Trahisons, Harold Pinter, Comédie Française


Le classique trio amoureux du théâtre bourgeois (le mari, la femme, l'amant) est ici décortiqué et raconté à rebours.
Dans la première scène, Emma et Jerry se revoient deux ans après leur rupture. Jerry est l'ami de jeunesse de Robert, le mari d'Emma. En quelques tableaux situés de plus en plus loin dans le passé, on ausculte le sentiment amoureux (et amical) au cours de conversations brillantes et de remises en question permanentes. (suite…)
« Faites entrer Dominique Rizet »

Un peu à l’image d’un petit troll diablotin imaginaire qui, après une soirée spacecake/rhum/téquila, apparait partout où tu vas, une fois rentré chez toi, titubant la langue en gant de toilette, la mèche qui colle et le poil qui bave, te suit dans ta salle de bain, sous ton lit, dans tes chiottes, que tu crois qu’il est parti et puis non tu ouvres ton frigo et Bam !, il est encore là en ricanant bêtement et t’assiégeant d’un « t’as trop bu, tu vas être malade, gnarf gnarf garf », il est des personnages du paf qui surgissent de partout, genre petit troll diablotin donc, et se collent dans un coin de ta télé ou de ta radio en faisant « gnarf gnarf gnarf » re-donc. (suite…)
Le dernier gardien d’Ellis island

New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d'Ellis Island, passage obligé depuis 1892 pour les immigrants venus d'Europe, va fermer. John Mitchell, son directeur, officier du Bureau fédéral de l'immigration, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l'épouse aimée trop tôt disparue ; Nella, l'immigrante Sarde porteuse d'un étrange passé ; Lazzarini, l’anarchiste Italien exfiltré qu’il laissera entrer sur le territoire américain malgré son passé…
« En août 2012, je visitais à New York Ellis Island, aujourd’hui transformée en un musée de l’Immigration, à quelques brasses de la statue de la Liberté. Comment expliquer la fulgurante émotion dont j’ai été saisie dans ce lieu chargé du souvenir de tous les exils ? Comment expliquer l’état second, à la fois vertige et apnée, dans lequel j’ai parcouru ce lieu[…] ? Quelques semaines plus tard, sans que j’aie, à un seul moment, pensé ou même souhaité écrire quoi que ce fût à ce sujet, cette histoire s’imposait. » (P. 165)
Plutôt que « roman fleuve » bruyant et grouillant de millions de destins qui se jouent, se croisent, se font et se défont, Gaëlle Josse a choisi le format « nouvelle ». Trois petites histoires, trois petits destins qui se jouent eux aussi, se croisent, se font et se défont. Trois petites histoires vécues au plus intime par le narrateur, un homme solitaire et sensible, à qui elle prête sa plume délicate.
Il est rarement donné de lire une prose à ce point sensible, émouvante et fluide. Gaëlle Josse a ce talent de savoir exprimer beaucoup avec peu de mots. Beaucoup de sentiments puissants, beaucoup de malheurs terribles, mais aussi beaucoup d’espoirs d’une vie meilleure.
Le dernier gardien d’Ellis Island a la beauté fragile et tragique des femmes et des hommes que l’on y côtoie et dont on se souvient longtemps après les avoir laissés à leur destin.
De Gaëlle Josse
Notabilia - 165 pages
Musique de l’annonce faite à Marie

La partition de L’annonce faite à Marie prend son envol pour un concert exceptionnel au Festival Madame Lune. Un moment de grâce.
Dans l’intimité du salon des mariages de la mairie du IVe, sans leurs costumes de scène, les comédiens et musiciens de la pièce se sont prêtés au jeu de faire exister la musique de la pièce sans la pièce. Pari risqué mais ô combien réussi.
L’idée est venue aux organisateurs du Festival Madame Lune de monter en concert la musique de L’annonce faite à Marie. Grand succès de l’été aux Bouffes du Nord, la pièce de Paul Claudel mise en scène par Yves Beaunesne avait été salué notamment pour sa musique comme descendue du ciel.
Talentueux jeune compositeur, Camille Rocailleux signe sa partition à la croisée entre chant sacré, opéra, musiques d’influence corse ou tzigane. Chaque comédien et musicien était alors libre d’ajouter la musique de son choix aux airs de la pièce. Hormis le Kaddish de Ravel, chacune a trouvé sa place pour donner corps à un concert très applaudi.
Performance vocale des comédiens Judith Chelma et Damien Bigourdan, le concert subjugue. Les deux s’en donnent à cœur joie pour interpréter Regina Coeli, l’air sicilien O Lola ou la Dalmatique. Leurs voix s’accordent en acoustique. Leurs énergies se transmettent. Judith Chemla en robe à paillette irradie la scène. Sa voix aussi puissante que douce donne des frissons. Elle interprète la musique avec la même grâce qu’elle habite ses personnages.
On souhaite de nombreuses futures représentations à ce concert unique et vibrant d’émotions.
Les nègres, Jean Genet, Odéon

