Soleil couchant , Tof théâtre

Une marionnette nous parle avec délicatesse d’absence, de fragilité, de fierté, de souvenirs.
Dans la douceur d’une fin de journée ensoleillée, un vieux monsieur marche sur la plage. Sans un mot, dans le seul le bruit des vagues, il évoque le temps qui passe, ce qu’il a perdu. On le voit s’adonner aux plaisirs simples de la vie : glisser ses pieds dans le sable, boire une gorgée de bière … Mais plaisir rime ici avec mélancolie. Car les souvenirs reviennent en mémoire…
Désemparé de n’être plus autant capable, il vit au ralenti. Sa condition de marionnette le rend dépendant dans ses mouvements à son marionnettiste comme vieillir signifie la perte d’autonomie.
Le marionnettiste Alain Moreau a crée un personnage incarné. On pourrait voir ses expressions du visage changer alors qu’il est figé. Une communion perceptible s’installe entre les deux hommes à deux âges de la vie. Se crée alors un duo. L’un vivant, l’autre animé.
A l’origine de la compagnie belge Tof theatre, Alain Moreau semble vouer une infinie tendresse pour les personnages qu’il crée. Son soleil couchant est un hymne aux rencontres par delà les âges de la vie.
La programmation très tentante de cet art singulier de la marionnette sur www.theatredelamarionnette.com
Le Teckel

Le vrai libraire c'est bien celui qui vous amène là où il voulait, tout en vous apportant un plaisir de lecture par les choix qu'il vous propose. Ce fut le cas la semaine passée Place Antonin Poncet à la librairie Expérience BD à Lyon. Pour ceux qui ne connaitrait pas, le lieu est déjà magique tant le nombre de dédicaces réalisées sur les murs par les plus grands noms de la BD est important.
La librairie se lit, ce qui n'est pas rien...Et puis, même si souvent la musique est trop forte (ça doit être pour faire jeune...), elle est extrêmement bien achalandée ce qui n'est pas si fréquent.
Donc, me voilà entrant dans ce fameux temple du 9ème art la semaine passée. Comme à mon habitude, je hume l'ambiance, les nouveautés; tourne autour des albums, feuillette quelques pages de telle ou telle sortie, repose, reprends et finalement me décide pour les premiers titres repérés en arrivant qui ne sont jamais que des suites d'histoires déjà éprouvées.
M'approchant de la caisse le libraire me salue et approuve mes choix (déjà pas mal...Ouf!) et puis le voilà qu'il m'invite à revenir dans les rayons et sort un des albums qui j'avais saisi et aussi vite reposé trouvant le dessin marrant mais trop 70's. Il me commente l'album en laissant suffisamment de suspens pour créer l'envie d'aller plus loin. Et je dois dire que le bougre a du flair, l'album est excellent!
C'est quoi cet album? Une sorte de thriller dans le milieu pharmaceutique, une sorte de bud movie des visiteurs médicaux...C'est plus clair comme ça? Je dois bien confesser que le dit libraire m'en avait raconté encore moins que ce que je viens de vous livrer et cela ne m'a pas empêcher de lui lacher mes 16€ pour ce "Teckel", titre tout aussi improbable que la description proposée plus haut, j'en conviens...
L'album de Hervé Bourhis évoque le scandale du Médiator ou celui des prothèses PIP au travers de la tournée de 2 visiteurs médicaux en province. On est dans le secteur du "vieux cheval", surnomé par ses paires "Le teckel', il est accompagné d'un "jeune cavalier" qui vient faire ses premières armes sur le terrain. Leurs rapports sont terriblement mauvais tant ils sont différents, mais la cohabitation s'améliore tandis que le scandale de l'un de leur produit les poursuit tout au long de leurs visites.
Je ne vous en prescris pas plus, mais faites moi confiance, vous pouvez prendre la totale, l'album est plein de rebondissements et la toile de fond est bien décrite, c'est donc un excellent choix pour la rentrée!
Casterman 84 pages
Et pendant ce temps Simone veille


