La grande nouvelle, mise en scène Philippe Adrien

Délire sur la scène de la Tempête avec la reprise du Malade Imaginaire à notre époque.
Philippe Adrien nous offre un Malade imaginaire en prise avec son temps moderne : accaparé par les écrans dans un appartement saturé de hightech, marié à un transsexuel, guidé par l’appât du gain au risque de perdre le lien avec sa fille adolescente. (suite…)
22 Jump Street

Phil Lord et Chris Miller sont-ils les nouveaux frères Farrelly, les auteurs de Mary à Tout Prix ou Terrain d'entente ?
C’est la question que l’on se pose après ce 22 Jumps Street de très haute volée burlesque. Evidemment ca ne va pas plaire à tout le monde mais ces deux réalisateurs, déjà responsables du génial Tempête de Boulettes Géantes, sont de sacrés rigolos qui connaissent bien leur public et ne se moquent jamais d’eux.
Ce nouveau volet invite donc à la rigolade. La totale. Personne ne se prend au sérieux. Des comédiens au scénario, habilement écrit pour faire croire à une expérience méta sur le film de campus ou le buddy movie !
Le film sait qu’il doit être plus fort, plus costaud que le précédent : il doit le copier sans trahir, en faisant mieux. C’est ce qu’on demande aux deux flics ringards, Jenko et Schmidt, qui après le lycée, vont logiquement enquêter dans une faculté.
Tout y passe. Tous les clichés. C’est crétin. Mais l’ironie est aussi mordante que réjouissante. Les réalisateurs s’amusent comme des fous et cela se sent à chaque instant. On est toujours consterné par nos deux héros, grands gamins sans cervelle, mais il y a une infinie tendresse pour le genre, très eighties et fondateur de toute une contre culture.
Le buddy movie fonctionne. Le film assume son statut de suite en se moquant des redites. Les deux acteurs sont hilarants. La vision idéalisée de la jeunesse américaine montre que l’ensemble a de la distance avec le sujet. Le petit refrain sur l’homosexualité latente dans l’amitié viril trouve ici un puissant écho souvent burlesque.
Aucun premier degré. Tout pour la blague. Pour une adaptation de série télé, le film ose autre chose et ça fait souvent mouche. On est convaincu et mort de rire devant tant de bêtises, si savamment orchestrées. Les auteurs ont un enthousiasme qui fait d’eux les héritiers de Farrelly, ce duo qui a mis de la finesse dans la gaudriole la plus surprenante. On veut bien visiter le 23 Jump Street si cela se concrétise.
Avec Channing Tatum, Jonah Hill, Ice Cube et Amber Stevens - Sony - 27 aout 2014 - 1h50
Fanfare

Producteur demandé, Jonathan Wilson est aussi passionné par King Crimson, Pink Floyd, George Harrison et tous ses musiciens poilus qui se droguaient à la pédale wah wah!
Fanfare est un paradoxe. Il a bien été composé à notre époque mais pas un seul titre se semble se confronter aux modes actuels. Ce n'est pas un mal diront certains. Il est vrai qu'en manque de repère, une nouvelle génération de musiciens américains adoptent le style de vie et l'envie musicale d'illustres aînés.
Depuis le succès des Fleet Foxes, le son californien refait donc surface avec ses douces utopies, ses harmonies vocales et ses délires électriques. Et Wilson y contribue grâce à ses connaissances incroyables sur les années 70 et ses petits secrets de fabrication.
Pour que l'imitation soit parfaite, il invite de prestigieux anciens comme David Crosby, Graham Nash ou Jackson Browne. Ne soyez pas surpris si vous trouvez que cela ressemble beaucoup à CSNY! Aidé par les musiciens de Wilco, Wilson améliore un peu sa formule magique qu'il avait découvert sur l'album Gentle Spirit.
Avec un soutien aussi solide, Wilson rend hommage à tous les auteurs qu'il aime, de George Harrison à Neil Young en passant par Pink Floyd et quelques adeptes du trip progressif. Ca donne un disque copieux. Peut être indigeste. Mais le voyage dans le temps est immédiat. Et on se sent bien.
A chaque écoute, un petit détail vient titiller la curiosité et ressuscite un souvenir rock. Il y a un petit coté irréel et divin à ce patchwork de rock psyché. C'est un rock chargé de bonnes ondes. Une fanfare explosive et riche. Ne la ratez pas. Ca va forcément vous faire du bien!
Bella Union - 2013
« Mère Courage et ses enfants », Bertold Brecht


