Art-scène, Théâtre

En travers de sa gorge, Marc Lainé, Théâtre du Rond-point

Avec un beau décor, une scénographie impressionnante et avec, cerise sur le gâteau, Bertrand Belin au casting, cette pièce était pleine de promesses. Malheureusement, l’indigeste « En travers de sa gorge » m’est resté sur l’estomac !


Avec un beau décor, une scénographie impressionnante et avec, cerise sur le gâteau, Bertrand Belin au casting, cette pièce était pleine de promesses. Malheureusement, l’indigeste « En travers de sa gorge » m’est resté sur l’estomac !

Deux heures quinze durant, une narratrice (Julie Rompsault, Jessica Fanhan) nous conte – à grand renfort de passé simple et de formules ampoulées par-fai-te-ment ar-ti-cu-lées – l’histoire de Marianne Leidgens (Marie-Sophie Ferdane), une cinéaste dont le mari revient d’entre les morts.
Un an après sa disparition soudaine et inexpliquée, son mari (Lucas Malaurie, Bertrand Belin) vient lui rendre visite… mais dans la peau d’un autre ! L’esprit de Lucas prend en effet possession, de façon intermittente, de Mehdi Lamrani (Yanis Skouta), un spirite dont la spécialité est de finir les œuvres laissées inachevées par feus leurs auteurs.

Comme la personnage principale est cinéaste, Marc Lainé (auteur-metteur en scène et scénographe) a eu la subtile idée de projeter le film de la pièce (réalisé en direct) sur un grand écran situé au dessus de la scène. Manifestement, Marc Lainé est très fier de ce dispositif qui lui permet de montrer le fantôme du mari sur scène, mais pas à l’écran.

Évidemment, Marianne finit par faire l’amour avec le médium, dans l’idée de ne former à travers lui qu’un seul corps avec son défunt mari (vous suivez ?!). Sauf que l’époux se fâche, au motif qu’il est cocu (par lui-même pour ainsi dire !). Se superposent alors à l’écran les visages du médium et celui du fantôme, pour bien souligner l’ambiguïté de la situation. C’est fin comme du gros sel, comme disait ma grand-mère.

Si la mise-en-scène est lourdingue, le texte, verbeux à souhait, n’est pas en reste. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les comédiens n’arrivent pas à jouer ? Ou sont-ils gênés par la sonorisation qui nous donne l’impression de regarder un film mal doublé ? (J’ai horreur des micros au théâtre !)
C’est à un point tel qu’on est parfois embarrassés pour les comédien.ne.s.

A moins qu’il ne s’agisse d’un parti-pris de mise en scène et de direction d’acteurs ?

Ce doit certainement être le cas, sinon comment expliquer que strictement aucun.e comédien.ne ne soit juste ? Leurs énervements sonnent creux, à la limite du ridicule. Et que dire des roulements d’yeux du médium lorsqu’il a ses crises ?! C’est injuste car l’apprentissage du texte a dû leur demander un effort considérable.


Même si je rêvais de mettre fin à mon calvaire façon Yannick (de Quentin Dupieux), je dois reconnaitre que tout n’est pas à jeter dans cette pièce. Les moyens mis en œuvre sont importants : cinq comédiens sur scène, des décors réussis et qui changent à vue (c’est beau !), des moyens de prise de vue (rampe de travelling comprise), un soin apporté au son (avec, par exemple, des bruits de fonds différents quand deux personnages se parlent au téléphone).

C’est toujours intéressant d’aller au théâtre, même quand c’est mauvais. Et c’est réjouissant une salle de théâtre comble (je m’ennuyais, donc j’ai regardé le public…). Et puis à la sortie, on discutait joyeusement, ébahis d’avoir vu un spectacle qui, en plus d’être une pièce exécrable (je la mets dans le Top 50 des pires pièces que j’ai vues !), réussit l’exploit d’être aussi un mauvais film.



du 6 au 16 mars 2024
Théâtre du Rond-point – Paris VIII
Texte, mise en scène et scénographie Marc Lainé
Avec Bertrand Belin, Jessica Fanhan, Marie-Sophie Ferdane, Adeline Guillot en alternance avec Clémentine Verdier, Yanis Skouta
avec la participation de Dan Artus, Tünde Deak, Thomas Gonzalez et de Laurie Sanquer, David Hanse, Farid Laroussi

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