Une rétrospective complètement libre et franchement comique de l’histoire française du droit des femmes
Comme son titre le laisse imaginer, « Et pendant ce temps Simone veille » est une comédie, jamais avare de jeux de mots (même « laids »), ni de contrepèteries en tous genres. Légère et enjouée, elle propose de retracer à travers quatre générations de femmes incarnées par Karine Marimon, Hélène Serres et Vanina Sicurani, les grandes heures du droit des femmes, en France, de 1950 à nos jours. Sur le côté de la scène, vêtue d’un costume grotesque magnifique, Bonbon interrompt régulièrement ses camarades pour rappeler, de manière très sérieuse bien sûr, le contexte historique. Ainsi, on se remémore qu’en 1961, alors que les femmes n’étaient légalement pas autorisées à gérer leurs biens sans l’autorisation de leur mari, Moulinex choisissait pour slogan de « libérer la femme » et on ironise sur l’arrivée de la télévision dans les ménages qui, contrairement à Moulinex, n’en affichait pas l’ambition mais soulagea très certainement bon nombre d’utérus en avachissant les maris. On se rappelle aussi les rôles joués par : le député Neuwirth qui, par sa loi de 1967, dépénalisa la contraception ; le Manifeste des 343 Salopes; le terrible Procès de Bobigny; et la loi Veil du 17 janvier 1975 qui dépénalisa l’avortement.
Sans autre prétention affichée que de divertir, la pièce parvient avec succès à balayer un demi-siècle d’histoire du droit des femmes et, avec une bonne dose d’ironie, de second degré et un humour souvent corrosif, à rire de tout et surtout, de son objet principal, la femme, en se demandant notamment si elle n’est pas sa première ennemie et s’il était vraiment souhaitable que, “comme toutes les maladies incurables”, elle ait enfin sa journée dans le calendrier.
En bref on rit de bon cœur, des femmes d’abord mais des hommes aussi, bien sûr, ainsi que de l’avortement, du tchador et des prothèses mammaires en 1990, époque où l’on ne savait pas encore ce que “la silicone valait”. Ames sensibles et ayatollahs du politiquement-correct s’abstenir, les autres sont à peu prêts sûrs de passer un bon moment. Petit bémol peut-être, les décors, la lumière et les costumes qui, s’ils avaient été plus recherchés, auraient encore pu ajouter une dose d’humour et de bonne humeur.
A partir du 18 septembre 2014
A la Comédie Bastille, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h.
De Corinne Berron, Bonbon, Hélène Serres, Vanina Sicurani et Trinidad
Interprétée par Bonbon, Karine Marimon, Hélène Serres et Vanina Sicurani
Great Western Valkyrie

Il y a peu, nous parlions de Neil Young qui faisait du neuf avec du vieux, avec son album A letter Home. Rival Sons fait pareil: du beau et du bon rock'n'roll avec son lot de sueur, d'électricité et de riffs rageurs!
Le Vintage est à la mode. Les Black Keys cartonnent avec le rock qui sent bon le patchouli. Jonathan Wilson retrouve la fausse candeur du son sixties. La production rétro fait fureur ces derniers mois et cela se confirme avec ce quatuor de Long Beach qui aime ce bon vieux rock viril et correct!
Le chanteur du groupe, Jay Buchanan, a le talent des grands orateurs aux crinières de fauves, Robert Plant ou Roger Daltrey: il hurle ses histoires avec un lyrisme étonnant, passé mais prenant directement aux tripes tout amateur de rock sauvage et beau!
Le guitariste et fondateur du groupe, Scott Holiday, fait couiner des riffs assassins sur un rythme binaire matraqué par des complices assez doués pour ne pas imiter leurs respectables influences. Les Doors, Lynyrd Skynyrd etc. Tout cela sent bon les années 60-70. C'est un peu vain. Au bout de quatre albums, Rival Sons défend un rock poussiéreux mais toujours efficace!
C'est un plaisir un peu coupable. Il faut l'avouer. Rival Sons ne fera pas la révolution du rock'n'roll. Le groupe connait la musique et la respecte avec un soin presque contradictoire. Leur rock devrait enfreindre les lois comme leurs illustres aînés si subversifs à leur époque: cela reste très poli car désormais conventionnel. Mais ne nous plaignons pas.
La musique est bonne. Le quatuor soigne ses morceaux. Ils prennent peut être la pose mais il le font bien. Avec classe et conviction. Enregistré à Nashville, le disque est un peu plus roots que la moyenne. Il ne transcende rien mais célèbre les grands mythes du rock...
Warner - 2014
AD NAUSEAM, Tania Mouraud, Exposition monographique