"Mère Courage et ses enfants" est une pièce emblématique de Brecht, qui a révolutionné le théâtre traditionnel dans les années cinquante; le Berliner Ensemble (la troupe créée et dirigée par Brecht à Berlin Est) s'est produit sur toutes les grandes scènes européennes avec son langage nouveau, disséminant sa différence. Entre 1947 et 1961, la comédienne Helene Weigel a interprété Mère Courage à 504 reprises!
Du 17 au 26 septembre 2014, 60 après sa première parisienne, "Mère Courage" et le Berliner Ensemble retrouvent le Théâtre de la Ville, dans une mise en scène de Claus Peymann (qui dirige la compagnie depuis 1999).
Le théâtre de Brecht est d'abord politique, essentiellement antifasciste. Fidèle gardien et passeur de cette tradition, Claus Peymann dit: "Le message fondamental de ce théâtre est la solidarité avec les faibles et on y démasque les puissants (...) Par exemple, avec Mère Courage, tous les spectateurs ont compris le message: qui fait commerce de la guerre paie avec la vie des enfants. Tous sont contre la guerre. La représentation terminée, les gens montent en voiture et redeviennent de très normaux petits bourgeois, militaristes, nazis, criminels... Mais l'un d'eux, peut-être, a changé de point de vue."
Est-ce-que la représentation du 20 septembre 2014 à Paris était figée dans les années 50? Oui et non...
On peut penser que Brecht est manichéen, didactique, "donneur de leçon", ce qui le rendrait plutôt impopulaire aujourd'hui. Mais il a payé de sa sécurité ses prises de position au cours de sa vie, donc ce qu'il défend, ce n'est pas une simple théorie. En l'occurrence, dans "Mère Courage", si la conviction qu'il veut partager est le pacifisme, cette chère idée vaut la peine d'être clamée haut et fort aujourd'hui au moins autant que dans les années 50. Et puis, l'art de "démasquer les puissants": n’est-ce pas l'intention de la plupart des mouvements alternatifs d'aujourd'hui ? Les altermondialistes, les "indignés", les "Colibris", Attac, ou l'organisation Avaaz, qui a mobilisé des centaines de milliers de marcheurs pour le climat, aujourd'hui-même dans plusieurs grandes villes du globe? Les luttes conscientes ont encore et toujours besoin de champions et d'éclaireurs.
Et nous qui aimons le théâtre, nous avons encore besoin de Brecht, de ses grands interprètes, de ses chansons et de ses personnages charismatiques.
Le Berliner Ensemble présente 2 spectacles en ce moment au Théâtre de la Ville (en allemand, surtitré):
- "Mère Courage" du 17 au 26 septembre
- "Et le requin, il a des dents...", Chansons, poèmes et chœurs du théâtre de Bertold Brecht, les 19 et 23 septembre à 20h30
jusqu'au 26 septembre 2014
texte de Bertold Brecht
mise en scène par Claus Peymann,
musique de Paul Dessau, par le Berliner Ensemble
« Les 40 ans de Casimir…j’y étais !!! »

