ravi de jouer les abrutis.
On rit beaucoup dans ce film mais cela se fait au détriment de tout le reste. Waititi donne l'impression de ne jamais faire le tri entre les bonnes idées (vous allez adorer les chèvres hurlantes) et les trucs à jeter. Il y a des scènes ratées et des moments jouissifs. On apprécie l'hommage aux années 80 : ses quelques séries B d'heroic fantasy qui baignent dans un heavy metal de piètre qualité. Mais ça ne fait pas forcément un bon film.
Le méchant a donc bien du mal à exister dans cette foirefouille de l'héroïsme. Christian Bale ne trouve pas le ton pour son triste personnage, assez troublant, sorte de boogey man ultime. Il est perdu dans la galaxie de la gaudriole! A ne pas se prendre au sérieux, le quatrième Thor montre les limites de l'exercice et la vision du blockbuster made in Marvel. Pas mauvais. Pas génial. Thor Love & Thunder éclaire notre été avec quelques rires bienvenus. Rien de plus. On n'en attendait plus de la part d'un dieu !
Sortie en juillet 2022
Avec Chris Hemsworth, Natalie Portmann, Christian Bale et Thessa Thompson
1h55 - Studio Marvel
Abattre la Bête, David Goudreault, 10-18


Grâce au talent de son avocat, celui que l'on surnomme La Bête échoue en hôpital psychiatrique plutôt que d’atterrir en prison. Celui qui (se) trouve toujours une bonne raison de commettre des agressions sauvages n'est pas responsable ; c'est officiel. ("C'est documenté" comme il le dirait lui-même.)
"La psychiatrie, c'est comme la prison, en plus désinfecté. On joue sur les termes pour mettre la main sur des subventions spécifiques, mais au fond c'est pareil. Le trou s'appelle pièce consacrée à l'isolement, la cellule se nomme notre chambre, les menottes s'appellent médication et la détention s'appelle thérapie, mais faut pas se tromper, c'est la même violence psychologique, la pire: l'enfermement de l'homme par l'homme." (page 24)
La Bête rêve de s'évader car il est persuadé que retrouver sa mère lui apporterait la stabilité. La première scène, celle où il s'échappe de l’hôpital, est très rythmée et assez tordante. Le reste du livre continue sur le même mode.
"Rares sont les occasions de se divertir à l'Institut universitaire de psychiatrie ¨Philippe-Pinel. Privé d'alcool, de drogue et de pornographie, faut se rabattre sur la médication et la violence. L'humain est créatif de nature, et je suis très humain." (page 11)
David Goudreault aligne aphorismes, zeugmas et saillies aussi drôles que de mauvais goût. On croirait lire une chronique radio qui s'étirerait sur près de 200 pages. L'auteur manie avec délice l'argot québecois, une langue mêlée d'anglais (les couples qui se frenchent dans la rue...) et ponctuées de jurons religieux (tabarnak, crisse, ostie etc. ; un glossaire figure à la fin du livre si vous êtes perdus).
Avec son débit de mitraillette, La Bête tire sur tout le monde : les femmes, les noirs, les asiatiques, les homosexuels, les flics bien sûr. "De toute façon, je ne suis pas sexiste ni raciste, moi, je méprise tout le monde égal." (page 124) C'est savoureusement politiquement incorrect, même si l'auteur n'ose pas franchir la limite de certains tabous. Si vous aimez l'humour trash et le second degré, vous rirez à chaque page.
"Tout s'emboîtait, comme des poupées russes ou des échangistes." (page 96)
C'est amusant, c'est réjouissant, ça se lit rapidement ; c'est donc un livre parfait pour un voyage en train vers votre lieu de vacances. Pour autant, si les cent premières pages se lisent facilement, le récit devient un peu longuet. Sincèrement, cet opus ne m'a pas donné envie de lire l'entière trilogie que vient clore Abattre la Bête.
The Sadness, Rob Jabbaz


De l’huile bouillante sur la tête, un doigt coupé puis avalé, un œil crevé avec un parapluie… ce n’est qu’un (tout petit) avant gout de ce film d’horreur qui a bien décidé de vous mettre mal à l’aise… mais pas que !
C’est l’histoire d’un Canadien perdu à Taïwan. Il réalise des publicités puis arrive le covid qui lui donne des idées, noires, gores et nombreuses. Dans son imagination, le réalisateur Rob Jabbaz a décidé d’en découdre avec le monde qui l’entoure et son déclin certain vers la maladie et la folie.
Cela donne au final The Sadness. Un film d’horreur comme on n’en fait plus. Le genre de produit qui a trouvé refuge sur les plateformes et qui ne trouve plus le chemin des grands écrans. Hé bien quel plaisir de retrouver du grand guignol dans une salle obscure.
Le film est vraiment crade et ne doit pas être vu par tous, mais il est généreux dans l’effort. On retrouve le charme sanglant des productions de Brian Yuzna (Re-animator, Society) dans les années 80 et 90. La petite série B veut choquer le bourgeois. Intelligemment (c’est là que se trouve le kiff), le film ne vous retourne pas uniquement l’estomac mais vous interroge sur les limites du supportable.
Après une pandémie liberticide, The Sadness nous baigne dans une ambiguïté crapoteuse et virulente. La vraie bonne idée du réalisateur c’est d’éviter au maximum le second degré. Il y a de l’humour dans son film. Étonnement c’est un film très bavard qui ne manque pas d’ironie ou de cynisme.
Il y a du culot à nous faire apprécier des héros pas spécialement agréables effrayés par une explosion de haine et de rage. Il y a de l’amertume à faire dire des choses sensées par le pire personnage du film. Mais une orgie de violence c’est une orgie de violence. Et cela ne lésine pas sur l’hémoglobine et les meurtres totalement déviants.
Le cinéaste a des idées percutantes et plus d’une fois, il décide de dépasser les bornes. Et cela fait combien de temps que l’on n’avait pas vu une telle volonté féroce de boxer les spectateurs ? De le stimuler dans ses tripes mais aussi son cerveau. L’impolitesse du film est sa première qualité. Avec le décor de Taïwan – une jungle urbaine au milieu d’une forêt luxuriante - The Sadness est une œuvre franchement exotique. Parfait pour la saison estivale!
Avec Regina Lei, Berant Zhu, Tzu-Chiang Wang - ESC Films - 1h40