Au MAC/VAL, AD NAUSEAM, la dernière création audiovisuelle de Tania Mouraud est un vertige d’émotions, de sensations et de réflexions. (suite…)
Mon disparu de l’été

Bon je prends la place d’Esteban cette semaine parce qu’il y a eu un petit oubli cet été dans la presse. On a beaucoup pleuré nos artistes disparus (Lauren Bacall, James Garner) et spécialement Robin Williams, qui a eu de jolis rôles et qui a participé aussi à pas mal de nanars cosmiques.
Son interprétation dans L’homme Bicentenaire, où le comique joue un robot vaut son pesant de navets ! Il s’est aussi compromis dans pas mal de comédies américaines, aussi indigestes qu’un big mac au foie gras, en dehors des frontières yankees. Il va nous manquer.
On est aussi attristé par le destin de Thierry Redler, l’acteur des Filles d’à coté. Il avait bercé notre jeunesse en participant à la ronde des acteurs qui furent « révélés » dans les productions AB. Moins culte que les héros d’Hélène et les Garçons mais son visage nous était familier. Salut l’artiste !
Mais personne durant l’été a pleuré le plus grand artiste anglais des années 80 et 90, l’épatant et ricanant Rick Mayall. Les premiers abonnés de Canal Plus, se souviennent certainement de ce drôle de punk qui vivait des aventures foutraques dans Les Branchés Débranchés (The Young Ones en anglais). En 1985, nous n’étions pas habitués à tant d’incroyables vulgarités.
Voilà la marque de fabrique de cet héritier punk des Monty Python. Sur la série il rencontre son ami Adrian Edmonson qui le suivra dans des séries télévisées plus que décapantes. Après cette série sur des étudiants désabusés (South Park a beaucoup pillé la série), Mayall s’attaque à la politique avec The New Statesman, critique trash et peu consensuel.
Désagréable, élastique, hystérique, Rick Mayall peut mettre mal à l’aise. Programmé dans la même soirée que la première diffusion de Friends sur la chaine Jimmy, la série était impressionnante car elle osait tout. Le mauvais goût et les absurdités totales.
C’est ce qu’on aime chez lui. Il n’a peur de rien. Il joue avec son complice, Edmonson. Il repousse la provocation à son extrême avec le salace Bottom, série au-delà du réel, sur les délires de deux chômeurs libidineux. Richie et Eddie sont deux figures de la contre culture Outre Manche.
Mayall ne réussira jamais à connaître le même succès au cinéma mais tant d’efforts à repousser les limites font de lui un artiste important, unique en son genre et forcément mésestimé. Il y avait chez lui et dans son style, une anarchie maîtrisée et un second degré totalement maîtrisé et totalement british. Bien entendu il a fait hurler la censure et les biens pensants britanniques.
Il était à l'aise sur scène et à l'écran. Il multipliait les projets mais hélas son coeur a fini par lâcher à 56 ans. On va boire un coup à sa santé. Mince, Nicolas Feuillate est mort cet été aussi. Va falloir encore faire une chronique...
Love circus, Stéphane Jarny, Folies Bergère

Après Salut les copains et Disco, Love Circus : la nouvelle comédie musicale de Stéphane Jarny s’apprête à enflammer les Folies Bergère dès le 28 octobre !
Dans le décor de la salle parisienne mythique se prépare un spectacle haut en paillettes. Sur scène, le corps de rêve de Catwoman danse avec la réplique de Shakira ou de Joséphine Baker. On retrouve les ingrédients chers à la cuisine Jarny : du plaisir, de l’énergie, de l’humour. Nouveauté : l’univers du cirque rencontre celui de la comédie musicale.
Autour de personnages attachants se jouent les retrouvailles de 3 sœurs. Unies par leur passion de la musique, elles rêvent d’amour. Une chose est sûre : la voix rauque à la Garou de Maximilien Philippe va faire chavirer les cœurs. Des numéros d’acrobates se marient avec des performances vocales et des chorégraphies rythmées. Rien que l’hymne à l’amour accompagné d’un numéro de Pole dance va vous donner des frissons.
Je ne vous en dis pas davantage, seize artistes de talent s’apprêtent à donner le meilleur d’eux-mêmes dès le 28 octobre. Rendez vous dans le temple de l’amour.
A partir du 28 octobre 2014
aux Folies Bergères
World On Fire