« Les 40 ans de Casimir…j’y étais !!! »
Y’a des bringues, des anniversaires, des fiestas, que tu te refuses de louper, même si c’est loin, même si ça te fait de la route, même si tu sais que la bouffe sera moyenne.
Autant le mariage d’un cousin, voire le remariage d’un oncle, voire le 3ème mariage d’une tante, voire l’anniversaire de la petite dernière dans la famille, voire les Noël, voire certain 1er de l’an, ça t’agace, tu perds ton temps, ça te gonfle, t’as pas que ça à faire, tu es à deux doigts de vider le saladier de punch pas bon sur la tête de la rouquine haute comme trois pines à genoux qui chante du Dora l’exploratrice dont la mère garde l’espoir de l’inscrire à The Voice Kid l’année prochaine…mais là, l’anniv de Casimir, avec la bringue de mon pote Tonio (moins connu, soit, mais un mec vraiment top), non, je voulais pas louper ça en ce mois de septembre.
C’est donc en ce mardi 16 septembre que je prenais un vol Easy Jet, non seulement parce que leurs avions sont de la bonne couleur mais aussi parce qu’il y avait grève à Air France, et partais donc pour l’Ile aux enfants, 19h voire plus de vol, jet lag total, dos coincé, mal au cul, on s’en fout on est bien c’est fête.
Arrivé sur place, aéroport en carton pate, contrôle de douane fait par des flics en salopette orange façon Luigi et Mario, je monte dans un taxi conduit par un dinosaure à moustache. Dans la rue, des fleurs, sur les murs, sur les maisons, sur les robes, dans les cheveux, sur les pantalons. Tout le monde à moins de 5 ans, ou presque.
Dans l’autoradio, passe en boucle « Voici venu le temps des rires et des chants, des monstres gentils, etc… », remixé version country, puis en radio edit, puis en version electro lounge, flash info, évidemment on ne parle que de l’événement du moment, les 40 piges du chef suprême de l’Ile : Casimir.
J’arrive à destination. Baraque immense, orange là encore, en forme de colline, un arc en ciel en fontaine domine la vue, une lune avec des yeux surplombe le quartier, des arbres en forme de cœur plein le jardin, tout y est.
Colliers de fleurs au cou, coupette de punch de Gloubi-boulga à la main, j’aperçois au loin mon vieux pote Christophe Izard ; lui est resté bloqué à 40 ans, il n’en fait pas 77. On discute 5 minutes, me demande des nouvelles de ma mère et si nous habitons toujours dans cet appartement normand trop petit de l’immeuble les « alouettes », si je n’appréhende pas trop mon entrée en maternelle, si mon joueur de foot préféré est toujours Rocheteau et si mon grand-père fait toujours autant le pitre.
On m’installe dans un canapé velours, table basse fluo pétante, tapisserie vintage à gros motifs, William Lermergie en salopette et Dorothée en jean’s patte d’eph viennent me rejoindre, on se moque un peu d’Hyppolite, lui non plus n’a pas bougé, on se marre, on pleure, on rit, il y a des méchants et des gentils…ah non, ça c’est Candy…présente elle aussi à la table d’à côté avec Albator, X-Or, l’Inspecteur Gadget, Dardar Motus, Capitaine Flamme mais aussi Tao, Ziha, Esteban, qui me reconnait direct tu penses, me claque une bise, a priori ne m’en veut pas de lui avoir piqué un peu de son nom.
On boit du tang et du cacolac, on bouffe des Malabars, quelqu’un demande si je veux encore un peu de Nesquick, j’ai déjà bien abusé, je refuse.
Les écrans TV se mettent tous sur FR3, il a fallu se lever pour les allumer, pas de télécommande, normal. Rétrospective sur les 40 ans de
carrière de notre hôte, les belles années, la traversée du désert, les passages dans les « Enfants de la Télé », encore et encore la fameuse chanson au début des années 90, des images de blind test d’Ardisson et quelques apparitions en plateau, rien de neuf mais quel parcours.
Il est déjà tard, Denise Fabre apparait sur l’écran, Virginia Crespeau prend le relai pour annoncer les programmes de demain, Casimir sera encore bien là, ouf.
Tout le monde dort ou presque, les hommes volants de Jean-Michel Folon font leur apparition, il est donc temps d’aller dormir, on a été vachement sobre…normal quand on est enfant. Je repartirai demain, vers ma vie d’aujourd’hui, en attendant, je profite de la bringue.
Bon anniv Casimir.
Un amour Exclusif

Amour, suicide et mort. Ne vous enfuyez pas, Un amour exclusif de Johanna Adorjan est passionnant !
Un amour exclusif est un récit consacré aux grands-parents paternels de l'auteur. Ceux-ci ont décidé, de se suicider ensemble quand elle avait une vingtaine d’année. Il était gravement malade et diminué. Elle ne voulait tout simplement pas vivre sans lui.
Johanna Adorjan dans un style d’une simplicité qui refuse l’apprêt et se rapproche de la limpidité, évoque le parcours de ses grands-parents, juifs hongrois. Séparés une fois pendant la seconde guerre mondiale quand il est envoyé au camp de Mauthausen, dont il réchappera mais qu’il ne voudra jamais évoquer, le mari, médecin, restera toujours avec sa femme par la suite, en couple fusionnel.
Leur vie à Budapest sous le régime communiste se passe convenablement jusqu’à ce que l’insurrection de 1956 soit réprimée. En quelques heures, la famille décide de fuir et trouve refuge au Danemark où une nouvelle vie commence.
Johanna garde des souvenirs typiques de ses grands-parents : ces personnes qui paraissent âgées et qui couvrent d’amour leurs petits-enfants. Elle les a profondément aimés et c’est pour cela qu’elle vit leur suicide comme un évènement traumatisant.
Parallèlement à la description de leur parcours, le récit décrit leur dernière journée et leur passage à l’acte. Il faut que tout ait l’air normal aux yeux des autres alors qu’il s’agit des derniers moments. Sans doute, est-il nécessaire pour Johanna Adorjan de tout décrire car cela permet de comprendre un processus et un cheminement. Le lecteur est à la fois fasciné et horrifié par ce compte à rebours avant la disparition.
Ce livre permet de réfléchir à plusieurs sujets : la vie sous un régime sévère et répressif, la résilience des parcours personnels, l’amour qui nous lie à une personne et qui fait qu’on ne peut concevoir l’existence sans elle.
Au-delà de ces thématiques, ce livre marque par son écriture fluide et sa lucidité. Johanna Adorjan cherche à comprendre la vie de ses grands-parents et leur passage à l’acte. Ce faisant, elle nous ouvre des portes, elle nous interroge également.
10/18 - 184 pages
Le Cabinet Vaudou des Curiosités d’Adèle

