Théâtre

Léonce et Léna, Georg Büchner, Loïc Mobihan, Montansier Versailles

(c) JeanLouisFernandez

Le Prince Léonce s’ennuie. Désespérément. Enfant gâté devenu grand, il est revenu de tout et blasé. Son valet, Valério, lui est fier d’être « encore pucelle dans le travail« . Il savoure l’oisiveté lorsqu’elle se présente à lui et apprécie plus que tout de ne rien faire. « Le sol n’a pas encore bu une seule goûte de sueur de mon front ».

Tandis que Léonce fuit le palais afin d’échapper à un mariage arrangé par son père, sa promise (la princesse Léna) prend elle-aussi la route pour échapper à l’inconnu qu’on voudrait lui faire épouser. Évidemment, les chemins de ces deux-là vont se croiser, et Léonce et Léna vont tomber amoureux l’un de l’autre, réconciliant ainsi l’amour et la raison (d’état).

Si je me suis permets de divulgâcher le dénouement de cette comédie, c’est parce que ce n’est pas vraiment une surprise. Ce importe dans ce drôle de texte de Georg Büchner, où l’oisiveté est le maître mot, c’est de réfléchir à la meilleure façon de remplir sa vie autrement que par le travail.

Les comédiens les plus âgés, s’ils ne tiennent pas les rôles principaux, sont néanmoins excellents. Jean-Paul Muel est impeccable en un vieux roi en pleine confusion, monarque réduit à faire un nœud à son mouchoir pour ne pas oublier son peuple. »Quand je parle à haute voix comme ça, je ne sais plus qui parle, moi ou un autre« . Et Marc Susini excelle dans le rôle du Président, mutique, raide comme un piquet, et qui prend grand soin de ne jamais contrarier les monarques.

Maxime Crescini (le prince Léonce) et Sylvain Debry (Valério, le valet) tiennent fort bien leur rôle. Quel plaisir de voir ces jeunes comédiens talentueux sur scène; quelle fraîcheur dans la façon dont ils jouent ! Et quel injustice que le public ne fut pas plus nombreux ce douze mai !

Loïc Mobihan, signe ici une première mise en scène dont il n’a pas à rougir. En la quasi absence de décor et d’accessoires, il fait le pari de revenir à l’épure de ce texte drôle et désabusé et de s’en remettre au talent de ses comédiens. Pari gagné !

Les 11, 12 et 13 mai 2022
Au Théâtre Montansier Versailles

de Georg Büchner, traduction Bernard Chartreux, Eberhard Spreng, Jean-Pierre Vincent (L’Arche),
mise en scène Loïc Mobihan, dramaturgie Françoise Jay, scénographie Clémence Bezat, costumes Marjolaine Mansot, lumières Anne Terrasse, musique et création sonore Arthur de Bary, mouvement Maxime Thomas, coiffures et maquillages Cécile Larue, masques Célia Kretschmar

avec Maxime Crescini, Sylvain Debry, Jean-Paul Muel, Isis Ravel, Roxanne Roux, Marc Susini

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