Bien loin de la mégalomanie délirante d'Axl Rose, toujours accroché à la franchise Guns'n'Roses, le guitariste se cache toujours sous sa sombre tignasse, pour un bon gros blues rock, nourri au grain, bien costaud, viril et correct. Une pointe de nostalgie est l'agréable émotion de ce plaisir coupable.
Il est la star de tous les apprentis rockeurs. Il a inventé quelques riffs qui font vibrer les foules. Il fut le renouveau absolu du guitar hero à la fin des années 80. Il est pourtant toujours resté discret, vivant sa passion pour le rock'n'roll sans trop faire de vagues. Slash porte son fameux chapeau, des lunettes de soleil, fume des clopes et abuse des excès de la vie de rockeur mais reste tout d'abord un sacré guitariste californien.
Il en fait trop. Mais on l'aime aussi pour ça. Depuis son départ de Guns'n'Roses, il a participé à d'autres groupes, collaboré avec pas mal d'artistes et fabriqué des albums solos plus ou moins habiles. Ce troisième essai est le bon. Les trentenaires qui ont grandi en écoutant les Use Your Illusion vont adorer. Slash, artiste savant, a retrouvé la formule de ce gros rock californien, mélange grossier mais sucré entre blues et heavy.
Les riffs ardents, la voix qui couine, des rythmes barricadés, tout y est pour nous faire revivre quelques moments mélomanes de l'adolescence. C'est très marrant mais surtout aucun cynisme ne transpire de ce World on Fire. Slash fatigue ses six cordes avec la même passion, le même élan: il poursuit sa quête du riff immortel, dépassant les modes et le temps.
Alors son disque, à l'image de sa pochette, est un fourre tout entre blues corrosif, ballades électriques et heavy euphorisant. C'est assez régressif mais la conviction de l'auteur impressionne encore. On dirait un grand gamin qui découvre toujours et encore son jouet préféré. Il met encore le feu à sa guitare. Il se rappelle à notre bon souvenir. C'est sans nuance mais vraiment touchant.
Roadrunner records - 2014
La Femme Léopard

Qu'est ce qui se passe? Spirou picole? Le héros de Franquin a un penchant pour l'alcool et les cuites nocturnes. Rien ne va plus pour le groom juste après la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Grace à la nouvelle collection de Dupuis "Une aventure de Spirou par", des one shot autour du célèbre aventurier et son pote Fantasio, la vie de Spirou est nettement plus tulmutueuse. Et surtout on en découvre de belles sur sa jeunesse.
Inégale, la collection permet à des nombreux auteurs de rendre hommage à leur manière au mythe de la bédé. Cela fonctionne bien tout de même: tournés vers les passés, les bédés sont souvent meilleurs car les auteurs fantasment et inventent une vie, une naissance de héros. Le Journal d'un Ingénu et Un Gromme Vert-de-Gris sont des sommets de la bande dessinée tout simplement!
Cela démarre très bien donc avec La Femme Léopard, un nouveau volet mené par Yann le scénariste et Schwartz le dessinateur. On est dans l'époque des Zazous et de la reconstruction. Le dessin est enlevé nous faisant ressentir ce moment important de l'histoire. Les décors ne manquent pas de charme. Les auteurs regardent dans le rétroviseur de la bande dessinée et trouve un style désuet pour emmener notre jeune héros sur les traces d'une mystérieuse femme léopard...
L'ambiance est là. Le plaisir des yeux est réel. Pourtant c'est bien le scénario qui nous laisse un peu sceptique: La Femme Léopard n'est finalement que la première partie d'un diptyque qui va entraîner Spirou, Fantasio et l'écureuil Spip en Afrique.
La mise en place de toute l'intrigue est un peu compliquée et quelques éléments fantastiques nous font sortir du charme évident de la lecture. Mais le niveau de la collection est élevé et on a hate de retrouver notre trio de héros sur le continent africain. L'exotisme devrait offrir quelques beaux moments aux amateurs d'aventures vintage!
Dupuis - 62 Pages