C'est une voix tiraillée entre le chant élégiaque et un ton plus détendu, parlé, pesant chaque mot pour y découvrir sa poésie. Membre du groupe Tue Loup, Xavier Plumas a besoin de liberté. Il a toujours eu des projets à coté. Il aime les aventures collectives comme les plaisirs solitaires.
C'est le cas avec ce second disque sous son nom. Le bonhomme s'épanouit. Il se fait plaisir. Il travaille avec une vraie liberté sans compromis. Il nous invite donc dans un étrange cabinet, mystérieux, où il s'occupe de travailler les ambiances!
Le style pourrait être folk mais il prend aussi la tangente pour délicatement tisser une atmosphère à la noirceur jamais mortifère. Ce que l'on entend chez Xavier Plumas, c'est une vraie douceur et un amour véritable pour les écritures électriques mais sensibles.
La musicalité de l'ensemble se laisse découvrir au fil des écoutes. Il y a toujours une guitare sous tension et la voix si particulière de Xavier Plumas mais il sait diversifier les structures et donc des ambiances magiques car très différentes. Et pourtant il y a une cohérence sur cet album qui pratique le rock comme de la sorcellerie.
Il y a une forme de mystère autour de ces compositions simples mais qui révèlent petit à petit une complexité plus étonnante. On s'y attarde pour y découvrir les petits secrets mais malgré tout, la réussite du disque reste une belle énigme.
L'autre distribution - 2014
J’ai de la chance, Laurence Masliah, Lucernaire

Laurence Masliah dévoile ses talents d’écrivaine et de comédienne en interprétant son propre récit de l’histoire bouleversante des enfants Juifs de Moissac.
Seule sur scène, elle incarne deux personnages: une grand-mère, affaiblie perdant la mémoire, et sa petite fille, assoiffée de rassembler le puzzle de son histoire avant qu’il ne soit trop tard. Il faut l’immense talent de Laurence Masliah pour jongler entre deux rôles, changer de personnalité, d’âge et de langage, qui plus est avec autant de douceur. Elle impressionne par la souplesse de son interprétation, véritable gymnaste du jeu, capable non seulement d’incarner deux personnages à la fois, mais ce faisant de feindre la perte de mémoire, la confusion de mots et, en suivant, de reprendre le fil.
Une prouesse d’interprétation donc, mais aussi d’écriture, car le récit de Laurence Masliah est aussi vrai que bouleversant. Oui, les enfants juifs de Moissac ont vraiment été sauvés, grâce à Shatta et Bouli Simon en premier lieu, mais également à l’aide et à la complicité de toute une ville les aidant à obtenir de faux papiers et les gardant scolarisés et cela, Laurence Masliah ne l’oublie pas. La forme est aussi soigneusement travaillée que le fond. Les amoureux des mots et des expressions désuètes, étymologistes amateurs et perfectionnistes psychotiques de la langue française, sont particulièrement servis.
Une oeuvre profondément émouvante.
Jusqu’au 8 novembre, du mardi au samedi, à 21h,
De et par Laurence Masliah
Collaboration Marina Tomé
Dramaturgie Mariette Navarro
Mise en scène Patrick Haggiag
Deltas

Sous sa casquette, il y a des idées en pagaille. Il les maîtrise avec une classe folle pour un album coloré, accessible et aventureux! Une réussite!
Chapelier fou a une idée du pays des Merveilles! C'est un patchwork sonore. Avec des influences très diverses comme des beats efficaces et des coups de violons. Il y a la volontaire nappe synthétique qui rapproche le dj Louis Warynski d'un Brian Eno en pleine exploration.
Son troisième album célèbre ce savant mélange des genres. Il y a des notes planantes comme des sons dansants. Il y a du bidouillage comme on trouve un véritable lyrisme dans chacune des chansons. Son style est singulier, très loin des codes commerciaux qui polluent les ondes radios.
A trente ans, Chapelier Fou est devenu un adepte du jonglage entre la tradition, ce violon délicat et résolument moderne et les machines, couches obligatoires pour toute construction sonore. Il n'a pas peur des ruptures pour mieux conserver ensuite son équilibre musical. Deltas appartient à ces disques que l'on doit écouter plusieurs fois avant de percevoir des petits détails toujours croustillants.
L'artiste réussit à faire de chaque écoute une nouvelle expérience, ce qui n'est pas facile. Sans trop en faire. Sans être démonstratif ou pompeux. Deltas est une succession de morceaux magiques par leur richesse et leur beauté parfois pas évidente à entendre.
Mais c'est un monde à explorer. Deltas est une visite dans une contrée rare et fascinante. Peu de dangers pour les oreilles mais pas mal de plaisir pour les mélomanes. Vous connaissez l'adresse si vous voulez passer de l'autre coté du miroir.
Ici d'ailleurs - 2014