Une pièce trop déroutante pour être sauvée par une mise en scène brillante.
Monter une pièce avec des comédiens noirs, c’est de cette donnée qu’est parti Jean Genet pour écrire Les nègres. Manière d’interroger les rapports entre les Noirs et les Blancs, elle met en scène le procès d’un noir accusé d’avoir tué une blanche.
Le metteur en scène Robert Wilson, notamment salué pour ses Fables de La Fontaine à la Comédie française invente ici un univers original. Lumières, palmiers, strass, il n’a pas lésiné dans le technicolor. On se croirait parfois sur une scène de Philippe Decouflé ou un dessin animé d’Ocelot à travers les jeux d’ombre et de lumière.
Mais la pièce crispe. Au lieu de permettre de faire tomber des barrières, elle exacerbe les tensions. Les acteurs hurlent leur texte sans nuance. Des cris ponctués de sons aigus et de musique trop forte agressent. Malgré un visuel soigné, le texte peu compréhensible insupporte par sa vulgarité.
On saisit mieux la place de la violence et de l’absurde dans la pièce quand on sait que Jean Genet a écrit son premier texte Le condamné à mort alors qu’il est incarcéré à la prison de Fresnes. Mais on se serait bien passé de la sensation d’être enfermé, même au théâtre de l’Odéon.
Jusqu'au 21 novembre 2014
Jean Pierre Manchette

Chers lecteurs de ces modestes chroniques, si vous avez lu quelques unes de celles que j'ai pu commettre depuis 4 ans maintenant (et oui, le temps passe...), alors vous connaissez mon attachement à un certain type de roman policier français. Il s'agit des polars de Daenincks, Pouy, Fajardie et quelques autres dont Manchette. Malheureusement celui-ci nous ayant quitté, nous n'avons plus droit à ses géniales histoires.
Dieu merci, quelques dessinateurs de BD font vivre son oeuvre! On se souvient de quelques adaptations de Jacques Tardi: Je pense au "Petit bleu de la côte ouest" (édité par les Humanoïdes Associés) ou à "La position du tireur couché" et "O dingos, ô châteaux" tous deux parus chez Futuropolis. Ces trois albums sont excellents ne boudez pas votre plaisir, jetez vous dessus, vous ne prenez aucun risque.
Un autre dessinateur, lui aussi issu du journal de Pilote s'est attaqué avec brio à l'oeuvre de Manchette: Max Cabanes. Personne n'a oublié "Dans les villages", série étrange des années 80/90, pas toujours facile d'accès mais déjà merveilleusement bien dessinée. A part cette série, qui a fait date et reste une référence, Cabanes n'a pas toujours eu des scénarii à la hauteur de son talent...Je passerai donc sur certains albums qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir. Mais il revient en force en 2009, dans la Collection Aire Libre des éditions Dupuis avec "La princesse de sang". C'est l'adaptation du roman de Manchette. Et celle-ci est fort bien réussie! On regrettera simplement la petite faute éditoriale qui consista à sortir l'histoire en 2 tomes...
C'est donc avec bonheur que je découvre voilà quelques semaines sur les présentoirs "Fatale" à nouveau signé Manchette et Cabanes. Le bonheur supplémentaire vient du fait que l'album réunit en 140 pages l'intégralité de l'histoire. Donc faute non reproduite à moitié pardonnée, merci Dupuis.
Fatale c'est le roman de la province, des notables des petites mesquinerie de la bourgeoisie bien pensante. Fatale c'est une femme qui pour vivre cherche à deceller ce qui se cache derrière les apparences, le vernis des conventions. C'est sans grande difficulté qu'elle trouvera les fissures lui permettant de transmettre son venin et de pousser ce petit monde jusqu'aux pires extrimités.
Si vous n'aviez pas lu le roman, je vous laisse le bonheur de découvrir les rebondissements de cette histoire. Je ne retiendrai que le fait que de son vivant, Manchette avait déjà collaboré à des bandes dessinées: l'album original signé avec Tardi "Griffu" paru dans les années 80. De même aujourd'hui Didier Deanincks propose des histoires en image qui sont largement à la hauteur de ces romans. On regrettera que plus d'auteurs ne s'y essayent pas...En même temps toutes les expériences ne furent pas forcément aussi bonnes que celles évoquées ici, c'est vrai. IL faut donc du talent, même pour adapter un auteur qui en avait à revendre et ce n'est pas donné à tout le monde, donc rendons grâce à celui de Cabanes.
Les demi-frères enchantent Nougaro

Envie d’escalader Claude Nougaro par sa face sud? Le duo des Demi-Frères surprend par son approche inédite du colosse toulousain.
Quand les demi-frères enchantent Nougaro, ce dernier est partout et nulle part à la fois. Partant, avec une bonne humeur contagieuse, de la vie et de nombreuses œuvres du géant toulousain, les demi-frères sont incapables de ne pas se laisser porter d’un jeux de mot à l’autre, d’une digression à une autre, se délectant de perdre le fil et de passer du coq à l’âne. Ou serait-ce du coq à la pendule?
Ainsi, tout est prétexte à rigoler, et les Demi-frères sont eux-même souvent au bord du fou rire, tant ils prennent un plaisir évident à se donner en spectacle. Laurent Conoir épate par ses imitations du célèbre chanteur toulousain, tellement son coffre et sa voix s’en rapprochent. Medhi Bourayou, lui au piano, régale par son espièglerie. Les deux se retrouvent dans une profonde bonhomie.
C’est donc sous un angle original et attachant qu’on redécouvre l’œuvre, et particulièrement les textes, du géant toulousain.
jusqu’au 27 décembre 2014
du jeudi au samedi à 20h, à l’Archipel,
Une escalade poétique-sportive des chansons de Claude Nougaro
conçue par les Demi-Frères (Laurent Conoir et Medhi Bourayou) et Renaud Maurin
mise en scène Renaud Maurin




